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 Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI

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dhouliez
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MessageSujet: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:03


Carnets d'Albert Sellier
transcrits par Bernard Le Mens,
mis en ligne avec la généreuse autorisation de sa fille, Mme Jeannette Decreus.


Dernière édition par dhouliez le Ven 7 Juin 2013 - 19:29, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:15

Avant-propos
du transcripteur, Bernard Le Mens


C’est avec un très grand intérêt, que j’ai lu......et relu, les aventures du caporal Albert Sellier, « le cabot-pinard » du 31ème régiment d’infanterie, pendant cette triste période, qui va de septembre 1939 à août 1940.

Ayant pensé que cela valait la peine d’en faire un livret avec une écriture informatique, et ainsi de garder la mémoire de ce parcours, c’est également avec plaisir et beaucoup d’attention, que j’ai retranscris les évènements racontés par Albert Sellier dans son cahier-mémoire, écrit au jour le jour, lorsque le temps le lui permettait.

Pour respecter l’intégrité de l’écriture de notre caporal, j’ai transcris le plus scrupuleusement possible cette odyssée, en utilisant ses mots, ses phrases, ses conjugaisons et sa façon toute personnelle de décrire ce qu’il vivait. Seuls, quelques mots ont été retranchés, ajoutés ou transformés, pour une meilleure compréhension d’un texte, que sans doute, peu de personnes connaissent.

L’auteur du cahier ayant écrit celui-ci d’une façon assez serrée, j’ai surtout aéré le texte par de nombreux retour à la ligne, permettant de séparer ses pensées ou des évènements différents. C’est là, la plus grosse modification que je me suis permis. La ponctuation, pas facile à faire, est souvent de mon cru.

J’ai également essayé de respecter les dates pour la plupart assez précises, mais parfois aléatoires, lorsqu’il y avait de longues périodes d’une vie monotone, ou lorsque les évènements se précipitaient. Pour mieux situer ces journées, j’ai ajouté le nom des jours de la semaine à chaque date et j’ai surligné en gras, les débuts de mois, ainsi que des évènements importants, tels que ses permissions, par exemple.

Il y a beaucoup de noms de villes ou de villages cités dans ce cahier. Je me suis donc également attaché à situer ces localités sur une carte géographique précise, ce qui m’a permis d’ajouter quelques parties de carte, qui permettent de suivre de visu, les différents trajets de Albert Sellier et de son régiment, le 31ème RI, ainsi que les lieux où étaient affectés ses bataillons. Comme il a peu de renseignements sur le Net sur ce parcours, il a fait là, une vraie œuvre d’historien.

Enfin, on ne peut pas lire le cahier de Albert Sellier sans avoir été frappé par l’extraordinaire relation qu’il a avec son: « Pauvre cher vieux camion Unic ». Plus qu’un camarade, ce véhicule est le lien qui le relie à sa famille et son pays, et il est absolument comme chez lui lorsqu’il est à son volant. Par ailleurs, malheur à celui qui traite mal son camion, lorsqu’il est absent ou sur un autre véhicule.

Le plus fort, c’est que mobilisé en même temps que son camion est réquisitionné, il va réussir à garder le contrôle de ce véhicule, et revenir avec lui un an plus tard, à son point de départ. Sa foi en Dieu et sa confiance dans son Unic, vont être les supports qui permettront ce miraculeux retour.

Lequel est pour moi un véritable exploit !




A Sellier pendant son service militaire, en 1930 Le caporal A Sellier en 1939-40


Dernière édition par dhouliez le Lun 3 Juin 2013 - 19:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:18




Samedi 2 septembre 1939
Convoqué par ordre de réquisition, pour présenter notre camionnette « UNIC » 28-18 F7 devant la commission de réquisition au FFC, à Cosne-sur-Loire, je pars de Varzy, à bord de ce véhicule vers 2 heures de l’après-midi. J’emmène avec moi J Renard qui devait rejoindre Bourges.
J’arrive au FFC vers 4 heures. Mon pauvre camion est réquisitionné, malgré son âge pour 6700 francs, et je suis affecté pour le conduire. Je ne puis donc rentrer à Varzy, et j’ai l’ordre de le conduire au parc, installé à l’usine Dubouchet, vers la caserne Binot ; il est maintenant immatriculé E.202 858.
Je cherche un refuge pour passer la nuit après avoir téléphoné de chez Monsieur Terrier, que je ne pouvais rentrer. Je rencontre dans Cosne, Paul Bourget. Tous les locaux sont bondés de mobilisés et nous remontons vers la caserne. Nous trouvons un hangar et nous nous installons sur des fagots: première nuit de guerre. Une sirène mugit au loin: première alerte, fausse d’ailleurs !

Dimanche 3 septembre
Je rencontre Albert Grenouille de Moulins-Eugilbert qui se trouve exactement dans le même cas que moi. Nous nous rendons à la caserne Binot pour avoir des ordres. Le capitaine Porte dirige le parc à voiture et nous envoie à l’école des garçons, transformée en centre d’incorporation. Après bien des tribulations, nous revenons au parc. En chemin, je rencontre mon camion en corvée, aux mains d’un inconnu.
Arrivés au parc, on nous donne des ordres. Grenouille retrouve sa voiture. Le chef du parc me confie la camionnette de la maison Etave-Gauthier de Douzy, également réquisitionnée, pour faire une corvée qui débutait à la caserne. En entrant dans la cour, je rencontre mon « Unic » qui avait fini sa corvée. Je demande à celui qui le conduisait de bien vouloir changer de voiture, et je retrouve ma place.
L’on m’envoie au Gué-Botron pour être à la disposition de 213ème RI. J’ai la visite de ma femme qui est venue avec Cabel. Je passe la nuit à cet endroit parmi quelques gardes mobiles dont la plupart étaient ivres. Je ne puis dormir avec ces énergumènes, et je regagne la cabine de mon Unic. Deuxième nuit de guerre.

Lundi et mardi 4 et 5 septembre
Toujours à la disposition du 213ème RI qui se formait au Gué-Botron, Pougny, Cours et autres lieux, je fais des courses. Je fais le tour de Cosne au cours d’un orage avec un jeune lieutenant ; nous trouvons à acheter 3 livres de café et il fallait un 2 tonnes pour transporter ce chargement et en déposer une livre dans chaque bataillon de ce régiment. Durant ces trois jours, je fais le ravitaillement de ce régiment. Le soir du 5, ma femme me retrouve avec Billard.

Mercredi 6 septembre
Je rentre au parc et mon camion est vérifié, l’ampèremètre est changé. Je retrouve Grenouille, et sa femme viens le voir. Je rencontre Marie, la femme de Roger, près des grilles de la caserne.
On me confie une belle Renault pour conduire un commandant. Au cours d’une course avec ce gradé, je trouve Roger qui était aux établissements Chaput, quai du Sanitas

Jeudi 7 septembre
Mon camion est en réserve au parc. On me donne une camionnette C4 1200 kg pour aller à Châtillon-sur-Loire chercher du ravitaillement avec un lieutenant qui ne dit pas une parole au cours de la route. En rentrant à Cosne, je trouve ma femme qui était venue avec Billard.

Vendredi 8 septembre
Quelques corvées dans Cosne.

Samedi 9 septembre
Le capitaine Porte nous appelle Grenouille et moi, nous fait remettre une tenue de treillis et nous fait payer notre prêt.

Dimanche10 septembre
Toujours avec Grenouille, nous avons ordre de regagner le château du Pézeau à Cosne, pour être affectés au 31ème régiment d’infanterie. Nous avons perdu nos voitures !
On nous introduit auprès du colonel Devevey, commandant le 31ème RI. Grenouille est affecté à une compagnie de ce régiment et moi à la CHR (compagnie hors rang).
La cour de ce château du Pézeau est pleine de voitures de toutes sortes, et mon Unic se trouve au milieu. Un capitaine nous donne l’ordre de sortir toutes les voitures les unes après les autres. Ensuite, on me conduit aux Fouchards (Champfleury) où fut formé la CHR, où l’on m’équipe en entier.
Je fais la connaissance de Boussière et Alex. Ma femme devant venir me voir, comment va t’elle me trouver, étant un nouvel arrivant dans le coin et ne connaissant personne. Comme on me dit que le départ aura lieu le lendemain, je fus envahi par un grand cafard.
On prépare la revue des voitures qui doivent être présentés au colonel le soir même. Partirais-je sans avoir revu ma femme ? Soudain, la voiture de Billard déboucha à quelques mètres de moi, mon pauvre camion lui servant de repère. Je revins donc au Pezeau avec ma femme, et c’est dans l’allée de ce parc que nous nous sommes quittés.
Pour combien de temps ?
Un Unic du type de celui d'Albert SellierEn-tête de la société Sellier Frères


Dernière édition par dhouliez le Lun 3 Juin 2013 - 19:34, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:20


Lundi 11 septembre 1939
A 5 heures du matin, toutes les voitures sont rangées, et nous partons pour une destination inconnue pour nous. Nous passons par Châtillon-sur-Loire, Courtenay, Sens. Mes freins ne fonctionnaient pas bien et je gardais un peu de distance, mais cela ne m’empêcha pas de tamponner la voiture qui se trouvait devant moi et qui s’y trouvera durant tout le voyage de montée au front. Cette voiture était celle de Dupillot-Talbotier de Guérigny et était conduite par Chaillet.
Notre première étape étant faite, nous campons dans une ferme à Saligny près de Sens, après avoir fait le plein d’essence et d’huile.

