Forum consacré à tous les aspects de l'armée française entre 1919 et 1940.
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  Signaler un problème techniqueSignaler un problème technique  

Partagez | 
 

 Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Jeu 2 Oct 2008 - 15:44

Avril 1935, Palais Bourbon.
À la commission de l'armée de l'Assemblée nationale, Paul Reynaud a emporté la conviction de son auditoire, semant un trouble visible au sein du parti central de la vie politique française, les radicaux-socialistes d'Edouard Daladier. Dans la coulisse, les représentants radicaux, avec l'assentiment de leur chef, viennent de se rallier au projet Reynaud-de Gaulle et laissent espérer un vote positif du premier parti de France, à la condition impérative que la notion d'armée de métier soit gommée et que le corps spécialisé, motorisé et cuirassé, comprenne au moins 25 % d'appelés.
De Gaulle, consulté par Reynaud le 2 avril, a revu sa copie en une soirée. L'affaire est jouable sur le plan opérationnel, surtout à présent que les appelés sont bons pour deux ans sous les drapeaux, mais à condition d'instaurer un système dérogatoire afin de ne pas "couper les pattes" de la future armée de choc. La formule de compromis, concoctée par de Gaulle et présentée par Reynaud le surlendemain matin, est la suivante : l'accès au corps spécialisé se fera par choix individuel des appelés qui, ce faisant, signeront un contrat spécial rendant possible leur déploiement opérationnel — et même leur engagement en situation de combat — avant toute mobilisation partielle ou générale préalable décidée par le Parlement. Une simple décision du Gouvernement de la République réuni en cabinet de crise permettra l'engagement du Corps spécialisé.

Le jour du vote, Léon Blum s'indigne vertueusement à la tribune et, de sa voie chevrotante, en appelle à Jaurès " qui se retournera dans sa tombe devant le triste abandon de la Nation en armes barrant de sa poitrine la route de l'invasion ". Doriot, pour le PCF, éructe, tonitrue et qualifie publiquement, en séance, Daladier de " social-traître belliciste à la solde des Prétoriens, qui a jeté le masque et pour qui le Front commun des gauches n'était qu'une mascarade destinée à berner les travailleurs avides de paix ". Sur ce, les 11 députés communistes quittent la Chambre avec éclat en chantant L'Internationale. L'honneur du parti des masses laborieuses est sauf.
En réalité, Moscou a couvert secrètement le projet Reynaud-de Gaulle tout en ordonnant au PCF de se retirer du jeu afin de conserver intact son petit capital électoral, mais sans fomenter de troubles auprès de la base ouvrière. Ainsi la gauche partira-t-elle désunie aux prochaines batailles électorales.

Qu'importe d'ailleurs la politique politicienne... Paris et Moscou se sont mis d'accord pour mettre en œuvre les moyens militaires de faire pièce à l'Allemagne nazie. La nouvelle alliance franco-russe sera sanctionnée par l'accord du 2 mai 1935, texte officiellement de peu de portée mais dont les clauses secrètes ouvrent complètement le jeu (l'entrée en guerre immédiate de la Russie soviétique aux côtés de la France quelles que soient les circonstances choisies ou subies par celle-ci, contre le lâchage de la Pologne par la France. La France sauve ses autres alliés à l'Est, Roumanie et Tchécoslovaquie).

A droite et au centre, l'esprit de patriotisme l'emporte sans difficulté. Et, le jour du vote, la " Loi Reynaud " l'emporte finalement par 378 voix contre 220, socialistes, communistes et quelques isolés ayant voté contre, de même qu'une fraction des radicaux-socialistes, séduits par les accents jauressiens de Léon Blum.
Le soir de sa première victoire politique, le lieutenant-colonel Charles de Gaulle est partagé entre la joie immense de voir aboutir sa "croisade", et une certaine déception : il eut préféré que les quotidiens titrassent : " Défense de la Patrie : la Loi de Gaulle adoptée "

Mais il s'agit à présent d'organiser concrètement ce que les élus de la Nation ont voulu.
(à suivre)


Dernière édition par françois vauvillier le Jeu 2 Oct 2008 - 22:35, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Jeu 2 Oct 2008 - 20:10

La volte-face du parti radical-socialiste crée un changement d'alliances dans l'hémicycle. Le Cartel des gauches n'est plus, la gauche en tant que telle devient minoritaire à la Chambre tandis que le parti central, qui se fera désormais appeler " parti radical-patriote ", comptant le plus grand nombre de députés (160 depuis l'élection de 1932) organise autour de son chef, Edouard Daladier, un premier gouvernement de Front commun des patriotes pour la paix (FCPP), lequel se transformera ultérieurement en un pacte électoral connu devant l'Histoire sous le nom de Front Républicain (futures élections des 26 avril et 3 mai 1936).
Mais n'anticipons pas. Le ralliement de Daladier au projet Reynaud-de Gaulle légitime naturellement, pour le " taureau du Vaucluse ", l'obtention, en ce mois d'avril 1935, du portefeuille de la Guerre, qu'il cumule avec celui, naturel pour le chef du premier parti de France, de président du Conseil du nouveau gouvernement.
Paul Reynaud, quant à lui, occupe dès avril 1935 le poste de ministre des Finances, qu'il cumulera à titre exceptionnel, à compter de la victoire du Front Républicain (3 mai 1936), avec celui, tout nouveau, de la Production d'intérêt national.

Daladier et Reynaud ne s'entendent guère mais aucun des deux n'a de leçons de patriotisme à donner à l'autre. Nécessité faisant loi, et tant que Reynaud demeure son subordonné, Daladier s’accommode donc du nouvel attelage gouvernemental, d'autant plus aisément que sa base électorale, très "petite-bourgeoise", ne voyait pas d'un très bon œil les risques de désordres qu'une éventuelle alliance électorale avec les communistes faisait courir au pays.

Ministre de la Guerre dès 1935, Daladier devient président en exercice du CSG (conseil supérieur de la Guerre) et, fait exceptionnel, il préside lui-même la première réunion sous son ministère. C'est parmi les membres du CSG que sont choisis les futurs chefs d'armée. Or, la " Loi Reynaud" vient de créer, de jure, une nouvelle armée, car le " corps spécialisé " va être fort de sept divisions (6 divisions de ligne et la DLM). Dans une ambiance d'union nationale où chacun, au fond, se sent conforté par la décision des députés — puisqu'on a à la fois la défense aux frontières, l'armée nationale de conscription ET le corps spécialisé, la réunion du CSG du 17 mai 1935 décide :

— la mise en œuvre d'une nouvelle armée, ne portant pas de numéro, désignée sous le nom, très politique, d'"armée de dissuasion", ou "AD" (Daladier avait demandé à son secrétariat général de la défense nationale de plancher urgemment sur la question du nom à lui donner. Nul ne sera étonné de voir la marque du lieutenant-colonel de Gaulle, du SGDN, sur le document remis à Edouard Daladier quelques jours avant la séance) ;

— le commandement de l'armée de dissuasion est confié, dès le temps de paix, au général Héring, avec quartier-général à Metz ;

— à titre provisoire, l'AD est organisée sur pied opérationnel à partir de quatre divisions d'infanterie motorisées actives, deux DINA et la DLM ;

— un nouveau plan de mobilisation sera organisé au plus vite en tenant compte de la création de l'AD et des modifications d'affectations qu'elle entraîne. En particulier, la mise en œuvre de l'AD comme instrument de dissuasion préventive (concept audacieux lancé par le ministre en pleine séance) implique qu'elle ne soit pas déployée dans le cadre de la manœuvre de la 1re armée destinée à renforcer la ligne de défense belge, mais directement face à l'Allemagne ;

— les trois régiments de chars de combat dotés d'un bataillon de chars D1 sont affectés immédiatement à l'AD. La question du remplacement de leur bataillon FT restant par un bataillon sur chars modernes sera résolue au plus vite par une importante commande d'urgence placée dans l'industrie : 8 bataillons de chars D 2 (s'ajoutant au bataillon déjà en commande depuis décembre 1934) afin de réaliser au plus vite une première mise de deux bataillons D 1 ou D 2 par division de ligne ;

— la commande d'un total de six bataillons de chars B. Un premier est en cours, à compléter. Les cinq autres seront, soit sur le type B 1, soit sur un éventuel type amélioré ;

— les voitures tous terrains de transport de troupe, de commandement et de transmissions feront l'objet d'un premier lot de commande de manière à avoir doté, à échéance d'un an, un tiers de l'effectif total de chaque division (ou bien deux divisions de ligne au complet). La moitié sera commandée à Laffly, l'autre moitié à Lorraine. Ultérieurement, l'harmonisation se fera sur un type unique, le meilleur des deux qui sera déterminé par l'expérience.

Voici le décor planté. À partir de là, place aux développements du scénario, qui sont multiples. Quelles divisions vont-elles subir la transformation ? À quelle date pourront-elles être prêtes ? Que va faire le gouvernement français placé devant le coup de force de Hitler en Rhénanie le 7 mars 1936 ? Mais, avec l'existence (encore embryonnaire) de l'AD, Hitler le tentera-t-il ? Quel rôle, quel poste aura Charles de Gaulle dans la suite des événements ? Quelle attitude la Belgique adoptera-t-elle ? Et la Grande-Bretagne ? Et la Russie soviétique ?

Quel champ immense de spéculations uchoniques s'ouvre à nous...

A vous d'y suivre le sentier de votre choix.

François Vauvillier
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Jeu 2 Oct 2008 - 20:59

Bonsoir,
C'est amusant mais quelques détails me chagrinent :
françois vauvillier a écrit:
Doriot, pour le PCF, éructe, tonitrue et qualifie publiquement, en séance, Daladier de " social-traître belliciste à la solde des Prétoriens, qui a jeté le masque et pour qui le Front commun des gauches n'était qu'une mascarade destinée à berner les travailleurs avides de paix ". Sur ce, les 11 députés communistes quittent la Chambre avec éclat en chantant L'Internationale. L'honneur du parti des masses laborieuses est sauf.
Doriot est exclu du PCF lors du congrès de juin 1934. Il peut donc difficilement passer pour un porte-parole de ce parti en avril 1935 (surtout qu'il a déjà commencé à oeuvrer dans l'autre sens).

françois vauvillier a écrit:
En réalité, Moscou a couvert secrètement le projet Reynaud-de Gaulle tout en ordonnant au PCF de se retirer du jeu afin de conserver intact son petit capital électoral, mais sans fomenter de troubles auprès de la base ouvrière. Ainsi la gauche partira-t-elle désunie aux prochaines batailles électorales.

Qu'importe d'ailleurs la politique politicienne... Paris et Moscou se sont mis d'accord pour mettre en œuvre les moyens militaires de faire pièce à l'Allemagne nazie. La nouvelle alliance franco-russe sera sanctionnée par l'accord du 2 mai 1935, texte officiellement de peu de portée mais dont les clauses secrètes ouvrent complètement le jeu (l'entrée en guerre immédiate de la Russie soviétique aux côtés de la France quelles que soient les circonstances choisies ou subies par celle-ci, contre le lâchage de la Pologne par la France. La France sauve ses autres alliés à l'Est, Roumanie et Tchécoslovaquie).
Dans ce contexte-là, il y a une contradiction avec ce qui précède. Si Moscou veut un allié solide dans la France, le Komintern pourrait alors très bien faire manoeuvrer le PCF dans le sens voulu par Reynaud et tous ceux qui étaient favorables à l'alliance franco-russe. Mais le PCF et la SFIO ne représentent pas l'obstacle principal pour faire aboutir le projet Reynaud... Pourquoi donc obtiendrait-il un consensus à droite et au centre autour de ce projet rejeté par toute la haute hiérarchie militaire ? Il manque un personnage central dans votre histoire : qu'en pense donc Le Maréchal ? Qu'en pense la commission de la défense du Sénat ? (qui peut très bien enterrer le vote de l'assemblée).

Ce n'était pas aussi simple qu'une banale histoire de « front des gauches » (le Cartel étant mort et enterré depuis longtemps et le PCF n'en a jamais fait partie).

Olivier
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Jeu 2 Oct 2008 - 22:24

Bonsoir Olivier,

takata a écrit:
Doriot est exclu du PCF lors du congrès de juin 1934. Il peut donc difficilement passer pour un porte-parole de ce parti en avril 1935 (surtout qu'il a déjà commencé à oeuvrer dans l'autre sens).

Et bien voilà qui m'apprendra à écrire pendant les vacances, loin de ma doc. Mais d'un autre côté, quand je ne suis pas en vacances, je n'ai pas du tout le temps de me consacrer à nos chères uchronies. Choix cornélien. J'aimais bien l'image de notre gros Doriot faisant le Jacques, dégoulinant de sueur, la buée sur les lunettes, proférant toutes sortes de propos haineux à la tribune. J'avais un autre Jacques sous la main, Duclos, qui eut été l'anti-Reynaud parfait (il l'avait battu lors d'une élection partielle). Mais impossible : Duclos a été battu à son tour en 1932 et n'était donc pas député en 1935.

takata a écrit:
Si Moscou veut un allié solide dans la France, le Komintern pourrait alors très bien faire manoeuvrer le PCF dans le sens voulu par Reynaud et tous ceux qui étaient favorables à l'alliance franco-russe. Mais le PCF et la SFIO ne représentent pas l'obstacle principal pour faire aboutir le projet Reynaud... Pourquoi donc obtiendrait-il un consensus à droite et au centre autour de ce projet rejeté par toute la haute hiérarchie militaire ? Il manque un personnage central dans votre histoire : qu'en pense donc Le Maréchal ? Qu'en pense la commission de la défense du Sénat ? (qui peut très bien enterrer le vote de l'assemblée).

Un vote favorable du PCF à une armée de Prétoriens ? Vous n'y pensez pas sérieusement, j'espère. Le Parti n'eut pas survécu à un tel déni. Il fallait donc bien sauver les apparences, d'où mon petit montage en coulisse.
Le Maréchal ? Comment ? J'ai oublié de l'indiquer dans mon scénario uchronique ? Mais souvenez-vous... Par une triste nuit de janvier 1935, le Vainqueur de Verdun est passé de vie à trépas (l'hiver est impitoyable pour les hommes de grand âge). Il eut des funérailles nationales, auprès desquelles celles de Foch et de Joffre sont passées pour de modestes enterrements de sous-préfecture. De Gaulle, qui était dans le cortège, aurait murmuré à l'oreille de son voisin, le général Flavigny : " Mon pauvre parrain, le voilà roide... mais il n'a pas souffert, il ne s'est rendu compte de rien, son cerveau était gelé, le froid aura emporté le reste. N'était-il pas mort déjà, en 1926 ? ".

