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 « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt

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takata
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MessageSujet: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Lun 2 Juin 2008 - 21:32

Salut à tous,
Dans quel régiment servait le « Père Clément » en Alsace pendant la « drôle de guerre » ? Quelqu'un pourrait-il fournir plus de détails de sa biographie car ce personnage semble vraiment sortir de l'ordinaire, c'est le moins qu'on puisse dire ! Voici l'histoire telle que la raconte Roland Dorgelès (en deux posts car c'est trop long):

Citation :

LE SOLDAT ÉTOILÉ
Décembre 1939.

L'HOMME entra dans la grange, sac au dos et l'arme à la main.
- C'est ici le cantonnement de la deuxième section ? demanda-t-il d'un ton bourru.
- Oui, répondit sans se retourner le caporal-chef qui fouillait son paquetage.
- Je suis versé chez vous. Soldat Abel Clément.
Le caporal, un petit de l'active, se retourna curieusement pour voir la tête du bleu, et déjà prêt à le mettre à l'aise par une bonne blague, mais au premier regard il demeura figé, sa plaisanterie en travers de la gorge. La recrue qu'on lui envoyait avait certainement franchi le cap de la soixantaine. Sa forte moustache blanche, son visage fripé de rides, sa taille alourdie, tout dénonçait son âge, et la petite mouche à la Canrobert qu'il portait au menton ne contribuait pas à le rajeunir. Mais si sa mine interdisait déjà la familiarité, la flamme de ses petits yeux ôtait jusqu'à l'envie de faire le jovial.
- Tu... Vous êtes réserviste ? bafouilla le jeune militaire avant de se ressaisir.
Puis, comprenant l'énormité de sa question :
- Enfin, je veux dire, vous êtes appelé ?
- Non, engagé pour la durée de la guerre.
Et, répugnant aux confidences, le vieux soldat commença à se déséquiper.
- Mettez-vous dans le fond, vous aurez moins d'air, lui conseilla le caporal qui jugeait que ce volontaire à cheveux blancs avait droit à certains égards. Les nuits sont fraîches, vous savez...
- J'en ai connu de pires, répondit philosophiquement l'engagé en plaçant son barda.
Rien que sa façon de s'installer révélait que le nouveau venu ne débutait pas dans le métier. Sans avoir besoin de conseil, il étala sa toile de tente sur la paille, posa au pied de la litière sa couverture pliée, rangea son sac contre le mur, et suspendit sa musette à un clou. Puis, se tournant vers les gars du groupe qui avaient peu à peu envahi la grange et observaient ce phénomène dans l'ébahissement, il leur proposa, à la bonne franquette :
- Vous connaissez sûrement un coin où vider une bouteille ? Eh bien, allons-y : je paye ma bienvenue à toute la section.
Ça, c'était une aubaine. En temps ordinaire, ils auraient braillé de joie. Mais ce diable d'homme au parler bref et au regard sévère leur imposait tellement qu'ils y mirent une sourdine. Naturellement, ils burent à la santé de l'ancien ; on connaît les usages.
- À la victoire ! répandit le soldat Clément en levant son verre.
