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 Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain

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SiVielSto
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MessageSujet: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Lun 28 Avr 2014 - 20:16

Les services de renseignements alliés (et particulièrement français) ont souvent obtenu durant les années 30 et ce jusqu'à 1939 (au moins), des renseignements très précis sur les intentions, les plans, les forces... de l'Allemagne. Tout cela bien souvent en vain pour ce qui est de leur exploitation pratique en décisions politiques, diplomatiques ou militaires.
Ce travail de renseignement dans des pays au régime souvent totalitaire nécessitait une prise de risque certaine.

En revanche, je reste surpris par la faiblesse du renseignement militaire quant à la Belgique, en particulier sur des faits faciles à connaître dans un pays démocratique comportant une forte présence française dans sa population, avec des liens étroits de tout genre avec la France, allié jusqu'en 1936, d'accès facile...

Certes les relations de la Belgique avec le camp allié ne furent pas toujours simples et empruntèrent plus d'une fois des chemins tortueux aux enjeux cachés et de surcroît, les renseignements effectivement connus des alliés ne furent pas souvent transmis aux échelons d'exécution, un bel exemple en est le croisement entre cavaliers français et chasseurs ardennais, néanmoins il reste incroyable que la France ignore le 10 mai 40 quel est l'emplacement des obstacles antichars belges ou l'état de préparation des positions le long de la Meuse ou de la ligne Antwerpen-Wavre-Namur?
De simples passages réguliers au travers des campagnes belges suffisaient et pas besoin de grands experts militaires pour au moins se faire une bonne idée de la chose!
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Lun 28 Avr 2014 - 21:36

Bonsoir,

D'après Prioux, Souvenirs de guerre (cité par Bergh, Victoire éclair), les Français ont su à partir de la mi-avril que le barrage antichar qui barrait la trouée de Gembloux était en train d'être déplacé.

Bergh n'en dit pas plus, peut-être Prioux ? Mais je ne l'ai pas.

Il faut croire que le cas Dyle présentait trop d'intérêt pour y renoncer. On peut supposer que comme à ce moment là les généraux (Blanchard, Billotte…) ne s'opposent plus à ce plan, l'une des conditions considéré auparavant comme nécessaire à l'exécution n'a alors pas suffit à le remettre en cause.
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SiVielSto
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Mar 29 Avr 2014 - 9:53

Chevalier libre,

Ma réflexion ne porte pas sur les conséquences bien réelles de ce manque de renseignements militaires et des décisions maintenues (le Plan Dyle) ou changées en fonction mais bien sur la faiblesse de la récolte des renseignements récoltés (en comparaison avec d'autres succès bien plus sensibles par ailleurs). Pourquoi? Comment ne pas avoir suivi l'évolution en Belgique sur le plan militaire de façon plus continue et plus attentive (voire détailliste)? Défaillance du renseignement militaire allié? Volonté politique trop strictement appliquée?

Claude Paillat cite les compte-rendu d'un officier du Corps de Cavalerie, parti seul le 10 mai en mission de "reconnaissance" en Belgique. Je n'ai pas son nom sous la main pour l'instant. Cet officier découvre que la position de la trouée de Gembloux n'a pas (ou quasi pas) été préparée par les Belges. Il cherche des contacts auprès de commandants belges jusqu'à Liège sans avoir une liste pré-établie des principales autorités militaires...
Il devait quand-même être possible de suivre sans trop de difficultés les travaux (ou leur absence) en Belgique et d'établir un carnet d'adresses des autorités belges jusqu'au niveau corps d'armée? Les Alliés étaient-ils à ce point tétanisés par la neutralité belge ou les Belges étaient-ils à ce point méfiants (probablement) et efficaces dans leur surveillance (ici j'ai des doutes)?

L'officier du Corps de Cavalerie est la Capitaine Métivier. Probablement un des 1ers Français à entrer en Belgique le 10 mai 40.


Dernière édition par SiVielSto le Sam 3 Mai 2014 - 20:36, édité 1 fois (Raison : Ajout d'un nom)
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Mar 29 Avr 2014 - 15:22

Oui, ce que je voulais surtout dire c'est que les Français savaient vraisemblablement qu'il n'y avait plus de barrage à Gembloux. Du reste, c'est pas le genre d'installation qui passe inaperçue et le contraire aurait donc semblé étonnant. Le compte-rendu dont vous parlez va dans le sens de votre premier message, où les exécutants ont été laissés dans l'ignorance vis-à-vis des Belges.

Sinon peut-être avez vous déjà trouvé quelques indices de ce coté là : Bloch, L'étrange défaite (pour rappel, il travaillait au 4e bureau de la 1re armée)

« que nous fûmes donc mal informés ! 
[…] 
Les attachés militaires dépendaient non du G.Q.G., mais du ministère
[…] 
Sous couvert d'un fallacieux respect de la neutralité, ministère et G.Q.G. s'accordaient, à leur tour, pour interdire aux états-majors subordonnées toute prospection directe en Belgique »
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Sam 3 Mai 2014 - 19:45

Bonjour

la décision de rentrer en Belgique date de novembre 1939. Les travaux de fortification se poursuivirent en Belgique avec intensité entre le 3 septembre 1939 et le 10 mai 1940. Le principal effort porta cependant sur la position KW. Les travaux furent poussés avec une activité redoublée à partir du début de septembre 1939. La position KW était juste terminée lors de l'invasion de la Belgique, sauf en ce qui concerne le placement de l'obstacle anti-chars entre Wavre et Namur dont les travaux furent poursuivis sous le feu des Allemands.

Il est donc très difficile, même pour un service de renseignement étranger, d'avoir des renseignements, sur des positions en chantiers, sans informations précises venant du gouvernement effectuant ces travaux.

Cordialement
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SiVielSto
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Sam 3 Mai 2014 - 20:49

Suite à des échanges passés  avec des vétérans de la IX Armée s'étant battu à Haut-le-Wastia et environs (ils sont aujourd'hui pratiquement tous disparus sauf un membre du 39e RI), il semble que tout déplacement en Belgique avait été strictement interdit mais qu'au moins l'un d'entre eux avait reconnu la Meuse belge au Sud de Namur en civil.

Je ne pense pas que la drôle de guerre a mis fin aux déplacements Belgique/France de nombreux civils.
Les Allemands l'ont certainement fait. Un de mes amis de l'équipe du Musée du Souvenir, actif par ailleurs sur ce forum, m'a montré un document de la 4e Armée allemande avec des croquis, simples mais très ressemblants, de tous les ponts entre Namur et la frontière!
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Dim 4 Mai 2014 - 20:25

Bonjour

voici ce que nous dit le Général G. ROTON dans son livre ANNEES CRUCIALES éditeur Charles-Lavauzelle & Cie édition de 1947 :

" Le 5 novembre, au cours d'une conférence des chefs d'état-major généraux à laquelle sont conviés le Général Georges et le Général Billotte, on étudie la manoeuvre à exécuter au cas où la Hollande seule serait envahie.
Le 7 novembre, les intentions du Commandement allemand se confirment. Des démarches comminatoires sont faites à Bruxelles et à La Haye. Le Führer fait demander au roi Léopold de prendre une position nette dans le conflit et à la reine Wilhelmine de consentir à l'occupation par la Wehrmacht des centres stratégiques de Flessingue et de Rotterdam.
Le 9 novembre, la situation s'aggrave aux frontières de Hollande. Le Comité de défense hollandais se réunit et décide de résister à l'agression. A Bruxelles, le gouvernement ayant décidé d'intervenir en cas de violation de la Hollande, M. Spaak se tourne vers le gouvernement britannique et lui fait part de ses craintes. Mais le Général Ironside, chef de l'Etat-Major impérial, le renvoie au Commandement français qui, selon lui, est seul qualifié pour traiter les questions militaires sur le plan terrestre. L'attaché militaire belge à Paris se rend alors à Vincennes où il prend pour la première fois un contact officiel avec l'Etat-Major français. Il demande des renseignements sur le dispositif que nous avons réalisé à la frontière et sur nos intentions.
 Ce changement dans l'attitude du Commandement belge à notre égard allait amener le Général en Chef à reconsidérer sous un jour nouveau le problème de notre intervention. C'est au cours d'une conférence tenue le 14 novembre au G.Q.G., à La Ferté, que prend définitivement corps l'idée du Général Gamelin d'aller au delà de l'Escaut et de pousser notre dispositif de bataille jusqu'à la ligne Anvers-Namur. Il fut convenu qu'en cas de repli forcé du canal Albert, le gros des forces belges se regrouperait sur la ligne Anvers - Louvain. Les Britanniques tiendraient le secteur de Louvain à Wavre et les Français celui de Wavre à Namur. La VII° Armée, tout en conservant sa mission aux bouches de l'Escaut, serait portée en arrière et à gauche des Belges.
 Certaines difficultés concernant la réalisation de la manoeuvre furent soulevées. La principale était relative au choix de la direction de repli adoptée pour l'Armée Belge. Le mouvement de rocade qu'elle imposait aux troupes pour venir prendre position dans la région d'Anvers s'avérait très difficile à exécuter sous la pression d'un ennemi tant soit peu mordant et mettant en oeuvre des formations blindées.
 Une autre difficulté s'imposait à l'attention du Commandement. Si l'hypothèse Escaut pouvait faire pratiquement abstraction du concours belge, l'hypothèse Dyle nécessitait par contre une étroite adaptation du plan belge au plan franco-britannique. A ce point de vue, une collaboration préalable des Etats-Majors alliés s'avérait indispensable.
 Le Général Georges a consigné sur le programme de séance du 14 novembre que lui avait remis la veille un officier de liaison de Vincennes, les remarques que lui suggéra la discussion engagée, ce jour-là, sur la manoeuvre Dyle. Elles marquent déjà de sérieuses réticences de sa part. On lit sur ce document l'annotation suivante : "on ne peut se porter de l'Escaut sur la position Anvers-Namur que si le Commandement a le sentiment - de par la tournure des événements, le degré d'efficacité de la résistance belge et les délais qu'elle procure - de pouvoir atteindre la position avant que l'ennemi soit en mesure de l'attaquer en forces.. Par qui sera prise la décision ? Normalement par le commandant du théâtre d'opération Nord-Est; mais, étant donné son importance, en fait la décision sera prise par accord avec le commandant en chef."
 La décision prise à l'issue de la conférence du 14 novembre par le Général Gamelin est à la base de son Instruction personnelle et secrète n° 8 du 15 novembre.
 Cette Directive marque une orientation décisive dans l'évolution de notre plan d'intervention en Belgique. L'idée d'une bataille défensive à la frontière est définitivement abandonnée; désormais on ira se battre à 100 kilomètres plus au nord, dans les plaines belges, sur une position dont l'organisation n'est qu'amorcée. Il convient de remarquer que la manoeuvre définie par l'instruction n° 8 n'est pas celle qui sera déclenchée le 10 mai 1940 comme semble croire le Général Gamelin dans ses Souvenirs. Dans le dispositif de bataille prescrit par cette Instruction n° 8, la VII° Armée est maintenue à la gauche des Belges en réserve de G.Q.G., et sa mission de liaison avec l'Armée Hollandaise reste éventuelle. La manoeuvre Dyle déclenchée au moment de l'attaque allemande, présentera plus d'ampleur encore et comportera une opération de la VII° Armée dans la région Bréda-Tilburg.
 Signalons que le problème de notre intervention en Belgique fut étudié, sur le plan international, au conseil suprême du 17 novembre à Londres. Le Président Daladier y déclare qu'il "considère l'occupation de la Belgique comme très grave, presque autant qu'une occupation du territoire français. Le gouvernement français est donc bien décidé à faire tout l'effort nécessaire pour tenir sur la ligne Anvers-Namur. Pour cela le haut Commandement compte mettre en oeuvre trois armées avec 20 Divisions françaises, 6 britanniques, 18 belges, soit au total 44 divisions..."
 Et en conclusion des débats, le Conseil se met d'accord sur le point suivant : "Etant donné l'importance qu'il y a à maintenir les forces allemandes aussi loin à l'Est que possible, il est essentiel de s'efforcer par tous les moyens de tenir la ligne Anvers-Namur dans l'éventualité d'une invasion de la Belgique par les Allemands."