Pour le Sénat, j'ai simplifié bien sûr afin d'arriver sans trop tarder au vif du sujet. C'est un premier jet, nous peaufinerons les prolégomènes plus tard mais je salue en vous un spécialiste du droit constitutionnel. Remarquez d'ailleurs, il s'écoule un délai suffisant, dans mon récit, entre le vote de l'Assemblée début avril (que je n'ai, volontairement, pas exactement daté), et la réunion du CSG du 17 mai (j'espère que ça ne tombe pas un dimanche, je n'ai pas mon calendrier perpétuel sous la main), pour que le texte soit voté dans les même termes par les sénateurs.
Sur le fond de votre objection — les hiérarques militaires —, ne perdez pas de vue le sens profond du discours de Paul Reynaud à l'Assemblée le 15 mars 1935 : " l'état-major n'est qu'un organe aux ordres des hommes d'état ". C'est la clé de mon propos, c'est le sens donné par de Gaulle à sa croisade et c'est le noeud gordien qu'il faut, en effet, trancher. Assurément et impérativement. Il faut bien faire preuve d'optimisme si l'on veut (et c'est mon objectif ici) poser des hypothèses qui nous donnent un autre choix que celui consistant à déterminer la date la plus favorable pour sonner les postes d'abandon.
Et il faut bien, dans ce pays, que les hommes politiques prennent leurs responsabilités. C'est, en tout cas, comme cela que je conçois la République française.

Donc, ce printemps 1935 étant placé sous les meilleurs auspices qui soient dans cette uchronie (très ? trop ?) optimiste, nous pouvons maintenant entrer dans le vif du sujet.

Bien cordialement
François
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Ven 3 Oct 2008 - 11:43

Hello François,

Désolé de rester et d'insister sur le contexte, mais rien n'empêche les autres d'entrer dans le vif de (votre) sujet !

françois vauvillier a écrit:
J'avais un autre Jacques sous la main, Duclos, qui eut été l'anti-Reynaud parfait (il l'avait battu lors d'une élection partielle). Mais impossible : Duclos a été battu à son tour en 1932 et n'était donc pas député en 1935.
Le porte parole du groupe SFIC en 1935, c'est Gabriel Peri, un jeune assez sympathique arrêté et fusillé par les Allemands en 1941 (peut-être parce qu'il n'était pas assez dans la "ligne" des camarades pro-popov).

françois vauvillier a écrit:
Un vote favorable du PCF à une armée de Prétoriens ? Vous n'y pensez pas sérieusement, j'espère.
Je croyais que vous aviez supprimé l'aspect "Prétorien" du projet de De Gaulle pour en faire quelque chose de plus démocratique (à 25%). Quant au PCF, il n'était pas à un virage à 180° près, surtout à l'époque où les Socialistes/Radicaux deviennent fréquentables selon les consignes du Komintern. (Alors que Doriot avait été exclu du parti l'année précédente pour avoir osé suggérer une telle alliance avec les camarades "bourgeois").

françois vauvillier a écrit:
Le Parti n'eut pas survécu à un tel déni.
Que nenni. La mode, c'est l'antifascisme et les soviétiques construisaient bien des chars à la pelle de leur côté. Un petit coup de réthorique dialectique et le tour était joué (et il suffit d'exclure ceux pour qui la pilule ne passe pas).

françois vauvillier a écrit:
Le Maréchal ? Comment ? ... (mort)
Ben, c'est pratique mais il en restera quand même un paquet d'autres à tuer au conseil de la guerre !

françois vauvillier a écrit:
Pour le Sénat, j'ai simplifié bien sûr afin d'arriver sans trop tarder au vif du sujet. C'est un premier jet, nous peaufinerons les prolégomènes plus tard (...)
Et il faut bien, dans ce pays, que les hommes politiques prennent leurs responsabilités. C'est, en tout cas, comme cela que je conçois la République française.
Certe, certe, certe... mais bon, si je résume : Reynaud va voir Daladier et l'empêche de faire "L'union de la gauche" en supprimant juste la notion "d'armée de métier" dans le projet De Gaulle et en y rajoutant un zeste de contingent. Du coup, son contre-projet est voté par toute l'assemblée à l'exception des SFIO/SFIC... ce qui nous permet alors d'entrer dans le vif du sujet.

Ce à quoi je rétorque (sans noyer le lecteur dans les subtilités législatives de la IIIe) qu'il va falloir appeler Léon pour qu'il nettoie sérieusement les bancs de l'émicycle.
Il n'y a pas plus de parlementaires à droite et au centre pour soutenir le projet Reynaud-De Gaulle (lire ce que ce dernier en dit dans ses mémoires, c'est bien résumé) qu'il n'y en a à gauche. Là, il ne s'agit plus de prendre ses responsabilités car Reynaud n'en a pas (il n'est qu'ex-ministre)... pas plus que Daladier (c'est toujours Herriot le président des radicaux-socialiste jusqu'en décembre 1935) et le parti radical est très sérieusement fracturé. D'autre part, le vote aura lieu forcément en décembre lors du vote du budget (historiquement, le 26 décembre) sous le gouvernement Laval, en pleine affaire d'Éthiopie au milieu de la conférence navale de Londres. Ce qui fait qu'on parle beaucoup de guerre, de paix et flottes, mais qu'on ne dit presque rien de ce projet qui n'a absolument aucune chance de passer.

A ce niveau, les communistes (qui ne sont que 10) et la SFIO, c'est véritablement le cadet des soucis de Reynaud. Les raisons de l'opposition de la droite à ce projet sont avant tout financières : projet = réarmement = dévaluation. Car il faudra aussi construire des avions et des bateaux en plus des chars. Financièrement, c'est la cata avec la politique de déflation qui est conduite à cette époque. D'ailleurs, Reynaud veut aussi dévaluer tout de suite car il dit qu'on n'a déjà que trop tardé pour s'aligner sur la livre sterling et le dollar. Autant dire qu'il est bien isolé et aucune chance d'être appelé pour former un gouvernement !... et je ne parle même pas de l'alliance russe, car là, on retrouve aussi des fractures transversales dans tous les groupes politiques (sauf un).

M'enfin, ce que j'en dis... c'est à vous de voir.
Surprised
Cordialement itou,
Olivier
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Stéphane Ferrard
Colonel
Colonel
avatar

Nombre de messages : 1052
Date d'inscription : 08/06/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Ven 3 Oct 2008 - 18:11

Bonsoir,

Je suis d’accord avec Takata en ce qui concerne la réalité politique française en 1935, le projet Reynaud/CdG n’avait guère de chance de passer, d’autant que le CSG envisageait de le récupérer à sa manière et pour sa plus grande gloire (création des DCR). Toutefois, en politique on sait comment les choses peuvent tourner d’une manière totalement inattendue et il est vrai que le titre Vers l’armée de métier fit frémir, le boulangisme était encore dans toutes les têtes. Le projet fut plus rejeté sur sa forme que sur son fond. Notons que le comité des forges ne le voyait pas d’un mauvais œil car il relançait l’industrie sidérurgique. Manquaient les budgets que la France trouvera en partie un an plus tard auprès des banques de la City. A ce titre on lira (si on le trouve) l’excellent livre : Le prix du réarmement français 1935-1940 par Robert Frankenstein, Publications de la Sorbonne-1982.

Allons, n’oublions pas qu’une U-Chronique n’est qu’un roman et le propre d’un roman est de s’inspirer de la réalité quitte à la conduire par la main. Ce n’est donc qu’une fiction destinée à faire réfléchir « en rêvant » sur un thème donné. Et c’est bien ce que FV nous propose sur le thème : La France, maître de son destin. Vaste et magnifique problème, politique, militaire mais aussi géo-stratégique. Je trouve donc qu’opposer la réalité (triste) à un roman qui se veut une réflexion optimiste sur un événement n’est pas souhaitable. Par contre, et en fonction de la qualité des connaissances de Takata, ouvrir un fil sur le thème : Pourquoi le projet Reynaud/CdG n’a-t-il pas abouti ? , me semblerait à plus d’un titre fortement instructif pour tous.

Cordialement

PS : En ce qui concerne le décès de Pétain en 1926, il est vrai que si certains meurent trop jeunes, d’autres meurent trop vieux !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Stéphane Ferrard
Colonel
Colonel
avatar

Nombre de messages : 1052
Date d'inscription : 08/06/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Ven 3 Oct 2008 - 19:38

Pour les chars :

Dès que le projet Reynaud/CdG fut accepté, on assista à « une course à l’échalote » sous les lambris dorés du Ministère de la Guerre, les directeurs de l’Infanterie et de la Cavalerie ayant à cœur de prouver « qu’ils avaient anticipé la demande car ils partageaient depuis longtemps les vues de De Gaulle ».

Pour la Cavalerie, la preuve en était avec le prototype de l’AMC de Somua dont les performances la rendaient particulièrement adaptée à l’équipement de la division légère et même à celui des divisions de ligne par sa puissance de feu, sa protection, sa vitesse et son autonomie.

Pour l’Infanterie, le lancement du programme du char de 20 tonnes l’année même, prouvait que l’Arme avait su s’adapter et même anticiper et que ce projet était parfaitement conforme à la nouvelle orientation « que l’on avait que trop tardée à prendre » comme le prouvaient les manœuvres de l’armée du Rhin. Ce futur char qui remplacerait « avantageusement le char D2 trop lent et d’un rayon d’action limité », pourrait être fabriqué rapidement en série car utilisant « des solutions connues ». De plus, il était plus apte à circuler sur de mauvais terrains et moins cher que d’autres réalisations identiques proposées par des constructeurs peu avertis des questions char. »

Ce n’est qu’une mise en boucheSF
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 0:04

Bonsoir Stéphane,

Stéphane Ferrard a écrit:

Allons, n’oublions pas qu’une U-Chronique n’est qu’un roman et le propre d’un roman est de s’inspirer de la réalité quitte à la conduire par la main. Ce n’est donc qu’une fiction destinée à faire réfléchir « en rêvant » sur un thème donné. Et c’est bien ce que FV nous propose sur le thème : La France, maître de son destin. Vaste et magnifique problème, politique, militaire mais aussi géo-stratégique. Je trouve donc qu’opposer la réalité (triste) à un roman qui se veut une réflexion optimiste sur un événement n’est pas souhaitable. Par contre, et en fonction de la qualité des connaissances de Takata, ouvrir un fil sur le thème : Pourquoi le projet Reynaud/CdG n’a-t-il pas abouti ? , me semblerait à plus d’un titre fortement instructif pour tous.

Bien entendu, je suis d'accord avec vous que l'exercice se limite à un exercice romanesque mais il ne me semble pas inutile, pour autant, d'en discuter le contexte lorsqu'on peut apporter un éclairage historique ou technique qui puisse permettre au lecteur de comprendre « le desous des cartes ».
Je retiens cependant votre proposition d'ouvrir un fil dédié... mais je ne vois cependant toujours pas se créer une rubrique "géo-politique ou géo-stratégique" qui s'y prêterait. Je ne saurai où le mettre.

En guise de matière à discussion sur l'idée de François, je vais poster ci-dessous l'article original de De Gaulle dans la Revue Politique et Parlementaire de mai 1933, à partir duquel il a tiré son ouvrage Vers l'Armée de Métier, qui n'est en fait qu'une version augmentée de cet article, et que je trouve meilleur que le bouquin sur l'idée directrice très explicite dans le titre. On peut voir, qu'à la base, il ne s'agissait pas du tout de rédiger un manifeste de la future doctrine des unités cuirassées mais de la politique militaire de la France.

Olivier


Dernière édition par takata le Sam 4 Oct 2008 - 6:15, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 0:06

REVUE POLITIQUE ET PARLEMENTAIRE - 40e ANNÉE - N°462
— 10 MAI 1933 —
CHARLES DE GAULLE : « VERS L'ARMÉE DE MÉTIER »

[288]


— I —


Comme la vue d'un portrait suggère à l'observateur l'im-
pression d'une destinée, ainsi la carte de France révèle notre
fortune. Si les frontières des Pyrénées, des Alpes et du Jura
laissent en repos relatif le soldat et le politique, au contraire
la brèche du Nord-Est les occupe indéfiniment. Sur sept cents
kilomètres, de la Suisse à la Mer du Nord, la nature ne nous
protège que de quelques pans de rempart. Il est vrai que les
Vosges dressent un môle imposant, mais que l'on peut tourner
par la trouée de Belfort ou par les Etangs Salins. Il est vrai
que les côtes de Moselle et celles de Meuse, appuyées d'un bout
au plateau lorrain, de l'autre à l'Ardenne, forment des obstacles
appréciables, mais peu profonds et tels qu'il suffit, pour les
perdre, d'une surprise, d'une négligence. Le moindre recul
en Hainaut ou en Flandre les rend aussitôt vulnérables à
revers. Or, justement, dans ces plaines basses, il ne se trouve
ni mur, ni fossé pour accrocher la résistance. Point de lignes
de hauteurs dominantes, point de fleuve parallèle au front.
Bien pis, la géographie y organise l'invasion par de mul-
tiples voies pénétrantes vallées de la Meuse, de la Sambre,
de l'Escaut, de la Scarpe, de la Lys, où les rivières, les routes
et les rails s'offrent à guider l'ennemi.
Fâcheuse quant au relief, la frontière du Nord-Est ne l'est
pas moins par son tracé saillant. L'adversaire, qui frappe à
la fois en Flandre, dans l'Ardenne, en Lorraine, en Alsace,
à la Porte de Bourgogne, donne des coups concentriques. Les

[289]

premiers pas en avant le mènent sur la Seine, l'Aube, la
Marne, l'Aisne ou l'Oise, dont il n'a plus, dès lors, qu'à des-
cendre le cours facile, pour atteindre la France au coeur. Il
n'y a pas deux cents kilomètres entre Paris et l'étranger, six
jours de marche, trois heures d'auto, une heure d'avion. Un
seul revers aux sources de l'Oise et voilà le Louvre à portée
du canon. Or, toute la vie de la nation est régie par sa capi-
tale. Chaque fois qu'au dernier siècle Paris fut pris, la résis-
tance de la France ne se prolongea point d'une heure. Notre
défense nationale est, par essence, celle de Paris.
Encore, ce qui nous est nécessaire se trouve-t-il, pour une
large part, entassé près de cette frontière. Du charbon que
produit la France, les deux tiers sortent de terre à Lens ou à
Valenciennes. Nos riches minerais de fer se tirent de Longwy,
Briey, Nancy. Le peu de pétrole que nous pouvons extraire
jaillit du sol de l'Alsace. Sur cent cinquante hauts fourneaux,
cent vingt sont en Lorraine ou bien en Champagne. Il est
tissé, au nord de la vallée de la Seine, les neuf dixièmes des
draps français, les quatre cinquièmes des lainages. Il se
fabrique aux bords du fleuve la plus grande part des produits
chimiques, toutes nos autos, tous nos avions. En Brie, en
Beauce, en Flandre, en Artois, sont nos meilleures terres à
blé; nos betteraves en Picardie et dans l'Ile-de-Françe. Or,
à peine sort-on de Belgique, on est au milieu des métiers de
Roubaix, des mines de Denain-Anzin ou des forges de la
Meuse. Une seule étape mène de Sierck aux hauts fourneaux
de Thionville. D'Allemagne, on peut tirer au canon sur Pechel-
bronn et au fusil sur Strasbourg. Point de marches devant
nos trésors.
Et justement, la région du Nord, où nous sommes surtout
vulnérables, est celle-la même que les Allemands ont toutes
les raisons naturelles de prendre comme direction de leur
effort principal. C'est un fait que deux masses hostiles vont
d'ordinaire au plus court pour se frapper. Or, depuis cin-
quante ans, l'Allemagne est devenue industrielle, commer-
ciale, maritime. Le charbon de Westphalie, les minerais du
Llarz, les grands ports ont attiré dans la plaine du Nord les
masses laborieuses. Au sud de la ligne Breslau-Leipzig-Cassel-
Cologne, il ne vit aujourd'hui qu'un Allemand sur trois. Il
s'y trouve seulement dix villes de plus de cent mille âmes
sur trente-huit que compte l'Empire. Pour le plus grand
nombre des Allemands, la route de France passe par la Bel-