Mardi 12 septembre
A 5 heures du matin, départ pour une nouvelle étape: destination toujours inconnue. Nous passons par Thorigny, Nogent-sur-Seine, Romilly, où je suis déjà passé au cours de mon année d’active, pendant les manœuvres en Champagne en 1930. Ensuite, Arcis-sur-Aube et Vitry-le- François, but de notre deuxième étape.
Nous passons la nuit dans un ancien couvent. Je commence à faire connaissance avec les camarades dont certains deviendront par la suite de véritables amis de guerre.
Après un bon petit repas dans un restaurant, nous prenons un peu de repos dans le monastère, couchés sur le ciment et sans paille.

Mercredi 13 septembre
Au petit jour, départ pour la troisième étape. Nous suivons la colonne. Mes freins fonctionnent de plus en plus mal et l’huile du moteur passe par un trou en bout de l’arbre. Celui-ci n’avait pas été bouché au garage Barre à Cosne, et l’huile s’infiltre dans le tambour du frein du différentiel, le rendant inutilisable. Je ne puis compter que sur mon frein à main. A part cela, tout fonctionne à merveille, et heureusement, je ne suis pas trop chargé.
Nous passons à Chaumont, Neufchâteau, Coussey, en laissant Vaucouleurs sur notre gauche, et nous arrivons en Lorraine à Vézelise, le pays de la bonne bière.
J’écris une première lettre à ma femme et lui indique notre adresse que l’on nous a donné : secteur 16.

Jeudi 14 septembre
Départ de Vézelise au petit jour. Nous passons à Bayon eu direction de Dieuze et arrivons vers midi à Loudrefing en Moselle. Le gros du régiment est arrivé avant nous, muni de trois jours de vivres. Je retrouve F Picard et Pierre Louvert, qui est secrétaire de notre chef d’approvisionnement, le lieutenant Jourda, Decaen qui est charron à la CHR, et petit à petit d’autres connaissances.
On nous fait garer les voitures dans un bois à cause de l’aviation.

Vendredi 15 septembre
Le lieutenant Jourda nous rassemble et nous explique notre rôle désormais : approvisionner le régiment en vivres de toutes sortes. Notre petite équipe sous les ordres de Jourda se composait ainsi :
Sergent-chef Verbois, Sergent Retoux, Caporal Weil,
Durand, chauffeur du lieutenant avec une Peugeot 201,
Espire, (paille, fourrage, avoine) avec une Chevrolet de la compagnie forestière de Vichy,
Marcel Delahaye, (casse-croûtes) avec un fourgon tôlé Renault,
Louis Léger, (épicerie) avec la petite cochonnière Renault (Juste à Bouhy),
Maurice Augendre, (pain) avec une vieille KZ Renault bâchée,
Courtois, avec une vieille KI Renault fourgon,
JP Boussard, avec une cochonnière Renault pour la paille et ?,
Emile Chaillet, avec une camionnette Renault de Dupillot-Balotié pour le vin,
Roger Buisson, avec une Renault bâchée,
Cuny ??, avec une autre cochonnière
Moi, Albert Sellier, avec mon Unic.

Nous sortons nos voitures du bois, opération qui ne va pas trop mal pour la première fois, et nous partons pour la gare de Salsbach, chercher le ravitaillement de la première journée.
Le lieutenant Jourda m’affecte au vin, et nous commençons la répartition dans les compagnies. Le 1er bataillon est cantonné à Loudrefing, sauf la 1ère compagnie qui est à Lostroff, le 2ème bataillon est à Mittersheim, le 3ème à Rorbach, et les compagnies régimentaires à Loudrefing.

16 au 23 septembre
Au cours de ces distributions, je rencontre Boichut qui est lieutenant à la 7ème compagnie, Roble à la 5ème, Pouillon, un instituteur de Menou, lieutenant à la CA1, et d’autres qui me connaissent mieux que je les connais, et qui voudraient faire plus ample connaissance, dans l’espoir d’avoir un quart de pinard supplémentaire, chose qui n’est pas facile à faire, car le chef Verbois se gendarme, et ne veut pas de dégustation gratuite.
Je commence à être populaire : aux roulantes, on m’appelle le « cabot pinard », et je n’ai pas un instant de libre les premiers jours. Je vois Roble tous les jours, et je fais connaissance de Chambon, curé de Vignol.
Nous partons le matin à, 5 heures à la gare, et le soir il faut rouler sans lumières.
Je suis sans nouvelles de ma femme, et tous les copains sont comme moi.
Il n’y a plus moyen de sortir les camions du bois le matin et il faut les sortir en poussant dessus. Le 23, quelques uns d’entre nous ont des nouvelles, mais pour moi, toujours rien.
Cuny, en revenant de la gare de Salsbach rentre dans un arbre avec sa voiture ; il va nous quitter en représailles.

Dimanche 24 septembre
Je reçois ma première lettre. Le courrier commence à nous parvenir. Nous allons au ravitaillement à la gare de Vergaville aujourd’hui. Le 2ème bataillon change de place et Chaillet nous quitte pour aller avec celui-ci.
Le bruit court que nous quitterons nous aussi Loudrefing ! Nous allons ces jours-ci à la gare de Vergaville pour le ravitaillement. Je rencontre le chauffeur des brasseurs de Clamecy, Langlois et Robert, avec leur cabine avancée réquisitionnée.
Le capitaine intendant de la division fait la morale aux lieutenants d’approvisionnements.

Vendredi 29 septembre
Nous partons de Loudrefing en direction de Sarreguemines et nous couchons à Neufgrange dans des lits. Les régiments qui sont passés avant nous dans les parages ont tout saccagé.
Nous roulons de nuit, mais il fait clair de lune et il ne fait plus chaud. Le lieutenant Gaudry qui était à la 9ème compagnie vient avec nous pour seconder Jourda.


Dimanche 1er octobre 1939
Nous ne sommes plus jamais à la même place. De 5 heures du matin à 10 heures du soir, nous cherchons les roulantes pour les ravitailler, et nous faisons bien des kilomètres inutiles. La semaine de 40 heures de ce cher Blum est bien loin. Où cela nous mènera t’il ? Il y a déjà bien du gaspillage et du je m’enfoutisme parmi les hommes.
Nous avons l’air de stationner un peu. Nous sommes dans une maison évacuée de Woelfling, où est cantonné un de nos bataillons. Le froid devient plus intense et l’on nous distribue de gros caches nez qui nous rendrons bien service.
Nous voyageons toute la journée en prenant notre ravitaillement à Keskastel, à la gare de Sarre-Union. J’ai un peu mal aux reins, mais ça passera.
De Voelfling, nous allons cantonner à Diedling dans un café, avec les mécaniciens du dépannage. Cette équipe est moins sympathique que la nôtre, car ils sont bien bruyants. Un poste de TSF est resté dans le café, avec un tourne- disques dont ces énergumènes se servent pour passer quelques morceaux au pick-up. Ils font cette vie tard dans la nuit, déguisés pour les uns, avec les ornements sacerdotaux du curé du pays, et pour les autres avec des vêtements baroques trouvés dans les armoires. Après cette orgie, mon pauvre camion qui est resté à l’humidité tout le jour, a son klaxon qui se met à hurler dans la nuit, le contact s’étant fait par la masse.
Le lendemain, en me brossant les dents, je me découronne une molaire.
Je peins mon pauvre camion en vert et gris, tel un zèbre. Cela ne le rend pas plus rapide !
Après mon chargement à la gare de ???, je rentre dans la voiture de Chaillet : le radiateur est enfoncé. On met de la farine de lin, et les trous se bouchent. J’ai bien eu peur d’être séparé de mon camion. Nous revenons à Woelfling

Vendredi 13 octobre
Je rencontre René Berthe de Brinon à Kalkausen. Le temps devient mauvais.
En revenant de Keskastel, j’accroche un camion à chevaux ; l’essieu avant est déporté de 10 cm en arrière sur les ressorts toujours à cause de mes freins déficients. Cela arrive entre Herbitzeim et Vitiney. Nous avons vite fait de remettre tout en place avec Weil, mais cela donne du (lehmining ??) à mon camion.
On entend le canon de plus en plus fort et de plus en plus longtemps.

Lundi 16 octobre
Au milieu de la nuit, nous sommes alertés. Le lieutenant Gaudry nous l’avait laissé prévoir, et nous étions prêts pour le départ. Nous avions de l’essence qui était sale, car mal enfûtée dans des bidons qui étaient restés ouverts, mais toutes nos voitures ont bien démarré.
Il fait un temps pitoyable, la pluie tombe et les routes sont détrempées. Nous démarrons à une heure du matin, et nous sommes éclairés par les départs de nos obus et l’arrivée de quelques autres de l’ennemi. De Woelfling, nous passons par Gros-Réderchning, pour arriver à Achen. C’est la retraite de Blies.
Le lieutenant Jourda se repose dans une maison de Achen, et nous sommeillons au volant de nos voitures sur la route.
Le chef comptable de la CDT vient trouver le lieutenant Gaudry pour lui demander un camion afin de sortir sa camionnette de compagnie embourbée, et je suis désigné. Je fais la connaissance du gros Gérard, chauffeur de la dite camionnette, laquelle est moitié versée. Elle est chargée à bloc et je lui demande de la remettre en route après l’avoir attachée après mon Unic. Le gros Gérard hésite longuement avant de remonter dans sa voiture que des hommes retiennent de peur qu’elle ne verse complètement. Après plusieurs essais, nous sommes obligés de décharger un peu cette voiture, car je patine et je risque d’aller au fossé moi aussi. Un dernier coup, et je le remet sur la route. Pendant ce temps, les copains sont repartis.