Il ne reste plus au général commandant le théâtre d'opérations Nors-Est qu'à préciser les conditions de la manoeuvre arrêtée par le commandant en chef, celles de notre établissement sur la position Dyle.
 Dès le 16 novembre, le Général Georges s'est rendu au P.C. du Général Billotte où il a rencontré tous les commandant d'armée et Lord Gort. L'entretien a porté sur le rythme à adopter pour assurer le mouvement en avant coordonné de la B.E.F. et de la Ière Armée. Les itinéraires de marche ont été minutieusement étudiés et répartis entre les armées intéressées et des horaires établis. Toutes mesures ont été prises pour réaliser une arrivée en ordre sur la position Dyle.

 Les dispositions, arrêtées en conférence, trouvent leur confirmation dans l'Instruction personnelle et secrète n° 8 du 17 novembre du général commandant sur le front Nord-Est. Le dispositif à réaliser comprendra :

- l'Armée Belge, de la limite nord de la position d'Anvers à Louvain exclu;
- le B.E.F., de Louvain inclus à Wavre inclus;
- la Ier Armée, de Wavre exclu à Namur;
- la IXème Armée, sur la Meuse de Namur - Mézières.

La VIIème Armée, placée en réserve de G.Q.G., à l'ouest d'Anvers, aurait pour mission de soutenir éventuellement l'Armée Belge et de parer à un débordement par l'Escaut maritime.
 Cette manoeuvre ne devait pas donner satisfaction au Général Gamelin car, selon lui, elle n'apportait qu'une solution imparfaite au problème de la liaison entre les forces belges et néerlandaises.
 Au cours d'une conférence improvisée à Arras le 23 novembre, en l'absence du Général Georges, le général en chef demande au Général Billotte d'étudier une extension de la manoeuvre Dyle au nord d'Anvers, en direction de Bréda, en vue de se raccorder à la "position Hollande".
  Cette opération pourrait être menée par la VIIème Armée, maintenue jusqu'à présent en réserve derrière la gauche du 1er Groupe d'Armée. Un autre problème devait être étudié conjointement : le renforcement éventuel de la position du canal Albert par les forces alliées, au cas où les Belges réussiraient à s'y maintenir.
 Ces études faites (notes 3505 et 3506 S/3 du 30 novembre 1939), le Général Billotte les transmet au Général Georges qui rentre ainsi dans le circuit. Il y expose les difficultés d'exécution de l'opération de Bréda en présence d'une offensive ennemie débouchant de la Meuse et visant les bouches de l'Escaut. Le terrain d'accès présente bien une série d'obstacles sérieux - la Meuse, les marais du Pech, le canal Guillaume - mais ces obstacles n'ont de valeur que s'ils sont défendus. Or, la défense hollandaise du Limbourg n'est assurée à l'entrée du couloir de Venlo - Bréda que par un Corps d'Armée et des éléments de division légère qui ne paraissent pas devoir opposer à l'envahisseur une résistance prolongée. Cette résistance rompue, les force allemandes pourraient atteindre la côte dans un délai très court. Les éléments de la VIIème Armée, partant de la région de Dunkerque - Cassel, auraient à faire 200 kilomètres pour atteindre la ligne Bréda - Saint-Léonard sur laquelle elles devraient improviser un barrage reliant la place d'Anvers à la position Hollande. Cette distance est le double de celle qui sépare la frontière allemande de Bréda.
 On ne peut donc affirmer que la VIIème Armée pourra, à coup sûr, devancer l'ennemi. Tous calculs faits, le Général Billotte estime que l'arrivée des cinq ou six divisions que devrait comprendre l'armée, s'échelonnerait entre le troisième et le douzième jour.
 En marge de l'étude du commandement du 1er Groupe d'Armée, on peut lire cette annotation du Général Georges qui était sa conclusion sur l'opération : "C'est le type de l'aventure. Si l'ennemi masque la Belgique, il peut manoeuvrer ailleurs. Donc ne pas engager nos disponibilités dans cette affaire. Ecarter le rêve."
 Le 5 décembre, le Général Georges transmet au Général Gamelin les études du Général Billotte, en soulignant les dangers qu'elles présentent dans leurs conclusions (Lettre n° 941-3 Nord-Est du 5 décembre). En ce qui concerne la "manoeuvre Bréda", il s'élève contre l'emploi de la VIIème Armée dans une opération dont l'exécution lui paraît très problématique. "Le problème est dominé par la question des moyens disponibles, écrit-il. il n'est pas douteux que notre manoeuvre défensive en Belgique et Hollande devra être conduite avec le souci de ne pas nous laisser entraîner à engager sur cette partie de théâtre, devant une action allemande qui ne pourrait être d'une diversion, la majeure partie de nos disponibilités. Par exemple, en cas d'une attaque ennemie en forces se déclenchant, au centre, sur notre front entre Meuse et Moselle, nous pourrions être démunis des moyens nécessaires à la riposte."
 En ce qui concerne la manoeuvre de renforcement sur le canal Albert, le Général Georges estime qu'elle ne peut être montée a priori, la répartition des forces alliées envoyées en renfort devant être nuancée au dernier moment en fonction des renseignements recueillis sur la zone d'application de l'effort allemand et les points de moindre résistance de l'Armée Belge.
 Il conclut : "La poussée sur le canal Albert ne peut être exécutée en sûreté, qu'en partant de la Dyle avec un ordre de bataille cohérent et puissamment constitué."
 Sur ce point, il était d'ailleurs d'accord avec le Général Billotte.
 Le général en chef se rallia momentanément à ce point de vue.

 Le 12 janvier, à Bruxelles, le Général Van Overstraeten, conseiller militaire du Roi, alerte notre attaché militaire et lui fait part de ses inquiétudes. Des documents militaires importants ont été saisis sur un aviateur allemand égaré dans des conditions mystérieuses; ils laissent supposer qu'une attaque allemande est imminente. Dans la nuit, le Général Delvoie, attaché militaire belge à Paris, vient à Vincennes confirmer ces renseignement.
 Le général Gamelin avise immédiatement le Général Georges que l'Attaque allemande est attendue pour le matin même. Le gouvernement belge a fait savoir qu'il était prêt à faire appel aux forces alliées si elle a lieu. On n'attend plus que l'approbation du Roi.
 Le 14 janvier, au matin, l'attaque allemande ne s'est pas produite. On se demande si l'on se trouve en présence d'un bluff ou d'une mystification organisée par les Allemands en vue d'avoir une occasion d'intervenir.
 Le général en chef, consulté par le Président Daladier sur l'opportunité de notre entrée en Belgique, estime qu'il faut saisir l'occasion. Sur le plan militaire nous avons intérêt à pénétrer le plus tôt possible en territoire belge pour gagner les Allemands de vitesse. Sur le plan moral, ayant manifesté aux Belges, à plusieurs reprises, que telles étaient nos intentions, nous ne pouvons nous dédire.
 A 15h30, le Général Gamelin téléphone : "Le Roi des Belges a fait connaître son intention de nous appeler. Le gouvernement français a donné une réponse favorable. La France ne peut pas dire non sans forfaire à l'honneur. Le cabinet britannique va délibérer. C'est la bataille !".
 A 15h45, le Général Billotte communique : "Les armées rendent compte que les barrières de routes à la frontière belge sont ouvertes. On nous attend."
 A 16h45, le Général Georges lance l'ordre d'alerte au 1er Groupe d'Armées.
 Mais le 15 janvier au matin, le vent avait tourné. On apprend que la réponse britannique est vague et peu satisfaisante. Le gouvernement de Londres a donné son acceptation de principe aux propositions belges, mais avec des réserves. Le général en chef prend, une fois de plus, position vis-à-vis du gouvernement sur l'opportunité de notre intervention. Il adresse au Président du Conseil une note pour le mettre au courant des mesures militaires importantes qui ont été prises. Les troupes françaises ont, au cours de la nuit, serré sur la frontière belge. Toute heure perdue peut être grosse de conséquences si l'attaque allemande se produit. Il demande que le gouvernement belge soit mis en face de ses responsabilités.
 Mais, au cours de l'après-midi, s'annonce la fin du drame qui avait agité Bruxelles, Paris et Londres pendant deux jours.
 A 17h00, le Général Billotte téléphone que, devant la IXème Armée, les barrières belges ont été remises en place.
 Et à 20h30 le Général Gamelin communique : "Le gouvernement belge a repoussé la proposition du Roi; il a déclaré ne pas pouvoir prendre la responsabilité de nous appeler préventivement."