[290]

gique, comme le chemin de fer Berlin-Paris. Le fameux plan
de Schlieffen reposait sur des réalités puissantes et nouvelles.
Quel traité de neutralité aurait pu détourner vers Nancy un
peuple que sa masse sollicite vers Charleroi ? Demain peut
jouer le même destin. Orientés par leurs voies ferrées, dont
huit sur onze principales débouchent au nord de Thionville,
tentés par les routes en palier de Wetsphalie et de Flandre,
attirés vers Anvers et vers Calais par l'instinct de surveiller
l'Angleterre, les Germains, en marchant vers les sources de
l'Oise, ne feraient que se conformer à l'ordre naturel des
choses.
C'est dire que la protection de la France sur la voie la plus
dangereuse dépend de la Belgique. Qu'une solide barrière
ardennaise et luxembourgeoise soit dressée contre l'Allemand,
nous sommes assurés du temps et de l'espace. Mais que l'em-
pereur Othon, Charles-Quint, Blücher, Von Kluck, maîtres
des ponts de la Meuse, puissent faire leur place d'armes en
terre flamande ou wallonne, nous voilà contraints à de
fâcheuses campagnes. Or, ce pays belge, sans profondeur, ni
réduit, ce peuple partagé entre deux races et deux langues
rivales, s'il a su récemment prendre un héroïque parti, com-
bien de raisons pourraient le détourner de s'engager à fond,
tout seul, à l'avant-garde ? Pour qu'il veuille lutter sans
réserves, encore faudrait-il que nous l'y aidions. Laissés à
leurs seules forces devant la ruée germanique, portés a
l'abstention par la neutralité anglaise, les Belges auraient cent
motifs de reprendre le plan de Léopold : tenir Anvers et laisser
la voie libre.
Ces conditions imposent au système initial de notre défense,
c'est-à-dire à la « couverture », un caractère particulier.
Puisque l'ordre des choses est tel que, pour nous battre, il
n'est point de délai, qu'aucun recul ne nous est loisible, —
fût-il de dix kilomètres —, qu'une seule bataille perdue c'est
Paris à feu et a sang, la défense doit être immédiate. D'autres,
s'ils sont menacés, peuvent prendre le temps de fermer les
portes, donner l'alarme, faire mugir le taureau d'Uri et la
vache d'Unterwalden, attendre le ban et l'arrière-ban; nous
n'avons point ces loisirs. D'autant que l'adversaire germa-
nique, méthodique préparateur, excelle à porter sans transi-
tion des coups d'une violence extrême. La tactique de Fré-
déric, la guerre des masses inaugurée par Moltke, l'immense
conversion réglée par Schlieffen sont autant de coups de ton-

[291]

nerre. La guerre déclarée, à peine a séché l'encre des décrets,
la France apprend que Brunswick débouche en Champagne,
que Mac-Mahon et Frossard sont battus, que « de la Somme
aux Vosges, la situation est sans changements ». Aujourd'hui,
les forces dont l'Allemagne dispose, elle ne laisse pas de les
dresser en vue d'une irruption rapide. Il nous faut, dès les
débuts, des soldats en éveil, capables de déployer toute leur
force au premier choc.
Encore cette avant-garde doit-elle être rompue non seule-
ment à la défensive, mais bel et bien à la manoeuvre. Croire
qu'il lui suffirait, pour remplir sa mission, de repousser pas-
sivement les attaques serait de la naïveté. La puissance et la
souplesse du matériel moderne assurent à l'offensive un avan-
tage initial certain. La mise en oeuvre de moyens suffisants
obtient, presque à coup sûr, dans un secteur donné, des effets
irrésistibles. Au nord de l'Aisne, en mai-juin 1918, les plus
fortes positions du front, organisées pendant quatre ans, n'em-
pêchèrent point les vagues ennemies de se trouver en cinq
jours de combat à quinze lieues de leur base de départ. Peu
de temps après, sur l'Ancre, notre attaque progressait, les
8 et 9 août, de plus de vingt kilomètres malgré le lacis des
tranchées, blockhaus, défenses accessoires. Il y aurait un
grave danger a nous vouer, même pour un temps, à la défensive
passive, alors que Mulhouse, Colmar, Strasbourg, Metz,
Thionville, Charleville, Valenciennes, Roubaix, Tourcoing,
Lille, Dunkerque seraient à la merci d'un incident fâcheux,
que la perte de Briey, de Bruay, de Lens causerait le plus
grand tort à nos fabrications de guerre, que la Belgique, le
Luxembourg, la Sarre, la Suisse peut-être, exigeraient notre
secours, sous peine de se transformer en bases pour l'envahis-
seur. L'éventuel assaillant, par son régime politique, ses
ambitions et ses tendances, a déjà trop beau jeu de prendre
l'initiative pour que nous lui fassions en outre le cadeau gra-
tuit de la surprise, de la sûreté, de la concentration des coups.
Il est vrai que cette infirmité séculaire de sa frontière, la
France cherche à la compenser par la fortification. En la
matière, la même évidence inspira tour à tour Vauban, Gou-
vion Saint-Cyr, Thiers, Serré de Rivières, Painlevé ou Magi-
not. Certes, on ne saurait trop approuver l'organisation per-
manente qui s'achève dans ce moment. Mais, outre que le
système laisse le territoire découvert entre la Meuse et la mer
du Nord et que la position, là où elle existe, n'a qu'une pro-

[292]

fondeur restreinte, on aurait tort d'attribuer aux ouvrages
comme une valeur absolue. Déjà, des chars existent, invulné-
rables à toutes les armes de nos tourelles et casemates. On ne
connaît pas d'avance quel serait à la longue l'effet des gaz
sur les défenseurs. Le feu des garnisons, aveuglées par des
nuages artificiels, ne suffirait peut-être pas à interdire les intervalles.
Il ne faut pas oublier surtout que, de toutes les épreuves
de la guerre, la plus dure, sans conteste, est réservée aux
assiégés. L'impression de se trouver au centre des coups, l'hor-
rible isolement, le fait de vivre avec ses blessés ont tôt fait
d'épuiser le moral des combattants. Et, quand de tels ébran-
lements viennent à se conjuguer avec les surprises du bap-
tême du feu, il peut en résulter, dans des troupes mal soudées
encore, ces extraordinaires défaillances par quoi cèdent les
forteresses beaucoup plutôt que par la destruction. Tout en
nous félicitant de construire de bons ouvrages depuis Huningue
jusqu'à Sedan, étais pour la couverture et appuis pour la
manoeuvre, ne nous flattons pas qu'ils remplacent celle-ci,
ni qu'ils suffisent à celle-là !


Dernière édition par takata le Sam 4 Oct 2008 - 0:31, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 0:06

— II —

Mais alors, quel outil de choc faudrait-il avoir forgé ? Le
matériel, dans l'espèce, va dicter ses conditions. Des troupes,
aujourd'hui, ce sont des machines conjuguant leurs effets et
des équipes formées pour leur service. Pour qu'un instrument
militaire soit susceptible de développer un efficace et rapide
effort, il n'est que de le mettre à même d'employer au mieux
et au plus vite un outillage perfectionné.
Or, la technique militaire ne cesse pas de se compliquer,
elle embrasse aujourd'hui un nombre immense d'objets. Il
faut à l'infanterie et à la cavalerie quinze armes très différentes,
à l'artillerie soixante-huit modèles de pièces, au génie
seize catégories d'unités. Le ballon, l'avion, les gaz, le char
ont pris leur place dans ce concert. La moindre affaire ne va
plus sans télémètres, photographies, plans et compas. Point
de liaisons satisfaisantes, sauf par réseaux superposés de fils,
de rayon et d'ondes.
A mesure que s'accroît la précision de tant d'instruments,
leur maniement se fait aléatoire. La mitrailleuse loge en quel-

[293]

ques instants une masse de balles dans un cercle étroit; son
efficacité est donc terrible ou nulle suivant la façon dont on
l'a pointée. De son avion, l'observateur peut éclairer l'action
dans les détails ; s'il se trompe, quelles suites entraînera l'er-
reur ! Un jeu merveilleux de commandes fait, en trente
secondes, plonger le sous-marin, mais une manette tournée à
contre-temps envoie le navire par le fond. Enfin, l'interdé-
pendance des engins s'est resserrée à ce point qu'on n'en peut
employer utilement aucun sans le conjuguer avec d'autres.
Pour faire rendre tout le possible à un simple fusil automa-
tique, il ne suffit pas qu'on le braque, l'alimente et le tire.
Encore faut-il utiliser le terrain, recourir au camouflage, mar-
cher, guetter, combattre la nuit, mesurer des distances, échan-
ger avec les voisins des signaux codifiés, se servir à l'occasion
d'une jumelle, d'une boussole, d'une carte, porter le masque,
manier la pelle, la pioche, la serpe, la hache, s'adapter cons-
tamment a des circonstances changeantes. L'armée, jusqu'au
plus modeste de ses membres, subit la loi du progrès en vertu
de laquelle tout perfectionnement qui grandit la puissance
des hommes, en fait multiplie leur labeur.
Rien n'annonce, bien au contraire, que doive se ralentir
cette rapide transformation. Certes, maints soldats regrettent
les changements subis par les engins dont ils ont pris l'habi-
tude et les conférences internationales retentissent, comme les
parlements, de discours généreux contre les progrès du maté-
riel de guerre. Mais quoi ? Rien ne prévaut contre l'esprit du
temps. Déjà, la puissance des armes est radicalement différente
de ce qu'elle fut lors du dernier conflit. La capacité de feu
d'une compagnie d'infanterie française a, pour le moins,
doublé depuis 1918. Quelle figure font aujourd'hui les types
d'avions de la victoire ? Qu'on veuille comparer les cuirassés
du Jutland avec le prochain Dunkerque. Les progrès de la
T.S.F. sont en train de rendre caducs tous les moyens de
transmission.
Et voici que les chars qui partout entrent en service laissent
bien loin les formes frustes qui furent celles de leurs débuts.
A présent, sur chaque engin, de trois à quinze soldats, que ne
peuvent atteindre sous l'acier que les coups au but de projec-
tiles gros ou moyens, tenus à l'abri des gaz dans leur
blockhaus hermétique, en mesure de se cacher dans des
nuages artificiels, liés par ondes avec l'arrière, les voisins, les
avions, parcourent tous terrains à telle vitesse qu'il leur plaît

[294]

jusqu'à trente kilomètres à l'heure et en tirant sous tous les
angles. Si Darius choisissait avec soin les cochers de ses chars
à faux, Pyrrhus les cornacs de ses éléphants, si les institutions
du moyen âge concouraient à faire des chevaliers les plus forts
et habiles des hommes d'armes, le cuirassé du sol, qui res-
taure la manoeuvre, conduit nécessairement à la sélection.
Les conditions modernes de l'action militaire réclament
donc des guerriers une habileté technique croissante. Ce ma-
tériel, que la force des choses interdit dans les rangs, exige le
don, le goût, l'habitude de le servir. II y a là une conséquence
de l'évolution, inéluctable au même titre que la disparition
des chandelles ou la fin des cadrans solaires. Voici venu le
temps des soldats d'élite et des équipes sélectionnées.
C'est dire que la notion de quantité, prise bon gré mal
gré comme fondement de l'organisation et de l'art guerriers
depuis la fin du xviii° siècle, étayée de théories politiques pas-
sionnées, consacrée par plusieurs épreuves grandioses, n'assure
plus au premier échelon une valeur suffisante. Certes, au
temps où les citoyens consentaient, à faire l'exercice pendant
trois années de jeunesse, où l'armement ne comportait qu'un
seul type d'arme portative et une seule espèce de canon, où
pour neuf soldats sur dix l'instruction consistait à marcher
sac au dos, bondir et tirer à commandement, pousser baïon-
nette haute des charges tumultueuses, le système exclusif de
la nation armée demeurait satisfaisant, même pour notre cou-
verture. II ne l'est plus sans tempéraments, dans une époque
où le matériel exige des troupes une grande valeur technique,
tandis qu'on ne leur accorde qu'une formation de plus en
plus sommaire.
C'est qu'en effet, l'obligation militaire paraît aux masses
française plus lourde que jamais. Ce que l'on acceptait,
naguère, sous la menace imminente, on le supporte mal, une
fois la victoire remportée. Et puis, la vie se précipite et le
temps qu'on en distrait, pour aller aux casernes, paraît à beau-
coup cruellement improductif. Comme d'usage, ces tendances
élémentaires prennent figure de doctrines où s'alimentent les
surenchères. Sous prétexte qu'en notre siècle c'est la nation
entière qui se bat, certains dénieraient assez volontiers toute
utilité à la formation proprement militaire. Par le seul fait
qu'il se lèverait, le peuple aurait la force, l'adresse et la vertu.
Dès lors, assembler des troupes permanentes, cela serait inu-
tile, voire dangereux. Pour un peu, l'on poserait en principe

[295]

qu'une nation combat d'autant mieux qu'elle s'y est moins
exercée, comme Emile acquit l'instruction pour n'avoir pas
fait d'études.
Il s'en suit qu'une sourde poussée réduit de plus en plus la
durée du service actif. En deux lustres, celle-ci s'est abaissée
de trois ans à une seule année, encore écourtée depuis peu.
Déjà l'on parle de huit mois, en attendant qu'on propose six
ou quatre. Or, les recrues qui, par double fournée, passent
chaque année dans les régiments, qui croira qu'on en fasse,
même à beaucoup près, des techniciens du combat ? Dans les
vingt-quatre semaines à quoi se réduit, en fait, l'instruction
de chaque soldat, compte tenu des délais d'incorporation et
de libération, fêtes, congés, maladies, mesures sanitaires, cor-
vées, manutentions, travaux d'entretien, on sait bien que l'in-
fanterie, par exemple, ne peut dresser complètement mitrailleurs,
fusiliers, grenadiers, voltigeurs, servants d'engins, pion-
niers, observateurs, signaleurs, conducteurs, téléphonistes,
radiotélégraphistes, les rendre, pour certains, interchangeables,
les rompre à l'action d'ensemble, quand il faut tant de soins
pour former d'individus choisis une simple équipe de foot-
ball. Des groupements toujours provisoires, dispersés à peine
réunis, comme les figures d'un jeu de cartes sans cesse étalé
et battu, c'est en quoi, pour dire vrai, consistent nos corps de
troupes. Les anciens combattants achevant d'autre part de
s'effacer des fichiers des réserves, nos unités mobilisées ne
pourraient acquérir l'habileté collective qu'après un long délai
et qui va s'accroissant. Comment éviterait-on un immense
gaspillage d'hommes et de choses, si les circonstances leur
imposaient un jour l'épreuve précipitée du feu ?
C'est par là que la technique moderne rend à la qualité,
par rapport au nombre, l'importance qu'elle avait perdue.
Il est de fait, dorénavant, que sur terre, comme sur mer et
dans les airs, un personnel de choix, tirant le maximum d'un
matériel puissant et varié, posséderait au début d'un conflit
une supériorité terrible. C'est alors qu'on pourrait voir, sui-
vant Paul Valéry, « se développer les entreprises de peu
d'hommes choisis, agissant par équipes, produisant en quel-
ques instants à une heure, dans un lieu imprévus, des événe-
ments écrasants ». Sans doute, cet avantage serait-il momen-
tané. Pour peu que la foule trouve le temps de s'organiser et
de s'instruire avec toute la rigueur qu'exige l'outillage, bref
qu'elle cesse d'être la foule, les éléments spécialisés perdraient

[296]

progressivement leur puissance relative. Mais, pour un délai
de plus en plus long, dans un espace de plus en plus large
à mesure que s'accroissent la complication et le rayon d'action
des moyens, les troupes professionnelles sont assurées de
dominer. Dès lors, cette force, immédiatement capable de
prévenir et de riposter, qu'impose à la France sa « figure »
c'est une armée de métier qui la lui donnera.