Mardi 17 octobre
Je les retrouve à Keskastel au ravitaillement. Nous recommençons les distributions : Achen, Wiersviller, et nous trouvons un cantonnement confortable à Keskastel dans la maison d’un peintre-platrier (Konanz).
Nous sommes sur place pour le ravitaillement, et le 2ème bataillon est autour de nous. Je revois Roblin qui coupe les cheveux d’un copain dans une grange. Je vois également Boichut.

Mercredi 18 octobre
Toujours à Keskastel, et je fais plus ample connaissance avec les caporaux d’ordinaire des compagnies.

Vendredi 20 octobre
Nous emménageons dans la maison du peintre. Boussard, Léger et moi, couchons dans le grenier à foin. Chavet, Louvert et Durand sont dans une des chambres de la maison, et Augendre et Desbois dans une autre chambre. Il reste une pièce de libre : la salle à manger, ainsi que la cuisine qui nous sert pour manger.

Lundi 23 octobre
Je découvre dans les pochoirs du peintre un cygne majestueux. Avec l’aide de Grobois, un nouveau sergent du ravitaillement, je me mets en devoir, avec un peu de céruse, de le peindre sur toutes les portières de nos voitures.
C’est le dixième anniversaire de mon arrivée au régiment (sans doute de son service normal) et je parle de ces souvenirs avec Joly qui est à l’échelon de la CA3.
Mon camion marche très bien ces jours-ci. Il rajeuni depuis quelques temps. Il fait froid !
Nous repassons tous les jours par Diebling. Il y a là un moulin, et nous pêchons à la grenade ; nous mangeons une bonne friture.
La femme du peintre est revenue chercher un peu de linge, et elle pleura en s’apercevant de la disparition d’un beau service en Limoges.
C’est Durand qui emporte nos lettres à Sarre-Union.
Je rentre souvent à l’église qui est superbe. Il y a aussi un temple à Keskastel
Roble vient le soir avec nous : on casse la croûte et on joue aux cartes. On se croirait aux grandes manœuvres.
Le temps devient de plus en plus mauvais. La pluie tombe sans arrêt et la petite rue où nous sommes est devenue un vrai bourbier. Tous les soirs l’un de nous, avec n’importe quelle voiture, va à Oermingen chercher le courrier, car le bureau de la CHR est à cet endroit. Mon pauvre camion marche toujours bien sauf les freins !

Vendredi 27 octobre
Les jours passent avec toujours le même travail à faire. Le régiment touche 3 quarts de vin par jour, et alors mon Unic n’est pas suffisant. C’est Chaillet qui m’aide en nous partageant le boulot.
Les compagnies sont disséminées à Achen, Sarreinsming, Woelfling et Oermingen.

Samedi 28 octobre
Nous mangeons proprement et abondamment, ce qui compense le travail que nous faisons. La maison habitée par Jourda est sans électricité. Je cherche à réparer la panne et j’arrive à leur redonner de la lumière. Jourda, Gaudry, Verbois et Grobois peuvent donc terminer leur belotte.
Tous les jours, nous passons la ligne Maginot. Un bel ouvrage. Des pionniers font un barrage au pont de Wittring pour inonder la campagne en cas d’avance de l’ennemi, et nous sommes obligés de rouler dans l’eau pendant une centaine de mètres. Jusqu’à présent il n’y en a pas beaucoup.
Boussard et Chaillet braconnent le soir du 29: nous avons un lièvre à manger et Léger nous a confectionné une tarte aux pommes.

Mardi 31 octobre
La veille de la Toussaint, je rentre tard de ma distribution. Nous n’allons plus en convoi : chacun va séparément, connaissant le chemin. En rentrant, je vais trouver le lieutenant Jourda et lui demande de pouvoir assister à la messe le lendemain, chose qu’il accepte gentiment.
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:34

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:36

Mercredi 1 novembre 1939
J’entraîne quelques copains à la messe dans cette belle église de Keskastel.
Le froid commence à se faire sentir, et l’huile des moteurs devient épaisse. Maintenant, tous les matins, je remorque les autres avec mon pauvre camion qui, lui, démarre au quart de tour.
Le 2ème bataillon quitte Keskastel pour Sarreinsming. Je ne vois plus Roble que très rarement.
L’eau monte sous le pont de Wittring. A Oermingen, le carter de mon camion racle un tas de fumier, et en passant dans l’eau, la couronne dentée du moteur envoie de l’eau sur la magnéto et les bougies, et je reste en panne au beau milieu du passage. Je suis obligé de me faire remorquer par des charretiers militaires pour me sortir de ma fâcheuse position.
Il y a maintenant trop d’eau, et nous sommes obligés de passer par Sarrable, Hambach et Willervald pour arriver à Sarreinsming, ce qui nous fait environ 80 km tous les jours.
Les hommes au ravitaillement ont touché une petite motopompe pour remplir les fûts. Je leur montre quelques tours de main pour ces fûts.
J’apprends la mort de monsieur Lussier, maire de Varzy.
Des bruits circulent disant que nous irions en repos à Mailly !!! Attendons, car le régiment est toujours en ligne, à la même place, en avant de la ligne Maginot.

Samedi 11 novembre
Nous trouvons un vieil Unic semblable au mien dans un champ, sur le bord de la route ; il reste le radiateur. Nous l’enlevons pour changer le mien.
Tous les matins, je fais un travail peu honorable pour un marchand de vins. Il faut récupérer 20 litres de vin, et je mouille ce que je prends au ravitaillement.

Lundi 13 novembre
Je vais chercher le courrier à Oermingen. J’aperçois monsieur Lemée, de Corvol- l’Orgueilleux. Il est capitaine au 255, bureau du colonel.
Desbois reçoit de sa mère une lettre lui prédisant la mort de Hitler pour le 28 novembre et l’armistice pour le 9 décembre. Nous verrons bien !
Je déjeune aujourd’hui à Sarreinsming à la popote de la CDT : nous mangeons du chevreuil.
Mon camion marche de mieux en mieux ; il n’a pas besoin des dépanneurs. Encore une panne d’électricité, due au vent qui a du couper quelques fils.
Des bruits d’embarquement circulent encore ! J’apprends la mort d’Urbain Liron et de la femme d’Alphonse Patout. Toujours le même travail à faire.

Vendredi 17 et samedi 18 novembre
Le temps est pitoyable : que de boue !

Dimanche 19 novembre
On ne parle plus d’aller en repos. Augendre boit le rhum et Desbois prend quelques cuites. Chaillet a deux copains qui viennent le voir le soir : cela passe le temps.

Lundi 20 novembre
Je vois Lentin de Val-du-Beuvron et nous bavardons ensemble.

Mardi 21 novembre
Nous passons la visite d’incorporation : il est temps !

Mercredi 22 novembre
Les permissions ont commencé : il en part deux par jour et par compagnie. Les jours passent tous semblables.

Jeudi 23 novembre
Les bruits semblent se confirmer : on va partir d’ici. Il a gelé un peu la nuit, et mon radiateur qui était enfoncé, se met à fuir. Je me décide à le faire remplacer par celui que nous avons trouvé. C’est le premier jour que je n’assure pas mon service.

Vendredi 24 novembre
On devait rejoindre Oermingen pour le départ au repos, mais nous restons à Keskastel.

Samedi 25 novembre
Il neige. On parle de plus en plus de départ. Le régiment est relevé.
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:40

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:44


Lundi 27 novembre

Départ au repos. On charge les voitures et les vivres sont distribués. Il est 2 heures de l’après-midi, et les voitures sont rangées entre Herbitzen et Keskastel, un peu avant la route de Sarralbe. La pluie tombe, il fait froid et nous faisons tourner les moteurs pour qu’ils restent chauds pour le départ. La nuit vient : pas d’ordres. A 2 heures du matin, tout de même, nous partons. Nous arrivons à Arracourt (Meurthe et Moselle), et là on s’aperçoit que le ravitaillement est à prendre à Loudrefing. Demi-tour : je fais au moins 200 km ce jour-là. Après distribution, nous cantonnons dans une grange qui n’inspire pas confiance. Le pays s’appelle Valhey. Avec nous, dans le pays, il y cantonne la CDT et la CRE. Nous sommes en subsistance à la 1ère de ces compagnies.

Mercredi 29 novembre
Il nous faut nous habituer avec les nouvelles routes que nous avons à tenir à maintenant Le 1er bataillon est à Serres, le 2ème bataillon est à Athienville , et le 3ème bataillon est à Bathelémont. Nous prenons le ravitaillement à Lunéville dans une usine qui a un embranchement particulier. Une équipe de prisonniers allemands nous aide à faire nos chargements.
Nous cherchons à changer de place car nous sommes tout à fait mal. Le lieutenant Jourda nous quitte pour aller commander la 1ère compagnie. Gaudry a son bureau sur la route de Lunéville. Il est bien et il couche dans un bon lit, mais il nous laisse le poste de radio qu’il a emporté de Keskastel. Je ne veux pas me mêler de cette histoire, car ce poste n’aurait pas du nous suivre. Je vois Roble à Athienville ; il me dit qu’il pense partir en permission le 9 décembre. Pouillon est passé capitaine de la CA1.

Vendredi 1 décembre 1939
Durand et Espire partent en permission ainsi que Desbois. Nous allons toujours à Lunéville au ravitaillement.

Samedi 2 décembre
Aujourd’hui, nous allons à Marainvillier, à la gare du pays chercher le ravitaillement. J’y trouve Gallois de Masserons, et au 3ème bataillon, à la 11ème compagnie, je trouve un nommé Roger Seillier. Nous aurons l’occasion par la suite d’être à la même compagnie, car il passera à la CHR: il est maréchal.