On aurait pu croire, après cette alerte, que les contacts repris entre les Commandant français et belges se poursuivraient, ouvrant de nouvelles perspectives aux deux Etats-Majors pour un travail fructueux en commun. il n'en fut rien. Les obstacles routiers, symboles de neutralité, reprirent leur place à la frontière et nos amis belges ne manquèrent pas une occasion de nous faire savoir que l'accès de leur territoire restait interdit à nos soldats.
 Après l'attitude que nous avions prise pendant la crise, le gouvernement de Bruxelles ne pouvait plus douter qu'au premier appel de sa part, nous lui apporterions une assistance immédiate. Et cela seulement lui importait.

 Le Commandement français en fut donc réduit, comme par le passé, à faire connaître ses besoins et ses desiderata sous forme de "suggestions". Au sujet de notre mouvement vers la Dyle et la Meuse de Namur - Givet, un certain nombre de questions inquiétantes se posaient. N'étant pas certains de devancer l'ennemi sur la coupure de la Meuse, nous demandions que l'Armée Belge prit à son compte la garde des ponts en amont de Namur jusqu'à l'arrivée de nos avant-gardes.

 D'autre part, pour assurer la mise en train rapide des travaux à faire sur la ligne Dyle - Gembloux, nous suggérions l'idée de constituer en arrière de cette position des dépôts de matériel du génie.
 Mais toute nos demandes restèrent sans effet.

 Le haut Commandement n'en continue pas moins l'étude, sous leurs aspects les plus variés, des modalités de notre intervention en Belgique - Hollande. Sur ce sujet les points de vue du général en chef et du commandant du théâtre Nord-Est ne s'accordent pas toujours. Tandis que le Général Gamelin ne songe qu'à donner de l'ampleur à la manoeuvre, le Général Georges, soucieux de conserver des réserves stratégiques pour le moment décisif de la bataille sur le front de France, demande qu'on réduise l'étendue des projets et qu'on révise les missions de nos armées du Nord dans le sens de l'économie.

 Fin février, s'ouvre une possibilité pleine d'intérêt pour l'avenir. Progressivement, au cours de l'hiver, l'effectif des forces britanniques en france s'est développé : cinq divisions sont à pied d'oeuvre dans le nord et deux autres ont commencé leur débarquement. Le créneau donné à la B.E.F. sur le front devient trop étroit. On pourrait l'étendre vers le nord, relever la VIIème Armée et la remettre en réserve générale en maintenant toutefois à l'extrême-gauche de notre dispositif un corps d'armée français comme souhaitent les Britanniques et comme nous désirons nous-mêmes.

 Le Général Georges fait part au commandant de ce projet arrêté d'accord avec l'Etat-Major général britannique (Note n° 127-3 OP du 29 janvier 1940). Il n'est pas retenu, le Général Gamelin attachant une telle importance aux opérations en Hollande qu'il désire y affecter une armée française toute entière."

Cordialement
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Dim 4 Mai 2014 - 22:25

Merci pour ce long développement.

Claude Paillat (La Guerre immobile, Le désastre de 1940) laisse sous-entendre que la général Billote était partisan d'une attitude plus agressive et donc de l'entrée en Belgique, point sur lequel il était en désaccord avec Georges.

Par ailleurs, la Belgique a tenté d'échanger une entrée "préventive" des Alliés en Belgique contre une promesse de ceux-ci de pousser jusqu'au Canal Albert dans une sorte de chantage incertain auquel aucune des 2 parties ne semblaient vraiment croire.

Si la Belgique n'a pas répondu aux demandes de discussions entre les états-majors respectifs et que les alliés ont dû se contenter de suggestions, il est faux de dire que rien n'a été fait en retour. Les ponts de la Meuse sont bien tenus par des détachements belges en amont de Namur, détachements dont la présence était, encore une fois très facile à contrôler, il suffisait de passer sur les ponts.

Pourtant si la manœuvre générale belge dans les Ardennes, à Liège, sur la Meuse entre Liège et Namur et à Namur est bien connue au moins de la IX Armée (document à l'appui), il n'est pas fait mention du tout des détachements, certes limités, surveillant les ponts au Sud de Namur.
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Dim 4 Mai 2014 - 23:45

Bonsoir

voici une deuxième partie du même ouvrage :

" C'est en mars que notre plan d'intervention en Belgique - Hollande prend sa forme définitive. La manoeuvre Dyle avait été définie par l'instruction personnel et secrète n° 8 du général en chef. on se souvient que l'action de la VIIème Armée, à l'aile gauche du dispositif, était limité à l'Escaut d'Anvers et à la Zélande. Une poussée sur Bréda avait été envisagée, mais le général Georges en avait montré les dangers.

 Le Général Gamelin crut cependant devoir revenir sur la question. dans son Instruction personnelle et secrète du 12 mars 1940 (n° 393/F.T.), il reprend et amplifie la mission de la VIIème Armée. Il la précise en ces termes :

 "Ce n'est pas seulement dans l'hypothèse où nous nous porterions sur le canal Albert, mais dans l'hypothèse Dyle que nous aurions intérêt à voir la VIIème Armée déboucher au nord d'Anvers en vue d'assurer la sécurité de l'Escaut inférieur et la liaison entre les Belges et les Hollandais. Nous aurions avantage à recueillir les forces belges qui se replieraient par le nord du canal Albert et les forces hollandaises qui se replieraient par le sud de la Meuse, c'est-à-dire couvrir nos communications avec la Hollande.
 Il serait, à cet égard, intéressant d'atteindre soit le front Bréda - Saint-Léonard, soit, mieux encore, le front Tilbourg - Turnhout.
 Plus la VIIème Armée et les forces qu'elle aura recueillies se trouveront établies vers l'est, moins il nous sera dangereux de venir, s'il est possible, renforcer les Belges sur le canal Albert et la Meuse de Liège - Namur."
Compte tenu de cette nouvelle directive, le Général Georges remet au point l'Instruction de base qui définit les conditions de notre intervention en Belgique et, éventuellement, en Hollande. L'hypothèse Dyle est toujours considérée comme la plus probable, mais si l'ordre est donné de pénétrer en Hollande, l'Opération sur Bréda sera exécutée.

Quelques jours plus tard, le 25 mars, un Conseil suprême se réunit à Londres. Les gouvernements français et britannique se lient solennellement par un engagement de la plus haute importance en vue de la poursuite de la guerre :
"Le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume-Uni s'engagent mutuellement à ne négocier ni conclure d'armistice ou de traité de paix durant la présente guerre si ce n'est d'un commun accord."

 A cette occasion, les Hauts Commandements français et britannique évoquent la question de l'intervention intéralliée en Belgique - Hollande. Antérieurement, le Commandement belge avait fait demander au Général Gamelin si, en cas d'agression allemande, il pourrait compter sur l'arrivée rapide d'un premier groupement de forces en soutien immédiat des troupes belges défendant le canal Albert.
 en réponse à cette demande, les Commandements alliés déclarent, le 25 mars, être dans l'impossibilité de s'engager à se porter directement sur le canal Albert. ils affirment la nécessité de marquer un temps d'arret sur la position intermédiaire d'Anvers - Namur pour procéder à une remise en ordre des forces et éviter une bataille désordonnée.
 Le problème de notre intervention en Belgique fut discuté une dernière fois le 9 avril à Londres, en Conseil suprême. La question fut soulevée par le Haut Commandement britannique, toujours inquiet d'un coup de force possible de l'ennemi sur les bases maritimes et aériennes de Hollande, coup de force qui préluderait à une descente en Grande-Bretagne. Dans cette éventualité la seule parade consisterait dans l'arrivée rapide de forces françaises aux bouches de l'Escaut et à Flessingue. Or, cette opération - qui ne pouvait souffrir de délais - n'était exécutable que si le gouvernement belge accordait, par avance, le droit de passage sur son territoire.

 Le 9 avril, au Conseil suprême, le Général Ironside fait accepter ce point de vue.
 Estimant que la neutralité de la Belgique ne joue, en définitive, que contre les Alliés, le Conseil se décide à faire une démarche à Bruxelles pour offrir notre intervention.