Dernière édition par takata le Sam 4 Oct 2008 - 0:20, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 0:07

— III —


Tout se tient. Tandis que le machinisme porte l'ordre militaire
à créer pour les premiers chocs un instrument spécialisé,
il semble que l'orientation politique du monde ne laisse
pas d'y pousser aussi. Le principe des masses armées a natu-
rellement triomphé sans conteste pendant la période cruelle
où les nations engagèrent jusqu'à leur existence. Divers signes
font penser que ce stade est révolu. Non, certes, que l'on ait
cessé de s'envier, ni de se haïr, renoncé aux revanches ni aux
agrandissements. Mais les rêves de grandes conquêtes,
d'énormes profits économiques qui, récemment encore, ber-
çaient les impérialismes, on les caresse moins volontiers en
ce temps de nationalités solides, de neutres réprobateurs et
d'intérêts enchevêtrés. Il n'est plus certain qu'on prétende,
en commençant les luttes futures, tailler l'univers à son gré,
s'élever au-dessus de tous, détruire tel ou tel adversaire, mais
on trouverait fort bon de prendre le « corridor », la côte
dalmate, la Tunisie, un morceau des terres transylvaines... Par
rapport à ces buts relativement restreints, le déploiement
immédiat d'un effort militaire sans limites pourrait paraître
hors de proportion. Sans doute, prévoyant le cas où le fléau
déchaîné franchirait à nouveau les bornes, voudrait-on tenir
prête la mise en oeuvre de toutes les ressources nationales,
mais on s'efforcerait, d'abord, de trancher le litige par le
moyen d'une armée limitée, déployant du jour au lendemain
tout ce que le matériel moderne offre de puissance soudaine
à ceux qui savent l'employer, capable d'enlever une pro-
vince, de se saisir d'un gage, de secourir un autre Etat, Mis-
sions de rupture et d'occupation que, par parenthèse, ne
pourrait remplir à elle seule l'armée aérienne, où certains vou-
draient voir l'unique instrument des offensives de l'avenir.

[297]

II est vrai que l'instinct de conservation, l'horreur des
récentes hécatombes, un certain sentiment d'interdépendance
ont décidé les nations à s'associer pour chercher en commun
les moyens d'assurer la paix. Effort grandiose, honneur d'un
temps cruel, conformes par excellence au génie de la France
et à ses intérêts, mais qui conduit tout droit aux armées de
carrière. Car, si l'ordre international doit quelque jour s'éta-
blir, ce ne peut être, évidemment, sans le concours, au moins
statique, de la force. Nous le savons mieux que personne, nous
Français qui, seuls entre tous, avons proposé à Genève la
création de forces internationales. comme complément néces-
saire de l'organisation de la paix. Or, des troupes de ce genre,
que seraient-elles, sinon professionnelles ? En trouverait-on
d'autres pour séparer le Japon de la Chine, tenir le « Chaco »,
courir en Croatie, chasser du « Corridor », le cas échéant, la
Reichswehr et le Grentzschutz, de la Sarre les milices racistes ?
Au reste, le « Plan constructif » prévoyait que chaque Etat
entretiendrait pour des missions de ce genre un élément « spé-
cialisé », pourvu d'un matériel puissant, capable d'imposer en
un lieu donné la loi internationale. Par là le Plan proclamait
la supériorité militaire des troupes de métier, préjugeait du
caractère local que semble, dans ses débuts, devoir revêtir la
guerre, et saluait dans le soldat de vocation le garant néces-
saire des grandes espérances humaines.
Il faut convenir, d'ailleurs, que la substitution plus ou
moins complète de combats bien réglés aux heurts furieux des
masses en armes serait pour la race des hommes un bénéfice
sans prix. Pourtant, beaucoup vont affirmant que l'armée de
métier porte à l'agression parce qu'elle excelle dans les
attaques, tandis que les formations de service à court terme,
aptes surtout à la défensive, ont la vertu spécifique de favo-
riser la paix. Si l'on entend par là, comme récemment le
Plan français, que l'Etat doté d'une Reichswehr aura tou-
jours l'initiative contre un voisin qui n'a qu'une milice,
l'assertion est irréfutable. Mais conclure dans l'absolu que le
système des troupes de métier est, au total, plus meurtrier que
celui des levées en masses serait simplement absurde. Toute
maladresse n'est que relative. Parce qu'une troupe est inhabile
s'ensuit-il nécessairement qu'on s'abstiendra de la faire
attaquer, surtout si l'adversaire n'est pas mieux exercé qu'elle ?
Les Volontaires et Réquisitjonnaires de 92 et 93 ont-ils tant
hésité à se jeter sur leurs ennemis ? On n'a jamais vu de

[298]

rivaux s'acharner à l'offensive autant que les forces impro-
visées du Nord et du Sud dans la Guerre de Sécession.
Bismarck et Moltke ont entrepris trois grandes guerres avec des
troupes formées de conscrits et de réservistes. Et nous savons
quel fut, en Argonne et en Champagne, l'élan novice des
Américains. En outre, l'application du principe de la nation
armée, fournissant des ressources pratiquement inépuisables,
conduit à les prodiguer et, d'autre part, multiplie cette sorte
de pertes qui est, dans les combats, le tribut de l'inexpérience.
Au contraire, l'armée de métier, réduite, difficile à refaire,
contraint à l'économie. Louis XIV et Frédéric ont payé toutes
leurs guerres ensemble moins cher que ne le fit des siennes
la seule Révolution. La somme des vies et des biens qu'anéan-
tirent toutes nos batailles, depuis Jeanne d'Arc jusqu'à
Rochambeau, n'atteint pas le triste total de ce que nous coûta
la Grande Guerre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 0:07

— IV —


Ainsi, les nécessités de la couverture, les exigences de la
technique guerrière, l'évolution internationale s'accordent
pour nous dicter une réforme militaire profonde. Le moment
semble venu d'ajouter à notre armée de cadres, de réserves et de
recrues, élément principal de la défense française, mais lente
à réunir, lourde à mettre en oeuvre, et dont le gigantesque
effort ne saurait correspondre qu'au dernier degré du péril,
un instrument d'élite, apte à frapper à toute heure, en tout
lieu, en toute occasion. A ce corps de choc, richement pourvu
de matériel, motorisé pour une bonne part, progressivement
cuirassé, on donnerait, pour commencer, un effectif d'une
centaine de mille hommes. Tel est celui de la Reichswehr,
dont la puissance relative serait, de ce coup, compensée. Telle
est, d'autre part, la force minimum d'une « armée », orga-
nisme capable d'agir isolément et dont les stratèges admettent,
— à titre d'ordre de grandeur — , qu'il peut mener de bout en
bout des opérations offensives jusqu'à une distance de sa base
et sur un front actif d'une cinquantaine de kilomètres.
Une armée de cette sorte pourrait comprendre six divisions
de ligne, — dont une alpine, — une division légère, des
réserves générales d'artillerie, de chars, de troupes de com-
munication, d'unité de camouflage chaque division de type

[299]

normal constituée à trois régiments d'infanterie, un de chars,
un bataillon de chasseurs, une brigade d'artillerie motorisée,
un bataillon du génie, un groupe de reconnaissance, des
moyens de transport et des services. Ces forces, groupées pour
l'emploi, pourraient être capables, soit par exemple, en des-
cendant des Vosges, de reprendre Colmar et Strasbourg si
nous les avions perdus, soit, en sortant de Lille et de Dun-
kerque, de joindre Les Belges investis dans Anvers, soit, en
partant d'Eupen et Malmédy, d'arriver jusqu'à Cologne, soit
enfin, en prenant pour base la région de Wissembourg,
d'atteindre les ponts du Rhin à Mannheim et a Spire, par
delà Kaiserslautern, Neustadt et Landau. Capacité de
manoeuvre répressive ou préventive qui, liée à celle des flot-
tes maritime et aériennes, changerait du tout au tout les condi-
tions politiques et militaires de la sécurité française et de
celle de nos alliés.
Une pareille réforme ne ferait, d'ailleurs, que parfaire une
transformation déjà fort avancée. Car. derrière le décor des
principes, il y a beau temps que, suivant l'usage, la nécessité
accomplit son oeuvre. Voit-on pas que le système de la qualité
est en vigueur, dès à présent, dans maintes branches de la
force ? De deux membres de l'équipage d'un navire de guerre
français, l'un au moins fait métier de l'être. L'aviation, sauf
quelques manoeuvres, ne compte que des gens qui s'y sont
entièrement voués. Les troupes d'outre-mer comprennent
exclusivement des hommes engagés au delà de la durée légale.
II fait beau entendre, à Genève comme à Paris, les ministres
de la Marine, de l'Air et des Colonies rejeter comme absurde
pour leurs départements l'idée même du service a court
terme. Tout ce qui fait la police de l'Etat et des grandes villes
s'enferme en sa profession. Il n'est pas jusqu'aux pompiers,
naguère milices ingénues, qui ne deviennent partout des
corps de techniciens. Sur mer, dans l'air, et pour tout ce qui
maintient l'ordre, l'armée professionnelle est faite, sans
d'ailleurs, — soit dit en passant, — que nos institutions en
paraissent menacées, ni le peuple s'en émouvoir. Et, quant
à la défense du territoire par les masses mobilisées, nul ne se
risque à la concevoir sans réclamer des cadres solides. Ceux-ci
grandissent en effet. L'armée de terre compte aujourd'hui
cent vingt-huit mille Français qui font métier des armes, aux-
quels s'ajoutent la Garde Mobile, la Gendarmerie et divers
corps spéciaux.

[300]

II s'agirait tout simplement de cristalliser une partie de ces
éléments en belles et bonnes troupes formant école de cadres.
Certes, on devrait s'abstenir, pour traiter les volontaires,
des procédés étroits dont nous sommes un peu coutumiers. Dès
lors, « Messieurs les maîtres », bien logés et nourris, vêtus
brillamment, insouciants célibataires, jouissant du prestige
qui tient au maniement des moteurs, ondes et télémètres, pra-
tiquant les sports qu'on envie, vivant en campagne d'avril
à novembre et, tout en manoeuvrant, faisant leur tour de
France, se recruteraient aisément.
Bien mieux, ils sont là, déjà, et l'on peut, dès demain, for-
mer l'armée de métier sans demander un engagé de plus. Sur
les cent mille hommes nécessaires, il n'est besoin que de
Nord-Africains et Coloniaux choisis qui viendraient en déduc-
tion de la « Réserve mobile » stationnée dans la métropole.
Du jour où les troupes volontaires se trouveraient constituées,
la Garde républicaine mobile, soit seize mille professionnels,
créée pour remplacer dans le maintien de l'ordre les contin-
gents servant à court terme, disparaîtrait sans inconvénients.
En somme, nos régiments, tels qu'ils existent aujourd'hui, se
verraient diminués, au profit des unités nouvelles, de cin-
quante-quatre mille militaires de carrière.
Si l'on considère qu'ils en comptent vingt-deux mille en
excédent du chiffre prévu par les lois organiques, et que la
période des classes creuses va restreindre à la fois le nombre
des recrues et les charges de l'instruction, cette réduction
paraît fort supportable. Qu'on veuille, en tous cas, mesurer
les profits que l'armée française tirerait dans son ensemble
de ces collèges de cadres. Quelle terre de culture pour les
vertus militaires ! Quel instrument bien accordé offert à tous
les échelons du commandement, — officiers de complément
compris, — pour se former pratiquement aux parties élevées
de leur art ! Surtout, les jeunes volontaires, ayant reçu en
commun pendant six années la plus complète instruction
technique et morale, fourniraient ensuite aux contingents et
aux réserves des gradés de premier ordre. Comme d'autres,
nous en ferions « des chefs pour le peuple en armes ».

Recréer l'élite au profit de la masse, associer le nombre et
la qualité, telle est la tâche qu'exigent de l'armée à la fois le
progrès et la tradition. Certes, un pareil effort ne laissera pas
de lui coûter, car ce corps, nourri d'habitudes, ressent plus

[301]

durement qu'aucun autre les épreuves du changement ;
cependant, sa vigueur rajeunie, son prestige redressé compen-
seront largement sa peine. Pour l'arbre séculaire, l'âpre tra-
vail de la sève apporte en même temps le trouble et la pro-
messe. Hélas ! quel renouveau ne se paye d'un renoncement ?
Grieg nous a fait entendre, dans une musique immortelle,
cette sourde mélancolie qu'unit aux fanfares de la joie le
chant merveilleux du printemps.

Charles DE GAULLE.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 12:52

Bonjour à tous,

Et bien nous y voilà.
Merci à Stéphane d'avoir ouvert le "feu de l'avant" par son intervention sur les chars moyens (cavalerie et infanterie, classe 20 t) et d'être entré ainsi dans le vif du sujet.
Et merci à Olivier d'avoir posté in extenso le premier article de Charles de Gaulle, celui publié le 10 mai 1933 sous le titre Vers l'armée de métier, qui sera aussi celui du fameux bouquin publié un an plus tard.

takata a écrit:
On peut voir qu'à la base, il ne s'agissait pas du tout de rédiger un manifeste de la future doctrine des unités cuirassées mais de la politique militaire de la France.
Nous sommes absolument d'accord, ce point est essentiel et central dans la bonne compréhension du projet de Gaulle, et dans sa personnalité même. C'est pour cette raison que, dans mon analyse de GBM 85, j'ai pris soin de développer dans un long préambule " la croisade : une voie politique pour l'instrument de la politique de la France ".
De fait, de Gaulle ne naît pas le 18 juin 1940, ses écrits antérieurs sont déjà proprement "gaulliens". D'où aussi mon clin d'oeil, dans ce fil de discussion, à l"armée de dissuasion" (terme qui n'existe pas dans les écrits de CdG ; en 1933-1934, il préconise " la capacité de manœuvre répressive ou préventive ")

Mais venons-en aux considérations sur l'organisation des grandes unités (GU) de la future "armée de choc " : on voit, grâce au détail du texte du 10 mai 1933, qu'il s'agit bel et bien — et c'est si logique — de partir de l'existant, c'est à dire des divisions d'infanterie actives " motorisé[es] pour une bonne part, progressivement cuirassé[es]". Une seule variante importante, quant à l'origine organique des GU entre la vision initiale de CdG de 1933 et celle de 1934 : la division alpine (1933) n'est plus retenue — l'ennnemi à la mesure de l'armée de choc est bien l'Allemagne et seulement elle — , tandis qu'apparaissent les éléments d'infanterie nord-africains (1934), ce qui facilite la mise à disposition de GU actives immédiatement opérationnelles.