Dimanche 3 décembre
Je vois partir les copains en permission. J’ai des mauvaises nouvelles de Cuncy depuis quelques temps, et j’ai un peu le cafard. Nous changeons encore une fois de lieu d’approvisionnement : c’est maintenant à la gare de Rosières-aux-Salines que nous retrouvons le centre de la division.
Weil est rappelé en affectation spéciale : ce sera une longue permission pour lui.
J’apprends au bureau de la CHR que j’ai le n° 150 sur 151 pour partir en permission, et cela n’est pas fait pour dissiper mon ennui. Je travaille comme un mercenaire. Boussard m’aide un peu.

Mardi 5 décembre
Le froid continue à se faire sentir, et nous sommes bien mal dans notre sale grange. Je mets de la glycérine dans l’eau de mon radiateur pour ne pas le vidanger tous les soirs. J’ai des engelures et nos souliers sont raides le matin : je souffre beaucoup.
J’ai trouvé un autre chemin pour aller à Rosières. Je ne passe plus par Lunéville. Je m’engage seul par Einville-au-Jard, Maixé, Crévic, Sommerviller, Dombasle-sur-Meurthe et Rosières. C’est beaucoup plus court, et au retour, je commence directement à Serres ma distribution, en venant directement de Maixé.
En plus de mes engelures, j’ai une dent qui me fait mal. Le dentiste du régiment n’a pas d’anesthésiant et ne veux pas me l’arracher. Elle me fait souffrir au point que je ne dors pas la nuit.
Les voisins de la grange sont très gentils : ils s’appellent Oudeville et nous invitent à nous chauffer le soir avec eux, et l’on bavarde un peu.
Il existe un autre Albert Sellier à Valhey: le père Oudaville me raconte cela le soir.
Ma dent me fait de plus en plus mal. Courtois reçoit Paris-Centre, et je regarde ce journal. J’y apprends quelques nouvelles.

Dimanche 10 décembre
Je suis en avance ce matin, dimanche, et je pars de Rosières presque avant que les autres soient arrivés. La messe sonne lorsque j’arrive à Serres et comme je suis en avance, j’assiste à cette messe. Je vois Roble et Devilliers qui rentre de permission. Roble, lui, part ce soir. Ma dent me fait très mal. Je demande à Gaudry de m’emmener chez un dentiste à Lunéville. Augendre qui était en convalescence est rentré.

Lundi 11 décembre
Après ma tournée, Gaudry m’emmène avec Bouboule à Lunéville. Je vais voir un dentiste qui m’arrache cette fameuse dent. Cela me coûte 20 francs, mais quel soulagement. Je vois les copains partir en permission, et je reste là !

Mercredi 13 décembre
La journée se passe comme les précédentes. Le 3ème bataillon a rejoint Arracourt depuis quelques jours. Il fait froid et les voitures des copains ne veulent pas partir le matin.

Jeudi 14 décembre
Le petit tube de pression d’huile est cassé à mon camion. Je profite de l’avance que j’ai pour faire répare cela et ressouder le réservoir d’essence qui fuyait un peu. Mes engelures me font souffrir. Je vois les copains partir et j’ai le cafard. Je me mets à fumer mes cigarettes. Journée aussi monotone que les autres.

Dimanche 17 décembre
Joly part en permission ainsi que Léger. Il neige !

Lundi 18 décembre
La neige tombe. Ritoux est envoyé à Champigneule pour faire un stage : ça ne lui va qu’à moitié. Je vois souvent l’adjudant Moreau de la CA2 : il aime bien le pinard !

Mardi 19 décembre
Il y a un verglas extraordinaire aujourd’hui. Gaudry va voir le colonel, mais il faut partir quand même. Je pars le premier et je m’arrête vers le bureau de Gaudry, mais je ne puis repartir. Nous chaînons nos roues avec des chaînes de toutes sortes et nous partons enfin. Tous les matins, je suis obligé de remorquer les autres pour les mettre en route.

Jeudi 21 décembre
Nous avons deux voitures en panne et je fais deux tournées. Le vin le matin et 1800 kilogs de patates le soir. Que de gaspillage : ces pommes de terre sont gelées et sont comme des cailloux dans les sacs à l’arrivée.

Vendredi 22 décembre
Je ne puis plus marcher en souliers. J’achète une paire de galoches à 23 francs et je suis mieux. Encore une voiture en panne. Il fait de plus en plus froid et si nous n’avions pas les braves Oudeville, nous gèlerions.
Il faudra faire double distribution pour Noël !

Dimanche 24 décembre
Il y a un brouillard comme je n’en ai pas encore vu. Il fait froid, mais l’on s’y habitue. Le 3ème bataillon a une compagnie qui part à Mayenne pour faire des travaux.
La 202 de Gaudry capote sur le verglas et Durand est légèrement blessé, lui qui se réjouissait de faire le réveillon. C’est la quatrième voiture hors d’état à la section. J’attends Roble.

Lundi 25 décembre
Triste Noël que ce Noël 1939 ! J’ai un litre de vin par homme à distribuer. Je vois Roble qui vient de rentrer de permission. Nous avons un menu de choix que la CDT nous avait préparé, mais mangés froids dans cette sale grange, tous ces mets sont ordinaires.

Mardi 26 décembre
Augendre repart en en permission. Roble m’a apporté un petit colis. Vin et eau-de-vie sont dégustés par les copains.

Mercredi 27 décembre
Decours rentre de permission et me donne quelques nouvelles.

Jeudi 28 et vendredi 29 décembre
Les copains rentrent de permission et mon tour approche.

Samedi 30 décembre
Le froid est intense et il fait 23° en dessous de zéro à la gare de Rosières-aux-Salines. Je pars après avoir mis en route par remorquage 7 de nos voitures. Je ne puis distribuer le vin qui était gelé dans les fûts.

Dimanche 31 décembre
Je soutire le vin gelé dans de petits fûts et je distribue ce vin dans les compagnies. Nous avons l’intention de faire réveillon ce soir. Picard part en permission et je fais connaissance de son remplaçant à 100% chez le père Oudeville.

Lundi 1 janvier 1940
Je continue à distribuer mon vin gelé. Triste début d’année.

Mardi 2 janvier
L’espoir de partir prochainement en permission me met du baume au cœur.

Mercredi 3 janvier
Je me débats toujours avec mon vin gelé, et je m’appuie quelques remorquages.

Vendredi 5 janvier
Mon départ en permission approche et la date se précise. Je reçois la nouvelle de l’internement de ma belle-mère à l’asile de santé.

Samedi 6 janvier
Je vais partir en permission et j’emballe mon fusil dans ma toile de tente et je le porte à la CHR à Arracourt

Dimanche 7 janvier
A 9 heures du soir, nous devons prendre le train à Moncel-les-Lunéville pour partir en permission.

Lundi 8 janvier
A Jessains (Aube), gare de triage pour les permissionnaires, on veut me diriger vers Massy-Palaiseau. J’arriverais à Varzy par Nevers. Je passe outre et je me dirige vers Saint-Florentin-Vercigny. Là, je téléphone de chez un brasseur, à ma femme pour la prévenir de mon arrivée qui a lieu à 10 heures du soir à Clamecy où je suis attendu. A 11 heures, je suis à Varzy.

Titre de permission d'Albert Sellier pendant son service, en 1930


Dernière édition par dhouliez le Lun 3 Juin 2013 - 19:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:46

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 21:56

Première permission du mardi 9 au 23 janvier 1940
Je passe une bonne première permission. Visites à La Charité, quelques petites tournées, et le jour du départ arrive vite.

Mardi 23 janvier

Je repars par le même itinéraire. Je commence une lettre à Laroche. Nous couchons à Bricou, gare de triage du retour, d’où l’on nous dirige sur Lunéville. Je m’endors dans le train et je passe Lunéville pour arriver à Sarre-Union. Je retourne à Lunéville, et là j’apprends que le régiment est parti du matin. Je reprends le train pour Sarre-Union.
En effet, je vois passer toutes les voitures du régiment.

Jeudi 25 janvier
Je passe presque toute ma journée à Sarre-Union. Je ne vois pas passer l’équipe de ravitaillement. J’ai un colis pour Roble, une petite lettre pour Decaen et un petit colis pour Jolly : avec tous ces bagages, ça me fait un chargement.
Enfin, le soir avec un copain de la CRE, nous prenons le chemin d’Oermingen à pied. Nous montons jusqu’aux caserne, mais l’équipe de ravitaillement est dans le pays. Mon vin contenu dans mon bidon est gelé.
Comment retrouverais-je mon pauvre camion ? Je l’avais laissé aux mains de Boussard à mon départ : c’est un brave garçon, mais un peu brutal. J’ai un moment d’angoisse en descendant des casernes au pays. Je rencontre Boucher qui est avec les bouchers ; il me dit « les copains sont là au premier étage ». Nous étions mieux logés qu’à Valhey.

Vendredi 26 janvier
Je reprends le travail. Mon camion part au quart de tour, mais je le sens moins nerveux. Je remonte quand même dans le Chevrolet, qui, à Valhey, a remplacé la voiture de Chaillet et celle de Buisson. C’est un 5 tonnes bâché, tout à fait moderne, mais zéro pour le départ le matin. Je le mets en route, mais mon Unic avait fait l’impossible et je ne peux me rendre à Keskastel, car il ne veut pas monter la côte d’Herbitzein. Je me vois contraint de l’abandonner dans une grange et je fais mon travail avec Chaillet et le gros Chevrolet qui une fois parti marche très bien.
Pendant ma permission, Ritoux est revenu de Champigneules, Courtois est évacué pour une appendicite et Espire pour je ne sais quoi : « la flemingite » sûrement !
Les trois bataillons sont cantonnés à la caserne d’Oermingen. Je distribue mes commissions aux copains.