 Monsieur Spaak répond aussitôt que le gouvernement royal est prêt à reconsidérer la question si les Alliés lui donnent l'assurance qu'ils iront au canal Albert.
 Le 11 avril Monsieur Daladier convoque en son cabinet le Général Gamelin et le Général Georges qui sont invités à donner leur avis sur la question.
 Le Général Gamelin dicte une réponse qui dépasse sensiblement les termes de la déclaration du 25 mars des chefs d'Etat-Major généraux. Le Général Georges expose les difficultés de l'opération. un bond direct sur le canal Albert exigerait des délais relativement longs - une huitaine de jours - et devrait s'exécuter de nuit pour échapper à l'action de l'aviation ennemie qui reste une inconnue redoutable. il propose donc qu'on s'entienne aux engagements pris antérieurement.

 La réponse faite aux Belges par le Président Daladier fut finalement conçue dans ce sens. Elle resta d'ailleurs sans effet car, dans la nuit du 11 au 12 avril, on apprit que le gouvernement belge maintenait sa ligne de conduite antérieure : ne nous appeler qu'au moment où ils seront attaqués par les Allemands.
 Ce point de vue se comprenait, d'ailleurs, pleinement. Les Belges n'avaient rien à gagner en nous appelant avant l'agression. Nous serions arrivés quelques heures plus tôt sur la Dyle. Quelques heures seulement car l'armée allemande, prévenue immédiatement de notre entrée en Belgique, était en mesure d'entrer très rapidement en action. Pour un avantage minime, le gouvernement belge assumait vis-à-vis de son peuple la responsabilité d'avoir déchainé l'orage sur son propre pays.

 Au cours du mois d'avril, la manoeuvre Bréda subit une dernière attaque, cette fois de la part des chefs intéressés à l'opération.
 Après une étude approfondie de sa mission, le Général Giraud - à qui l'on ne pouvait faire le reproche de manquer d'audace - se montre peu enthousiaste. Il rend compte au Général Billotte des difficultés de l'Opération. L'engagement de son armée dans une plaine privée d'obstacles naturels, et avec des communications très précaires, lui paraît très délicat. Le Général Billotte partage d'ailleurs ses préoccupations.
 Le Général Georges soumet la question le 14 avril au commandant en chef (lettre n° 1086/3 OP et note jointe n° 1085 du 14 avril). Il insiste de nouveau sur le caractère aléatoire de l'opération et sur la nécessité de reconsidérer la manoeuvre Dyle, au moins en ce qui concerne la mission de l'Armée Giraud.
 Le même jour, dans une autre note (n° 1084/OP du 14 avril) il reprend le problème sur une base plus générale, celle de l'insuffisance des réserves générales. il signale, encore une fois, que "des économies substantielles de forces pourraient être faites si l'on envisageait, en fonction des derniers renseignements reçus sur l'attitude hollandaise, de modifier la mission donnée à l'aile gauche de notre dispositif, ce qui permettrait de remplacer la VIIème Armée par un corp d'armée à deux divisions ( le gros de la VIIème Armée deviendrait ainsi disponible au profit des réserves générales jugées insuffisantes);"
 On avait appris de source diplomatique sûre que le Haut Commandement hollandais avait renoncé à défendre avec des forces sérieuses l'accès du territoire national au sud de la Meuse. Ne laissant sur la position du Peel que quelques bataillons sans artillerie, il avait décidé de retirer ses gros au nord des "Grandes-Rivières" et concentrer sa défense sur la ligne de la Grebbe et derrière le Waal et la Meuse. Une résistance ultime était prévue en arrière, à l'intérieur du "réduit Hollande".
 L'Etat-Major hollandais avait été amené à cette conception à la suite des dispositions peu conciliantes du Haut Commandement belge qui ne se souciait pas de bouleverser son dispositif de défense sur le canal Albert pour aller se souder à l'extrémité sud de la position hollandaise du Peel.

 Ces dispositions prises, tant par l'Armée Belges que par l'Armée Hollandaise, laissaient donc ouvert aux manoeuvres de l'Armée Allemande le couloir de Venlo - Bréda. Dans ces conditions, la mission de recueil des forces hollando-belges, confiée à la VIIème Armée, tombait et cette grande unité risquait de s'engager seule dans des conditions très délicates.

 Le général en chef ne retint pas les suggestions présentées par le Général Georges; Il maintint son point de vue (lettre n° 799/cabinet F.T. du 15 avril).

 "Il lui paraît impossible d'abandonner systématiquement la Hollande à l'Allemagne." Il estime que nous devons faire effort pour donner tout au moins la main aux Hollandais et tâcher d'avoir avec eux une communication terrestre.

 Le Général Georges ne peut que s'incliner. Il fait connaître au Général Billotte que la mission de la VIIème Armée est maintenue et même amplifiée. un rectificatif à son Instruction personnelle et secrète n° 9 précisera cette mission, compte tenu des directives nouvelles du général en chef (Rectificatif n° 1123/3 OP du 16 avril 1940).

....

Notre plan était défensif malgré les apparences contraires. L'infériorité de nos forces ne nous permettait pas une autre attitude. 3ne prend pas l'initiative des opérations qui veut, mais qui peut", disait Clausewitz. Notre progression en Belgique ne se présente pas comme une marche à la bataille. En fait, il s'agit, partant de la frontière, de reporter notre défense sur une position de résistance plus avancée et plus courte.
 Toutes les estimations faites, tant sur les possibilités de l'avance allemande que sur la valeur de la résistance belge et la durée de notre bond en avant, donnaient à penser que nous pourrions nous installer à temps sur la nouvelle position et éviter un combat de rencontre.
 L'organisation du mouvement posait au problème technique assez complexe. Le déplacement de forces considérables, par un réseau routier utilisé à plein et sous menace de bombardements aériens massifs, présentait de sérieuses difficultés.
 Des études très poussées avaient été faites dans les armées. Il avait été décidé que le mouvement des gros s'effectuerait de nuit en vue de les soustraire aux actions de l'aviation. La couverture aérienne devait être assurée par la grosse majorité de la chasse française et par la chasse britannique basée en France; mais cela ne représentait au total que des moyen modestes.
 La couverture aérienne fut sérieusement renforcée. Au 10 mai le Groupe d'Armée du Général Billotte disposait de la moitié des groupes de D.C.A et des trois cinquièmes des matériels de 25mm existants.

 Le succès de la manoeuvre résidait dans la vitesse de l'exécution. Pour permettre aux gros de gagner la position de résistance en ordre et d'y organiser un dispositif cohérent, on estimait à cinq ou six jours le temps à gagner. Le Commandement comptait l'obtenir par le jeu des destructions préparées dans les Ardennes belges, par la résiistance de l'Armée Belge sur le Canal Albert et dans la place de Liège, et surtout par l'action retardatrice menée par nos grandes unités de cavalerie et les bombardements aériens sur les colonnes ennemies.

 Notre installation sur le terrain sera grandement facilitée si les Belges ont pu mener à bien les travaux défensifs entrepris à notre demande sur la ligne Dyle. Dès novembre, nous leur avions suggéré de barrer en première urgence, par un obstacle antichars, la troué de Gembloux, région qui offre, entre la place de Namur et les inondations de la Dyle qui commencent à Wavre, un couloir large de 30 kilomètres très favorable à l'action des blindés.

 Le tracé choisi par les Belges pour la position fut la voie ferrée Namur - Gembloux - Wavre qui offrait déjà, par endroits, un obstacle naturel constitué par les remblais et les déblais. il fut complété par un obstacle métallique (appareils de Cointet) qui assurait la continuité du barrage antichars. Ce tracé, laissant du côté de l'ennemi des observatoires importants, les Belges avaient amorcé plus au nord une autre ligne d'obstacles passant par Perwez, les englobant dans la défense. Au 10 mai ce barrage était loin d'être terminé; il ne sera pas utilisé par les troupes du Général Billotte."

Cordialement
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Ven 9 Mai 2014 - 22:37

Bonjour

voici ce que nous écrit le Colonel R. VILLATE dans le livre LA CAMPAGNE DE FRANCE  éditeur Presses universitaires de Paris édition de 1953 :

" De 1920 à 1936, la politique belge est basée sur un accord militaire avec la france. Le pacte de Locarno, en 1925, a garanti l'intégrité des frontières belgo-allemande et franco-allemande. Mais les évènements de 1935 (service militaire obligatoire en Allemagne. plébiscite de la Sarre) et de 1936 (remilitarisation de la rive gauche fhénane) ont convaincu les Belges de la faiblesse politique, et
peut-être militaire de la France. Un fort sentiment neutraliste s'est manifesté en Belgique. le roi Léopold, sans doute encouragé par une partie de son entourage, a incliné son pays vers l'indépendance à l'égard de ses voisins. Réaction d'autant moins surprenante que la clause du traité de Locarno prévoyant une action immédiate en cas de réoccupation de la zone rhénane démilitarisée n'a pas été appliquée. La Belgique se considère donc comme isolée, et croit devoir jouer seule le jeu, tout en acceptant de l'Angleterre et de la France en même temps que la reconnaissance de sa neutralité, l'engagement de l'aider si cette neutralité était violée.
 Sous l'impulsion du roi, des mesures concernant les effectifs et les fortifications sont poursuivies; le canal Albert, avant même d'être achevé, apparaît comme un excellent obstacle.
 La déclaration de guerre du 3 septembre 1939 ne change rien à cette situation politique. La Belgique prend des mesures de mobilisation : 18 divisions d'infanterie, deux divisions de Chasseurs Ardennais, un corps de cavalerie, se portent aux frontières, mais la neutralité est de nouveau proclamée. C'est une attitude défensive : 10 divisions sont face à la France, 6 face à la Hollande et à l'Allemagne. Ce dispositif est légèrement modifié après la défaite polonaise. Il ne reste que trois division face à la France, tandis que dix divisions sont sur le canal Albert et quatre sur la frontière allemande.