Quelques fins malins essayèrent ensuite de le questionner, mais il avait une telle façon de répondre en deux mots secs ou de se taire en vous scrutant le blanc des yeux que les plus hardis y renoncèrent. Cela ne veut pas dire qu'il se montrait distant. Ah ! ça non, par exemple. Personne de plus simple que ce sacré bonhomme. D'emblée, il leur parlait ainsi qu'à des enfants. N'aurait-il pas pu être leur grand-père ? Eux, de leur côté, se sentaient aussitôt en confiance. Avec la délicatesse instinctive des gens les plus modestes de chez nous, ils lui manifestaient un respect nuancé d'assez de réserve pour qu'il n'en fût pas gêné, et, afin de sceller cette intimité, le baptisèrent le père Clément. Cela ne parut pas le choquer. Au contraire. Malgré tout, le caporal-chef, joyeux gosse aux joues de pomme d'api, ne par-venait pas à croire qu'un homme de cet âge pût partager leur vie. Il l'exprima naïvement :
- Dites donc, père Clément, vous allez peut-être souper quèque part, de votre côté ?
Le vieil engagé fronça les sourcils :
- Et pourquoi donc... Ne suis-je pas soldat comme vous ? Quand il faudra, je vous accompagnerai même à la corvée de patates et vous verrez que je les épluche bien...
Les copains, à l'écart, en étaient éberlués.
- C'est un vieux qui est pas fier, décréta tout bas l'un d'eux.
- Et sûrement instruit, t'as qu'à l'écouter. Un troisième vida la bouteille :
- Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'est pas regardant.
Le caporal-chef restait pourtant silencieux. Il estimait que son petit galon de laine renforcé d'or lui imposait certaines obligations et il s'éclipsa discrètement pour aller rendre compte à son chef de compagnie. Celui-ci, un lieutenant de vingt-quatre ans, pensa à son tour qu'un tel engagé valait le dérangement et suivit le caporal jusqu'à la grange où les jeunes affamés guettaient le retour des hommes de soupe en tambourinant leurs gamelles.
- Fixe ! cria le premier de la rangée, à croupetons sur la paille.
Tout le monde se dressa. Le père Clément le premier. Les bras tombants, la tête haute, dans un exemplaire garde-à-vous.
- C'est très bien de vous être engagé à votre âge, lui dit le jeune officier envahi d'une gêne soudaine. Je suis heureux de vous accueillir à la onzième compagnie... Vous avez sans doute fait la dernière guerre ?
Oui, mon lieutenant.
Cependant, l'officier remarqua avec surprise qu'il ne portait même pas à sa vareuse un simple ruban de croix - de guerre.
- Connaissez-vous le nouvel armement ? Le fusil-mitrailleur, par exemple ?
- De quel modèle, mon lieutenant ? fit le soldat de son air imperturbable. 1915 transformé ? 1924 ? 1924 simplifié ? 1924 M 29 pour munition modèle C ?
Le jeune chef interloqué eut soudain l'impression qu'il s'engageait sur un terrain dangereux et, sans insister, se dégagea d'un sourire.
- Bonne chance, Clément.
- Merci, mon lieutenant.
Ainsi se termina leur premier entretien. D'ailleurs la corvée revenait, chargée de plats fumants.
- Il n'y a pas de riz, au moins ? se méfiaient les soldats.
- Non, du bœuf-mode et des patates au jus.
Le vétéran fit honneur à ce menu frugal. Il mangea du même appétit les pruneaux du dessert, mais refusa le coup de gnole de la fin.
- Merci, père Clément ! Ça nous fait du rabiot. Le vieux soldat les regardait sans sourire. Il paraissait maintenant songeur.