Chaque GU s'appelle " division de ligne ". Logique pour ce qui n'est, initialement, qu'une DI renforcée. CdG la voit, en 1933, comme une DI classique à l'infanterie divisionnaire inchangée (système ternaire à 3 RI), dans laquelle il injecte organiquement un régiment de chars et un bataillon de chasseurs. Division sans doute déséquilibrée en l'état, ou configurée de manière encore un peu timide pour un outil " répressif ou préventif ".
D'où l'abandon en 1934 par CdG de l'un des RI divisionnaires dont les trois bataillons seront remplacés, nombre pour nombre, par trois bataillons de chars (dont un léger), affirmant ainsi le côté cuirassé de la grande unité et la création de deux brigades distinctes d'armes de mêlée : la brigade de chars (à 2 RCC + 1 BCC léger) et la brigade d'infanterie (à 2 RI + 1 BCP)
Voilà pour la "réalité intellectuelle" du projet de Gaulle, tel qu'il a été effectivement écrit et publié. A ce sujet, la communication d'Olivier sur le texte intégral du 10 mai 1933 est particulièrement bienvenue.

———————

Passons (ou revenons) à présent à notre scénario-fiction et penchons-nous de plus près sur la partie organisationnelle des décisions de la réunion du CSG du 17 mai 1935. Je le fais sous la forme d'une série de questions, et non d'un quizz, car nulle réponse (sauf une peut-être) n'est gravée dans le marbre : tout à ce stade devient le fruit de l'imagination, sous réserve qu'elle soit fondée sur la logique géographique, opérationnelle... ou de simple bon sens. Imaginez que vous êtes l'un des membres éminents du CSG (en vous situant dans le camp des Modernes, naturellement, pas des Anciens). Et n'oubliez pas : le Maréchal est mort au faîte de sa gloire, nulle crainte désormais de recevoir l'opprobre de son regard marmoréen.

Donc, mes chers collègues, en vertu des décisions prises au dernier conseil du 17 mai auquel assistait le Ministre, nous nous trouvons maintenant devant de très multiples questions concrètes. Commençons par celles-ci :
— nous devons transformer 4 DIM et 2 DINA en 6 divisions de ligne (DL). Questions : lesquelles ? Pourquoi ?
— 4 RI et 2 RT (ou RZ) seront rendus disponibles. Questions : lesquels ? Qu'en faire ?
— 12 RCC (à deux bataillons) seront endivisionnés. Questions : les avons-nous tous présentement ? Comment allons-nous les répartir au sein des DL ? Avec les commandes indiquées par le dernier conseil, comment va s'organiser le processus de remplacement progressif de leur matériel ancien ? Quels choix et quelles priorités vont être les nôtres ?
— un BCC léger est en outre prévu au sein de chaque DL, mais le précédent conseil n'a pas défini son matériel, qui sera en tout état de cause un engin nouveau, à deux hommes. Questions : que préconisez vous à cet égard : un engin très rapide et faiblement blindé, ou un engin sérieusement blindé mais forcément plus lent ? Quel armement lui donner ? Ce BCC sera-t-il un troisième bataillon au sein d'un des deux RCC ? Ou un BCC formant corps ? Dans ce cas, quelle numérotation adopter ?
— un BCP est prévu à la brigade d'infanterie. Questions : quels bataillons doivent être désignés pour l'armée de dissuasion ? Si l'on emploie des bataillons existants, comment les remplacer dans leur division d'origine ? Y-a-t-il lieu de créer de nouveaux bataillons ?
— l'appellation "division de ligne" vient d'être adoptée. Questions : faut-il la conserver durablement, avec le sigle DL, ou adopter un sigle et un nom nouveaux ? Dans ce cas, lequel ? Et à quel stade du processus de transformation ?

Prochaine réunion du CSG... à votre disposition.

Bien cordialement à tous

François
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Stéphane Ferrard
Colonel
Colonel
avatar

Nombre de messages : 1052
Date d'inscription : 08/06/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 17:41

François,

Aïe, Aïe !

Avec le CSG (Conseil Supérieur de la Guerre) tu places la barre très haute au point que tu me rappelles les concours de CSO (Concours de saut d’obstacle) hippiques où seule une poignée peut réussir son parcours olympique. Je doute que la majorité puisse suivre mis à part les « Eléphants » que nous sommes (hélas) devenus et les futurs « Eléphants» qui sont la « graine qui monte », dont nous sommes parmi les pères spirituels et à qui tu offres, via GBM, une surface d’expression qui « révèle les talents ». Tout ceci fait tout de même peu de monde. Par contre, il y a sur ATF40 un lectorat silencieux qui est majoritaire. C’est à lui que nous devons offrir d’un coté une information historique de qualité (pour ça, on ne nous a pas attendus !) et un divertissement sous la forme d’U-Chroniques.

Pour ta U-Chronique, plutôt qu’une réunion de plus des « mandarins » du CSG qui s’interrogent sur « la face cachée de la Lune », je te suggère les points suivants :

- CdG est, dans les 15 jours qui suivent le vote de la loi, nommé au CSG à titre « exceptionnel et temporaire ». A partir de ce moment, les « mandarins » doivent voir les choses autrement.

- Un groupement d’expérience est créé, réunissant des unités motorisées de la Cavalerie (1ère DLM en cours d’amalgame) et de l’Infanterie (BCC sur chars D 1 et bataillons de chasseurs à pied portés sur camions) est créé sous le commandement du général Héring (Excellent choix de ta part). Lui est détachée à titre « provisoire» la 11ème escadre de bombardement qui compte, entre autres 4 escadrilles d’Amiot 122 Bp 3 basée à Metz et dépendant du Groupement d’Aviation de Réserve Générale. Ce groupement s’inscrit dans la droite ligne des expériences menées par l’Armée du Rhin dans la deuxième partie des années 1920.

- La constitution de ce groupement est essentielle car si le projet Reynaud/CdG a été voté, il n’en demeure pas moins qu’il reste, face à l’Institution, précaire. Il a donc besoin d’un coup d’éclat pour s’imposer et que pourrait bien lui offrir Hitler dès avril 1936.

Qu’en penses-tu ?

Stéphane
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 20:22

Bonsoir Stéphane,

Merci de ton intérêt très actif à ce fil de discussion.

Par relations personnelles avec certains des animateurs et participants d'ATF 40, j'imagine que plusieurs d'entre eux se trouvent déjà devant leurs grimoires, leurs tableurs et leurs ordres de batailles pour plancher sur la question des "orbats" et sur les numéros de divisions et de régiments à modifier, transformer, changer de garnison, etc. C'est un jeu intellectuel fort stimulant et pas si inaccessible que cela. Et puis, j'aime l'idée de l'interactivité complète, d'où la multiplicité de mes questions. Libre à chacun de répondre sur tel ou tel point. Nulle réponse globale n'est exigée (ce n'est pas un point bloquant) et tout ceci est, ne l'oublions pas, avant tout un "divertissement historique".

Cela étant dit, il faut un commencement à l'action, et la transformation de 6 DI en 6 "divisions motorisées cuirassées" (ou DMC, désignation réglementaire des " divisions de ligne " suivant la DM du 20 mai 1935, détails ci-dessous) est un sacré chantier, qu'il faut bien prendre par un bout, comme point de départ.

Donc, je retiens comme excellente l'idée de la formation d'un groupement d'expérience comptant :
— la 1re DLM de Reims-Verdun, sous le commandement du général Flavigny ;
— la 1re DMC (division motorisée cuirassée ; on voit d'emblée que l'appellation initiale proposée par CdG, "division de ligne", ne pouvait convenir, du fait de son sigle DL qui l'aurait apparentée à une division légère). Interactivité : je laisse aux internautes le soin de proposer à partir de quelle DI active la 1re DMC est constituée, et sa zone de garnison, qu'il convient cependant de situer entre les grands camps et la frontière allemande ; Nancy me paraîtrait approprié.
Le groupement d'expérience, placé sous le commandement du général Héring (QG désigné à Metz), est donc à la fois l'embryon de l'armée de dissuasion et son creuset quant à la formation.
Je pense prématuré de tenter à ce stade (mai 1935) un amalgame infanterie-cavalerie dans la formation des divisions. L'expérience montrera s'il y a lieu de pousser en ce sens, mais chaque chose en son temps... Je suis sûr que le développement rapide des DMC fera naître chez les cavaliers le désir, soit "d'en être", soit de développer leur propres DLM. Pour l'heure, remettons-nous-en à la sagesse du général Héring, qui a bien entendu son idée sur la question.

La 1re DMC recevra à titre provisoire les trois bataillons D 1 immédiatement disponibles (ils n'ont pas encore leur tourelle ST 2 mais ils l'auront dans quelques mois), et les quelques chars B existants. Ceci implique certains transferts géographiques (ce qui sera d'ailleurs le cas dans la réalité).
Toutefois, — et une décision ministérielle classée "Secret" le confirmait dès le 20 mai 1935 — le Président du Conseil, Ministre de la Guerre, sous le sceau de l'EMA, insiste sur le fait que la 2e DMC soit mise en chantier dès que possible. Saisie de la question, la direction de l'infanterie a proposé que, dès la mise à disposition opérationnelle du quatrième bataillon de chars modernes (qui sera, peut être sur D 2, peut-être sur B 1 selon les possibilités de l'industrie, nous ne le savons pas à l'heure actuelle), les deux premières DMC soient menées parallèlement, à deux bataillons de chars modernes chacune. Le Ministre a approuvé la proposition et l'a formalisée comme suit :
– 1re DMC " expérimentale " à quatre BCC dont trois modernes, sans aucun délai ;
– 1re et 2e DMC "provisoires" à quatre BCC dont deux modernes chacune, dès disponibilité du matériel.

Pour le général Héring, la question pratique globale est donc de pouvoir aligner, à échéance la plus brève possible, et idéalement à fin 1935, un corps spécialisé opérationnel ainsi composé :
— la 1re DLM dont les matériels seront progressivement modernisés (question suivie à part, la direction de la cavalerie s'en occupe activement) ;
— les 1re et 2e DMC à chacune 2 RCC (l'un à 2 bataillons modernes, l'autre à 2 bataillons FT), 2 RI et un BCP, tous motorisés avec priorité au BCP naturellement. Le maintien à titre provisoire des FT apparaît comme une triste nécessité ; ils seront employés, faute de mieux, pour la familiarisation de l'infanterie au combat conjoint avec les chars, car il est illusoire de leur voir jouer tout autre rôle.
À cet égard, faisant de nécessité vertu, le général Héring a prévu de pouvoir "monnayer" la DMC en l'organisant en trois groupements tactiques comme suit :
— 1er groupement tactique dit " de choc " : le RCC moderne, le BCP et un groupe de 75 ;
— 2e groupement tactique dit " de ligne " : un RI, un BCC FT et un groupe de 75 ;
— 3e groupement tactique dit " de ligne " : identique au 2e.
— réserves divisionnaires (ventilables) : deux groupes d'obusiers, génie, transmissions, services, etc.

S'agissant de l'aviation (NB : je ne connais pas l'Amiot 122. Quid est ?), le détachement à titre provisoire de la 11e escadre de bombardement au groupement d'expérience est une idée à creuser. Il faut néanmoins résoudre la question d'abord au niveau gouvernemental, compte tenu de l'existence indépendante de l'armée de l'air, relevant du ministère de l'Air. À ce sujet, il faut également tenir compte des relations franco-soviétiques toutes nouvelles : as-tu appris qu'un officier supérieur russe spécialiste des questions aéronautiques en coopération terre-air, le colonel Drareff, était en mission à Paris ? Il serait intéressant, tout en protégeant le secret de nos études chars, de tirer parti de son expérience dans le cadre de l'armée de dissuasion.

Enfin, au plan des instances supérieures, le lieutenant-colonel de Gaulle vient en effet (tu le savais donc ! Je vois que tu as toujours " l'oreille du Ministre ") d'être désigné par Edouard Daladier, sur intervention personnelle et insistante de Paul Reynaud, pour siéger " à titre exceptionnel et temporaire " au CSG. C'est un gage, certes pas de sérénité, mais d'efficacité dans le processus de réalisation effective du projet. Cela étant, il faut s'attendre à quelques remous avec les mandarins. Mais après tout, c'est le Gouvernement qui décide. Les militaires n'auront qu'à s'exécuter.

François


Dernière édition par françois vauvillier le Sam 4 Oct 2008 - 21:39, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 21:35

Bonsoir à tous les deux,

Pour compléter le premier article de De Gaulle, même si vous y faites très largement référence dans GBM 85, ce n'est pas inutile de lire le texte intégral de son second article de janvier 1935 : Comment faire une Armée de Métier.

Ma lecture et mon interprétation est assez différente de l'analyse des plans « Gaulliens » que fait François dans sa revue. Mais d'abord, voyons l'article.

Olivier
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 21:36

LA REVUE HEBDOMADAIRE — (31e ANNÉE — N°2)
— 12 JANVIER 1935 —

[137]
COMMENT FAIRE UNE ARMÉE DE MÉTIER (1)
« Il faut se piquer d'être raisonnable
et non point d'avoir raison. »
(JOUBERT.)

A quelles objections se heurtait, vers 1900, le règne
naissant du sport ! Combien de gens, alors, maudissaient
l'automobile ! Que de familles eussent cru tout perdu à
la pensée que les jeunes filles pourraient, un jour, sortir
seules ! Le rappel de ces souvenirs fait, à présent, sourire
l'âge mûr et rire aux éclats la jeunesse.
Ainsi, nos générations, élevées dans le culte exclusif de
la nation armée, et marquées par une guerre où la qualité
disparaissait sous la masse, semblaient, récemment
encore, fixées dans leurs conceptions. Il y a quelques
années, l'idée seule d'ajouter un instrument professionnel
au système des contingents servant à court terme et des
foules mobilisées eût provoqué, dans notre pays un éton-
nement général. Il faut dire que certaines illusions exté-
rieures et intérieures et les tendances momentanées de
l'école politique dirigeante contribuaient à inspirer un
pareil état d'esprit. Que les temps sont changés, déjà !

(1) Les circonstances actuelles imposent à la Revue Hebdo-
madaire
de passer en revue toutes les thèses que suscite la
nécessaire réorganisation de notre armée. Après les études que
nous avons publiées l'année dernière sur la Guerre brusquée, et
le plaidoyer pour l'Armée nationale de Civis, voici la démon-
stration de la nécessité et de la possibilité de créer une
Armée de métier
. - N.D.L.R.