Samedi 27 janvier
Je demande à Gaudry de faire réparer mon Unic. Il fait le nécessaire car ce pauvre camion est utile à la section. Le dépannage commande des segments pour remplacer les autres, et je continue mon travail avec Chaillet. Les compagnies se répartissent à Achen, Wiesviller et Voelfling. Je rencontre le fils Piffault de la Pouge à Etting.

Dimanche 28 janvier
Avec Chaillet, nous aménageons le Chevrolet pour transporter le vin. Mon Unic est dehors sous la neige.

Lundi 29 janvier
Nous sommes tous à peu près aphones. Nous toussons à qui mieux mieux, mais le soir un ½ litre de vin chaud bien sucré, nous enraye cet enrouement.

Mardi 30 janvier
Le dépannage a l’air de vouloir mettre mon Unic en chantier.

Mercredi 31 janvier
Les compagnies du régiment sont en corvée de relevage de neige.

Jeudi 1 février 1940
Il y a un verglas épouvantable, mais le Chevrolet est facile à chaîner. Les vaguemestres ne veulent pas aller chercher les lettres: ils ont peur du verglas.

Vendredi 2 février
Le colonel envoie un homme pour s’occuper des tonneaux des compagnies. Gaudry me le présente : il s’appelle Loiseau. Je lui demande s’il sait « renifler » un fût, et lui dit que ce sera là tout son travail. Le nom n’est pas tombé par terre, car le surnom de « renifleur » ou « la renifle » lui restera jusqu’à la fin de cette guerre.

Samedi 3 février
Nous passons la tournée à 3 maintenant, mais je pourrais prendre un jour de temps en temps.

Dimanche 4 février
Nous sommes toujours enroués ; il fait très froid et les chevaux crèvent comme des mouches. Le dépannage commence le démontage du moteur de mon Unic.

Lundi 5 février
Double distribution pour remplacer le vin gelé. Ritoux est en permission.

Mardi 6 février
Les dépanneurs sont après mon Unic. Les jours se succèdent sans changement : toujours le froid et le verglas.

Jeudi 8 février
C’est un peu le dégel : de l’eau partout.

Vendredi 9 février
Le dépannage attend les segments.

Samedi 10 février
J’apprends la mort de Michel de Parigny

Lundi 12 février
Les roulantes déménagent, et l’on perd du temps à les chercher. Nous allons faire une double distribution en prévision d’un nouveau verglas.

Jeudi 15 février
Nous resquillons un peu de tout dans les cuisines, de sorte que nous pouvons prendre notre café au lait « condensé » le matin. La neige a tellement tombé aujourd’hui, qu’en deux heures il y en avait 80 centimètres d’épaisseur. Nous avons eu bien du mal à rentrer.

Lundi 19 février
Le dégel à plein. L’eau coule dans les rues plus vite que nos voitures. Je vois Roble à Achen. Il est à l’infirmerie, mais pas plus malade que moi. Je lui donne un bidon d’eau-de-vie.

Mercredi 21 février
Le dégel se poursuit et il fait beau. Toujours les mêmes coins à visiter.

Jeudi 22 février
Je fais la tournée aujourd’hui avec « la renifle » et le Chevrolet. Le carburateur de ce dernier nous ennuie à Wiesviller : quelle mécanique compliquée ! Où est le carburo de mon Unic ? Il fait un temps splendide.

Samedi 24 février
Je reste au dépannage. Je change une roue de mon camion et le mica que le chien de Boussard avait déchiré en voulant se sauver de la cabine. Les segments sont arrivés et les mécaniciens vont les changer.

Dimanche 25 février
Les dépanneurs ont remonté le moteur de « mon cher Unic ». Ils m’attendent pour donner le premier tour de manivelle. Il ne demande qu’à partir. Que vais-je faire avec lui maintenant ?

Lundi 26 février
Je mets la dernière main à mon Unic, et c’est l’essayage. La magnéto a été mal calée. Je la recale moi-même, et je suis heureux de le retrouver. Le Chevrolet marchait bien, mais ce n’est pas mon Unic. Je fais la découverte d’un des frangins des Carrés qui vient avec Gaudry pour jouer aux cartes avec les copains et surtout pour boire.

Mardi 27 février
Je recommence mes tournées avec mon camion.

Mercredi 28 février
Alex rentre de permission et m’apporte un petit colis.

Jeudi 29 février
Au cours de notre tournée, nous avons vu une caravane de voitures avec dedans des civils, des députés ou ministres, qui venaient se rendre compte, de visu, de la situation.

Vendredi 1 mars 1940
Un bataillon, le deuxième, redescend à Kalkausen.

Samedi 2 mars
Je fais la moitié de ma tournée avec mon Unic. Un autre bataillon est à la caserne, donc ce n’est pas trop loin.

Dimanche 3 mars
Je vais livrer du charbon à la 1ère compagnie qui est à Sarre-Union.

Lundi 4 mars
Je vois Roble à Kalkausen : il est au mess des sous-officiers

Mardi 5 mars
Je rencontre Doublot, le mari de Mademoiselle Lallans

Mercredi 7 mars
La tournée n’est plus bien longue, et c’est vite fait. Je fais l’avoine et le foin avec mon Unic. Nous déménageons : nous passons dans un hôtel de l’autre coté de la rue. Nous sommes mieux, mais y serons-nous longtemps ?

Samedi 9 mars
Je fais le vin avec le Chevrolet. Ritoux fait l’avoine avec mon Unic : pourvu qu’il ne l’esquinte pas !

Dimanche 10 mars
Je vois Roble : il pense partir en permission bientôt. Il est question que nous partions d’ici.

Lundi 11 mars
Je fais un changement de couvertures qui n’ont pas servi cet hiver. Nous les emmenons à l’intendance à Keskastel. Si nous avons gelé à Valhey, ce n’est pas faute de couvertures, mais l’on ne nous les a pas distribuées. Il aurait fallu que les rats les mangent : quelle organisation !!! J’étais seul au retour, et suis rentré dans l’église de Keskastel.

Mardi 12 mars
Je vois Roble : il part demain en permission. A l’intendance, le capitaine me demande conseil pour les fûts.

Mercredi 13 mars
On parle de la rosace de Sainte Odile qui s’est remise à couler et qui prédit la guerre 3 mois après. Roble part.

Jeudi 14 mars
Les permissions ont commencé. Desbois et Chaillet sont partis et nous avons Adémaï qui était conducteur hippo à la CHR : il est bien courageux ! Nous étions trop bien dans l’hôtel, et il nous faut réintégrer le premier local où nous étions avant. Il faut céder la place à un régiment qui vient ici. Notre départ d’Oermingen semble se confirmer. J’apprends la mort de Moutrera.

Dimanche 17 mars
Aujourd’hui c’est les Rameaux. J’arrive trop tard pour la messe à Kalkausen, mais je réussis à avoir un petit rameau de buis que je place précieusement dans la cabine de mon cher Unic pour attirer la Protection Divine sur nous. Le soir, je réussis à entrer cinq minutes dans l’église d’Oermingen.

Lundi 18 mars
Les bataillons approvisionnés pour deux jours, commencent à partir : ce sera bientôt notre tour. Les pauvres vont à pied. Roble est heureux d’être en permission. Nous partons par Sarre-Union et nous arrivons à Vergaville.

Jeudi 21 mars
C’est Jeudi Saint : nous allons avec 2 ou 3 camarades à la messe à Vergaville. Nous couchons en billet de logement. Je couche avec Buisson dans un bon lit.
Avant de partir d’Oermingen, je conduisais des permissionnaires à Sarre-Union, le levier de vitesse de mon Unic est resté dans ma main, en passant en prise directe. Le vieux camion qui nous avait fourni le radiateur, nous procure encore le levier de vitesse qui va remplacer le mien.

Vendredi 22 mars
Toujours à Vergaville. C’est Vendredi Saint. Gaudry devait acheter de la morue pour ce jour. Je constate qu’il ne fait rien pour cela, au contraire ; il s’arrange pour faire manger de la viande aux hommes ce jour-là.

Samedi 23 mars
Nous partons plus en avant. Arriverais-je à remplir mon devoir pascal ? Nous passons Dieuze et reprenons la route d’Arracourt, mais nous nous arrêtons à Mulcey. Nous sommes dans la grange de Monsieur le curé, au pied de l’église.
Je vais trouver le brave curé, et demain je ferai mes Pâques.

Dimanche 24 mars : jour de Pâques
Nous prenons le ravitaillement à Vergaville. Je fais le foin, l’avoine et la paille, mais il faut que je m’occupe aussi du vin. C’est Ritoux qui fait le vin maintenant avec le Chevrolet. Il nous arrive un nouveau à l’approvisionnement, un petit bordelais nommé Parcelier.
Le matin de Pâques, je ne peux assister à la messe, mais je fais une fervente communion, n’en déplaise à Gaudry qui traite le bon vieux curé d’espion. Ritoux, lui, le tutoie : « Mon Père curé, viens donc que j’te paye un canon ».
Les bataillons sont très loin les uns des autres, Blanche-Église, Lezey.

Mardi 26 mars
Je fais toujours l’avoine et le foin, et aussi le vin.

Mercredi 27 mars
On parle de repartir. Roble doit rentrer incessamment.

Jeudi 28 mars

Roble est rentré, et m’apporte un petit colis. Nous démarrons
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:00

Vendredi 29 mars
Nous arrivons dans une ferme aux environs de Faulquemont. Pour la première nuit à passer dans cette ferme, nous ne sommes pas ravis. Nous nous installons mieux le lendemain matin.