Cela se passait le premier mois de la guerre, dans un coin d'Alsace où ces fantassins remuaient la terre depuis la mobilisation. Devant eux, ils avaient le Rhin : l'ennemi pouvait tenter de le franchir. À leur droite, la Suisse : ce n'est certes pas le respect des neutres qui empêcherait l'armée d'Hitler de risquer sa chance de ce côté-là. Alors, face à l'est et face au nord, nos troupes creusaient des fossés antichars, plantaient des lieues de barbelés, construisaient des casemates, préparaient des emplacements de batteries, sans que les Allemands postés dans les observatoires de la Forêt Noire pussent se douter des travaux gigantesques qui s'accomplissaient sous le couvert des bois et à l'abri des camouflages.
Levés avec le jour, leur café bu d'un trait, vite savonnés à la pompe, les soldats doivent couvrir cinq, dix kilomètres, parfois plus, avant d'atteindre leurs chantiers, par des chemins de traverse que les pluies d'automne transformaient en ruisseaux de boue.
- Eh bien, moi, je vous dis que le père Clément ne pourra pas faire ce boulot-là ! présageaient au début les dégourdis de la onzième.
Ce n'était pas l'avis des camarades du groupe.
- Cause toujours ! Il est plus solide qu'il n'a l'air, malgré son bouc blanc, et ce n'est pas lui que tu verras se faire porter pâle : il a bien trop d'orgueil....
Ces petits paysans devinaient juste : le père Clément ne flancha pas. Il n'avait demandé qu'une faveur : être exempté du sac. À part cela, il en abattait autant qu'un jeune. Pas une fois on ne l'a vu s'arrêter de piocher pour souffler un instant, ou se redresser péniblement, comme font les vieux, en se tenant les reins. Quand on veut jouer au soldat, il ne faut pas rechigner. Et la capote trempée, il travaillait quand même.
- Cela fait de la peine, murmuraient parfois les bleus en regardant le vieil homme enfoncer la bêche dans cette terre gluante qu'on ne parvient pas à décoller.
À l'heure de la pause, il s'asseyait au milieu d'eux dans l'herbe mouillée pour prendre son casse-croûte et, au coup de sifflet, c'était encore lui qui donnait le signal de ramasser l'outil.
Un jour qu'ils trimaient ainsi dans la plaine, vint à passer un capitaine aux tempes grises qui ne put cacher sa surprise devant ce terrassier chenu.
- Eh bien, mon vieux, fit-il familièrement en lui tapant sur l'épaule, je me croyais le doyen du régiment, il me semble que vous me damez le pion.
Le soldat Clément le regarda de travers :
- Pas difficile, bougonna-t-il.
Et, lui tournant le dos, il se remit à pelleter. Si au cours du travail il lui arrivait de s'arrêter, c'était pour tirer de sa veste une carte d'état-major qu'il consultait attentivement, comme s'il eût voulu se rendre compte de l'importance des ouvrages et contrôler les champs de tir. Cela aussi faisait jaser et les mêmes loustics se perdaient en conjectures.
- Je le dis que c'est un gars qui a fait des campagnes...
- Il doit venir de la Légion. T'as pas remarqué ce gilet, avec tous ces boutons ?
- Il paraîtrait que c'est un gilet de tirailleurs.
- Justement ! Il l'aura rapporté du Maroc comme souvenir...
Sans rien connaître de son passé, ils le sentaient si supérieur, qu'ils s'adressaient spontanément à lui dès qu'ils avaient besoin d'être renseignés. Par exemple, lorsqu'ils tombaient sur certains articles de journaux, pleins de démonstrations nébuleuses et d'affirmations contradictoires, qui laissent le lecteur plus incertain qu'auparavant. En deux phrases cinglantes, il balayait ces sornettes et tout devenait limpide. Ils comprenaient soudain l'invasion de la Pologne et l'attitude soviétique cessait d'être rébus.
- Ah ! ce père Clément. Ce qu'il en a dans la tête ! Autant que dans les bras : ce n'était pas peu dire... Toutefois, il se mêlait rarement à leurs discussions. Il lisait ses journaux - qu'il distribuait ensuite - écrivait quelques lettres, puis s'étendait sur la paille, les paupières fermées sur des réflexions que leurs amusements de gamins ne semblaient pas troubler. Au début, ce silence obstiné leur avait fait craindre qu'il ne fût malheureux, et, pris de compassion, ils avaient gentiment essayé de le distraire.
- Une partie de cartes, père Clément ?
- Non, merci, mes enfants, je n'ai jamais tenu une carte de ma vie, ni bu une goutte d'absinthe. C'est grâce à cela que je me suis conservé...
Ils n'avaient donc plus insisté pour l'arracher à ses méditations. Certainement, le grand-père avait un secret, mais, pour rien au monde, ils ne se seraient permis de l'interroger, et quand un indiscret se livrait à des suppositions, il se trouvait toujours quelqu'un pour le rembarrer :
- Laisse-le tranquille, ça nous regarde pas...
Un vieux qui s'engage, après tout, cela se voit à toutes les guerres : ce n'est pas une raison pour l'espionner. Mais les curieux se creusaient toujours la tête pour avoir le fin mot quand, certain jour, un camarade qui s'était rendu chez le vaguemestre pour toucher un mandat revint au triple galop de ses godillots ferrés, tellement bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre qu'il en avait oublié de réclamer son argent.