[138]
Sans doute, la création d'un corps formé de spécialistes
soulève-t-elle encore des objections. Mais l'idée point, se
répand, s'impose. L'armée de métier, sortie du royaume
des chimères, en est aujourd'hui à l'ère des discussions.
Il est vrai que les circonstances, pour ne pas dire la
force des choses, précipitent cette évolution. Dans l'ordre
politique, le réarmement de l'Allemagne et l'avènement
à Berlin d'un régime par excellence guerrier placent
la France et ses alliés devant une sorte de menace latente.
Au point de vue stratégique, les raisons que certains
peuvent avoir de rechercher par l'attaque brusquée un
grand avantage initial se rencontrent avec les possibilités
de vitesse et de puissance que le moteur terrestre et
aérien procure aux armées modernes. Sur le terrain
technique, les progrès de certains matériels, avant
tout les chars et l'artillerie, en font dans la ma-
noeuvre des éléments prépondérants, mais les rendent
en revanche de plus en plus coûteux, complexes et déli-
cats. Enfin, dans le domaine moral, se dessine après tant
de troubles un désir de retour aux vieilles assises des
sociétés, dont la vertu militaire est l'une des plus solides.
Dès lors reparaît dans les esprits l'idée de répondre à ces
tendances conjuguées par le moyen d'un corps profes-
sionnel toujours prêt à l'action rapide, tirant des engins
nouveaux tout le rendement dont ils sont susceptibles,
formant des cadres de choix pour la nation mobilisée
et ranimant l'ardeur des vrais soldats. Bref, une armée
de métier, motorisée tout entière, blindée pour une large
part, école des chefs grands et petits, foyer d'esprit mili-
taire.
Cependant, si précipité est le rythme de l'évolution, si
naturelle l'appréhension à l'égard des changements, que
beaucoup, tout en admettant qu'une telle réforme serait
souhaitable ne s'y rallient point encore et fondent leurs
hésitations sur des impossibilités pratiques. Peut-être
ceux-là n'ont-ils point discerné que le même enchaîne-

[139]
ment de faits qui mène à la conception d'un instrument
de guerre nouveau engendre aussi les conditions qui le
rendent réalisable : preuve de l'obscure harmonie qui
préside aux affaires des hommes. Les besoins ne se déve-
loppent qu'à la mesure des objets destinés à les satis-
faire. Il est aisé de montrer que la constitution d'une
armée d'élite est actuellement possible.


Dernière édition par takata le Dim 5 Oct 2008 - 0:06, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 21:37

— II —

Ce corps de qualité aurait à servir d'avant-garde à la
nation mobilisée, en intervenant sans délai soit à l'in-
térieur de nos propres frontières, soit sur le sol des
États amis qui sont les marches de la France, soit sur le
territoire adverse. Puis, une fois la masse des contingents
et des réserves engagée à son tour, l'instrument d'élite
deviendrait, entre les mains du commandement, un élé-
ment de manoeuvre et de surprise, propre à créer « l'évé-
nement » dans une bataille générale. Il serait donc une
« armée » susceptible d'un front, d'une profondeur, d'une
articulation qui lui permettraient d'opérer en quelque
sorte isolément. On est conduit, en conséquence, à lui
attribuer une force et une composition de l'ordre de
six divisions de ligne, une division légère, des éléments
de réserve générale et les services correspondants. Enfin,
il faudrait le motoriser intégralement pour tous les ter-
rains et lui assurer une grande puissance de feu, de rup-
ture et d'exploitation.

Chaque division de ligne pourrait comprendre : une
forte brigade de chars (un régiment lourd, un régiment
moyen, un bataillon léger); une brigade d'infanterie
(deux régiments, un bataillon de chasseurs) ; une brigade
d'artillerie (un régiment lourd, un régiment léger); un
groupe de reconnaissance; un bataillon du génie; un
bataillon de transmissions et d'observation; un bataillon
de camouflage ; les services de la division,

[140]
La division légère serait formée (comme elle l'est déjà)
d'après les mêmes principes, mais avec des éléments plus
rapides et moins lourds.
Les réserves générales comporteraient tout au moins :
deux brigades d'artillerie lourde, un régiment de D. C. A.,
un régiment du génie (pontonniers), un régiment de
transmissions.
Le calcul des experts, pour une telle armée, unités
combattantes et services, donne un total d'effectifs
d'environ 98 000 hommes.
Il faut noter que, dans ce total, n'entreraient pas uni-
quement des Français. Il serait logique et raisonnable d'in-
corporer à cette armée de métier certains éléments indi-
gènes qui, d'ores et déjà, sont présents dans la Métropole.
Des douze régiments d'infanterie prévus, quatre pour-
raient être constitués de Nord-Africains choisis et ser-
vant à long terme. D'ailleurs, la plupart des services :
organes de ravitaillement de l'infanterie ou des chars,
colonnes de ravitaillement de l'artillerie, trains et con-
vois des divisions et de l'armée, utiliseraient avec avan-
tage des auxiliaires nord-africains, voire coloniaux (en
particulier annamites pour le camouflage, le service de
santé). Bref, 18 000 indigènes seraient à décompter, qui
limiteraient à 80 000 le nombre des Français de cette
armée de métier.
Pour pouvoir apprécier s'il est possible, ou non, de
recruter ces volontaires, il y a lieu de chiffrer également
le nombre des militaires de carrière qui devraient, par
ailleurs, être maintenus à l'encadrement des autres frac-
tions de l'armée française. Les sources officielles (rapport
du budget de la guerre pour l'exercice 1935) fixent
à 85 000 le nombre des « nécessaires » de cette catégorie,
pour l'ensemble des troupes de la métropole et d'outremer,
non comprises celles des troupes coloniales qui servent
aux colonies (budget des colonies).
Mais la création de l'armée professionnelle entraînerait

[141]
la dissolution de quelques-unes des unités du type actuel.
On peut admettre globalement que les six divisions de
ligne mécanisées remplaceraient quatre des vingt divi-
sions métropolitaines et une des cinq divisions de la force
mobile (pas davantage. d'ailleurs, étant donné les diffé-
rences dans la composition et dans les conditions d'em-
ploi). D'autre part, les six brigades de chars et les deux
brigades d'artillerie lourde prévues pour le corps d'élite,
prendraient respectivement la place d'une partie des
régiments de chars et de plusieurs des régiments d'artil-
lerie lourde qui existent aujourd'hui. Diverses compen-
sations partielles pourraient être envisagées aussi pour
les troupes du génie, les transmissions, les services.
Enfin, la division légère mécanisée, qui est constituée
déjà et comprend, du reste, une proportion croissante
de militaires de carrière, serait tout bonnement trans-
férée au corps de manoeuvre professionnel. Bref, tout se
passerait comme si l'ensemble des troupes françaises du
contingent et de la force mobile était réduit de cinq
divisions d'infanterie, une division légère mécanisée, plu-
sieurs régiments de chars, quatre régiments d'artillerie
lourde, divers éléments spéciaux, au profit de créations
nouvelles, sans que cet aménagement doive impliquer,
naturellement, aucune diminution dans l'effectif total des
contingents servant à court terme ni dans celui des
appelés ou engagés Nord-Africains et Coloniaux. Le
nombre des militaires de carrière nécessaires à l'encadre-
ment des unités restantes de l'ancien type ne serait
donc plus de 85 000, mais de 70 000 tout au plus.
Quatre-vingt mille constituant le corps de manoeuvre,
70 000 encadrant la masse, font un total de 150 000 Fran-
çais volontaires pour servir au delà de la durée légale.
C'est ce total de 150 000 hommes qu'il s'agirait de trouver.
Or, le rapport du budget de la Guerre fait connaître
que ceux des éléments de l'armée française qui relèvent
de ce budget atteindront, en 1935, le chiffre moyen de

[142]
90 000 avec majoration appréciable en fin d'année. Ledit
rapport admet, qu'à la même date, 13 000 spécialistes
auront été recrutés, tandis que la garde mobile comptera
environ 15 000 hommes. Enfin, et outre ces militaires
de carrière, spécialistes ou gardes-mobiles, il faut tenir
compte des jeunes gens engagés à plus ou moins long
terme, mais qui n'ont pas encore dépassé leur première
année de service. L'effectif de cette catégorie, variable
d'une année à l'autre, est évalué à 12 000 en moyenne.
On peut donc faire état de 130 000 Français, au moins,
volontaires pour la profession et présents sous les dra-
peaux. Encore n'y comprend-on pas les militaires de
carrière français servant aux colonies, ou dans les forma-
tions auxiliaires de l'Afrique du Nord, ou dans les troupes
syriennes et libanaises, ou dans les services de l'éducation
physique, ou dans la Légion étrangère, ou dans la gendar-
merie, ou dans la garde républicaine de Paris, ou dans
les sapeurs-pompiers, (près de 50 000 en tout). Il n'est
pas sans intérêt de remarquer à ce propos que, compte
tenu de 40 000 officiers de terre, de mer et de l'air et
des maistrances de la marine et de l'aviation, le nombre
de nos concitoyens qui font métier des armes approche
aujourd'hui de 240 000. On voit quelle créance méritait
la fameuse « loi », naguère si répandue, et suivant laquelle
la France ne serait organiquement capable de fournir
que 100 000 militaires professionnels.
Ainsi donc, sans réduire en rien l'encadrement de cha-
cune des unités du type actuel, sans toucher en quoi
que ce soit aux troupes des colonies, ni aux formations
auxiliaires d'outre-mer, ni aux corps spéciaux nécessaires
de la métropole, sans tailler le moins du monde dans les
services et établissements, et tout en laissant aux forti-
fications les spécialistes indispensables, il suffirait d'in-
corporer 20 000 volontaires de plus (13 pour 100 du
total) et de transformer la garde mobile pour disposer
intégralement en nombre du personnel de l'armée d'élite.

[143]
Cependant, le simple calcul des nécessaires et des exis-
tants ne donnerait qu'une idée incomplète du problème
de personnel qu'il faudrait résoudre. En effet, quelque
intéressant et varié que doive être le service dans les
troupes de qualité, surtout si l'on établit une permutation
périodique entre les hommes affectés aux diverses spé-
cialités, et si l'on organise l'émulation du haut en bas
de l'échelle, on ne saurait imaginer que de jeunes volon-
taires jouent indéfiniment le rôle de soldats du rang. Six
années, voilà, semble-t-il, quelle devrait être, pour la
plupart d'entre eux, la durée de leur service dans les
unités professionnelles, quitte à leur attribuer entre temps
les galons de sergent ou de maréchal des logis. Ensuite,
garçons de vingt-six ans, ils sortiraient du service rompus
au métier, pourvus d'une éducation militaire complète,
pleins d'autoritë, de confiance en soi, de prestige, pour
devenir sous-officiers d'encadrement. Comme le nombre
des Français nécessaires aux formations d'élite est évalué
à 80 000 environ, dont 10 000 constituant leurs propres
cadres seraient des briscards plus âgés, et qu'un certain
déchet doit être prévu, tout le problème reviendrait à
recruter chaque année 12 000 volontaires pour le métier
des armes. Qui peut douter que l'attrait propre à des
corps techniques et brillants, exploité par une politique
des cadres vraiment pratique et soutenue, déterminerait
aisément, dans une nation telle que la nôtre, ce courant
régulier de vocations militaires, alors qu'il s'en faut
de bien peu pour qu'il ne soit acquis déjà ?
Il ya lieu de remarquer que l'armée active ne pourrait
utiliser la totalité des cadres qui sortiraient annuelle-
ment des formations professionnelles. En effet, les mili-
taires de carrière, pour leur grande majorité, devraient
être mis à la retraite à quinze ans de service, soit après
six années passées dans les rangs des corps de qualité,
et neuf dans l'encadrement des unités du contingent,
d'outre-mer ou d'élite. Cet encadrement, comportant

[144]
quatre-vingt mille gradés (70 000 pour les troupes du
type actuel, 10 000 pour celles de métier), n'absorberait
chaque année qu'environ neuf mille sujets, alors que près
de douze mille sortiraient du corps d'élite. On trouverait
dans cet excédent le moyen d'entretenir l'émulation des
volontaires pendant leur service dans l'armée profession-
nelle et de quoi pourvoir au recrutement de la gendar-
merie, de la garde républicaine de Paris, des sapeurs-
pompiers, etc... (un millier annuellement). Resterait
à libérer chaque année environ deux mille sous-officiers
âgés de vingt-six ans, qu'il serait aisé de placer dans des
emplois de l'État ou dans l'industrie et qui renforceraient
les cadres des formations de réserve.
On voit comment l'armée de métier, tout en dotant
la France d'un instrument de manoeuvre de premier
ordre, formerait en même temps des cadres d'une valeur
éprouvée et dont l'afflux régulier donnerait à toutes les
unités une impulsion incomparable. A cet égard, les corps
d'élite pourraient offrir également aux cadres de la réserve
des moyens d'instruction et un milieu de formation qui
leur font aujourd'hui défaut. Tous les conscrits destinés
à devenir officiers de réserve et beaucoup des futurs sous-
officiers y feraient avec avantage au moins une partie de
leur service actif. La contagion d'ardeur des belles troupes,
l'intérêt propre au matériel bien employé, la permanence
d'unités constituées pour la manoeuvre, permettraient
de donner à ces jeunes gens choisis une empreinte pra-
tique et morale qu'ils ne reçoivent guère à présent. En
outre, les écoles de perfectionnement utiliseraient avec
grand profit, pour leurs exercices réels, ces unités toujours
disponibles. Qu'on veuille mesurer, enfin, l'ampleur et la
richesse du champ d'expériences techniques et tactiques
qu'y trouveraient le commandement et les états-majors.