Samedi 30 mars
Nous passons par Faulquemont pour aller à ????au ravitaillement. Je fais le foin et la paille avec Adémaï : je le prends en estime. Je touche l’indemnité de combat, soit 301 francs.
Boussard rentre du parc avec la cochonnière

Dimanche 31 mars
Nous nous familiarisons avec nos nouvelles routes. Nous avons un bataillon à Dourd’hall (commune rattachée à St Avold en 1941), un à Longeville-les-Saint-Avold, et l’autre à Saint Avold même.
Il fait beau. Quelques avions ennemis survolent la région et laissent tomber des tracts, dont les spécimens ci-contre (disparus du cahier) que j’ai ramassé moi-même. Cela ne faisait pas beaucoup d’effet sur nous.

Lundi 1 avril 1940
Toujours la même tournée, mais nous trouvons un raccourci pour aller au ravitaillement. Nous ne passons plus par Faulquemont ; nous passons par la « cité Mouzaïa ». Je ne fais plus le vin. C’est Ritoux avec le Chevrolet qui est chargé de faire cela. Je fais la paille te l’avoine mélassée. Le travail est moins fatiguant.
Gaudry me dit qu’il s’arrangera pour me faire partir vers le 15 en permission.

Jeudi 4 avril
Un nommé Cuny, qui était au bureau, essaye de s’infiltrer parmi nous. Il est bien vu de Gaudry !

Vendredi 5 avril
Je pense partir en perm’ d’ici 2 ou 3 jours.

Samedi 6 avril
Mon départ en permission se confirme pour mercredi.

Dimanche 7 avril
J’annonce à ma femme que je serais arrivé avant la lettre que j’écris ce jour.

Lundi 8 avril
Buisson est de retour avec le Chevrolet de la compagnie forestière, et le fameux Cuny est entré dans notre équipe pour la conduite de ce véhicule. Le fameux bordelais ne me revient pas, et nous sommes unanimes à trouver la décision de Gaudry humiliante pour nous. Dans la journée, nous apprenons l’attaque de la Norvège par les troupes de Hitler.

Mardi 9 avril
Les permissions sont suspendues. Cela ne m’effraie pas outre mesure : je devrais partir demain.

Mercredi 10 avril
Les permissions n’ont pas repris et l’on se demande ce qui va se produire.

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:08

Jeudi 11 avril
Nous sommes toujours dans la ferme, et je suis bien triste de cette suspension des permissions.

Vendredi 12 avril
Toujours le calme et pas de décision.

Samedi 13 avril
Le cafard, un cafard comme je n’en ai jamais eu. Ma femme me parlait d’un pèlerinage à Pontmain : je me réjouissais d’y aller avec elle au cours de cette permission.

Dimanche 14 avril
Le temps est pitoyable. Il pleut et mon cafard d’hier s’est dissipé un peu. Je suis rentré quelques minutes dans l’église de ???: c’est dimanche !
Je pars pour ma tournée journalière avec Adémaï. Je reste en panne d’essence, mais le bidon de réserve que j’ai toujours avec moi, est aussitôt versé dans le réservoir. Mais il n’y a peut-être que 5 litres d’essence dans ce bidon : le reste, c’est de l’eau ! Encore un exemple de la gabegie militaire. Si nous gagnons cette guerre, ce ne sera pas de notre faute. Il me reste à aller chercher une autre voiture pour remorquer mon Unic, et l’incident est clôt.
Toujours pas de nouvelles des permissions.

Mardi 16 avril
Toujours rien de nouveau. Je fais toujours la même tournée. Saint-Avold n’est habité que par des militaires : tout est pillé ! Les enseignes des maisons de commerce formées de grosses lettres chromées, sont presque toutes amputées d’une ou plusieurs de ces lettres, qui ont servi à écrire au balcon du premier étage d’un grand hôtel « Foyer du soldat ». Cela est triste de voir un tel délabrement causé par des français.

Mercredi 17 avril
La neige tombe : quelle triste année de guerre !

Jeudi 18 avril
Le cardinal Verdier disparaît : notre pèlerinage à Pontmain ne sera plus qu’un souvenir !

Samedi 20 avril
Ritoux est fatigué, et je prends le vin aujourd’hui. Mes amis les cuistots me font une véritable fête de me revoir.

Dimanche 21 avril
Le beau temps reprend le dessus.

Lundi 22 avril
J’attends la reprise des permissions avec impatience.

Mardi 23 avril
Les jours passent sans apporter le moindre indice de la reprise des permissions.

Jeudi 25 avril
Les permissions vont repartir, mais le renfort arrivé dernièrement au régiment a la priorité des départs. Cela s’est manigancé pendant ces 15 derniers jours, de sorte que mon tour est reporté aux calendes grecques. Cuny et Parcellier vont partir : deux nouveaux arrivés au régiment. Je me révolte, et je demande à parler au capitaine. Je ne peux plus manger tellement cette injustice me serre le cœur.
Boichut quitte le 31ème RI.

Vendredi 26 avril
Cuny doit partir en permission: il me nargue. Je n’ai jamais pu l’encaisser cet oiseau-là !
Je monte au bureau de la CHR et je demande des explications. Gaudry a été fichu à la porte de ce bureau en allant plaider pour moi, de sorte que j’ai peur d’avoir le même sort. Je prouve au capitaine Dersigny dit: « Derniquel », que je suis arrivé aux armées le premier jour de la mobilisation. Je lui remets le bulletin de réquisition de mon Unic pour prouver mes dires. Cela fait de l’effet, et vers le soir on m’apporte ma permission.

Samedi 27 avril
Je pars en permission avec Cuny et Parcellier. Roby nous emmène à la gare de Faulquemont.

Dimanche 28 avril
J’essaie de passer cette fois par Massy-Palaiseau. Que le temps me semble long ! J’arrive à Laroche à 11 heures du soir, et nous passons la nuit avec quelques autres militaires dans un wagon. Le matin, en route pour Clamecy où j’arrive à 8 heures du matin. Le car est là, mais je descends en ville et je téléphone à l’Imprimerie de l’Indépendance. Je pensais que ma femme viendrait me chercher avec notre Peugeot 201, mais c’est Robert qui vient avec sa TA ??. Je suis à Varzy à 10 heures.

2ème permission du mercredi 24 avril au vendredi 10 mai
Au cours de cette permission, les évènements vont se précipiter quelques jours avant mon retour. Les boches viennent bombarder Saint-Avold : c’est le début de la fin.
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:13

Vendredi 10 mai
Retour de permission. Je pars de Clamecy avec Parigot Maurice. Où retrouverais-je le 31ème RI et mon pauvre camion que j’ai laissé aux mains d’Adémaï.
Je passe la nuit au centre d’accueil de Laroche.

Samedi 11 mai
Massy-Palaiseau. A Bricou, on nous dirige sur Delme, puis Chateau-Salins. Là, pas de train pour Delmes avant le lendemain.

Dimanche 12 mai
Dans l’après-midi, arrivée à Delme d’où l’on nous dirige sur Tinery, à 2 kilomètres de là.

Lundi 13 mai
Je pars en tournée avec Chaillet. Mon Unic est intact, mais il est au repos. Les bataillons se trouvent à Bacourt, Oron, Prévaucourt, Hannoncourt, Fremery et nous à Tinery.

Mardi 14 mai
Le bruit de notre départ circule, mais rien ne se confirme.

Mercredi 15 mai
Je ne m’étais pas encore resservi de mon Unic. Herbois me demande d’aller à Delme au tabac. Le frein à pied ne fonctionne encore plus. J’en garderais rancune toute ma vie à Barre de Cosne.
Une torpille tombe à coté de la gare de Delme. La Belgique est envahie.

Jeudi 16 mai
Les préparatifs de départ ont eu contrordre, mais cela ne saurait tarder.

Vendredi 17 mai
Le colonel nous rassemble et ne cache pas que nous aurons du fil à retordre.

Samedi 18 mai
Je vais faire réparer mon camion. Les ressorts avant ont glissé sur l’essieu. Il circule encore des bruits de départ.

Lundi 20 mai
C’est le départ de Tinery. C’est aussi le 20ème anniversaire de ma communion. Une mitrailleuse est en batterie sur la plateforme de mon camion avec ses servants.
Nous partons. Nous lisons sur les bornes Michelin : Verdun: X km, ensuite Reims : X km, de sorte que nous ne savons pas trop bien où nous allons. Nous faisons bien 150 km. Nous arrivons à Binarville (Marne), un petit pays qui vient d’être évacué. Les paysans ont tout abandonné, poules lapins et vaches. Nous mangeons les poules et les lapins. Nous constatons les dégâts qu’une torpille peut causer.
Ce n’est qu’une halte. Nous ne resterons pas bien longtemps ici. En effet, nous repartons pour une autre étape.

Vendredi 24 mai
Nous arrivons à Champfleury au petit jour. Le lieutenant Gaudry part pour trouver un cantonnement. Enfin, nous allons dans un petit hameau nommé Courtaumont près de Sermiers. Des civils sont revenus. Nous allons au ravitaillement à Reims. Je fais l’avoine avec Adémaï. Il faut y aller la nuit et charger sans lumières. Nous traversons tout Reims, et j’aperçois la grande silhouette de la cathédrale. Je ne puis m’arrêter pour la voir de plus près, mais je pourrais peut-être un jour.
Nos bataillons sont à Sermiers, Nogent et Villers-aux-Nœuds.
Nous sommes avec l’équipe des bouchers. J’apprends par une lettre, la mort de Roger Dores, tué par une torpille à La Charité-sur-Loire.
Heureusement que nous pouvons prendre un peu de repos dans la journée, car la nuit est toute prise par notre travail de ravitaillement. Toutes les nuits nous allons à Reims. Quelle belle petite ville en temps normal, mais pas ces nuits de guerre dans cette grande localité, où il ne reste que des chiens abandonnés, qui hurlent à la mort après nos camions, et de pauvres chats squelettiques.
Quelquefois, on rencontre un soldat qui garde quelque chose : le sait-il seulement ce qu’il garde ? Ou un anglais flegmatique qui se promène.