 Du côté français, la politique d'isolement de la Belgique a contraint à prolonger les fortifications de la ligne Maginot jusqu'à la mer. Les indécisions du commandement, le manque de crédits ont gêné la construction des ouvrages bétonnés. Quand la déclaration de guerre survient, la ligne fortifiée est loin d'être achevée. Si certains ouvrages, de faibles dimensions, sont terminé, d'autre n'ont pas de plaques d'embrasure, pas de porte, manquent d'armement. Les garnisons doivent être fournies par les troupes de campagne.
 La concentration amène, le long de la frontière belge, 7 divisions dont une seule d'active. C'est un dispositif de sécurité beaucoup plus qu'une défense : il y a environ une division pour 22 km de front. Cette situation correspond à nos relations politiques avec la Belgique.
 La catastrophe polonaise, l'échec stratégique de l'offensive de la Sarre amènent notre commandement à modifier son dispositif. Le centre de gravité de nos forces, resté pendant la drôle de guerre au nord-est de la Meuse, est reporté sur notre frontière du nord. Le 10 mai, il y a dans cette région 3 DLM, 2 division de Cavalerie, 6 divisions d'active, dont 4 motorisées, 3 de série A, 4 de série B et 2 de forteresse. Elles sont très échelonnées en profondeur, puisque certaines sont au sud de la Somme. Cette concentration de moyen a évidemment pour objet de rendre possible une action en territoire belge. Mais dans quelles conditions ?
 Dès le 22 septembre 1939, à la réunion du Conseil suprême à Hove, il est convenu qu'il ne peut être question de contribuer à la défense de la Belgique "sans que des plans aient été élaborés auparavant à cet effet".
 Le 13 novembre, le Général Gamelin a l'assurance personnelle que l'état-major belge entend réaliser les conditions nécessaires pour que nous puissions nous porter en avant de l'Escaut, sans y marquer un temps d'arrêt de nature à tout remettre en cause.
 Britanniques et Français demandent donc des contacts entre états-majors pour prévoir l'entrée en Belgique. Rester sur nos positions fortifiées, c'est une fois de plus, manifester la carence de notre politique; nous avons abandonné la Tchécoslovaquie, la pologne; allons-nous aussi abandonner notre voisine ? Mais quitter notre position fortifiée, c'est risquer une bataille de rencontre dans une région inconnue de nos cadres, propices à l'action des avions et des chars dont la campagne de Pologne a montré toute la puissance. Il ne paraît pas possible d'envisager cette solution sans une entente avec les Belges.
 Mais cette entente ne peut être établie : "Pendant les sept mois qui se sont écoulés entre l'alerte d'octobre et le drame de mai Gamelin a saisi toutes les occasions pour obtenir des Belges qu'ils consentissent à nous faire connaître leurs intentions et à préparer la coopération avant la bataille, faute de quoi nous serions, eux et nous, condannés à l'improvisation, aux malentendus et peut-être au désordre. il s'est heurté à un refus obstiné, irréductible (Hautcoeur, le deuxième conflit mondial, T. II, page 243)."
 C'est l'explication du désastre, donné par le Colonel Hautcoeur, adjoint à notre attaché militaire à Bruxelles, et plus spécialement, chargé de la liaison avec le haut commandement belge, c'est-à-dire le roi et son principal conseiller militaire, le Général Van Overstraeten.
 Que vaut cette explication ? Il est nécessaire, pour s'en rendre compte, d'examiner quels étaient les plans belges et dans quelle mesurent le commandement français les a connus.
 Comment pouvions-nous nous adapter à ces plans ? Comment pouvion-nous résoudre les problèmes stratégiques en dépit de l'attitude belge ?

Depuis 1936, date à laquelle la Belgique avait décidé de revenir à la neutralité, le commandement français, tout en fortifiant notre frontière belge, envisage de porter ses forces en avant jusqu'à l'Escaut, du fort de Maulde, en France, jusqu'à Anvers par Audenarde et gand. L'occupation de cette position est délicate, elle impose la défense de deux têtes de pont, celle de Mont-Saint-Aubert et celle d'Audenarde-Renaix, qui donnent des vues aussi bien a l'est qu'à l'ouest du fleuve. D'autre part l'Escaut n'est qu'un petit obstacle sur lequel les nombreuses péniches, difficiles à évacuer rapidement, fourniront, même coulées, des moyens de passage.
 C'est la seule manoeuvre envisagée jusqu'en 1939. Elle présente des inconvénients car elle ne porte notre défense qu'à une faible distance en avant de notre région industrielle du nord. Sur le plan allié, elle implique ou un abandon par les Belges des trois quarts de leur territoire, ou une bataille livrée par eux en dehors de notre présence. C'est cependant celle qui est prévue à l'automne 1939. Si nous voulons pénétrer plus avant en Belgique, nous devons nous prêter aux idées de manoeuvre belge.
 Le Lieutenant Général Michiels, chef d'état-major belge au moment de la crise (Lieutenant Général Michiels, dix-huit jours de guerre en Belgique), n'a pas précisé quels étaient les plans du commandement belge. Il envisage soit une défense très rapprochée de la frontière - où les forces n'étaient pas très nombreuses - soit un combat en retraite vers des positions où les Belges seraient rejoints par les Alliés, soit le repli sur la position centrale d'Anvers.
 Ce n'est qu'en janvier que le plan prévoit : un échelon avertisseur sur la frontière, un échelon défensif sérieux sur le canal Albert et sur la Meuse, un échelon de réserve sur la position Anvers-Louvain-Namur, défendue en coopération avec les Alliés.
 La position de la Dyle est celle qui a la préférence du commandement. Loin de la frontière, elle peut être occupée à temps, elle sera peut-être défendue par les Alliés. Elle s'appuie sur l'obstacle de la Dyle. Mais on oublie que cette rivière, divisée en plusieurs bras, de 50 m. de large au maximum, franchie par 72 ponts en moins de 100 km., laisse une large brêche entre Wavre et Namur. Cette brêche est célèbre comme voie d'invasion dans notre histoire. Par ailleurs, elle est couverte, vers l'est, par de nombreux bois et bosquets qui offrent des cheminements à un assaillant. Les autorités belges organisent cette position. Mais la continuité de vues n'existe pas. Les travaux sont arrêtés à certains endroits; le barrage anti-chars est reporté à l'est d'une dizaine de kilomètres, sans que nous en soyons avisés. Il en résultera que nos unités s'arrêteront en arrière de ce barrage. Nous avions bien quelques renseignements fournis par notre attaché militaire (Général Prioux, Souvenirs de guerre (1939-1943)). Mais les reconnaissances sur le terrain, qui auraient été nécessaires, étaient formellement interdites par notre commandement pour ne pas violer le statut de neutralité : des demandes d'autorisation furent repoussées.
 La position du canal Albert est la plus forte, elle s'appuie sur une forte coupure, sur le fort d'Eben-Emael, et sur le camp retranché de Liège, plus au sud sur la Meuse. Très éloignée de nos frontières, cette position, malgré ses avantages, ne plaît pas à notre commandement.
 Cependant, très tôt, le Général Gamelin envisage de se porter le plus loin possible en Belgique. Le 14 novembre, il fait suggérer à Bruxelles par notre attaché militaire :
- d'organiser rapidement la position Wavre-Namur;
- de garnir la Meuse entre Liège et Namur;
- de prévoir le repli sur Anvers-Louvain et le canal de Bruxelles à Charleroi;
- de prévoir des itinéraires pour des mouvements rapides;
- de procéder à la désignation des missions et des guides auprès des unités alliées (Minart, P.C. Vincennes, T. I, page 97).

 Nulle satisfaction n'est donnée à ses demandes. pourquoi ? Le Général Van Overstraeten (Général Van Overstraeten, Vingt ans de politique militaire belge) explique l'état d'esprit des Belges. Comme les Français sont sur la position Givet-Longwy, les Belges n'ont pas intérêt à engager dans les Ardennes des troupes qui seraient placées trop en avant pour pouvoir être soutenues. D'autre part, le Général Antoine (qui en 1917 a combattu à côté des Belges) lui a dit que nos divisions motorisées pouvaient arriver en quelques heures. "Il n'y a rien de plus à préparer de concert".
 Enfin, le Général Van Overstraeten demande à Vincennes, par l'attaché militaire belge à Paris, quelles forces nous pouvions amener sur le canal Albert en quarante-huit heures et en quatre jours. Le Général Gamelin ne peut que lui répondre que si les troupes françaises exécutent cette opération en face d'un ennemi en place, elles devront s'avancer prudemment, d'un champ de bataille à un champ de bataille.
 Le Général Van Overstraeten en conclut "qu'il a bien fait de préciser : que la progression se fera à la vitesse d'un homme au pas". il en tire encore une autre conclusion; les dispositions belges qui envisagent la bataille sur la position de la Dyle sont bonnes, puisque les Alliés ne viendront pas au delà. il estime donc, mais sans le dire, que malgré la force de la position du canal Albert et de la Meuse, l'Armée belge ne pourrait pas la tenir pendant un délai de quatre et huit jours, délai envisagé par le Colonel Petitbon, chef de cabinet du Général Gamelin, pour que les forces françaises puissent y arriver. En fait, il en fut ainsi.

 En Janvier, un incident se produit : deux aviateurs allemands sont contraints d'atterrir en Belgique; on trouve sur eux des documents indiquant les plans du commandement allemand.
 Le dépouillement du document est communiqué au ministre de la Défense nationale belge, aux généraux Gamelin et Gort, au commandant en chef hollandais. On pourrait croire, à lire le Général Van Overstraeten, que le résultat va être une plus intense préparation et une intime collaboration. "La découverte des documents, écrit-il, a modifié notre position politique. La connaissance d'un plan prémédité nous met en droit d'entretenir des contacts avec les hauts commandements des puissances garantes." Mais en même temps ilajoute : "Nous devons nous pénétrerde l'idée que l'entrée - préventive ou non - des Franco-Britanniques n'aboutirait au mieux qu'a stabiliser la guerre sur le front Anvers-Mézières... D'ailleurs nous ne souhaitons pas d'accords d'état-majors."
 L'état d'esprit des milieux officiels belges est tel que, lors de l'alerte qui a lieu quelques jours plus tard, le Général Van Den Bergen est obligé de quitter son poste de chef d'état-major de l'armée pour avoir donné l'ordre aux postes de la frontière française de lever les barrières et obstacles qui auraient gêné les troupes françaises lors de leur entrée (en mai, nous serons retardés en certains passages de la frontière par des obstacles non enlevés). Le Général Van Den Bergen est la victime du conflit qui existe dans les tendances du roi et de son conseiller personnel d'une part, et, d'autre part, celles contradictoires du ministre et du chef d'état-major.
 Il est vrai que l'accord n'existe pas davantage au sein du commandement français. Le 14 janvier 1940, sur l'avis de la menace qui pèse sur la Belgique, le Général Gamelin téléphone à 15h30 au Général Georges et au ministre Daladier : "L'ordre va être donné à nos troupes de serrer sur la frontière. elles entreront en Belgique demain matin, dès que l'occasion nous sera donnée." A 16h45, le Général Georges lance l'ordre d'alerte au Général Billotte, commandant le Ier GA, chargé de la manoeuvre en Belgique, mais en même temps, il téléphone au Général Gamelin : "J'ai réfléchi : ne pensez-vous pas qu'il vaudrait mieux conseiller aux Belges de ne pas nous appeler ? Nous ne sommes pas encore entièrement prêts."
 Le Général Gamelin s'en tient au principe de ne pas s'engager dans une bataille de rencontre. il veut se battre sur un front organisé, ne quittant cette position pour un autre qu'après avoir préparé celle-ci. Il veut bien occuper la position Wavre-Namur, mais il demande, le 6 février, l'amélioration de la coupure de la Meuse, de manière à avoir des feux étagés dans la vallée et sur le plateau. Le 26, il demande que des dépôt de matériels du génie soient installés.
 Les semaines passent sans que l'union des esprits, nous serions disposés à dire des coeurs, soit réalisée. Cependant le Général Gamelin écrit dans une note du 2 mars (554, cab. F.T.) que "le roi n'a accepté que de se conformer à mes directives personnelles". Ce qui laisse tout de même supposer une entente ! Existe-t-elle ?
 Gamelin envisage ainsi l'exécution de la manoeuvre par son instruction personnelle et secrète n° 9 du 20 mars : occupation de la Dyle et de la Meuse; éventuellement, occupation de canal Albert avec maintien de divisions sur le Moyen-Escaut. Mais - Constatation curieuse - il n'est nullement question de "faire vite".
 Van Overstraeten veut des précisions sur notre manoeuvre. il compte que les forces d'intervention comprendront une division légère mécanique française, 3 divisions motorisées françaises et 3 divisions motorisées britanniques. Si ces troupes ont pour mission d'occuper et d'organiser le front Louvain-Namur, pourra-t-on compter sur leur concours plus à l'est, dans un délai de quatre jours ? Il voudrait savoir s'il y aura des transports par voie ferrée et par route. A son avis, le réseau est si dense dans le quadrilatère Lille-Maubeuge-Liège-Diest qu'il est facile, uniquement par des mouvements de nuit, de transporter toutes les divisions motorisées en trois ou quatre jours sur la Meuse et, sur le canal Albert et d'amener par voie ferrée 4 divisions dans le même temps sur le front Louvain-Namur.
 Le Général Gamelin lui aurait répondu le 27 mars qu'il était résolu à se porter sur le front Meuse-Namur-Wavre-Louvain en un bond, précédé de cavalerie et de divisions mécaniques, tandis qu'une armée de gauche serait poussée aussi loin que possible au nord-est d'Anvers pour donner la main aux Hollandais. L'intervention sur le canal Albert et la Meuse ne pouvait être envisagée, malgré le désir d'y soutenir la résistance belge, que si on avait le temps et la possibilité de livrer une bataille organisée. Son chef de cabinet aurait répondu à l'attaché militaire belge qu'il ne fallais pas faire fond sur le concours immédiat de 2 divisions légères mécaniques et de 3 divisions d'infanterie motorisées sur le front Liège-Diest, et que l'on comptait sur des transports par voie ferrée.
 Il n'y a donc pas encore entente entre les deux partenaires. Et cependant la journée du 26 mars est consacrée par Gamelin "à régler les questions concernant notre pénétration éventuelle en Belgique avec notre attaché militaire à Bruxelles et avec l'attaché militaire belge à Paris".
 Le Général Laurent, notre attaché militaire à Bruxelles, déclare à Van Overstraeten que le généralissime reste attaché à la solution prudente de la Dyle et ne souhaite pas porter ses forces sur le canal Albert.
 Cependant des informations émanant d'une "source bien renseignée" font savoir que l'on s'attend à une offensive générale allemande en Belgique et en Hollande, que les points de forces sont situés sur Maestricht et sur la frontière franco-luxembourgeoise, et que cette offensive sera déclenchée avec les procédés les plus inattendus.
 Malgré cet avertissement, les Belges n'appellent pas les alliés. nous ne tenons pas à être appelés. Est-ce seulement dans son livre, que le Général Roton, porte-parole du Général Georges, déclare : "Les Belges n'avaient rien à gagner en nous appelant avant l'agression. Nous serions arrivés quelques heures plus tôt sur la Dyle. Quelques heures plus tôt seulement car l'armée allemande, prévenue immédiatement, était en mesure d'entrer très rapidement en action (Général Roton, Années cruciales, p. 132)." Le pensait-il au printemps 1940 ?
 Le 10 avril, le Colonel Hautcoeur demande le plan de destruction et les itinéraires de repli des Chasseurs Ardennais pour éviter les croisements de colonnes. Le Général Van Overstraeten réplique qu'il est difficile de communiquer le plan des destructions; quant aux mouvements de repli, ils seront soumis nécessairement aux réactions de l'ennemi.
 Le 11 avril, une nouvelle démarche du Colonel Hautcoeur, sur l'ordre de Général Gamelin, pour que nous soyons appelés (il y a menace allemande) se heurte à la même attitude. Le roi refuse de s'engager et, tard dans la soirée, le Colonel Hautcoeur est avisé de la réponse négative de Sa Majesté.
 En fait, la liaison entre Belges et Français-Anglais est inexistante. nous nous heurtons à un mutisme conscient et quasi total des Belges. La volonté du roi est très nette. il ne faut rien faire qui puisse provoquer de la part des Allemands une occasion de dire que la Belgique n'est plus neutre. Ni le plan trouvé sur les aviateurs, ni l'alerte d'avril ne modifient l'état d'esprit du Souverain.
 Les conséquences sont graves. Rien n'est prévu pour assurer une liaison entre les unités combattantes, rien n'est organisé pour assurer une continuité des transports. Nul ne sait, parmi nos troupes où il doit rencontrer commandements, services ou organisations belges. Aucune reconnaissance n'a permis de se rendre compte des opérations possibles. On va à l'aveuglette; en fait on va à une bataille de rencontre, ce que voulait éviter notre commandant en chef."

Cordialement
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Dim 11 Mai 2014 - 0:12

Citation :
 Les conséquences sont graves. Rien n'est prévu pour assurer une liaison entre les unités combattantes, rien n'est organisé pour assurer une continuité des transports. Nul ne sait, parmi nos troupes où il doit rencontrer commandements, services ou organisations belges. Aucune reconnaissance n'a permis de se rendre compte des opérations possibles. On va à l'aveuglette; en fait on va à une bataille de rencontre, ce que voulait éviter notre commandant en chef."
Ce dernier paragraphe est exagéré par certains côtés.

Je suis totalement d'accord avec la rigidité belge quant à l'application (trop?) stricte de la neutralité à l'égard des Alliés mais il est faux de dire que les Alliés ne pouvaient pas mieux se préparer à leur intervention en Belgique.

En 1940, la Belgique n'est pas une Terra incognita située à des milliers de Km de la France où aucun Allié n'a mis le pied avant le 10 mai!
La rupture progressive des relations entre les états-majors respectifs ne date que de 1936!

Le paysage n'a pas changé en 4 ans. Aucune ligne MAGINOT n'a jamais été planifiée en Belgique et le plan de défense des positions fortifiées majeures (Liège et Namur) n'a pas été modifié. Antwerpen (Anvers) n'a pas été modernisé (et pourtant à certains moments les chefs alliés semblent le croire, difficile de croire que personne en France ne connaissait la situation de la place en question), la ligne KW et les obstacles COINTET restent les défenses légères qu'elles ont toujours été (certainement pas mieux que la Ligne MAGINOT prolongée le long de la frontière belgo-française), les cartes de Belgique ne sont pas secrètes (et pourtant les armées alliées n'en auront souvent même pas en nombre suffisant), les plans alliés ne semblent parfois pas avoir été préparés sur carte en-dessous du niveau des armées, les leçons de 1914 n'ont même pas été relues, des officiers de liaison auraient pu être prévus en nombre et mieux informés du dispositif belge (qui n'est pas un secret, les troupes sont mobilisées et sur leurs positions depuis des mois!), la manœuvre belge dans les Ardennes est connue globalement, le souhait de s'accrocher au Canal ALBERT également, etc...
La ligne ANTWERPEN-WAVRE-GEMBLOUX-NAMUR-GIVET n'est forte que par la position de NAMUR et par l'obstacle (relatif) de la Meuse. Pour le reste, c'est une position relativement faible SAUF très gros travaux et longs délais.