Dernière édition par takata le Sam 4 Oct 2008 - 22:55, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 21:38

[145]

— III —

Mais, pour que l'année de métier vaille la peine qu'on
la mette au monde, ce n'est pas tout de lui promettre un
personnel choisi. Il faut pouvoir, également, lui donner
un matériel exceptionnel. La philosophie de l'institution
consiste dans l'emploi combiné d'engins très perfec-
tionnés par des hommes rompus à leur maniement. Or,
ce matériel, la technique moderne est-elle en mesure de
le procurer ?
Ce qu'une armée d'un pareil type présenterait d'essen-
tiellement nouveau consisterait surtout dans une très
large dotation en chars rapides de puissance variée, dans
une artillerie capable de tirer en tous azimuths et de
se déplacer vite, dans la motorisation complète, pour
circuler en tous terrains, de l'ensemble de l'infanterie,
du génie, des troupes de transmissions, enfin dans un
vaste système de camouflage actif aussi bien que passif.
Chacune de ces conditions est, en effet, indispensable et,
d'ailleurs, liée aux autres. En outre, en pareille matière,
l'à peu près et la lésinerie seraient à proscrire avant tout.
Or, c'est un fait que tous les grands pays construisent
des chars lourds, moyens et légers, dont la vitesse, la
protection, le rayon d'action, l'armement assurent à qui
les emploie, là où il les emploie, cette capacité de sur-
prise, de rupture et d'exploitation qui est le postulat
de l'armée de métier. A partir du moment où les chars
peuvent, comme c'est le cas, porter et mettre en oeuvre
à vive allure, loin de leurs bases, sous un blindage épais,
quel que soit le terrain, des canons à tir rapide, des armes
automatiques, des lance-bombes et lance-grenades, la
première condition technique d'un corps de choc motorisé
est réalisée du coup. D'autre part, le système de
l'affût biflèche et la traction mécanique, chenilles ou
six roues, pennettent maintenant à l'artillerie de s'adapter,

[146]
en fait de balistique, de tactique, de conduite de tir,
de ravitaillement, à la manoeuvre complexe et mobile
des éléments blindés. Un 75 moderne peut tirer, à vo-
lonté, sur tout le tour de l'horizon, sous les angles les plus
variés, en usant d'une sorte unique de charge et de pro-
jectile. Il existe des pièces lourdes courtes, à tir rapide et
plongeant, qui ne se dépointent plus et des pièces lourdes
longues tous azimuths, à mise en batterie presque ins-
tantanée, d'une portée de trente kilomètres. Le moteur,
la chenille et le pneumatique donnent à ce matériel,
aussi bien qu'à l'infanterie, la faculté d'évoluer par monts
et par vaux, à la même allure moyenne que les chars.
Pour ce qui est du camouflage, les fumées et brouillards
artificiels, épandus par l'aviation ou projetés à partir
du sol, procurent aux troupes bien en mains des ressources
presque illimitées, à condition qu'on veuille et
qu'on sache s'en servir. Enfin, la télégraphie sans fil,
la radiophonie, l'autogire permettent de relier entre elles
et de commander les fractions les plus mobiles.
A quoi bon, cependant, s'exalter sur tant de progrès,
s'il était démontré que les finances de l'État sont impuis-
santes à nous les offrir ? Mieux vaudrait, en ce cas, nous
résigner sans discours et, tel le pauvre hère qui hausse
les épaules devant le magasin de luxe, nous accommoder
de la médiocrité. Mais si la dépense n'excédait pas nos
moyens, nous serions inexcusables de rester démunis
ou de nous contenter de cotes mal taillées par peur
des mots ou révérence à l'égard de principes périmés. Il
faut aller au fond des choses et chiffrer ce que coûterait
la création d'une armée de manoeuvre mécanisée.
On voudra bien, d'abord, observer que la division
légère existe déjà de pied en cap. Quant au matériel
d'artillerie adéquat aux formations en cause, il est, dès
à présent, en service pour la plus grande partie et en
construction pour le reste. Sans entrer dans le détail
des transformations de l'artillerie actuellement en cours,

[147]
on peut avancer que cette arme est virtuellement en
mesure de fournir aux six divisions de ligne et aux ré-
serves générales de l'armée de métier l'espèce et la quan-
tité du matériel qu'il leur faudrait. Il n'y aurait là
aucune dépense qui ne soit faite ou engagée.
Il en est sensiblement de même pour l'armement et
l'équipement de l'infanterie d'élïte. Par contre, ce serait
une grande entreprise que de doter les trente-trois mille
fantassins et chasseurs, ainsi que les dix mille sapeurs
et camoufleurs, des voitures tous-terrains destinées à les
transporter avec leurs armes, munitions, outils et bagages.
Ces voitures, de types variés suivant qu'elles seraient
destinées à telles ou telles unités, allant depuis le véhi-
cule léger jusqu'au car ou au camion à roues multiples
ou à chenilles, atteindraient à peu près le nombre de
sept mille. Comme il s'agirait là d'un matériel de qualité
et qu'on doit prévoir, au surplus, pour cette masse de
voitures, un équipement particulier, des réserves consi-
dérables d'échanges et de remplacements, des stocks de
carburants et d'huiles, il est raisonnable de compter
que chacun des sept mille véhicules reviendrait, en
moyenne, à cent mille francs, au total sept cents millions.
Mais les chars ? Ces dominateurs seraient nombreux
et coûteraient cher. Pour réaliser la dotation complète,
il en faudrait : 432 lourds (288 de ligne, 144 de rempla-
cement) à un million et demi pièce ; 1 296 moyens (864
de ligne, 432 de remplacement) à sept cent mille francs;
540 légers (360 de ligne, 180 de remplacement) à quatre
cent mille. En tout un milliard sept cent soixante et onze
millions, que l'on doit arrondir à deux milliards afin de
tenir compte des ateliers, parcs, outillages, voitures
annexes et moyens de ravitaillement, sur lesquels toute
restriction pourrait avoir les pires conséquences.
Enfin, l'équipement complet des sept divisions d'élite
et des réserves générales, en fait de moyens de transmis-
sions « dernier cri » (radiophonie, notamment), les larges

[148]
dotations à prévoir en matériel d'observation et de repé-
rage, l'organisation adéquate de certains services, en,
particulier Intendance et Santé, reviendraient à deux
cents millions.
Trois milliards, tel est, au grand total, l'ordre de gran-
deur des dépenses qu'entraînerait la création de l'instru-
ment de manoeuvre spécialisé. Mais il est évident que les
charges consécutives devraient être réparties sur plu-
sieurs exercices budgétaires car on ne peut penser à faire
sortir de terre l'armée de métier en un instant. L'enrô-
lement des jeunes volontaires, les changements d'affec-
tation et l'adaptation des cadres, l'installation, les fa-
brications de matériel, les expériences, les changements
dans l'organisation, ne pourraient être réalisés que pro-
gressivement. Les crédits correspondants porteraient donc
sur quatre ou cinq années. A supposer que la réforme
soit entamée immédiatement, les exercices de 1935 à
1940 auraient à supporter, de ce fait, en moyenne six
cents millions de dépenses chacun.
Mais ce ne seraient pas là, à beaucoup près, des charges
supplémentaires. On doit, en effet, déduire de ces chiffres
une partie de ceux qui sont inscrits déjà ou qui, en toute
hypothèse, devront l'être ultérieurement pour les fabri-
cations du matériel neuf nécessaire à l'armée française.
Que l'on crée, ou non, des divisions professionnelles, il
faudra bien, de toute manière, et sous peine de nous con-
damner à une infériorité grave vis-à-vis d'autres puis-
sances, pourvoir au remplacement des chars modèle 1918
par d'autres de types modernes, mécaniser une partie
de nos unités d'infanterie, poursuivre la motorisation
de l'artillerie, de la cavalerie, du génie, des services,
perfectionner les moyens de transmissions. En somme, le
corps de manoeuvre ne ferait que recevoir en forte pro-
portion ce matériel neuf, puissant et délicat, dont, dès
aujourd'hui, le plan d'armement prévoit la construction,
tout au moins pour une partie, et dont le financement est

[149]
en cours ou envisagé. Seulement ce matériel serait
groupé dans des conditions et mis aux mains de gens
tels que le meilleur rendement pourrait en être tiré. En
tenant compte de cet élément, on constate que la création
du corps de manoeuvre est, budgétairement parlant, très
aisément concevable.

— IV —

Le mouvement se prouve en marchant. L'expérience
qui fera l'essai d'une fraction de l'armée de métier ne
manquera pas de révéler toutes les vertus du système.
Le jour où la première des divisions d'élite déploiera sur
le terrain d'un exercice combiné sa vitesse et sa puissance,
où son échelon blindé, lié avec l'aviation, couvert
d'éléments légers, déchirera tout à coup le voile du ca-
mouflage et entamera l'attaque à la vitesse d'un cheval
au galop, où son infanterie, rompue à la manoeuvre,
usant pour se déplacer tour à tour de ses jambes et de
ses voïtures, appuiera les chars d'objectif en objectif
en organisant des bases solides de feu et de recours, où
son artillerie tous-azimuths et tous-terrains fera la preuve
qu'elle est capable de concentrer à tout moment, de près
aussi bien que de loin, le tir de toutes ses pièces, ce jour-là
l'armée française prendra conscience d'un art nouveau
et connaîtra la voie des gloires futures.
Et quand, pour la première fois, ce terrible instrument
défilera dans nos villes, faisant trembler le sol sous ses
engins et ses canons modernes, montrant au seul aspect
des soldats d'élite ce que la vocation, le métier, l'esprit
militaires donnent aux troupes de fort et de grand, alors
le peuple français, secoué d'un frisson trop longtemps
oublié, sentira renaître en son coeur la nécessaire fierté
des armes.

CHARLES DE GAULLE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Sam 4 Oct 2008 - 23:39

Zut, le système m'a mangé mon très long post (j'ai heurté une touche avant d'avoir sauvegardé et plouff !)... on verra ça demain !
Wink
Olivier
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Dim 5 Oct 2008 - 7:32

Bonjour à tous,

En résumé de ce que j'avais plus longuement écrit :

Ce que je comprends, en lisant ces deux articles et en y intercalant son livre, c'est que De Gaulle ne raisonne pas sur la base d'un plan bien précis et très détaillé en ce qui concerne l'organisation et l'équipement de son armée (je doute même qu'il ait chiffré quoi que ce soit avant que Reynaud ne lui ait demandé une estimation du coût) : ce sont juste des ordres de grandeur et des évaluations sommaires. Il s'attache avant tout à démontrer la nécessité d'un corps professionnel et, le facteur auquel il attache le plus d'importance, ce n'est pas le matériel mais ce sont les ressources humaines. Il suffit de voir le nombre de pages qui lui sont consacrées : les carrières, le recrutement, le moral, les « valeurs militaires », le commandement, etc. Il ne s'agit pas là d'une étude technique qui traiterait des aspects tactiques. Rien ne prouve qu'il les aurait d'ailleurs appronfondis plus que ça. Il se borne à rappeler ce dont l'industrie est capable en matière d'armement et quelles pourraient être, selon lui, les missions d'une armée avec des armements modernes servis par un personnel d'élite.

C'est d'autant plus frappant que, dans mon édition de "Vers l'armée de métier"[1], la partie « composition » fait 34 pages dans lesquelles moins de 7 sont consacrées à l'équipement proprement-dit ; tout le reste, 27 pages, concerne encore principalement le personnel.

On voit bien que De Gaulle est un bon produit des Écoles de Guerre françaises : il est extrêmement éloquent sur toutes les questions géo-stratégiques et politiques, certainement incollable pour l'histoire militaire qu'il peut assortir d'une multitude de références littéraires et classiques, sur les grands mouvements de masse des armées, sur le commandement et les forces morales de la nation mais on sent qu'il est beaucoup moins à l'aise sur le plan technique — ce qui n'est certainement pas un effet de style voulu.

Deux-trois détails m'ont frappés, comme lorsqu'il dit dans "comment faire une armée de métier" : « Le calcul des experts, pour une telle armée, unités combattantes et services, donne un total d'effectifs d'environ 98.000 hommes. » S'il était — et il devrait l'être — un de ces "experts", il aurait pu faire ce calcul lui-même en faisant une simple table des effectifs de son armée. Mais il préfère s'abriter derrière des avis, semble-t-il, plus autorisés. De même, entre le premier article et le bouquin, j'ai noté qu'il a augmenté la vitesse des chars (dans l'absolu) de 10 km/h, passant de 30 à 40 dans une phrase identique aux deux textes. D'autre part, la référence à un canon tout azimuth tirant à 30 km me semble une coquille — même si François y voit le signe d'une unité d'ALVF ! — plus qu'une référence à un quelconque matériel en production. Ce ne serait pas logique d'inclure de l'artillerie lourde sur voie ferrée dans une telle armée ; et il précise bien, par ailleurs, uniquement de l'artillerie (tractée) sur roue et sur chenille se déplaçant avec les chars, ce qui est beaucoup plus logique. Donc, il doit s'agir, dans son esprit, d'un matériel d'artillerie "techniquement réalisable" par l'industrie. De même, les évaluation des coûts sont vraiment à la louche, histoire de faire entrer le tout dans une enveloppe budgétaire de 3 milliards, ce qui représente certainement un seuil psychologique au niveau du financement plutôt qu'une réelle étude de prix basée sur des matériels précis, existants ou à venir. C'est un peu comme lorsque les marins font leurs prévisions budgétaires à tant de millions de francs la tonne : si un char de 20 tonnes vaut actuellement 700.000 F, un char léger d'une douzaine en vaudra 400.000 F et un char lourd d'une quarantaine 1.500.000 F. C'est vraiment comme ça que je le vois procéder. Un dernier point concerne le nombre de véhicules : 7.000 camions et véhicules "divers et variés" pour 6 divisions "blindées", avec les éléments de deux ou trois corps plus ceux d'une armée... c'est extrêmement léger ! Une division hippo Allemande avait plus de 1.000 véhicules et le Panzergruppe Kleist, en mai 1940, en comptait plus de 41.000 pour trois Korps, 5 Pzd et 3 Mot. C'est un indice de plus qu'il n'y avait pas eu d'étude technique très poussée derrière les chiffres de De Gaulle, alors qu'il s'agit-là de son dernier article de 1935. Il ne sert à rien, de ce fait, d'imaginer qu'il ait revu à la baisse le nombre de chars en tenant compte d'autre chose que du coût global.

Tout ceci ne l'empêche pas d'être particulièrement bien inspiré dans la description de l'emploi et l'intérêt stratégico-opérationnel de posséder une telle armée, même si l'on peut se demander, de par l'évolution de son projet en quelques mois, s'il n'a pas tenté de justifier après-coup, par la technicité nécessaire dans l'emploi des chars, son idée première qui est uniquement celle d'une véritable armée professionnelle : un pendant à la Reichswehr. Donc, je dirai en conclusion qu'on est libre d'imaginer ce qu'on veut au niveau de la réalisation définitive de "l'armée De Gaulle" en matière d'équipement, car seule la description des missions à remplir devrait influencer les caractéristiques de son matériel.

Olivier

[note : Paris, 1944 - texte original, couverture Croix de Lorraine]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Stéphane Ferrard
Colonel
Colonel
avatar

Nombre de messages : 1052
Date d'inscription : 08/06/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Dim 5 Oct 2008 - 15:36

François,

Pour l’Amiot Bp3, il fut mis en service à partir de 1930 et construit à 80 exemplaires. Triplace de bombardement/reconnaissance, il emportait 800 kg de bombes. Biplan à train fixe à moteur Lorraine de 650 ch, il volait à 210 km/h. En 1935, il équipait encore le GB III/11 avant d’être remplacé par le Bloch 200. Il était comme les Bréguet XIV et XVIIII relativement bien adapté à l’attaque en vol rasant (et non en piqué).

En fonction de la crise des effectifs (classes creuses) et des budgets, il me semble difficile de créer des unités nouvelles sauf par transformation. Il nous faudra donc attendre l’été 36 et le fameux plan des 14 milliards de Daladier avant de « bouger », aussi je te propose :



Groupement d’expérience

Tous les personnels sont soit d’active, soit servant sous contrat service long, 25% sont des appelés.

1 Etat Major de CA, général Héring. Adjoint (pour avis) général Delestraint, Chef d’Etat Major Lieutenant- Colonel de Gaulle. Le général Héring a proposé que le groupement soit appelé « Groupement de la garde au Rhin » en référence à l’Armée du Rhin qui fut le creuset de la mécanisation de l’armée française. Le général (Héring) reconnaissait que « garde » ne correspondait pas à la mission offensive du groupement mais qu’il ne pouvait que plaire politiquement.



1ère DLM

(Je vois mal le général Flavigny à sa tête car en 1932, il déjà Directeur de la Cavalerie)

1 régiment d’AMD du type White Laffly 50 et 80

1 régiment de combat à deux groupes d’escadrons (AMC 29)

1 régiment de Dragons portés avec 1 groupe d’escadrons d’AMR P 28 Citroën en cours de remplacement par des AMR 33 Renault.

1 régiment d’artillerie TTT à 3 groupes de 75 mm et 2 de 155 mm C 17, l’ensemble sur trains rouleurs + une batterie AC dotée de 75 mm 97/33 (8 pièces).