Dernière édition par takata le Mar 3 Juin 2008 - 15:33, édité 1 fois
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takata
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Lun 2 Juin 2008 - 21:33

Citation :

- Hé ! les copains, annonça-t-il à bout de souffle. Savez-vous ce qui arrive ? ... Le père Clément...
- Eh bien, dis vite... Qu'est-ce qu'il y a ?
Le messager en tremblait encore et roulait des yeux effarés :
- Le père Clément est général...
Sans doute, une telle aventure peut paraître inventée, cependant elle est vraie, jusque dans les détails. Le régiment qui compte à son effectif ce soldat étoilé, je viens de lui rendre visite, et ce matin même je gravissais l'escalier rustique qui conduit au grenier où le général Clément-Grandcourt, combattant illustre de la dernière guerre, écrivain militaire réputé, instructeur d'armées étrangères, couche maintenant sur la paille avec trois caporaux.
Encore, pour obtenir cette place que peu de septuagénaires lui disputeraient, a-t-il dû faire maintes démarches, échouer, s'obstiner, tourner le règlement. Général de brigade démissionnaire depuis plus de cinq ans, il ne pouvait être réintégré dans son grade. Agé de soixante-six ans, il lui était impossible de s'engager comme simple soldat. Alors il s'est amputé de la moitié de son nom, Abel Clément-Grandcourt est devenu Abel Clément, et son nouveau livret l'allégeant de onze ans, il a pu se présenter à la limite d'âge. Grâce à ce subterfuge, celui que saluaient naguère les troupes au port d'armes a obtenu l'autorisation d'endosser la vareuse kaki, de chausser des brodequins à clous et de manier la pioche comme un terrassier, en attendant l'heure de se battre sur le Rhin, parmi les soldats de vingt ans.
Si ses préférences sont allées à ce régiment de l'Est, c'est qu'il y est attaché par d'émouvants souvenirs. 11 l'a commandé pendant la dernière guerre, et s'il ne porte plus les cinq galons d'or d'autrefois, du moins garde-t-il le numéro d'élite à son collet et sur la poitrine, à hauteur du cœur, l'insigne de l'unité : " Je passe quand même ! "
Cette devise provocante semble résumer sa vie. Trente ans durant, ce curieux homme a bataillé, à l'avant, à l'arrière, par l'épée, par la plume, toujours intrépide, jamais satisfait. À ce jeu-là, on ne se fait pas que des amis.
Sans se soucier de sa carrière, il disait ce qu'il pensait à chacun. Il l'écrivait, surtout, dans vingt ouvrages que connaissent et commentent les spécialistes de l'Europe entière. À commencer par une étude sur Maubeuge où, à son habitude, il ne ménageait rien, ni personne.
- Un caractère, admirent les uns.
- Un mauvais caractère, bougonnent les autres.
Cela vaut mieux que n'en pas avoir du tout... Après avoir commandé des chasseurs, des zouaves, des légionnaires, des tirailleurs, mené au feu les bataillons les plus ardents, il a conquis ses étoiles et quand, au lendemain des soulèvements de Syrie, on a cherché pour le Djebel Druse un gouverneur à poigne, c'est lui qu'on a désigné. Mais cela n'a pas duré longtemps. Certaines résistances étaient trop fortes pour qu'il les vainquît. Plutôt que de se soumettre, il a quitté l'armée. Avait-il tort ou rai-son, je n'en sais rien, mais il faut respecter ces cœurs intransigeants.

GÉNÉRAL CLÉMENT-GRANDCOURT
GOUVERNEUR DÉMISSIONNAIRE DU DJEBEL DRUSE

a-t-il fait graver sur ses cartes, comme un dernier défi. Et, jusqu'à la mobilisation, on n'a plus entendu parler de lui.

Quand, en septembre dernier, il s'est embarqué pour l'armée, le général portait encore à sa capote réglementaire quatre rangées de décorations et à sa manche les deux étoiles - dans le chemin de fer, c'est parfois utile - mais en sortant de la maisonnette où le colonel l'avait secrètement reçu, plus rien ne le distinguait d'un homme de troupe, que ses cheveux blancs.
- C'est ce que j'ai voulu, articula-t-il d'une voix sourde en empoignant son casque, son fusil et sa musette à masque.
Un soldat de plus. Pas autre chose...
Il a donc couché sur la dure, pataugé dans la boue, eu froid comme les copains. On l'a vu poussant la brouette, prenant son tour de garde et faisant les corvées. Aucune fatigue, aucune privation ne lui furent épargnées. Quand passait le colonel, l'ancien général claquait les talons et son cadet lui rendait le salut, sans que son visage laissât rien paraître. Un serment les liait.
Cette situation paradoxale se prolongerait encore si dernièrement, en l'absence de Mme Clément-Grandcourt, le concierge du général ne lui avait fait suivre son courrier, en se contentant de barrer son titre pour écrire " soldat " par-dessus. Bien entendu, cette surcharge grossière sauta aux yeux du vaguemestre qui, trop ému, ne put tenir sa langue et, une heure plus tard, tout le cantonnement était sens dessus dessous. Des roulantes aux bureaux et de l'infirmerie au poste de garde, on ne s'entretenait plus d'autre chose.
- Moi qui lai demandais ce qu'il faisait dans le civil !
- Tu parles d'un coup de cinéma !
Le plus ennuyé de la découverte fut certainement le général. Quand il regagna sa grange, après être passé chez le colonel, il regarda ses jeunes camarades bien en face, répondit du ton ordinaire à leurs bonjours un peu confus et ne fit aucune allusion à ce qui venait de se passer. Eux, bien sûr, se trouvaient moins à l'aise et dévisageaient l'ancien avec des yeux écarquillés, mais comme il ne disait rien, ils comprirent qu'il fallait se taire et, d'un accord tacite, tous firent semblant de ne rien savoir.
- Ça va-t-y, père Clément ?
- Ça va, mes enfants. Merci...
Il aimait mieux cette attitude que de vaines formules de respect et d'inutiles garde-à-vous. Mais si les petits bonhommes avaient été secoués, leurs officiers l'étaient encore bien plus, et un vent de panique souffla ce soir-là sur les popotes. Chacun se demandait avec des mines préoccupées s'il avait toujours rendu son salut au vieil engagé et si, sans le vouloir, il ne l'avait pas froissé. Le capitaine doyen se repentait de lui avoir tapé trop familièrement dans le dos et le lieutenant de la onzième se rappelait avec confusion lui avoir posé quelques colles sur le maniement d'armes. Bref, les uns et les autres, dès qu'ils apercevaient la moustache blanche du soldat aux étoiles, jugeaient préférable de faire demi-tour.
Pour le vieux soldat seul, il n'y avait rien de changé et il se pliait à son sort avec une telle aisance que bientôt les relations reprirent comme par le passé.
- Le commander n'est pas difficile, m'a dit son chef de compagnie. Il fait tout mieux que personne.
À différentes reprises, durant ces dernières semaines, ses camarades ont essayé de le décharger des tâches les plus pénibles ; il a refusé. Il continue à se lever au petit jour, à se nettoyer à la pompe, à déjeuner d'un morceau de pain trempé dans le quart de jus et à se dépêcher pour ne pas manquer le rassemblement.
S'il consentait à arborer sur sa tenue, non pas ses étoiles, puisqu'il y a renoncé, mais seulement ses rubans, ses ordres, ses crachats, le poste devrait sortir pour présenter les armes et les clairons sonner Aux champs. Mais il ne veut pas. " Soldat Clément... "
Il est parti le premier en permission, mais ce n'est pas encore là une faveur : son âge lui assurait cette place. À la veille du départ, son colonel est pourtant parvenu à lui faire accepter une petite récompense : le général Clément-Grandcourt, breveté d'état-major, ancien gouverneur du Djebel Druse, grand officier de la Légion d'honneur, vient d'être nommé soldat de première classe.

(Note: Le général Clément-Grandcourt fut réintégré dans son grade peu avant l'offensive)
Roland Dorgelès, La Drôle de Guerre 1939-1940, Albin Michel.
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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Lun 2 Juin 2008 - 22:39

Tu as cherché à partir de la devise du régiment ? Une des réponses suggère le 25e BCP mais je n'ai pas le temps de lire. Voir aussi ceci (fin de la page):

http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,763457,00.html

Chouette histoire, en tout cas !
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Lun 2 Juin 2008 - 23:43

Bonjour,

"Je passe quand même !" est la devise du 21e régiment de ligne, qui devient le 21e RI. Or, en décembre 39, celui-ci se trouve sur le Rhin pas très loin de la Suisse (13e DI). Je penche donc fortement pour cette hypothèse.



Ceci étant, cette histoire est fabuleuse!

Il semble que le même bonhomme se porta volontaire dans l'Armée finoise, face à l'attaque soviétique de 1940.

Il y avait des généraux français qui avaient des c....

Cordialement
Eric DENIS
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takata
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Mar 3 Juin 2008 - 15:50

Merci Éric et Louis.

Pour être honnête, je n'ai pas du tout cherché car ça m'a paru plus simple de le demander directement ici.
:-)
Aucun autre détail sur ce rocambolesque personnage ?

C'est exact qu'il s'est aussi porté volontaire chez les Finlandais pour combattre les Russes en janvier 1940 et ça veut donc dire qu'il a certainement dû quitter l'armée française peu de temps après que cette histoire soit rendue publique (a priori, Dorgelès publiait ses articles dans « Gringoire », le bouquin cité étant une compilation réeditée après la guerre).

D'ailleurs, je conseille ce livre car il est intéressant de voir à quel point on pouvait être intoxiqué par notre propre propagande et les militaires par leur doctrine (Dorgelès est correspondant de guerre durant toute la période et c'est vraiment bien écrit). Les articles sont laissés à l'identique mais sont complétés par quelques chapitres écrits après la guerre qui ne manquent pas d'intérêt.

S~
Olivier
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ALVF
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Mar 3 Juin 2008 - 18:36

Bonjour,

Le Général Clément-Grandcourt a écrit des livres remarquables relatifs à la fortification, notamment "Le drame de Maubeuge" (Payot -1935), "Places fortes et places faibles" (Librairie de l'Arc-1939), "La guerre de forteresse sur le front russe" (Berger-Levrault-1928).
Il a été chroniqueur de la page militaire du jounal "L'action française" ce qui explique certainement son passage au cadre de réserve et certaines positions ultérieures de cet officier "de caractère".
Cordialement,Guy.
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avz94
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MessageSujet: Général CLEMENT-GRANDCOURT   Lun 22 Juin 2015 - 22:45

Crosnier a écrit:
CLEMENT GRANDCOURT Albert Jean Ernest 
Côte SHD : 13 YD 704
27/03/1873-08/11/1948
?? ??-?? INF GB 26/10/30
AVM = 2eme Section depuis le 27/03/33
Dernier poste : Commandant la subdivision de région d'Epinal
APM = Non réactivé (03/09/39 au 24/05/40)
Commandant du secteur de défense de la Marne du gouvernement militaire de Paris (24/05/40 au 01/07/40)
SG : ?????

Bonsoir

voici un complément pour ce Général :

- Le Général CLEMENT-GRANDCOURT, Abel, Jean, Ernest, né le 27 mars 1873 à Paris, date de rentrée en sevice 27-10-1893, officier d'infanterie origine Saint-Cyr, Brevet d'Etat-Major, Grand Officier de la Légion d'Honneur au 24-12-1931. Promu au grade de : Sous-Lieutenant 01-10-1895; Lieutenant 01-10-1897; Capitaine  24-12-1907; CBA 23-02-1915, LCL 25-03-1919, Col 25-03-1926, Général de Brigade 26-10-1930;

Pendant la Drôle de Guerre, ce Général est au 35ème RI comme simple soldat engagé volontaire à l'age de 66 ans. Il voulait servir son pays.

Cordialement
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Alexandre
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Mar 23 Juin 2015 - 18:52

Bonsoir,

Vous avez une biographie très complète du général Clément-Grandcourt sur le site http://www.ecole-superieure-de-guerre.fr/, visiblement établie à partir de son dossier au service historique.

Sont citées quelques anecdotes sur ses nombreux démélés avec ses chefs, notamment parce que l'un d'entre eux a écrit dans ses notes: « J’sis petit, mais j’sis rageur, dit Guignol, c’est à proprement parler la devise du lieutenant-colonel Clément-Grandcourt. »

A noter qu'après avoir quitté le 21e RI, le général a été rappelé comme commandant du secteur de la Marne; il y gagne sa neuvième citation.

Cordialement.

Alexandre
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spillmanner
Sergent
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MessageSujet: Re: « Père Clément » : Général Clément-Grandcourt   Mer 24 Juin 2015 - 13:29

Bonjour,

Merci d'évoquer cet officier haut en couleur.

La raison de son envoi en Finlande était sa fine connaissance des fortifications. Il y était allé pour conseiller les Finlandais sur le renforcement de leur ligne de défense face aux Russes. Il arrivera trop tard…

Il a également fait un passage remarqué au Levant où il a été gouverneur du Djebel Druze. Sommé d'abandonner les différentes tribus qu'il avait sous sa responsabilité, il avait refusé de les désarmer face aux Anglais…A son retour, il avait fait mettre sur sa carte de visite: 
"Général de brigade Abel Clément-Grandcourt ,Gouverneur démissionnaire du Djebel Druze".

Le comble pour cet officier très religieux, protestant, fut que deux de ses filles épousèrent des officiers catholiques.

Il y aurait encore beaucoup à dire!

Bien cordialement,

Eric
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