Mercredi 29 mai
Nous allons au ravitaillement à Damery : cela nous fait beaucoup plus de chemin que Reims. Je passe à Champillion, Dizy, Magenta.
Je traverse les vignobles de Moêt et Chandon et de l’Oly-Roederer. C’est une route superbe, et les vignerons sulfatent les vignes.
Les nouvelles sont mauvaises. Le roi Léopold vient de capituler, et nous met en mauvaise posture. Nous sommes trahis de toutes parts.

Jeudi 30 mai
Toujours le même travail. Nous sommes tranquilles pour le moment. La route de Reims à Epernay que je suis tous les jours est parsemée d’autos démolies, que leurs occupants ont abandonné
Nous allons à Damery de jour : cela va mieux.

Samedi 1 juin 1940
Rien de particulier à signaler. Decaen est à l’infirmerie à Sermiers : il va être évacué. Mon pauvre camion marche toujours bien malgré les kilomètres parcourus.

Dimanche 2 juin
Nous Quittons Sermiers, mais nous n’allons pas bien loin : Bézannes, Les Mesneux. Nous sommes dans les dépendances de Mercier, le grand fabriquant de champagne. Les moustiques sont féroces.
Aujourd’hui, dimanche, j’entre quelques secondes dans l’église.
Dans la soirée, j’étais en train de satisfaire un besoin naturel et je me demandais ce que je pourrais bien prendre comme serviette, quant un trac lancé par un avion boche, arrive à point pour cet emploi. Je me souviendrais longtemps de cet épisode, car les moustiques avaient pris mon endroit le plus charnu pour un terrain de manœuvres.

Mardi 4 juin
Nous repartons et nous arrivons dans un village évacué : Trigny. Combien de temps resterons-nous ici ? Pas très longtemps : on se dirige vers la ferme Voisin, et l’on prend le ravitaillement à Jonchery-sur-Vesle. Les évènements se précipitent ! Nous allons à Reims pour chercher de l’épicerie est des casse-croûtes. Il a encore quelques civils qui déménagent les Docks Rémois. Je visite les caves magnifiques de cet établissement, et comme nous sommes en avance, nous visitons Reims avec Verbois qui est un bon guide. Mon souhait se trouve exaucé, mais nous ne pouvons rentrer dans la cathédrale, le portail étant complètement masqué par des sacs à terre sur une hauteur de 35 mètres. Avec les jumelles de Bouboule, nous pouvons détailler toutes les mutilations subies par les statues.

Mercredi 5 juin
Nous réintégrons la ferme Voisin. Nos bataillons sont bien éloignés : Hermonville et Cormicy. Je rencontre Joseph Leblond au cours de mon de mon ravitaillement.

Vendredi 7 juin
Les dépanneurs ont entrepris de tourner le tambour de frein de différentiel de mon pauvre Unic, et l’on parle de repartir de nouveau.

Samedi 8 juin
Nous quittons la ferme Voisin pour aller à Brouillet. On sent que ça ne peut plus aller. Il n’y a plus de courant, et l’on ne peut plus écouter la radio. Malgré cela, j’ai toujours confiance : mon Unic est toujours sur pied.
Le régiment a eu une très forte attaque, et les hommes tombent depuis ce matin 4 heures jusqu’à cet après-midi. Ce fut un véritable enfer et le régiment est presque en déroute.
Je vois Jolly pour la dernière fois. Nous étions dans la maison d’école de Brouillet quand les avions boches viennent nous bombarder, mais il y eut plus de peur que de mal.

Lundi 10 juin
Nous ravitaillons nos pauvres copains comme l’on peut. Les aviations boche et italienne nous démoralisent, et l’on ne voit pas un seul avion français ou anglais. On commence à comprendre que nous sommes fichus !
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:14

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:20

Mardi 11 juin
Nous partons de Brouillet et nous sommes bombardés à chaque instant par l’aviation italienne.
Nous passons à Ville-en-Tardenois : il n’y a plus une maison debout. Nous cherchons nos pauvres camarades pour les ravitailler.

Mercredi 12 juin
Nous partons de Ville-en-Tardenois pour passer la Marne. Je demande aux quelques hommes du régiment que nous trouvons, des nouvelles de Roble, Jolly et les autres. La grande déroute va commencer !

Jeudi 13 juin
Nous traversons la Marne à Châtillon-sur-Marne, et nous devons nous rendre dans la forêt d’Enghien.
Nous partons avec le ravitaillement perçu à Étoges, où l’arbre de pont de mon camion se sépare du pont arrière par suite de la rupture des boulons qui assemblaient ces deux pièces. Je répare cette avarie et nous repartons par cette fameuse forêt d’Enghien. Ritoux est avec moi ainsi que Boussard.
Nous nous engageons à Saint-Martin-d’Ablois, et nous sommes copieusement bombardés. Personne ne peut nous renseigner et nous regagnons Damery où nous retrouvons Bouboule.

Vendredi 14 juin
Nous passons la nuit dans un bois et nous repartons par Montmort, Mareuil-en-Brie, Igny—le-Jard (Comblizy) où nous ravitaillons la 10ème compagnie. Ensuite Chaltrait, puis Etoges mais un Etoges au ¾ démoli. Le garage où j’ai acheté les petits boulons est plus que rasé. Puis Congy et Euvy.
Le défilé des réfugiés est navrant, et les italiens bombardent et mitraillent tous ces pauvres gens sans défense, et toujours pas un seul avion français ou anglais pour donner la chasse à ces bandits. Les italiens nous poignardent dans le dos : ces lâches ont attendu notre déroute pour nous déclarer la guerre. Jamais plus je ne pourrai voir un de ces salauds sans penser à tout ce que j’ai vu ce jour du 14 juin et les jours qui vont suivre
Vers le soir du 14, nous sommes attaqués par l’aviation et nous sommes complètement à découvert dans un petit bois de sapins rabougris. Des tranchées ont été commencées et nous nous y réfugions. Nous sommes à plat ventre dans cette tranchée, moi, je suis à terre. Les avions mitraillent serré, et je vois tout autour de moi les balles soulever des mottes de terre en ricochant. A ce moment, j’au eu vraiment peur !
Plus loin, sur la route, un camion du PAD, chargé d’obus de 75, a été touché par des balles incendiaires, et les obus explosent les uns après les autres : cela dure deux heures ! Delahaye se trouve en avant de ce camion et il nous faut l’attendre pour repartir.
Nous repartons, et au bout de quelques kilomètres, encore une alerte. Au cours de celle-ci, Boussard, aperçoit un pauvre petit furet qui se demande, lui aussi, ce qui arrive. Il parvient à l’attraper. Nous le mettons dans une caissette à munition, et sur l’aile de l’Unic il nous servira désormais de mascotte.

Samedi 15 juin
Nous passons la nuit à Gourgançon. Ensuite Semoine, Allibaudière. Nous contournons Arcis-sur-Aube et passons dans Chaource en flammes.
Au petit jour, nous faisons halte dans un petit hameau. Les gens se préparent à s’en aller. Nous cherchons des œufs. J’essaye de me raser, mais impossible car il faut repartir. Le lieutenant Gaudry nous dit : »Direction Auxerre. Cuny vous y attendra sur le pont Paul Bert ».
Nous passons Tonnerre, et jusqu’à Chablis la route est presque libre.
Nous arrivons à Auxerre et nous retrouvons Chaillet avec le gros Chevrolet, mais pas de Cuny sur le pont.
L’aviation ennemie mitraille la place de la gare Saint-Gervais. Après cette alerte, nous passons l’Yonne et un lieutenant du 55ème RA nous donne Toucy comme point de direction..
Boussard me taquine pour passer par Varzy, mais je n’avais pas encore bien conscience de la déroute, et j’espérais encore que nous reformerions la division à Cosne.
Nous partons donc pour Toucy. L’asile d’aliénés avait ouvert ses portes aux pensionnaires ; les cafés liquidaient leurs stocks aux militaires. On murmurait que les boches étaient à Saint- Florentin.
Nous passons Toucy de justesse, l’aviation bombardant un moment après. De passage à Saint Amand-en-Puissaye, nous espérons retrouver le lieutenant Gaudry qui était instituteur dans ce pays, mais pesrsonne !
J’essaye de gagner Cosne par Alligny, de façon à ne pas suivre la grande route, mais impossible car il y a des gardes mobiles à tous les embranchements : tout est bien étudié pour semer l’embouteillage et le désordre !
Nous arrivons donc à Myennes. Là, harassé de fatigue, nous garons le camion et Boussard me traîne dans un grenier où je tombe de sommeil.

Dimanche 16 juin
Le lendemain matin, Verbois nous cherche pour le départ. Nous arrivons à Cosne ; la cour de la caserne est complètement déserte. Un pauvre planton nous dit que le CMI 53 est parti pour le midi de la France.
Il nous faut passer la Loire ; il n’est plus question de reformer la fameuse armée de la Loire !
Nous passons par Saint-Thibault et Saint-Satur, où nous prenons de l’essence. Ensuite, Moreux nous emmène chez ses parents à Sancerre. Cela a l’air plus calme et j’ai passé une bonne nuit. Nous sommes tous hirsutes : voilà 15 jours que nous ne nous sommes pas rasés.
Nous prenons un bon repas chez les Moreux. C’est dimanche : nous entrons dans l’église et Ritoux et moi faisons brûler un cierge. Il était 2 heures de l’après-midi, et j’étais loin de me douter qu’à la même heure, les boches faisaient leur entrée dans Varzy.
En sortant de l’église, nous entrons dans un café, mais alerte, les avions viennent bombarder le dépôt d’essence de Saint-Satur : la population de Sancerre est en émoi.
Nous repartons et passons par Saint-Céol. La nuit nous prend aux Aix-d’Angillon où nous retrouvons quelques hommes du dépannage. Nous décidons de passer la nuit à cet endroit.