1 escadrille d’observation + une section d’avions estafettes dite « Groupe de division de cavalerie »

Génie, Transmissions, Services.



Dans l’impossibilité de créer de nouvelles GU (manque d’unités d’artillerie et de transmissions) c’est la 1ère DIM qui servira de creuset (Les DIM étaient prévues pour recevoir chacune un bataillon de chars 20 tonnes).

- 1 GRDI avec AM

- 3 régiments d’infanterie motorisée (Enlevés par les unités du Train)

- 1 régiment d’artillerie TTT à 3 groupes de 75 mm et 2 de 155 mm C 17 + 1 BDAC à 12 pièces de 75 mm 97/33.

Génie, Transmissions, Services.



Brigade de chars (formée à partir du 507ème RCC)

- 3 bataillons de chars D 1

- 1 section chars lourds (3 engins) de B (pour études). Un bataillon prévu pour fin 1936

- 1 bataillon de chars D2 (à former progressivement en 1936)

- 1 compagnie à 13 chars légers FT 17 sur chenilles Kégresse

- 1 bataillon de chars FT-17

Eléments détachés au GpEx (dire Gépex) pour études :

- 19ème BCP (commandé par CdG à la fin des années 1920)

- 1 batterie de 194 mm sur chenilles (Action lointaine TAZ)

- 1 groupe de canons automoteurs de 75 mm CA mle 13

- 4 sections de 13,2 mm mle 30 bitube de la DAT (installées sur plate forme de camions ordinaires pour étude « en grand » de la défense des colonnes)

- 1 batterie de 25 mm CA type Hotchkiss, fournie avec le personnel de la société sous contrat temporaire.

-

Matériels d’instruction commandés par transformation de matériels existants :

Etude des possibilités tout azimut de l’artillerie d’appui direct.



- 12 maquettes de 75 mm automoteurs sur châssis P 19 (destination 1ère DLM)

- 12 canons de 75 mm mle 97 sur FT 17 type STAT 1924 à réaliser par l’APX. Les automoteurs seront transportés sur remorques (à destination 1ère DIM).



Etude des possibilités de canons automoteurs antichars :

- 6 canons de 47 mm mle 1902 M sur châssis de char FT 17 (canons fournis par la CORF)



En attendant les nouveaux chars légers :

- 2 compagnies de chars FT 17/Kégresse pour avoir un bataillon de chars légers rapides sur la base de 45 chars. Renault s’engage à les livrer sous un délai de trois mois à partir de la notification de la commande. Les FT-17 non transformés seront remplacés « au plus vite » par un char léger moderne dont les livraisons sont attendues pour 1936.



Commande de matériels spécifiques :

- 110 voitures blindées du type Citroën P 104 « Colonies » pour le transport du 19ème BCP



Forces aériennes associées :

1ère Région aérienne Metz

Missions :

- Protection (D 500)

- Appui direct (Amiot 122)

- Appui indirect (Léo 20)

- Reconnaissance (ANF 114 R2)

Les unités de la 1ère RAé serviront aussi de plastrons en simulant des attaques aériennes contre le GpEx. Un Etat Major aérien sera incorporé à celui du groupement d’expérience.

Cordialement
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Dim 5 Oct 2008 - 21:32

Bonsoir Stéphane,

Sacrés détails... et le diable, dit-on, est dans les détails. Il faut donc faire très attention dès que l'on sort des grandes lignes.

En réponse très partielle (je viens juste de rentrer à Paris, retrouver ma chère doc), je me plonge dans un petit bouquin très utile pour nos explorations uchroniques sur base réelles : l' "Emplacement des troupes de l'armée française" à la date du 1er juillet 1935 (302 pages) nous renseigne parfaitement sur ce qui est faisable quant à l'identité des GU et des corps constitutifs choisis (je n'entre pas ici dans les détails de composition).

POURSUITE DE l'UCHRONIE
La direction de l'infanterie, confrontée donc au voeu du ministre de mettre sur pied, dans la foulée, les 1re et 2e DMC avant fin 1935 avec les ressources existantes, et compte tenu des impératifs que constituent d'une part le stationnement géographique des DI et des corps de troupe, et d'autre part le maintien autant qu'il sera possible de la tradition et des titres de gloire desdites unités s'attachant à leur numéro, propose au ministre la solution suivante (modification au développement antérieur) :

— la 1re DMC sera obtenue par transformation de la 1re DI (QG à Lille) en voie de motorisation
— la 2e DMC sera obtenue par transformation de la 12e DI (QG à Châlons-sur-Marne) en voie de motorisation

Du fait de leur stationnement respectif, c'est la 2e DMC (et non la 1re DMC) qui sera réalisée en premier sur le type " expérimental".

Le Groupe de divisions mécaniques de Champagne (GDMC, nom usuel donné au Groupement d'expérience du général Héring), au stationnement homogène dans la zone — idéale — des grands camps, comprendra donc :
— la 1re DLM (cavalerie)
— la 2e DMC (infanterie)
assurant ainsi une cohérence numérique interne au GDMC.
Le QG du GDMC est provisoirement déplacé de Metz à Reims.
Le Cours pratique de mécanisation de la cavalerie de Reims deviendra organisme interarmes cavalerie-infanterie, avec extension du périmètre dédié et doublement des équipes, à partir du personnel des chars de combat.

La 2e DMC (ex-12e DI) comprend :

2e brigade de chars de combat, EM à Nancy (historique)
508e RCC de Lunéville, qui recevra le bataillon D1 du 505e RCC de Vannes (historique) et conservera 1 bataillon FT
510e RCC de Nancy, qui recevra 2 bataillons D1 dont l'un du 503e de Versailles (historique) et l'autre du 507e RCC de Nancy.

2e brigade d'infanterie motorisée (création)
— le 106e RI (Reims) (historique)
— le 150e RI (Verdun) (historique)
— le 19e BCP, dont le chef de bataillon Charles de Gaulle avait eu le regret de prononcer lui-même la dissolution à Trèves (armée française du Rhin) au moment de son départ en 1929 (historique), est recréé au camp de Mourmelon (le 8e zouaves qui y stationnait jusqu'alors libère ses casernements pour permettre d'accueillir à Mourmelon, d'une part le 19e BCP recréé, d'autre part les bataillons tournants de la 2e brigade de chars allant et venant de Lorraine, ainsi que des unités organiques du GDMC).

2e brigade d'artillerie motorisée(création)
— 25e RA de Châlons (historique)
— 361e RA de Commercy (historique)

Bon, j'arrête là pour ce soir.

Bonne soirée à tous, je répondrai à takata demain

François
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
takata
Sous-Lieutenant
Sous-Lieutenant


Nombre de messages : 338
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Dim 5 Oct 2008 - 23:47

françois vauvillier a écrit:

Bonne soirée à tous, je répondrai à takata demain
Bonsoir,
Désolé de perturber ce fil. C'est sûr qu'il vaudrait mieux déplacer mes posts en dehors de cette Uchronie afin de ne pas nuire à sa lisibilité. Un dernier point, concernant les textes de De Gaulle, que j'ai oublié de mentionner au sujet de la réduction du nombre de chars que vous supposez à partir de "Vers l'armée de métier" (1934). Votre explication dans GBM 85 s'articule comme suit : il ne donne pas le nombre de chars mais on peut le déduire du nombre de canons et mitrailleuses mentionné pour la "forte Brigade cuirassée", soit, 150 canons de moyen calibre, 400 canons de plus petit calibre et 600 mitrailleuses.

Votre hypothèse donne :
- 150 chars lourds (type B1) -> 150 canons moyens , 150 canons légers, 300 mitrailleuses
- 150 chars moyens (type D1) -> 0 canons moyens, 150 canons légers, 300 mitrailleuses
- 100 chars légers (type inconnu) -> 0 canons moyens, 100 canons légers, 0 mitrailleuses
Total : 400 chars -> 150 canons moyens, 400 canons légers, 600 mitrailleuses

Mais il y en a aussi une autre :
- 150 chars lourds (type inconnu) -> 150 canons moyens , 150 canons légers, 150 mitrailleuses
- 250 chars moyens (type inconnu) -> 0 canons moyens, 250 canons légers, 250 mitrailleuses
- 100 chars légers (type inconnu) -> 0 canons moyens, 0 canons légers, 200 mitrailleuses
Total : 500 chars -> 150 canons moyens, 400 canons légers, 600 mitrailleuses

Comme je crois que De Gaulle ne parle pas de matériel existant ou à venir, j'aurai tendance à penser que la mienne est la bonne : en effet, les matériels existants n'ont pas la vitesse et l'autonomie qu'il décrit. Dans ce cas, il n'aurait pas non plus réduit le nombre de chars avant d'avoir grossièrement évalué les coûts en 1935.

Olivier
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
françois vauvillier
GBM
GBM


Nombre de messages : 2217
Localisation : Paris
Date d'inscription : 09/10/2006

MessageSujet: Re: Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc   Lun 6 Oct 2008 - 0:35

(communication ne tenant pas compte du dernier post de takata ; réponse à venir ultérieurement)

POURSUITE DE L'UCHRONIE (suite)

1) En complément de la structure divisionnaire de la 2e DMC (ex-12e DI en voie de motorisation)

– le groupe de reconnaissance divisionnaire avec AM sera le 3e GRD, provisoirement constitué des éléments moto-mécaniques du 9e dragons d'Epernay (historique). Il dispose pour l'heure d'un seul escadron comptant trois pelotons motocyclistes, un peloton d'AMD et un peloton d'AMR de modèle ancien. A porter a minima au niveau :
— 1 escadron motocycliste
— 1 escadron mixte AMD/AMR (12 voitures blindées)
— 1 escadron de mitrailleuses et canons

— les unités automobiles du train, destinées au transport stratégique rapide des 106e et 150e RI (qu'on ne dotera pas pour le moment de véhicules organiques) seront fournies par le 6e escadron régional du train (détachement de Mourmelon) et par le 120e escadron automobile de réserve générale (Sainte-Ménehould).

2) Matériels nouveaux ou spéciaux à attribuer aux unités de la 2e DMC dans l'immédiat

Chars
Outre la dotation standard indiquée plus haut :
— 1 section expérimentale de chars B (pour études), composée des chars n° 101, 102 et 103 (à porter à une compagnie au plus vite). Affectée au 508e RCC.
Ultérieurement (à ventiler entre 1re et 2e DMC suivant décision du Ministre) :
— 1 bataillon de chars D 2 (à former en 1936)
— 1 bataillon de chars B 1 (idem, absorbant la section puis compagnie visée plus haut)

Question des chars légers à deux hommes :
La solution provisoire, un instant envisagée, de l'emploi de chars légers FT sur chenilles Kégresse ne peut être retenue, ce matériel par ailleurs ancien ayant prouvé son extrême fragilité. Dans ces conditions, relancer sa fabrication, même en quantités limitées, même sur un propulseur Kégresse amélioré (qui resterait d'ailleurs à mettre au point, car les procédés techniques ont largement changé ces douze dernières années) est inopportun.
La Section de l'armement et des études techniques (SAET) de l'EMA estime donc que la solution au problème posé réside :
— soit dans la commande pour l'infanterie de matériels type AMR présentant un blindage analogue à celui du FT (ou éventuellement la mise à disposition provisoire, par la cavalerie, d'un certain nombre d'AMR 33 sur ses propres lots) ;
— soit dans la commande pour l'infanterie d'un certain nombre de "chars X" du programme de 1933 (char de 6 t).
La question est actuellement discutée au niveau de l'EMA. Le général directeur de la cavalerie, officieusement informé de la question, a déjà fait connaître sa très vive hostilité à toute cession à l'infanterie de matériel moderne " que la cavalerie, pionnière de la mécanisation, a le plus grand mal à obtenir dans les délais promis ".


Bataillon porté de chasseurs à pied (19e BPCP)
Le projet de commande de 110 voitures blindées du type Citroën P 104 « Colonies » se heurte aux exigences du programme des voitures de combattants à 10 hommes (1 groupe de combat par voiture) d'une part, et d'autre part aux performances nettement supérieures des nouvelles voitures tous terrains à six roues, qui paraîssent constituer la formule d'avenir si l'on en juge par les premiers essais des véhicules Lorraine et Laffly six-roues à la Commission de Vincennes.
La direction de l'infanterie proposera en conséquence au Ministre la commande de 70 voitures six-roues Lorraine 28 (à 10 hommes) légèrement blindées, permettant d'équiper le 19e BPCP en véhicules organiques du champ de bataille. La désignation " voiture blindée de chasseurs portés" (VBCP) est proposée.


Artillerie
1) Le 25e RA, du type à tracteurs tous terrains (TTT), sera composé de :
— 3 groupes de 75 mm
— 1 groupe actif d'obusiers de 155 CS (1 second groupe en réserve ; en outre, perspective du 105 C)
— 1 BDAC à 12 pièces de 75 mm 97/33.
Sur pied de guerre, le 25e RA donnera naissance au 225e RA lourd à 2 ou 3 groupes d'obusiers.

NB : erreur de la transmission précédente : le 361e RA de Commercy est devenu, en avril 1935, le 103e RALA (même garnison). Il reste, pour l'heure, en dehors du Groupement d'expérience.

2) Un régiment-cadre expérimental groupera tous les autres éléments d'artillerie du Groupement d'expérience. Il chapeautera :

Des éléments d'étude des possibilités tous azimuts de l’artillerie d’appui direct :
— 12 canons de 75 mm mle 97 sur FT type STAT 1924 à réaliser par l’APX. Les automoteurs seront transportés sur remorques.
(NB : dans la même optique, mais disposant d'une mobilité beaucoup plus grande, un certain nombre de maquettes d'automoteurs sur châssis semi-chenillés P 19 sont réalisés dans le cadre de la 1re DLM, qui sera détaillée ultérieurement)

Des éléments d'étude des possibilités de canons automoteurs antichars :
— 6 canons de 47 mm mle 1902 M sur châssis de char FT (canons fournis par la CORF)

Des éléments antiaériens :
— 1 groupe de canons automoteurs de 75 mm CA mle 1913 fourni par le 401e RADCA
— 4 sections de 13,2 mm mle 1930 bitube de la DAT (installées sur plate forme de camions ordinaires pour étude « en grand » de la défense des colonnes)
— 1 batterie de 25 mm CA type Hotchkiss, fournie avec le personnel de la société sous contrat temporaire.

Des éléments d'artillerie lourde de corps ou de réserve :
— 1 groupe de 155 GPF à tracteurs modernes tous terrains, type à six roues Laffly S 35 T
— 1 batterie de 194 GPF sur chenilles (action lointaine TAZ), fournie par le 184e RALT de Valence.


Bonsoir, je rends l'antenne.

François


Dernière édition par françois vauvillier le Lun 13 Oct 2008 - 21:54, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Uchronie - ET SI la Chambre vote l'armée de choc
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» Uniformes de l'Armée Espagnole
» Ordre de bataille des Armées à Waterloo. E-M, et Garde
» La Grande Armée en quelques chiffres
» Ordre de bataille de la Grande Armée à Austerlitz
» Figurines 1/72ème de la Grande Armée

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
ATF40 :: La période 1919 - 1940 de nos jours :: Uchronies :: Hypothèses de travail & réflexions-
Sauter vers: