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 Doctrine d'emploi des unités blindées

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SiVielSto
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MessageSujet: Doctrine d'emploi des unités blindées   Lun 23 Déc 2013 - 21:29

Afin de prolonger ou d'étoffer ma rélexion entamée dans le cadre du GBM HS N°1, je reproduits ci-dessous mon 1er post et la réponse de François Fauvillier.

Section GBM du forum - HS N° 1, SiVielSto a écrit:
Poursuivant la lecture du HS No 1, je lis page 50

Citation :La perspective d'un mariage de raison

Ce bref survol montre à quel point, en 1940,
après deux décennies de sophistications intellectuelles dont il aurait sans doute été souhaitable de faire l'économie (passage souligné par SiVielSto), les choses deviennent extrêmement simples : la puissance -ayant longtemps soutendu les seuls chars d'infanterie - et la vitesse qui est l'essence même de la cavalerie se combinent pour tendre vers le système d'avenir, celui prévu pour la guerre longue, la guerre du matériel.(passage souligné par SiVielSto)
...
Dès lors, les profondes différences entre les programmes "chars" de la cavalerie et de l'infanterie auraient, pensons-nous, disparu en moins de deux ans pour aboutir à une synthèse logique entre les moyens de combats attribués aux uns et aux autres, réunis sans doute dans une arme unique (passage souligné par SiVielSto).
...


Cette conclusion de la partie "Motorisation et mécanisation" de la cavalerie me porte aux réflexions suivantes (qui relèvent plus d'une sous-section doctrine, absente du forum {excellent par ailleurs!} que de la section GBM en tant que telle) :



  • 1er passage souligné : l'équipe GBM, par cette remarque au combien pertinente, met le doigt sur une des grosses faiblesses de l'Armée française 1919-1939, à savoir une réflexion très riche mais trop longtemps non structurée en un tout cohérent, ayant pour conséquences
    -non seulement l'absence ou l'inadéquation de beaucoup de doctrines et règlements d'emploi en mai 40
    -mais aussi un manque de standardisation en matière d'équipement (en particulier pour les véhicules blindés) ou même en matière de structure des unités (regardez l'ordre de bataille de la cavalerie mécanique le 10 mai 40 en bas de la même page 50... quel saupoudrage de véhicules différents dans les unités). L'extrême diversité des modèles avant les programmes de guerre, provient certainement aussi de l'extrême complexité de la réflexion doctrinale française.

  • 2ème passage souligné : si la seule raison de standardiser les productions en 1940 était la préparation à une guerre longue de matériel, et je pense que ce fut au moins la raison essentielle du Haut-commandement français, alors elle démontre à la fois une clairvoyance tardive (les opérations de 1915 à 1918 étaient déjà celles d'une guerre longue et de matériel, guerre de surcroît privilégiée dans l'Entre-deux-guerre par la politique de défense française au caractère défensif marqué) et une vision prémonitoire de ce que beaucoup de bélligérants feront bien après la France, à savoir rationaliser les productions de guerre et adopter une véritable économie de guerre. Mais n'y-avait-il aucune évolution doctrinale derrière cette rationalisation, dans le sens de la guerre mécanisée de mouvement, menée par de grandes unités blindées polyvalentes? Probablement pas vraiment...

  • 3ème passage souligné : commet doit-on comprendre les termes "arme unique"? Selon l'approche matériel, à savoir la cavalerie et l'infanterie seront dotées d'un même véhicule de combat principal mais conserveront des visions différentes (et des missions distinctes) de la guerre mécanisée ou peut-on comprendre "arme unique" comme un futur regroupement des moyens et de leur emploi au sein d'une nouvelle "arme", dans le sens d'une spécialité militaire, comme les Panzers qui n'appartenaient plus ni à l'infanterie ni à la cavalerie?
    J'ajouterai que dans le cas d'une vraie guerre de positions, due soit à la prolongation de la "Drôle de Guerre" (improbable de la part d'Hitler ou intenable pour l'Allemagne?) soit à une stabilisation du front après une victoire défensive alliée au printemps 40 (Hitler serait-il alors encore resté 2 ans au pouvoir?), je ne suis pas certain que cette fusion doctrinale infanterie/cavelerie se serait faite aussi facilement. En revanche, mais je tombe là dans une forme d'uchronie (mot qui fait couler des gigas de posts assez chauds ailleurs sur ce forum...), je verrais bien une offensive alliée vers 1941 ou 42, règlée avec minutie, intégrant une force française modernisée matériellement, supérieur en puissance aux forces allemandes, mais distinguant encore les DCR pour la percée, des DLM pour l'exploitation... à moins que les Groupements Mécaniques, envisagés dans la Note provisoire sur les conditions et les modalités d'emploi des grandes unités cuirassées, n° 4617/3/EMA/M du 16/12/1938, n'aient entretemps pris consistance pour réaliser enfin la synthèse entre cavalerie et infanterie. Même sans ces véritables unités mécanisées modernes, la puissance alliée aurait alors été difficilement arrêtable par l'Allemagne (à situation politique inchangée, c-à-d avec une Allemagne isolée, soutenue au mieux la seule Italie (+ peut-être qq petits pays d'Europe centrale), et encore, pas garanti que Mussolini aurait voulu ses quelques milliers de morts pour siéger à la table des vaincus).




NB : les tatonnements et hésitations sur l'emploi des forces motorisées et mécanisées ne sont pas propres à la France. La Grande-Bretagne suivra aussi un chemin tortueux qui n'aboutira pas vraiment avant la fin de la guerre.
Finalement, les pays ayant les moins longues traditions militaires, arrivant plus tardivement dans le conflit (USA) ou encore ayant subi de profonds bouleversements socio-économiques, politiques et militaires (URSS-Allemagne) évolueront plus vite vers des forces mécanisées modernes que les précurseurs en matière de chars que furent la France et la Grande-Bretagne.

Section GBM du forum - HS N° 1, François Fauvilliers a écrit:
Bravo pour cette analyse et ces réflexions. Il y a là matière à un débat d'importance.
Je n'interviens pas à ce stade, sinon pour préciser que, parlant d'une " arme unique" (le 3e point soulevé), je désigne effectivement l'arme blindée-cavalerie (ABC). Mais je ne souhaitais pas employer formellement ce terme car il n'est pas tout à fait contemporain. Il s'agit bien de la fusion, en une même direction d'arme, des chars de combat (relevant de la 1re direction : infanterie) et de la cavalerie (2e direction), telle qu'elle sera réalisée outre-Méditerranée, officiellement à la fin de 1942 et en pratique dès l'automne 1940.

Le débat est ouvert ; c'est un sacré sujet.


Pour ne pas en rester là, je citerai un passage assez incroyable du tome 1 de "L'Arme blindée française de Gérard Saint-Germain:
G. Saint-Germain, p.108 a écrit:
Le concept blindé français des années 1930 apparaît, en conséquence, avoir été à deux vitesse. Celle adoptée par la cavalerie pour ses GU mécaniques, se révèlera davantage porteuse d'avenir que celle lente et compassée des GU cuirassées dont l'expérience douloureuse sera cependant utile dans la perspective du redressement qui conduira au creuset fédérateur des années 1940.

Ce véritable cheminement séparé de l'infanterie et de la cavalerie dans la création des chars et le développement des GU blindées, augmentera la dispersion et le cloisonnement de nos forces pendant la campagne de France. Un exemple le résume. Le général Keller était "l'inspecteur des chars", mais ses prérogatives ne couvraient que l'infanterie. Dans un rapport au général Georges, le 18 juin 1940, il se penchait avec attention sur un problème que l'on découvrait, celui, délicat dans le feu de l'action, de l'identification des chars.

Après avoir rendu compte des mesures prises pour les chars français sous son autorité, il ajoutait :
"Je crois savoir par ailleurs qu'une mesure analogue aurait été prise par les engins de cavalerie".
Il concluait, afin d'éviter sans doute de douloureuses méprrises après les dispositions de sauvegarde prises par l'infanterie pour ses chars:
"J'ai l'honneur de vous demander, si vous le jugez utile, de porter ces mesures à la connaissance de toutes les troupes".

On sait maintenant que les autres troupes essuyaient également quelques plâtres en matière "d'identification des engins blindés"... Ce fait illustre bien les risques du cheminement séparé. Il y a eu, dans l'entre-deux-guerres, entre les armes de mêlée, un problème majeur de communication que la coopération interarmes a pour mission de réduire.

Une autre approche de la fusion des concepts de l'infanterie et de la cavalerie en un seul concept, à un horizon de 2 ans, comme écrit dans GBM HS 1, n'aurait-elle pas pu être des Divisions Mécaniques standardisées (héritières des DLM de la cavalerie), ayant pour chars de combat de base un Somua modernisé ou son successeur (char G1R?), renforcées selon les besoins par des BCC (héritiers de l'infanterie) équipés de chars lourds (type à déterminer), nettement mieux protégés et armés que la majorité des chars du champ de bataille., à l'instar des bataillons de Tiger allemands ou de JS 2 russes. Le B1 bis ou B1 Ter ne possédait en 1940 ni cuirasse ni allonge suffisantes pour remplir le rôle ni marge d'évolution technique pour se moderniser et se maintenirau-dessus de la mêlée.
Dans ce dernier domaine (évolution), le Panzer IV le dépassait même largement bien que, malgré son 75 mm long et un blindage renforcé, il dut rapidement abandonner la vedette aux Panther, Tiger et autres chars lourds de l'arsenal allemand.

J'oubliais dans cette fusion l'existence de DIM avec des moyens de transport propres et pourquoi pas un BCC.
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Louis Martel
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Jeu 26 Déc 2013 - 21:56

Bonsoir


Citation :
commet doit-on comprendre les termes "arme unique"? Selon l'approche matériel, à savoir la cavalerie et l'infanterie seront dotées d'un même véhicule de combat principal mais conserveront des visions différentes (et des missions distinctes) de la guerre mécanisée ou ...
Je ne suis pas d'accord avec cette idée de visions différentes de la guerre mécanisée. Ce sont des visions "complémentaires" s'inscrivant non dans un schéma de la guerre mécanisée mais un schéma de la guerre plus globale impliquant toutes ses formes d'affrontements militaires (guerre de front, de mouvement, de montagne, en zones fortifiées, assaut fluvial, débarquement amphibie, etc).

L'idée d'une arme unique découle de la défaite, à mon avis, sans elle la fusion de la Cavalerie et des Chars de combat est peu probable. L'autonomie des Chars de combat est plus probable (comme aux USA et UK).

L'idée d'une grande unité unique n'est pas majoritaire dans les écrits d'avant-guerre, mais certains auteurs la défendent. Je n'ai pas suffisamment d'éléments en mains pour avoir un avis ferme, mais il me semble plus probable qu'une telle GU serait du niveau du corps plutôt que de la division. J'ai récemment lu un article de 1938 où l'auteur, estimant les DLM dépassées, préconise des corps cuirassés avec brigade(s) de cavalerie légère, division(s) de cavalerie lourde et division d'infanterie motorisée possédant leurs propres chars.

Cordialement
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SiVielSto
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Ven 27 Déc 2013 - 0:11

D'accord avec vous : en 1940, il y avait encore un large fossé entre les conceptions de l'emploi des chars par l'infanterie ou par la cavalerie. Combien de temps aurait-il fallu ou combien d'expériences de combat auraient été nécessaires à une approche plus globale au niveau division est impossible à dire.

Effectivement en 1940, l'infanterie envisage l'emploi de DCR conjointement avec une DLM au sein d'un Groupement Mécanique ou d'un Corps (voir ma référence).
Le général Flavigny a lui-même voulu créer ses DLM avec une véritable puissance blindée, se rapprochant en ce sens de certains concepts de l'infanterie et donc aussi de la polyvalence.

Quant à la complémentarité des 2 visions, je dirais qu'elle est certaine mais que l'esprit de clocher (propres à toutes les armées du monde et je le vois encore aujourd'hui !) et la complexité doctrinale en rendaient l'application difficile voire impossible. 
Certainement en 1940, sans aucune expérimentation et aucun entraînement de ce niveau. Donc comme fantassin (anciennement blindé), je parlerais quand-même de quasi différence de vue entre les 2 camps.

La fusion était inéluctable mais une fusion intégrant la guerre mécanisée/motorisée dans toutes ses "armes" et confiant les chars et véhicules de combats blindés apparentés à une seule.
Finalement cela s'est passé après la défaite de 1940. Pour la 2nde guerre mondiale, le niveau division semble avoir été le standard dans presque toutes les armées, avec des variantes de taille, de structure ou de nom. Ce niveau est rempli par des  Corps mécanisés ou de cavalerie (avec des chars) en Russie.
Côté matériel, toutes les armées se sont équipées progressivement de modèles de chars standardisés et polyvalents, le Main Battle Tank (Estienne l'avait prévu) dont le Centurion fut le 1er véritable représentant, gardant seulement des véhicules spécifiques pour la reconnaissance. 

La décentralisation accrue du commandement, la complexité des opérations et la puissance des moyens ont fait passer ce niveau de la division interarmes vers la brigade, voire le battle group aujourd'hui (et même plus bas dans certains engagements très décentralisés en Irak ou en Afghanistan).

A la Composante Terre belge, nous avons même franchi le pas de la fusion totale entre infanterie et cavalerie au sein de bataillons médians (mais il y a là, peut-être..., une conséquence des restrictions budgétaires).

Bonne soirée
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Sam 28 Déc 2013 - 21:17

Bonsoir à tous,

Je me suis livré à la lecture de GBM HS1 qui traite de la cavalerie mécanique française durant l'entre -deux guerres. ce numéro est tout bonnement passionnant, et je vous en livre mes premières impressions.

La première sensation est une sensation de fierté car bien sur il y a eu des errements dans la conception des engins, mais dans l'ensemble, le matériel décrit dans ce numéro (et j'oserais en général) était de qualité et pouvait (a pu) se comparer aux engins allemands lorsque les circonstances lui ont permis de le faire.

Maintenant, fondamentalement je relèverais trois erreurs fondamentales dans la conception de tous les engins français :
1/ le manque d'autonomie des engins
2/ le manque de confiance dans les transmissions radio
3/ le problème de la tourelle une place

A ceux qui soulèvent la question de standardisation, ou plutôt de son manque dans les engins français, je répondrais par une question : Combien de sociétés d'armement étaient sollicitées en France lors de l'attribution d'un marché potentiel pour un char ? Je ne citerai que SOMUA, FCM, RENAULT, etc ..... (pardon pour les oublis mais les noms ne me reviennent plus lorsque j'écris ce post). A coté de cette multitude de possibilités, combien de société sont sollicitées en Allemagne ?? Je laisse la question en suspens car moi même je l'ignore.

Venons - en à la conception de l'emploi de la DLM et à ce titre, dans le numéro de GBM HS1, l'extrait publié pages 28 - 30 des Souvenirs du général Flavigny ma littéralement "traumatisé" (le terme étant fort, j'emploie volontairement des guillemets). Il y décrit une réunion en janvier 1935 au cours de laquelle le général Gamelin expose ce qu'il voudrait pour la DLM " ... des régiments de même composition où seront réunis AMD, AMR, Somua, dragons portés ..." puis plus loin " ... Messieurs, dit-il, je viens de vous exposer une solution d'avenir ..." Il ne croyait pas si bien dire puisque n'est ce pas sous cette forme qu'on évolué les unités de l'armée française après 1945, mais aussi des autres armées dans le monde ? (je pose la question car je ne suis pas assez spécialiste pour y répondre correctement) Il me semble bien que si. Alors comment ce fait - il que le commandant en chef de l'armée française puisse avoir une telle fulgurance d'esprit en janvier 1935, et puis que l'histoire retienne par la suite ce général complètement dépassé par les évènement en moins d'un mois ?

Bref tout ça pour dire que l'impression qui prime après ma lecture de GBM HS1, c'est l'impression d'un immense gâchis. Nous avions des pièces magnifiques pour former un "puzzle" de notre cavalerie capable de rivaliser avec les panzers allemands en 1940. Nous avions en plus les hommes capables d'assembler ces magnifiques pièces (Flavigny, Prioux, et certainement d'autres).

Alors la question qui me vient à l'esprit est : comment en est - on arrivé aux évènements de 1940 avec tous les outils que nous avions en notre possession ?

En corollaire, pourquoi le général Flavigny quitte le ministère de la guerre le 1er février 1936 ? Pourquoi ne le laisse - t - on pas continuer son œuvre ?

Pardon si mes questions sont naïves, mais je suis un béotien dans ce domaine ; avide d'apprendre et de découvrir, mais je resté béotien.

Cordialement,

Thomas
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Sam 28 Déc 2013 - 21:41

Le post de Thomas paraît quand j'allais envoyer mon post. Après lecture, il montre que d'autres avant Gamelin, avaient aussi eu des fulgurances de l'esprit.


Faisant suite à un autre fil (http://atf40.forumculture.net/t7302-ouvrages-sur-les-doctrines-d-utilisation-des-chars-en-france-de-1919-a-1940), je relis l'article dans Histoire de guerre N°21, Les unités cuirassées françaises en 1940, de Rémi Fontbonne.

J'y relève quelques étapes intéressantes (je laisse les détails pour un autre jour ou un autre forumeur):
-1919 :le Groupe d'Armées Fayolle imagine des avant-gardes motorisées d'armée avec le Groupe d'AutoMitrailleuses et Autos Canons (GAMAC), des chasseurs cyclistes d'une division de cavalerie, de l'infanterie avec mitrailleuses transportées en camion, d'un régiment d'artillerie portée, d'un bataillon de chars légers et d'un élément du génie, avec appui de l'aviation!
-Février 1930, le général Maurin, inspecteur du service de la motorisation, écrit : "le char de bataille constitue l'arme idéale du combat moderne, surtout si on l'emploie en lui accordant une indépendance que justifient sa vitesse, sa protection et son armement."
-25 juin 1930, le Conseil Supérieur de la Guerre examine et adopte un programme de motorisation de l'armée qui propose la création de divisions transportées (infanterie motorisée) et de divisions mécanisées (division blindée en puissance)! Le ministre approuvera le document le 4 juillet 1930!

L'approche semblait donc alors être plus globale aux hauts échelons que la suite du développement des visions "infanterie" et "cavalerie".
Il faut cependant garder une certaine réserve par rapport à ces projets : en 1919 et même en 1930, la technique ne permet pas encore tout ce qui est pensé.
Par ailleurs, si les généralités du programme concernant les chars et leur emploi semblent reposer sur un véhicule unique, puissant, rapide, solide, polyvalent... (bref : proche du Main Battle Tank), les parties sur l'exécution reviennent déjà à plus de réalisme technique en multipliant les modèles de véhicules blindés selon les phases du combat.
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Sam 28 Déc 2013 - 21:53

La déperdition des idées se serait donc produite aux échelons "inférieurs" ? L'infanterie prêchant pour sa paroisse et la cavalerie pour la sienne ? Bien sur que la technique était "en retard" sur les idées, ça c'est clair, maintenant un commandement énergique qui donne des directives claires et surtout pour aller vers UN OBJECTIF UNIQUE ; tout ceci n'aurait - il pas permis une "accélération de la technique" ??
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Sam 28 Déc 2013 - 22:37

Pas si simple!

Au sortir de la 1ère Guerre, les penseurs ont été confrontés à un problème d'une rare ampleur dans l'histoire militaire : repenser entièrement l'art de la guerre, sur terre, sur mer, dans les airs et même dans l'économie et les esprits!

Petit rappel :
-14/18 a complètement changé les opérations militaires : la puissance de feu au niveau tactique, alliée à la vitesse du transport stratégique par chemin de fer et à des transmissions à longues distances ont littéralement paralysé puis interdit toute vélléité offensive autre que la guerre d'usure ("je les grignote").
-14/18 a vu l'apparition et l'application à grande échelle d'une véritable révolution technologique dans les moyens militaires (aviation, chars, puissance/portée/précision de l'artillerie, TSF, motorisation partielle...). Néanmoins, il faut être conscient de 2 faits : beaucoup de nouveaux équipements sont encore très imparfaits technologiquement (cela donnera du blé à moudre à leurs futurs détracteurs) et la victoire de 1918 est arrivée trop tôt (heureusement pour les soldats eux-mêmes!) pour totalement les intégrer dans un art de la guerre repensé traduit en doctrines renouvellées.

Conclusion : il était difficile pour les stratèges et tacticiens (surtout dans le camp des vainqueurs) de renier les causes (doctrines/armes/équipements...) de la victoire et de repartir d'une feuille blanche, tout en y insérant des équipements imparfaits encore mal connus, voire méconnus, pour beaucoup!
De surcroît, tout beau projet d'un penseur militaire doit se frotter à la réalité et passer les filtres des écoles, des états-majors, des conseils d'experts, des cercles politiques, des restrictions budgétaires, etc...

Je conclurai en reprenant un passage de Rémi Fontbonne

Histoire de guerre N°21 a écrit:
La problématique du renouveau tactique

Au lendemain de la guerre, à la lumière des enseignements tirés des combats, le problème à résoudre par les tacticiens est de concevoir un ensemble de moyens permettant de réaliser successivement la rupture, l'exploitation et la poursuite...
Les tacticiens vont partir du connu, le combat d'infanterie et l'accompagnement, pour aller vers quelque chose de plus performant. D'où bien des tâtonnements pour trouver le chemin!...
Implicitement, quelle arme sera "l'arme fondamentale au profit de laquelle les autres s'engagent".

Je pense que la pensée militaire française de 1940 (et pas eux seuls : nous, Belges avions carrément renoncé aux chars suite à notre politique de neutralité parce que char = offensive et aggression!) était biaisée en ce sens qu'elle restait trop attachée à cette approche par arme et non à celle d'un concept global de motorisation/mécanisation!

Citation :
La fusion était inéluctable mais une fusion intégrant la guerre mécanisée/motorisée dans toutes ses "armes" et confiant les chars et véhicules de combats blindés apparentés à une seule.
Finalement cela s'est passé après la défaite de 1940.

(extrait d'un post précédent)

A l'instar d'un Napoléon, artilleur de souche mais excellent chef, capable d'utiliser les spécificités de chaque arme au bénéfice de sa manoeuvre, Rommel était fantassin, Guderian transmetteur, Patton cavalier, de Lattre cavalier, Joukov cavalier, von Manstein fantassin, Bradley fantassin, Horrocks fantassin, (désolé, je ne trouve pas d'artilleur mais il y en a!) et pourtant ils surent conduire des forces mécanisées avec succès.
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Sam 28 Déc 2013 - 23:16

Ah mais en ce qui concerne les chefs, je reste persuadé (ca n'est que mon opinion personnelle vous me direz !) que la qualité d'un dirigeant réside dans sa personnalité et sa capacité d'adaptation à la nouveauté plus qu'à sa formation. Et désolé mais pour les artilleurs de renom, il n'y a que Napoléon qui me revient .... :$
Maintenant peut être la victoire de 1918 a - t - elle "coupé les jarrets de nos soldats" comme aurait dit Foch (je l'ai lu dans un article sur le traité de Versailles) ? Mais comme vous je pense que ce fut heureux pour nos soldats. Maintenant, comment les chefs militaires ont - ils pu mettre de côté l'offensive en Picardie du 18 juillet 1918, celle qui a obtenu la percé et qui a mis en liaison infanterie, chars, aviation et artillerie avec de mémoire, 2 armées en ligne et quelques 500 chars de combat utilisés ? Ca reste tout simplement hallucinant à mes yeux !!!
Le premier exemple de Blitzkrieg est français et 22 ans plus tard, cette même manière de faire la guerre nous balaye en 6 semaines .... Il y a quand même quelque chose d'incongru ....
Parce que comme vous le dites plus haut, la technique a très certainement retardé les "visions d'avenir" de nos grands chefs militaires, maintenant, les outils qu'on avait en ligne au 10 mai nous permettaient de faire mieux.
Je veux bien que toute la hiérarchie militaire de l'époque était profondément marquée par 14 - 18, mais les engins demandés par l'armée et conçus de façon tout à fait formidables (mis à part les 3 erreurs que j'ai relevées) permettaient d'avoir un poing blindé prêt à parer à tout.

Cordialement,

Thomas
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 29 Déc 2013 - 11:40

Pour l'origine des futurs commandants de forces mécanisées, j'ai trouvé les statistiques des 266 officiers généraux allemands de la Heer ayant commandés de 1934 à 1945, une force motorisée ou mécanisée suivante : Pz.Armee, A.K.(mot.), Pz.K., Pz.Div., Lei.Div. (formations SS non comprises!) : 45% viennent de l'infanterie, 21 % viennent de la cavalerie, 14 % de l'artillerie, 4,6% du génie et 2 officiers des transmissions. Les mêmes statistiques doivent exister pour d'autres pays. Je lance un appel aux artilleurs pour la défense de leurs grands chefs militaires!
Pourquoi des fantassins et des cavaliers surtout? Parce que ce sont les armes qui mènent la manœuvre avec l'appui des autres. Leurs cadres sont donc formés dès le début à "manœuvrer" et à intégrer les appuis du génie ou de l'artillerie dans leurs ordres.

Effectivement certaines des offensives alliées de 1918 préfigurent les combats de forces mécanisées. Néanmoins, elles restent peu nombreuses, elles se déroulent sur un terrain très particulier comportant de nombreux obstacles artificiels, des positions fortifiées nombreuses... de plus elles n'affrontent pas un ennemi doté des mêmes moyens. Elles restent aussi très marquées par une organisation systématique des opérations, proche, au final, des offensives précédentes . Assez "frontales", elles n'intègrent pas vraiment la notion de contournement des résistances (cause, avec un emploi rénové de l'artillerie, des victoires allemandes du printemps 1918 et pour partie appliquée en 1940 à grande échelle par les panzers) ou de victoire par la manœuvre. 
L'attaque du 18 juillet 1918, toute innovante qu'elle soit, n'est jamais, je le rappelle, qu'une contre-attaque en flanc sur une "verrue" du front, indéfendable et inutile en soi à partir du moment où l'Allemagne ne pouvait plus poursuivre ses offensives par épuisement des réserves.  L'attaque ne débouche pas et ne tourne pas à l'exploitation au-delà du rétablissement de la continuité du front! C'est un succès majeur pour les Alliés et une surprise douloureuse pour les Allemands mais cela reste très localisé.

Les offensives alliées ultérieures sont une succession de coups de butoir contre le front allemand, sans vraie rupture et exploitation, jusqu'au moment où l'armée allemande épuisée et plus soutenue par ses politiques, doit renoncer à défendre ses positions, doit reculer et finalement s'accepter vaincue (je ne défends pas ici l'idée d'une armée allemande invaincue trahie par l'arrière!). Armée vaincue mais toujours organisée et commandée, capable jusqu'aux dernières minutes avant l'armistice de faire très mal et se repliant en ordre. Donc vaincue mais pas écrasée.

Bref, les offensives alliées préfiguraient par certains aspects la guerre mécanisée mais restaient très proches de la guerre de position et n'ont pas permis aux nouveaux moyens de faire toute la preuve de leur puissance ou même d'en extraire toutes les leçons doctrinales pour le futur.

Pour en revenir à la doctrine française en matière de blindés, il semble que 1932 fut une année cruciale dans le divorce infanterie/cavalerie.

En 1932, de juin à septembre, furent organisés des exercices combinés à Mailly avec comparaison entre des formations mécaniques présentées par l'infanterie et la cavalerie. Expérimentation, grandeur nature, des théories issues de la décision de 1930 (voir post précédent).

Quelles étaient ces formations ?:

  • Infanterie : la division d'infanterie motorisée (en théorie devrait compter : 12 AMC, 45 chars D1 et des véhicules blindés légers) et le Détachement Mécanique de Combat (DMC comportant des éléments de sûreté à base d'automitrailleuses, des unités de chars B1, des unités de chars D1, des soutiens portés, de l'artillerie tractée). Le DMC constitué selon les besoins(aïe!) préfigurait les brigades cuirassées envisagées en théorie.
  • Cavalerie : la Division de cavalerie (DC) partiellement motorisée (à l'époque 2 brigades à cheval et 1 brigade mécanique).


Leçons tirées par Weygand lui-même de ces expérimentations :

  • La DIM doit pouvoir débarquer ses fantassins au plus près de la zone d'engagement (échec pendant les exercices et doit être corrigé) et doit donc disposer d'un détachement motorisé apte à fournir découverte et sécurité (les futurs GRDI). Le détachement mécanique de sûreté testé pendant les exercices a confirmé son utilité et son efficacité. Enfin, je cite, "Il est logique de faire marcher de pair l'organisation des divisions motorisées et celle de leurs GR mécaniques..."
    En 1940 sur la Meuse, la 5 DIM déposera ses fantassins à une quinzaine de Km de la Meuse alors que des DLC avec les GRCA et GRDI se trouvent bien à l'Est du fleuve et que les Belges gardent les ponts! Pourquoi cette étape à pied inutile???
  • Le DMC en revanche est très critiqué par Weygand à l'issue des exercices. Les résultats de son engagement au profit d'une division d'infanterie ont été décevants. En réalité, le DMC a été sous-employé, voire ignoré " un corps étranger" par la division appuyée dont l'action s'est retrouvée "décousue et d'efficacité incertaine".
  • La DC sort gagnante des exercices. Je cite : "La division de cavalerie... est une unité mobile et puissante, capable seule, ou en combinaison avec une ou plusieurs divisions de cavalerie ou divisions motorisées, de manœuvres offensives ou défensives à résultats importants... La combinaison du cheval et de la machine, loin d'être un obstacle à une action coordonnée des divers éléments entrant dans leur composition, donne au contraire aux grandes unités de cavalerie des possibilités nouvelles de manœuvre en force et en vitesse."

R. Fontbonne voit dans ces conclusions l'origine du divorce infanterie/cavalerie en matière d'emploi des forces motorisées/mécanisées.
Il ajoute, durement, concernant l'échec de l'infanterie :

R. Fontbonne a écrit:
L'infanterie a-t-elle fait le mauvais choix en la personne de la division (la 15 DI-ajout SiVielSto) ou de son chef, mal préparé ces exercices combinés, ou délibérément saboté le DMC de crainte de perdre ses chars ou de devoir cohabiter avec la cavalerie dans les grandes unités mécanisées en gestation? Il est probablement permis de dire que ce sont les enseignements tirés de ces manœuvres qui vont inciter le Commandement à abandonner la grande unité mécanisée interarmes qu'il entrevoyait en 1930 "au profit" de celles répondant à la notion de "division du travail" évoquée plus haut.

Saint-Germain (ouvrage cité précédemment) décrit, quant à lui, brièvement ces exercices combinés et leurs leçons mais ne leur donne pas la même portée. Il souligne quand même les graves conséquences de la condamnation du DMC. On ne reparlera brigade de chars qu'en 1939!
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 29 Déc 2013 - 13:32

Revenant sur la fin du dernier post de Thomas :

Thomas a écrit:
mais les engins demandés par l'armée et conçus de façon tout à fait formidables (mis à part les 3 erreurs que j'ai relevées) permettaient d'avoir un poing blindé prêt à parer à tout.


Personnellement j'ajouterai d'autres faiblesses à beaucoup de chars français et à l'outil militaire français :
- fiabilité mécanique (ex : la 1ère DCR comptera 10 B1 bis perdus ou en panne après un déplacement de 60 Km)
- optiques mal conçues (à relier à la tourelle monoplace)
- armement insuffisant pour affronter d'autres blindés pour beaucoup (la majorité) des chars français. Le fameux 37 mm du FT recyclé à toutes les sauces
- des dotations de munitions anti-chars insuffisantes (on privilégie le combat contre l'infanterie - à relier aussi à l'armement)
- pas d'interphone pour communiquer au sein de l'équipage
- conception dépassée de certains modèles (B1 bis)
- vitesse assez faible

Additionnés aux déficiences de la radio (absente ou inadaptée ou inemployée ou inutilisable ou peu entraînée), de la tourelle monoplace et de l'autonomie et multipliés par l'absence ou l'incohérence de la doctrine, le manque d'entraînement (certainement aux échelons division et corps mais aussi au niveau de la coopération interarmes), par des structures parfois déficientes (les DCR ou les BCC),  par l'inexpérience du combat mécanisé (pas de Pologne du côté français pour tester la machine de guerre et corriger), par l'inefficacité du combat antichars, par l'absence d'appui aérien, par un commandement "méticuleux et détailliste" ne pouvant suivre le rythme des initiatives adverses, tout cela fait que selon moi (et je vais heurter certains forumeurs français) l'outil militaire français, en particulier pour la partie mécanique et aérienne, n'était pas si formidable!

Pour moi, la Panzer IV est dans l'absolu le meilleur char de 1940, même s'il n'était pas le plus puissant mais il était le meilleur compromis sur le champ de bataille mais nous sortons là de la doctrine et passons du côté du matériel.

Je pourrai aussi ajouter la manoeuvre retenue par le camp allié qui, après avoir privilégié la manoeuvre défensive à partir de positions préparées, après avoir fortifié pendant toute la drôle de guerre la frontière belgo-française, s'aventure en Belgique et en Hollande (avec de bonnes raisons politico-économiques!) en sachant d'avance, vu qu'il s'agissait d'une manoeuvre en réaction à une attaque allemande et non d'un déploiement préventif (par honnêteté, je dirai ici que la psychose belge de la neutralité avec ses conséquences funestes n'était pas plus intelligente), qu'il allait au-devant d'un combat de rencontre pour lequel ses forces n'étaient vraiment taillées!

Tout cela ne veut pas dire que la défaite alliée était inéluctable mais il aurait été difficile de l'éviter le 10 mai 40, toutes choses égales par ailleurs.
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 29 Déc 2013 - 15:21

Bonjour à tous !
Bonjour SiVielsto !

Je me permets de rebondir sur votre dernière phrase : "Tout cela ne veut pas dire que la défaite alliée était inéluctable mais il aurait été difficile de l'éviter le 10 mai 40, toute chose égale par ailleurs."


Sans vouloir faire tomber, ni dans l'approche uchronique, ni dans l'uchronie (clin d'oeil à d'autres fils), auriez-vous l'amabilité de développer, en quelques lignes, pour ma gouverne, et sans arrière-pensée aucune, votre sentiment (conclusion) ... Je me permets de vous demander cela, hors de toute malice, parce qu'il s'agit d'une question qui me "tarabuste", et que je pense que la défaite était inéluctable en mai/juin 1940 ... Or, votre dernière phrase peut laisser entrevoir une maigre lueur d'espoir ...
Merci !


Cordialement !
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 29 Déc 2013 - 16:09

Bonjour Claude,

Colonel sur ce forum et donc plus gradé que moi-même sur ce forum et dans ma vie professionnelle! Prudence!

Votre ralliement à mon point de vue et votre question me posent au final plus de difficultés que si un défenseur "à tout crin" de l'ATF40 avait contre-attaqué.

Mais je vais essayer de répondre après réflexion.
Comme passionné d'histoire militaire et militaire moi-même, je suis convaincu que la victoire et la défaite au début d'un combat, d'une bataille ou d'une guerre ne sont jamais jouées d'avance, même si certains joueurs partent avec de meilleures cartes en main que d'autres (si vis pacem para bellum).

C'est vrai que ma conclusion avait un petit côté diplomatique après mes critiques à l'égard de l'ATF 40... et que le 10 mai 40 sans rien changer à la manoeuvre, au dispositif alliés ou à la situation géopolitique, il était difficile de s'en tirer.

Je réfléchis, relis quelques sources et reviens sur le sujet! Avec plaisir.
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 29 Déc 2013 - 16:35

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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Sam 18 Jan 2014 - 19:36

SiVielSto a écrit:
 ... Je lance un appel aux artilleurs pour la défense de leurs grands chefs militaires! ...

Je vous dirais ce que, artilleur, je disais à mes camarades cavaliers : un char n'est jamais qu'une pièce d'artillerie spéciale! (dixit le général Etienne)
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 19 Jan 2014 - 9:25

Je tairai le surnom que nous, fantassins belges, donnions aux blindés lourds, vu qu'aujourd'hui, fantassins et blindés belges sont été intégrés dans des bataillons "mixtes", un peu comme les anciens Groupes de Chasseurs de l' Armée de Terre française qui comptaient dans leurs rangs une compagnie d'AMX 30.

Par rapoort à votre remarque sur la pièce d'artillerie spéciale, je l'apprécie comme boutade mais je suis convaincu du contraire en matière de tactique.

Le char peut être un canon et des mitrailleuses sous blindage pour soutenir les fantassins et le char peut même tire comme une pièce d'artillerie en tir courbe (usage peu courant dans les armées occidentales) mais par sa force de frappe, sa protection, sa rapidité tactique, sa vitesse de réaction, son autonomie... il est aussi (et avant tout) une autre arme.
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Dim 19 Jan 2014 - 18:28

C'est une boutade avant tout, bien sur ... mais pas tant que cela.

Si l'on pense aux armées en tant que moyens d'appliquer les actes fondamentaux de la bataille qui sont le choc, le feu et la manœuvre, chaque arme en produit plus ou moins.

En 1914, la cavalerie ne produisait plus quasiment que la manœuvre, à cette même époque l'artillerie cherchait la façon de porter le feu au plus près afin de soutenir le choc de l'infanterie.

Il en est sortie la théorie dite de l'attaque d'artillerie soutenue par l'infanterie puisqu'il semblait que le contraire ne donnait pas les résultats attendus.
Elle a été mise en application, entre autre, aux marais de St Gond par des éléments du 61ème RA par le moyen de charges de pièces d'artillerie venant dételer au plus près des lignes allemandes, voir dans certains cas en dételant derrière les positions allemande et cela durant le temps de la charge de l'infanterie.
Les pertes et la fin de la guerre de mouvement ont mis fin à ces étrangetés mais il en est sortie le concept du canon protégé automoteur alliant le feu de l'artillerie à la manœuvre pour aider au choc de l'infanterie sur la ligne de front.
Cette nouvelle arme a d'abord été l'artillerie spéciale avant d'évoluer en char de combat puis en cavalerie blindée moderne, alliant enfin les 3 moyens de la guerre dans des proportions intéressantes.
C'est cela qui lui permis de devenir une arme indépendante, sauvant par la même les tradition de cavalerie ... mais pouvais t-on sérieusement se passer de l'arme du mouvement!
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Lun 20 Jan 2014 - 7:54

SiVielSto a écrit:
Revenant sur la fin du dernier post de Thomas :

Thomas a écrit:
mais les engins demandés par l'armée et conçus de façon tout à fait formidables (mis à part les 3 erreurs que j'ai relevées) permettaient d'avoir un poing blindé prêt à parer à tout.


Personnellement j'ajouterai d'autres faiblesses à beaucoup de chars français et à l'outil militaire français :
- fiabilité mécanique (ex : la 1 DCR comptera 10 B1 bis perdus ou en panne après un déplacement de 60 Km)
- optiques mal conçues (à relier à la tourelle monoplace)
- armement insuffisant pour affronter d'autres blindés pour beaucoup (la majorité) des chars français. Le fameux 37 mm du FT17 recyclé à toutes les sauces
- des dotations de munitions anti-chars insuffisantes (on privilégie le combat contre l'infanterie - à relier aussi à l'armement)
- pas d'interphone pour communiquer au sein de l'équipage
- conception dépassée de certains modèles (B1 bis)
- vitesse assez faible

Additionnés aux déficiences de la radio (absente ou inadaptée ou inemployée ou inutilisable ou peu entraînée), de la tourelle monoplace et de l'autonomie et multipliés par l'absence ou l'incohérence de la doctrine, le manque d'entraînement (certainement aux échelons division et corps mais aussi au niveau de la coopération interarmes), par des structures parfois déficientes (les DCR ou les BCC),  par l'inexpérience du combat mécanisé (pas de Pologne du côté français pour tester la machine de guerre et corriger), par l'inefficacité du combat antichars, par l'absence d'appui aérien, par un commandement "méticuleux et détailliste" ne pouvant suivre le rythme des initiatives adverses, tout cela fait que selon moi (et je vais heurter certains forumeurs français) l'outil militaire français, en particulier pour la partie mécanique et aérienne, n'était pas si formidable!

Pour moi, la Panzer IV est dans l'absolu le meilleur char de 1940, même s'il n'était pas le plus puissant mais il était le meilleur compromis sur le champ de bataille mais nous sortons là de la doctrine et passons du côté du matériel.

Je pourrai aussi ajouter la manoeuvre retenue par le camp allié qui, après avoir privilégié la manoeuvre défensive à partir de positions préparées, après avoir fortifié pendant toute la drôle de guerre la frontière belgo-française, s'aventure en Belgique et en Hollande (avec de bonnes raisons politico-économiques!) en sachant d'avance, vu qu'il s'agissait d'une manoeuvre en réaction à une attaque allemande et non d'un déploiement préventif (par honnêteté, je dirai ici que la psychose belge de la neutralité avec ses conséquences funestes n'était pas plus intelligente), qu'il allait au-devant d'un combat de rencontre pour lequel ses forces n'étaient vraiment taillées!

Tout cela ne veut pas dire que la défaite alliée était inéluctable mais il aurait été difficile de l'éviter le 10 mai 40, toute chose égale par ailleurs.

Bonjour à tous, bonjour Olivier,  Very Happy 

Je n'ai hélas pas assez de temps disponible pour m'impliquer véritablement dans cette excellente discussion... mais je la suis avec beaucoup d'attention !

Je ne peux que souscrire à tout ce qui figure ci-dessus, en particulier aux parties figurant en rouge. Et j'ajouterai que l'évocation des capacités du Panzer IV font bel et bien partie de l'approche doctrinale, toute doctrine d'emploi dépendant fortement des différents matériels détenus par les parties en conflit.

Cordialement,

Thierry Moné

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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Lun 20 Jan 2014 - 8:07

Finen a écrit:
SiVielSto a écrit:
 ... Je lance un appel aux artilleurs pour la défense de leurs grands chefs militaires! ...

Je vous dirais ce que, artilleur, je disais à mes camarades cavaliers : un char n'est jamais qu'une pièce d'artillerie spéciale! (dixit le général Etienne)

Bonjour à tous, bonjour Finen,  Very Happy 

Au-delà de la boutade, force est de constater que pour ce qui concernait l'emploi des chars, la doctrine française de 1940 en était restée peu ou prou - dans la pratique - à cette phrase attribuée au général Etienne !

Cordialement,

Thierry Moné

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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Lun 20 Jan 2014 - 22:15

Bonsoir,

Finen a écrit:
Il en est sortie la théorie dite de l'attaque d'artillerie soutenue par l'infanterie puisqu'il semblait que le contraire ne donnait pas les résultats attendus.
Elle a été mise en application, entre autre, aux marais de St Gond par des éléments du 61ème RA par le moyen de charges de pièces d'artillerie venant dételer au plus près des lignes allemandes, voir dans certains cas en dételant derrière les positions allemande et cela durant le temps de la charge de l'infanterie.
Les pertes et la fin de la guerre de mouvement ont mis fin à ces étrangetés mais il en est sortie le concept du canon protégé automoteur alliant le feu de l'artillerie à la manœuvre pour aider au choc de l'infanterie sur la ligne de front.

Cette emploi mobile et "vers l'avant" de l'artillerie était une des spécialité de Napoléon qui portait régulèrement des pièces vers les 1ères lignes à l'endroit où il voulait provoquer la décision. La qualité de l'artillerie napoléonnienne n'est plus à démontrer, tout comme celle de l'artillerie française pendant les deux guerres mondiales. Redoutée et respectée de ses adversaires!

Pendant la 1ère guerre, les Allemands ont développé une artillerie d'assaut pour accompagner et appuyer au plus près l'infanterie dans ses attaques de fin de guerre.
Elle était composée de pièces allégées de 77 mm mais aussi de canons de montagne (en particulier des SKODA autrichiens) très recherchés pour leur maniabilité accrue. Cette méthode restait cependant loin d'être parfaite car traîner ces pièces légères dans la zone des tranchées et des cratères, sous le feu ennemi de surcroît, restait une gageure!

L'Allemagne a cependant conservé, plus que la plupart des autres pays, une artillerie spécifique directement rattachée à l'infanterie, composée de 75 mm et de 150 mm courts, certes mais pas nécessairement légers à la force des bras.

Les mortiers, les canons d'assaut et obusiers chenillés de tous genres remplaceront progressivement cette artillerie.

En fin de compte, il n'est pas question de se passer de l'infanterie, des blindés et des troupes de reconnaissances (comme armes héritière de la cavalerie), de l'artillerie, du génie, des transmissions, des logisticiens et de tous les autres (y compris forces navales ou maritimes, service médical...) : à partir de la seconde moitié de la 1ère guerre (mais cela ne sera pas "couché" ni appliqué comme une doctrine aboutie et certainement à partir de la 2nde, la victoire appartient à celui qui combine tous ses moyens dans sa manoeuvre !

Prenons les 1ers jours de mai 40 et limitons-nous au moyens terrestres dans les Ardennes belges et françaises (je ne parle parlerai pas non plus des prouesses logistiques ou des transmetteurs allemands. Remarquables):

  • la victoire allemande est celle des troupes légères du 10 au 12 mai (avant-garde combinant unités de reconnaissance, motocyclistes, qq panzers souvent légers, des détachements de pioniers, un peu d'infanterie motorisée, de la Flak et qq batteries d'artillerie.
  • le franchissement de la Meuse est une victoire de l'infanterie, des pioniers pour l'assaut et des pioniers pour les moyens de pontage et des appuis feux (Flak, chars ou artillerie).
  •  La percée combine infanterie et chars avec des appuis feux (artillerie, PAK et Flak).
  • L'exploitation est laissée aux panzers accompagnés d'infanterie motorisée et de pioniers avec qq batteries, le tout précédé par des troupes de reconnaissances.

A aucun moment, une seule arme n'a remporté la décision!

Les panzers par leur mobilité, leur autonomie et leur puissance ont démultiplié l'impact de la combinaison gagnante!
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Mer 19 Fév 2014 - 17:02

Afin de progresser dans le récit du combat de Flavion, ouvert dans un autre fil, et de revenir à la doctrine d'emploi des unités blindées françaises, je ne passerai pas en revue le développement complet de la doctrine d'emploi des chars par l'infanterie et me limiterai globalement à l'état de cette doctrine lors de l'engagement de la 1ère DCR en mai 40.

Je commencerai aujourd'hui par décrire les structures utilisées et m'attacherai à faire un bilan de la doctrine "chars de combats/DCr en 1940" dans un prochain post.

·     Remarque préalable : la doctrine française d'emploi des forces motorisées et blindées (au sens large) a pris de longs chemins aboutissant à une doctrine pour la Cavalerie et une autre pour l'Infanterie. Pour l'Infanterie, force est de constater que l'évolution de la doctrine et des règlements sous-jacents fut lente et tortueuse, au point qu'en mai 1940, ils n'étaient ni achevés dans leur rédaction, ni diffusés à grande échelle, ni enseignés parmi la majorité des cadres, ni réellement entraînés au-dessus de l'échelon BCC. L'ouvrage de Gérard Saint-Martin "L'arme blindée française. Tome I. Mai-juin 1940! Les blindés français dans la tourmente" décrit ce long cheminement et en donne les références détaillées. Je sortirai cependant de cette étude l'appel lancé le 16 janvier 1939 par le général Georges pour enfin voir la notice provisoire sur l'emploi des chars modernes du 15 décembre 1937 diffusée en dehors d'un cercle restreint : "les prescriptions de la notice du 15 décembre 1937 ne peuvent rester indéfiniment secrète si on veut qu'elles soient suffisamment connues!"

La situation ainsi dénoncée par une haute autorité militaire était-elle le résultat d'une mesure de protection exagérée pour préserver le secret ou une ultime manœuvre de l'ancienne école pour s'en tenir au seul accompagnement de l'infanterie par les chars...?

·        Organisation

L'Armée française avait recours à plusieurs structures selon la permanence et la finalité (commandement, mise en condition, combat, mission spécifique). On peut relever les structures suivantes :

o   Bataillon de chars de combat (BCC) : unité de base, existant dès le temps de paix (commandement, entraînement), maintenue au combat en tant que "véritable unité de combat" ne pouvant en principe être dissociée.[/color]

§  Les BCC peuvent être placés sous l'autorité d'une armée ou conservés dans la réserve générale. Certains relèveront des DCr.

§  La compagnie de chars est la plus petite unité tactique (pas d'engagement envisagé en-dessous de ce niveau). Elle est mise en œuvre dans le cadre de son BCC ou engagée au sein d'un groupement mixte infanterie-chars de combat (voir ci-dessous).

o   Groupe de bataillons de chars (GBC) : unité créée suite à la dissolution des régiments de chars en août 1939 et disposant d'un état-major limité, chapeautant plusieurs BCC (habituellement 3), destinée à préparer les BCC (hors DCR) et à les remettre en condition à l'issu du combat. Le commandant du groupe conseille le commandement de l'armée à laquelle il est rattaché, dans l'emploi des chars. Il peut aussi commander au combat ses BCC lors d'une manœuvre d'ensemble dans le cadre d'une grande unité ou prendre le commandement d'un détachement mécanique.

o   Demi-brigade de chars : créé lors de la mise sur pied des DCR, échelon commandant au sein des DCR les 2 BCC sur B1bis et les 2 BCC sur HOTCHKISS. La demi-brigade est en fait un groupement tactique organique. La demi-brigade peut aussi assurer le commandement d'une structure tactique temporaire plus large comme un détachement mécanique.

o   Brigade : créée en septembre 39, chaque brigade regroupe 2 BCC (chars B1 ou B1bis), un bataillon de chasseurs portés et de l'artillerie. Ce niveau disparaît à la création des DCr.

o   Division cuirassée (DCr - souvent abréviée en DCR même dans des documents d'époque) : unité permanente doté organiquement d'un état-major de division (mais pouvant aussi déployer 2 états-majors sur base de ses 2 demi-brigades), des chars, de l'infanterie, de l'artillerie, du génie et des moyens logistiques et de transmissions. Ses missions seront détaillées par la suite.

o   Groupement cuirassé : grande unité constituée de deux DCr, agissant sous le commandement d'une armée ou d'un corps ou entrant dans la composition d'un détachement mécanique subordonné à un corps. En mai 40, la 1 DCR n'appartient pas à un tel groupement. Le groupement cuirassé n'est pas un corps (comme le Corps de Cavalerie) en ce sens qu'il n'est qu'un état-major sans moyens propres. De création tardive ( sur le papier début 1940), cette structure n'a connu qu'une application pratique incomplète et peu convaincante pendant la campagne de 1940. Il est une sorte de super groupement de bataillons de char, pouvant aligner 4 BCC sur B1 bis.

o   Structures tactiques temporaires (structures de taille variable créées pour une période et une mission déterminée)

§  Groupement mixte infanterie-chars de combat : structure mêlant infanterie et chars de combat. Dans un groupement mixte infanterie-chars de combat, les chars accompagnent l'infanterie au combat et agissent en liaison avec elle en engageant à courte distance les armes automatiques. On parle alors de chars d'accompagnement, le terme se rapportant à la mission et non au type de char mis en œuvre. Néanmoins, ce type de mission est dévolue a priori aux chars les plus lents, dépourvus de moyens de transmissions (R35, FMC 36, voire D1).

§  Groupement de manœuvre d'ensemble : structure à base de chars devant
- Ouvrir la voie à un groupement mixte en le précédant et en engageant les armes à tirs direct aux moyennes et grandes distances.
- Pénétrer dans la profondeur d'un dispositif ennemi déjà fragilisé pour s'attaquer aux armes lointaines et aux postes de commandement.
- Lutter contre les forces blindées ennemies. Pour ces 3 dernières missions,

on parle dans ce cas de chars de manœuvre d'ensemble (terme se rapportant également à la mission et non au type. Seuls les chars les plus modernes (D2 ou B1 bis) sont destinés à constituer un tel groupement.

§  Détachement mécanique (description sur base de la note sur la motorisation et la mécanisation de l'armée de juin 1932) : structure dont la puissance et la mobilité doit permettre de
- désorganiser par une attaque directe et violente la défense ennemie sur un front variable avec l'importance du détachement,
-pénétrer profondément par une action de flanc à l'intérieur du dispositif adverse,
-obtenir des résultats importants sur un ennemi en mouvement
Sa composition est variable (comme sa taille). Elle place à côté d'un fort noyau de chars de combats des éléments de sûreté à base d'automitrailleuses, de l'artillerie et des soutiens portés.

A suivre


Dernière édition par dhouliez le Ven 7 Mar 2014 - 19:13, édité 3 fois (Raison : Correction apportée suite à la remarque de F. Vauvilliers sur les GBC)
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Mer 19 Fév 2014 - 20:05

Bonsoir,

À l'issue d'une lecture très rapide de ce post ambitieux, qui s'attaque à un sujet immensément complexe, me vient immédiatement une remarque à caractère terminologique :

GBC = groupe de bataillons de chars (et non pas groupement).

Bien cordialement

François
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Mer 19 Fév 2014 - 23:29

J'avais trouvé les 2 appellations et avait hésité à les mentionner toutes les deux.
Plus d'hésitation maintenant. Merci.
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Jeu 20 Fév 2014 - 10:00

SiVielSto a écrit:
Brigade : créée en septembre 39, chaque brigade regroupe 2 BCC (chars B1 ou B1bis), un bataillon de chasseurs portés et de l'artillerie. Ce niveau disparaît à la création des DCr

Il est dommage que ses brigades n'aient pas remplacé un RI dans chaque DIM. Les caractéristiques techniques des chars d'infanterie (vitesses, autonomie) ne sont peut être pas favorables aux regroupements basés uniquement sur les chars que sont les DCR. Mais les penseurs de l'époque ont peut-être en tête l'échec du détachement mécanique de combat.

Cordialement

Rémy
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Jeu 20 Fév 2014 - 11:35

Si tel avait été le cas et à condition que les DIM soient réellement motorisées avec des moyens propres du style camion ou mieux véhicules du style "Dragons portés", cela aurait transformé ces DIM (+) en sorte de précurseurs de Panzer-grenadier Division sans équivalent en 1940.

Mais les seuls véritables "fantassins" motorisés en 1940 sont les Chasseurs et les Dragons portés!
D'une part, ces brigades et leurs moyens les plus performants (en particulier BCC sur B1 bis et BCP) étaient très rares (donc à utiliser de façon parcimonieuse en les engageant pour des actions décisives) et d'autre part, l'idée de mêler infanterie motorisée et chars modernes en grand nombre dans une structure permanente du niveau division n'avait pas encore abouti, je pense.

Certains pensaient, tout au plus, à un BCC par division d'infanterie (les DIM auraient probablement été prioritaires).

Enfin, avec les brigades absorbées dans les DIM, il n'y a plus de DCr. Il aurait probablement mieux valu renforcer l'infanterie des DCr (un régiment de chasseurs avec un bataillon sur chenillette et un bataillon sur camion?) et certains de leurs moyens génie et éléments de sûreté.
D'ailleurs tout cela aurait aussi demandé du temps (si court en 39/40)! Avec ce temps, les DIM, DCr, DLM et autres unités auraient très bien pu acquérir l'expérience de manœuvrer ensemble dans des structures mêlant les points forts de chacun. Les structures temporaires ne sont pas un mauvais choix en soi (les Allemands y auront recours pendant toute la guerre) mais elles ne peuvent donner toute leur efficacité qu'avec de l'entraînement à TOUS les échelons!
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MessageSujet: Re: Doctrine d'emploi des unités blindées   Jeu 20 Fév 2014 - 14:32

SiVielSto a écrit:

La situation ainsi dénoncée par une haute autorité militaire était-elle le résultat d'une mesure de protection exagérée pour préserver le secret ou une ultime manœuvre de l'ancienne école pour s'en tenir au seul accompagnement de l'infanterie par les chars...?

Bonjour

voici une anecdote que l'on pourrait lier à cette question :

Lors de la réunion de la Commission pour la rédaction du Réglement des Unités de Chars, certains officiers de cette arme ne manquèrent pas de demander au Général Inspecteur de l'Infanterie président de cet organe, s'il ne serait pas possible d'obtenir des renseignements assez prècis sur les règles d'emploi des unités blindées allemandes.
Ces officiers firent remarquer que l'engagement des unités de chars devait être conçu en fonction des principes susceptibles d'être appliqués par leur adversaire le plus probable, surtout pour la "bataille des chars".
Malheureusement ils ne purent recevoir satisfaction.

Après l'Armistice, l'un des officiers eut la surprise de retrouver dans les archives de la Section "chars" de la Direction de l'Infanterie des documents datant de 1938, recueillis par les services de renseignements, où étaient décrits l'organisation des unités blindées allemandes; les formations, les règles de tir et divers autres éléments ayant trait, en particulier, à l'entrainement et à l'instruction.

Cordialement
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Doctrine d'emploi des unités blindées
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