Inversement les Belges auraient aussi pu mieux préparer l'entrée des Alliés et prévoir des liaisons pro-actives vers les unités alliées ou les états-majors ou intégrer certaines hypothèses alliées dans leurs plans et leurs directives aux plus bas échelons.

Merci cependant pour ce texte détaillé qui s'ajoute à d'autres versions (proches) des mêmes événements.
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Dim 18 Mai 2014 - 18:56

Bonjour

avec un peu de retard voici la suite ce que nous écrit le Colonel R. VILLATE dans le livre LA CAMPAGNE DE FRANCE  éditeur Presses universitaires de Paris édition de 1953 :

" Nons venons de voir comment, sur le plan du haut commandement, l'entrée en Belgique et en Hollande a été préparée. Le moins que l'on puisse dire est que la préparation a été insuffisante ! Aucune collaboration n'a été prèvue. Voulue, malgré tout, de notre côté, elle est accueillie avec réticence et regret du côté belge. Les résultats vont apparaître dès le 10 au matin. Sans entrer dans le détail des opérations, nous voudrions à l'aide de quelques témoignages montrer comment s'est faite la liaison (Michiels, op. cit., page 62) entre Belges et Français. On comprendra alors une des causes de la défaite (dans le secteur des opérations de Belgique).
 Une des conditions essentielles de la réussite est la rapidité de l'exécution. Il faut :
 - devancer les Allemands dans leur arrivée sur le champ de bataille choisi;
 - aller le plus en avant possible pour se relier aux Hollando-Belges.

 Les deux conditions sont d'ailleurs complèmentaires. Les distances à parcourir peuvent être approximativement chiffrées de la manière suivante ( en considérant les postes frontières les plus proches et sans croisement de colonnes) :

Frontière française à

 - Breda...............   200 km 
 - Tillbourg...........   230 km
 - Anvers.............   150 km
 - la Dyle (Wavre).   100 km
 - Namur.............     60 km
 - au canal Albert..   150 km
 - Liège...............   100 km

 Les troupes ont à leur disposition un réseau de routes et de voies ferrées le plus dense du monde, 100 et 132 km par 100 km2 : des possibilité de déploiement rapide existent donc.
 Les positions prises ne paraissent pas prévoir une utilisation à plein de ces réseaux. toute perte de temps est-elle éviter ? Il ne le semble pas.
 Bien que le Général Gamelin ait prévu l'attaque pour la période du 5 au 15 mai ( R. Villate, Le lion des Flandres à la guerre, page 123), les dispositifs d'alerte ne sont pris que dans la matinée du 10, de 6 heures à 9 heures suivant les unités.
 A la 7ème Armée, le dispositif est pris vers 7 heures; comme il faut un certain délai - deux à six heures -, pour que les unités soient prêtes, ce ne sera pas avant 10 heures que les découvertes franchiront la frontière belge. Les avant-gardes suivent et les premières passent à 11 heures (1ère DLM), les autres à midi. La 1ère D.L.M parvient à 18 heures sur le canal Albert et une patrouille du Lieutenant de Villèle est à Turnhout à 22 heures. La 2ème D.L.C. bien que très rapprochée de la frontière, ne la franchit qu'à 8 heures; elle a un engagement à 12 heures à Etalle, à 30 km du territoire français.
 Le 12ème Cuirassiers qui stationne à Audencourt, près de Caudry, à 40 km des douanes, traverse la frontière vers 10 heures, il n'est à Genappes (à 30 km de Bruxelles) que le soir. L'étape est de 100 km.
 La 1ère D.L.C. alertée à 6h15, voit son 1er régiment d'auto-mitrailleuses, quitter Givet à 10 heures, la frontière est franchie à 11h30.
 La 2ème D.L.C. du Général Berniquet est retardée pendant une heure par des destructions et obstacles belges non dégagés.
 La 4ème D.L.C. a eu, semble-t-il, des éléments partant de la région de La Capelle à 5 heures, traversant la frontière à 9h30, atteignant la Meuse à Dinant à 12 heures, poussant la sûreté éloignée sur la ligne Maillon-Dorenne, livrant quelques engagement vers Durbuy et Grand-Mesnil, atteints à 14 heures par les auto-mitrailleuses. Il a fallu neuf heures pour faire 122 km.
 Les compagnies du génie de la 4ème D.L.C. alertée "au grand jour", à quelques kilomètres de la frontière, la traversent avec la découverte à 12h15.
 Chez les Anglais, c'est à 14h30 que le 13-18th Hussars franchit la frontière à Baisieux. Le 12th Lancers la passe à 12 heures et arrive sur la Dyle vers 22h30 (Gort, Despatches)
 Ce sont les éléments les plus rapides.
 Les gros des divisions de cavalerie et des divisions légères mécaniques arriveront dans la nuit du 10 au 11. Les unités d'infanterie, même motorisées, vont arriver beaucoup plus tard.
 Des transports ont été prévus par route et par voie ferrée. Par route le passage, dégagé par les unités de cavalerie, est libre; mais les premiers ordres envisagent que les mouvements auront lieu de nuit pour éviter les bombardements. Cela correspond aux directives ou aux suggestion du général Gamelin. Sa suggestion du 19 novembre dit "organiser le plus rapidement possible la position Wavre-Namur". Dans sa note du 20 novembre au Général Georges, il répète "toutes les dispositions sont prises pour y parer dans les délais les plus rapides". Mais l'instruction personnelle et secrète n° 9 du 20 mars au Général Georges n'attire nullement l'attention sur la rapidité (Roton, op. cit., page 135).
 On estime nécessaires cinq à six jours pour s'installer sur la position de la Dyle. Nous ne les avions pas, ce qui condamnait la manoeuvre, il fallait les trouver. Les mouvements de nuit au mois de mai ne donnent que huit heures d'obscurité; même en admettant une vitesse de 4 km à l'heure, cela ne représente que 32 km, étape insuffisante. Il faut trois à quatre jours pour gagner les emplacements prévus. Les moyens automobiles ne sont pas assez nombreux pour transporter toutes les troupes.
 Prenons comme exemple le 3ème C.A. (de la 1ère Armée) : la 1ère Division d'infanterie motorisée stationne autour de Ressons-sur-Matz. Elle a sa fraction de tête à Valenciennes dans la nuit du 10-11, à 13 km de la frontière, sa deuxième fraction à Bouchain, sa dernière à Cambrai (45 km de la frontière). La 2ème D.I.N.A. a sa tête à Blaton, en Belgique, dans la même nuit, elle n'est pas motorisée. L'avant-garde du corps sera sur la Dyle dans la nuit du 11-12, tandis que le reste de la 1ère D.I.M. sera échelonné entre Valenciennes et Bouchain, et le gros de la 2ème D.I.N.A. encore à Lens( La Laurencie, le 3ème Corps, page 47) ! Le 13, la 1ère D.I.M. est entièrement en ligne; la division nord-africaine cherche à ressouder ses éléments. Une partie de son infanterie et son génie sont encore en camions, la cavalerie et l'artillerie parcourent les routes "sans halte ni repos".
 Les premiers départs par voie ferrée ont lieu dans la soirée du 10 à 22 heures; il faut le temps de concentrer le matériel, pour la 7ème Armée, celle qui a les plus longs trajets à faire pour atteindre la Hollande. Aucune liaison technique n'est réalisée avec les Belges.
 Le Colonel Zeller est arrivé à Bruxelles à 13 heures, il n'y trouve aucune personne compétente au ministère de la Défense; il lui faut se rendre eu fort de Breendonck, près d'Anvers, où sont le roi et son état-major. A 15 heures, les responsables ont leur attention attirée sur le fait que nos trains arriveront vers 23 heures aux gares frontières. Les documents préparés par notre 4ème bureau sont remis à la Direction des Transports. Rien n'est prévu par les Belges pour des relais de traction et le renvoi des rames de matériel vides (Lerecouvreux, page 62 et 94).
 Il en est de même en Hollande. L'officier désigné le 11 au matin pour prendre contact avec les autorités ferroviaires ne peut les joindre. La circulation des trains est même arrêtée par l'exécution du plan militaire qui prévoit l'évacuation du Noord-Brabant et la destruction des voies de chemin de fer.

 Ce manque de liaison pour les transports est fâcheux; il se répercute, au moins au début, sur les mouvements, entraîne des retards, d'autant plus préjudiciables que l'aviation allemande bombarde les principaux embranchements.
 Mais nous le retrouvons à l'échelon des unités combattantes. Ce n'est pas que le Général Gamelin n'ait cherché à assurer ces liaisons locales. Dès le 11 novembre, il suggérait d'envoyer des missions non seulement aux généraux Gort et Billotte et aux commandants d'armées, "mais à chaque grande unité un petit groupe d'officiers er de sous-officiers pouvant servir de guides et aider à traiter avec les autorités civiles et militaires belges".
 Le 10 mai - un peu tard - il adresse au Colonel Hautcoeur un télégramme : "une des premières questions à régler sera l'entente avec le haut commandement belge pour l'organisation du commandement des armées alliées."
 Le 11 mai, le Colonel Hautcoeur demande le passage, au moins momentané, de certaines unités belges aux ordres de commandants d'armée. Le Général Van Overstraeten répond que l'Armée Belge "reste sur elle-même", même ses unités frontières ne peuvent recevoir d'ordre que du roi (Van Overstraeten).
 Ce ne sera que le 12 mai, à la conférence du Casteau, près de Mons, que le roi "dans l'intérêt de la bonne conduite de la guerre, acceptera de conformer les opérations de l'Armée Belge aux instructions que lui ferait parvenir le généralissime des armées alliées."
 "Les trois armées françaises qui ont pénétré en Belgique ont assuré elles-mêmes la sûreté de la mise en place de leur gros. il y a là une preuve de plus de l'absence de toute entente préalable entre Français et nous". Evidemment, le Général Michiels justifie cette attitude en vertu de la neutralité belge, mais il se rend compte que ce manque de liaison est préjudiciable aux opérations, il nous reproche cette faute : "Je ne puis hélas m'empêcher de souligner qu'en dépit de tentatives réitérées de notre part, la liaison avec la D.L.M. française (il s'agit de la 3°) fut pratiquement inexistante et que toutes les offres de franche collaboration furent déclinées avec hauteur, notamment par le commandant du 12ème Cuirassiers (Michiels, page 100)."
 Les témoins français lui retournent la balle. Le Général Prioux traverse Gembloux : "Presque point de travaux autour du bourg qui est cependant un des points essentiels de la position, ni tranchées, ni fil de fer..., en continuant à 8 ou 9 km à l'est des éléments du barrage Cointet..., ils ne forment pas une ligne, ni un obstacle, ils sont semés un peu partout (Prioux La Laurencie, op. cit., page 33)".
 Même remarque du Général de L Laurencie qui croyait trouver un fossé antichars.
 Le commandement belge est introuvable, d'après les récits des combattants. Peu de chefs sont là pour renseigner, accepter une coordination des opérations, se battre avec les Anglais ou avec nous.
 Le Général Aymes, commandant le 4ème CA se trouve le 11 au soir au P.C. du C.C. du Général Prioux, à Mellet. Il a des renseignements sur les emplacements de notre cavalerie, mais rien sur les Belges. Le Général Juin, commandant la 15ème DI, n'en a pas davantage (Aymes, Gembloux).
 Le Général Molinié, commandnat la 25ème DIM prend contact avec le Général Van Den Bergen (5ème Corps Belge) dans le bastion d'Anvers, vers 19 heures, le 10. Le Belge est surpris de la manoeuvre sur Bréda; le franchissement du canal Albert vers Eben Emael et l'abandon par les Hollandais de la position du Peel ne lui paraissent pas justifier cette opération. "Il a une attitude assez réservée".
 Le Général Picard rencontre vers 16 heures à Lierre, le Général commandant le 4ème CA Belge. Il apprend que la cavalerie belge va évacuer, sans la disputer à l'ennemi, la Campine au nord du canal Albert. Il en résultera que sa D.L.M. est appelée à rencontrer les Allemands dès le lendemain 11, sans coopération avec les Belges (Lerecouvreux, op. cit., page 146).
 Ce n'est que le 12 mai que le Général de La Laurencie prendra langue avec le Général de Krahe, du 3ème CA Belge. "On parle de questions qui semblent n'avoir de rapport qu'avec le repli des troupes et non avec la bataille".
 Deux officiers du G.R. du 5ème CA prennent contact avec les commandants des 4ème et 5ème Chasseurs Ardennais qui sont sur la Meuse entre Andenne et Huy. Ces unités quittent leurs emplacements de combat; sans prévenir les Français (De Vibraye, Avec mon groupe de reconnaissance).
 Les combattants de la 2ème D.L.C. ne rencontrent de soldats belges au cours de leur progression à travers les Ardennes que bien rarement. La coopération avec les Chasseurs Ardennais leur paraît impossible (Lerecouvreux, huit mois d'attente, un mois de guerre).

Il en est de même avec les Hollandais. L'attaché militaire hollandais à Paris s'est abstenu, et notre attaché à La Haye ne paraît pas avoir l'oreille du commandement batave. Le 11, quand le Colonel Lestoquoi arrive à Bréda, il voit arriver le Colonel Schmidt, commandant les forces occupant le Peel. Il apprend que cette ligne n'est pas défendue; il demande que les Hollandais l'épaulent au sud de Tillbourg. L'entretien se termine sans que des assurances puissent être acquises. Le colonel hollandais s'en va, laissant derrière lui l'impression que la défense du royaume est déjà désorganisée (Lerecouvreux, Le Général Giraud, page 159)."


Cordialement
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Mar 17 Juin 2014 - 14:59

Merci pour tous ces développements. Je lis cela au calme ce soir.
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Sam 19 Nov 2016 - 21:34

Dans Un règne brisé, Léopold III 1901-1941, Duculot, 1984, Roger Keyes relate les facilités laissées aux Britanniques en matière de reconnaissance en Belgique :

...Malgré les rapports antérieurs d'officiers britanniques en civil qui inspectèrent la ligne K-W, et la note de Pownall en date du 1er avril 1940, ("nous avons fait passer clandestinement la frontière à deux officiers munis de faux passeports et chargés d'une mission de reconnaissance"), tous ces comptes rendus omettent de rappeler que les Britanniques profitaient des facilités offertes par le Roi (par l'intermédiaire de Sir roger Keyes), facilités qui permettaient aux officiers britanniques "du Commandant en Chef au plus modeste", d'entrer en Belgique en tenue civile pour inspecter tous les aspects des défenses du pays tout en bénéficiant de la totale collaboration des autorités belges. Si Gort et Pownall négligèrent de profiter de ces facilités pour reconnaître le territoire sur lequel leurs forces allaient devoir opérer, ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Mais on sait - bien que cela ne figure ni dans l'Official History ni dans les Despatches de Gort ni dans aucun autre rapport officiel - qu'une reconnaissance très approfondie des positions qui devaient être occupées par le Corps Expéditionnaire britannique, fut effectuée, à l'initiative du général Dill, par un général britannique. La relation qui suit montre clairement que le Commandant enn Chef britannique et son état-major auraient pu obtenir toutes les informations nécessaires, s'ils avaient fait en ce sens l'effort nécessaire.
En mars 1940, le général-major Davidson, qui était alors commandant de l'artillerie du 1er Corps, apprit par son chef de corps, le général Dill, qu'il "avait été choisi pour effectuer, en tenue civile, une mission ultra secrète en Belgique : reconnaître le terrain et les défenses belges sur notre front, le long de la Dyle et dans la région entourant Bruxelles". On lui dit aussi de prendre contact avec le général Alan Brooke, le commandant du 2ème Corps, afin de voir s'il pouvait lui procurer des informations utiles. Après divers préparatifs clandestins, il arriva à Bruxelles et passa trois jours à examiner dans les détails le potentiel défensif des positions sur la Dyle et toutes les zones propres à l'installation de batteries et des postes d'observation. "Cela s'avéra extrêmement utile par la suite, écrivit Davidson, car je finis par connaître chaque pouce de terrain : les différentes défenses, les routes, les plans d'eau, les forêts et je pus concevoir un dispositif complet d'artillerie".
Après la guerre, Davidson envoya ses notes au colonel Blake qui lui répondit : "il y a quelques années, j'ai rencontré un officier d'artillerie qui avait commandé une batterie du 1er Corps lors de l'entrée en Belgique en 1940. Il me dit qu'il avait été stupéfait de voir qu'en arrivant au lieu fixé, tout était indiqué - positions des canons, postes d'observations, etc. - et qu'il avait pu ainsi canarder les Allemands de manière beaucoup plus efficace..."

Dans le même ouvrage, les échanges secrets entre Belges et Français sont aussi décrits mais ceux-ci ne semblent pas avoir conduit à des reconnaissances sur le terrain.
Je tiens à souligner que l'auteur britannique était un ami personnel de Léopold III et qu'il présente positivement toute décision du roi. En revanche, il est souvent très négatif quant aux politiques et militaires de France ou de Grande-Bretagne.
Un peu particulier, l'auteur, ayant joué un rôle important dans les contacts entre autorités belges et britanniques, décrit plusieurs fois ses actions à la 3ème personne comme s'il était extérieur à l'histoire.
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Sam 19 Nov 2016 - 21:51

SiVielSto a écrit:
Je tiens à souligner que l'auteur britannique était un ami personnel de Léopold III et qu'il présente positivement toute décision du roi. En revanche, il est souvent très négatif quant aux politiques et militaires de France ou de Grande-Bretagne.
Un peu particulier, l'auteur, ayant joué un rôle important dans les contacts entre autorités belges et britanniques, décrit plusieurs fois ses actions à la 3ème personne comme s'il était extérieur à l'histoire.

Bonsoir,

Il y a erreur sur la personne :

L' admiral of the fleet Sir Roger Keyes, est décédé en 1945. C'est son fils qui a écrit "Un règne brisé".

Il est exact que l'auteur est très négatif, parfois même insultant quant à l'action des soldats français sur la Meuse (de mémoire, il parle de la couardise de la IXe armée...)

Cordialement,

DH
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MessageSujet: Re: Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain   Dim 20 Nov 2016 - 10:08

Bien vu. J'ai lu le livre peu après sa parution et suis tombé sur le passage des reconnaissances anglaises sans relire le tout et sans m'intéresser à l'auteur...

L'auteur est non seulement très négatif avec la France et ses soldats mais très souvent aussi avec ses propres compatriotes et une bonne partie des Belges (politiques, militaires ou population).

A ses yeux, seuls le roi et son entourage immédiat avaient raison contre tous.
Néanmoins intéressant pour certains témoignages de l'ambiance à Bruxelles et au palais en particulier. Le livre permet aussi de mieux comprendre les raisons (bonnes ou mauvaises) du choix de la neutralité par la Belgique.
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Renseignements sur la Belgique ses plans, ses fortifications, son terrain
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