Lundi 17 juin
Au matin, nous repartons, et j’abandonne le petit matelas que j’avais pris à Oermingen. Le camion se trouve embourbé, mais cela n’est rien. Nous repartons pour Ménetou-Salon. Tout le monde n’est pas là. Quelques-uns des camarades avaient poussé jusqu’à Saint-Palais, le pays de Léger, mais je n’avais pas le courage d’y aller aussi. Il faut les attendre.
Nous passons à Bourges qui vient de se déclarer « ville ouverte ». Saint-Florent, Saint- Caprais, Lunery, où il nous faut faire demi-tour pour arriver à Mareuil-sur-Arnon. Bourguignon nous emmène chez ses beaux-parents et il retrouve sa femme. Nous retrouvons Roby en panne.
Nous passons la nuit dans le grenier des beaux-parents de Bourguignon, et nous allons à la pêche.

Mardi 18 juin
Le lendemain matin, tout d’un coup, sa femme nous dit: « Le Maréchal Pétain a demandé l’armistice ». Dans la soirée, Boussard prend un fusil ainsi que Roby, et nous allons dans les champs. Mais il n’y a pas d’armistice !
Verbois nous recherche, et il faut repartir. Par Pruniers, Ambrault, Saint-Août, Maron, Nohant, Neuvy et Saint-Plantaire, nous arrivons à Crozant-sur-Creuse. Les gens nous regardent de travers et nous couchons dans une salle de café-bal.

Mercredi 19 juin
Nous coupons des branchages pour camoufler les voitures et nous passerons la journée là. Vers le soir, nouveau départ par la Chapelle-Balloué, Bazellois, Farge-Vieille, La Souterraine, Saint-Pierre-de-Fursac, Saint-Etienne-de-Fursac, Laurières, La Jonchère, Ambazac, Nouaillas, Saint-Priest-Taurion. Nous ne pouvons aller plus loin, car un ressort de soupape est cassé, et je perds la force d’un cylindre.
Il me faut trouver un mécanicien pour changer le ressort à Saint-Just-le-Martel. Nous commençons par casser la croûte, les autres étant partis devant. Ensuite, nous allons nous reposer dans une ferme.

Jeudi 20 juin
Le lendemain, remplacement du ressort de soupape et départ pour retrouver les camarades. Il ne reste avec moi que Boussard, Raguet, Moreux et quelques autres. Nous devrions retrouver les autres à Puy-la-Brunne. Nous passons à Aureil, Eyjeaux, La Croix verte, Saint-Hillaire-de-Bonneval et Pierre-Buffière. Là, nous demandons notre chemin, mais personne ne connaît Puy-la-Brunne qui n’est marqué sur aucune carte.
Nous allons jusqu’à Magnac-Bourg : toujours pas de Puy-la-Brunne. Nous faisons demi-tour pour retrouver les camarades à ????. Là, Verbois envoie Boussard, Roby et Bourguignon, et me garde avec Raguet.
Nous sommes dans un petit bois, camouflés avec d’autres voitures de la division : 113ème, 85ème, 55ème RA, etc…

Vendredi 21 juin
Les téléphonistes installent un poste de TSF, et nous écoutons les communiqués. D’après ces derniers, l’ennemi est contenu sur la Loire. La Charité-sur-Loire est le théâtre d’opérations militaires, et cela me rend très inquiet pour les miens.
Nous restons dans le petit bois 2 ou 3 jours, et la TSF nous apprend que les hostilités ont cessé avec les allemands, et cesseront avec les italiens quelques heures plus tard.

Mardi 25 juin
Nous restons encore quelque temps dans le petit bois. Le 25, je fais une lettre que je donne au vaguemestre. Partira-t’elle : oui, mais arrivera-t’elle et quand ?

Mercredi 26 juin
Nous quittons le petit bois pour aller dans un petit village avec le 113ème et le 85ème et nous y passons deux nuits.

Vendredi 28 juin
Nous partons avec tous les rescapés du 31ème RI pour un petit village appelé Dury. Les quelques voitures sont rangées dans un champ appelé pompeusement Parc.

Samedi 29 et dimanche 30 juin
Nous cantonnons dans une grange et mon pauvre Unic est dans la cour. Je ne veux pas m’en séparer.
Quelques hommes du 31ème RI viennent nous retrouver, entre autres l’adjudant Coët. L’effectif grandit de jour en jour. Je vais à La Chapelle où se trouvent ceux qui nous ont quitté dans le petit bois.
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:21

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:30

Lundi 1 juillet 1940
Messe en plein air où l’aumônier divisionnaire nous dit de prier et d’avoir confiance en notre nouveau chef le Maréchal Pétain.

Mercredi 3 juillet
Nous quittons Dury pour Leyssenne, près de Magnac-Bourg. Je suis sans nouvelles de Varzy, et pourtant, j’envoie encore une lettre.
Je mets une perche sur la cabine du camion, une fourche à l’arrière, et je tends une toile de tente sur cette perche. Cela fera notre dortoir pour moi et Adémaï qui ne nous a jamais quitté.

Vendredi 5 juillet
Je trouve dans le courrier que je dépouille avec le vaguemestre, une lettre que Roble adressait au sergent Rochelemagne. Comme il n’est pas présent, je me permets de décacheter cette lettre, et j’ai ainsi l’adresse et des nouvelles de Roble qui est blessé au Puy.

Samedi 6 juillet
Nous attendons les voitures du régiment qui étaient allées plus loin que nous, et que nous voyons arriver. Léger, Ritoux,Chaillet, Cuny, Parcellier sont là, avec d’autres du 31ème RI. Nous sommes 120 en tout : les autres sont soit morts ou prisonniers. Nous restons à Leyssenne jusqu’au 10 juillet.

Mercredi 10 juillet
J’adresse encore une lettre à ma femme : la recevra-t’elle ? La France est divisée en deux zones et les lettres ne passent pas.
Nous partons de Leyssenne pour Saint-Germain-les-Belles. Toutes nos voitures sont rangées sur la place, et je remonte ma tente pour coucher dans mon pauvre Unic.
Je suis volontaire pour conduire messieurs les officiers : Verbois me pistonne.

Samedi 13 juillet
Le bruit court que le courrier peut passer pour la Nièvre, alors je refais une autre lettre.
Avec Roby, nous demandons à racheter nos voitures.

Dimanche 14 juillet
Le commandant Mathey, le seul officier supérieur rescapé du 31ème RI, nous rassemble auprès du monument aux morts de Saint-Germain-les-Belles, et nous adresse un émouvant appel en faveur des disparus de notre pauvre régiment. Il est très ému. La section de ravitaillement est citée en entier à l’ordre du régiment.
Après la messe, cette journée nous a un peu émotionné. Toujours pas de nouvelles de Varzy.
Nous tuons le temps comme nous pouvons : nous allons au bois pour la cuisine.

Mardi 16 juillet
J’écris encore une fois. Il parait que le courrier passe. Je donne un mot à un lieutenant du 113ème qui s’en va, démobilisé.

Mercredi 17 juillet
Le lieutenant Dupuis vient me demander si je voulais aller à Cahors chercher 4 sacs de courrier avec un lieutenant.
Nous partons pour 400 kilomètres jusqu’à Constant et Valroufié, où se trouve le dépôt du CMI 53 de Cosne. Je revois Charles Poirier et deux hommes d’Entrains-sur-Nohain.

Jeudi 18 juillet
De retour à Saint-Germain-la-Belle, nous trions ces lettres, mais aucune de Varzy. Si, mais elles sont datées du 9 et 10 juin.

Vendredi 19 juillet
Je donne une nouvelle lettre à un démobilisé : arrivera-t’elle ?

Dimanche 21 juillet
Je conduis le commandant Mathey à Saint-Yrieix-la-Perche.

Lundi 22 juillet
Je reçois une lettre du 13 juin.

Mardi 23 juillet
Enfin ! Des nouvelles ! Fini le cauchemar, je me sens revivre.

Mercredi 24 juillet
Je conduis encore le commandant Mathey à Saint-Yrieix.

Jeudi 25 juillet
Je retourne à Saint-Yrieix encore une fois. J’y suis toute la journée, et j’en profite pour prendre une bonne douche. Je reprends goût à la vie, maintenant que je sais où sont tous les miens.
Il n’y a rien de nouveau au sujet de mon pauvre camion. Vais-je être obligé de le laisser dans un parc à voitures ? Cela me ferais de la peine !

Vendredi 26 juillet
Encore un voyage à Saint-Yrieix. Je conduis le lieutenant Groening d’approvisionnement du 113ème qui va rendre sa comptabilité. Il achète quelques madeleines de Saint-Yrieix et m’en laisse une petite boîte : c’est un chic type.

Samedi 27 juillet
Je conduis quelques officiers à Limoges avec une Celta 4. Je cherche à voir Valentin Thibault, mais je n’ai guère le temps, car ces messieurs ne m’ont pas dit pour combien de temps ils en avaient.

Dimanche 28 juillet
J’assiste à la première messe en l’église de Saint-Germain-les-Belles. Je m’en trouve bien, car je suis requis pour conduire quelques soldats à Chateauneuf-la-Forêt. Ils avaient voulu passer avec eux des effets militaires, étant démobilisés. Je les emmenais en prison.

Lundi 29 juillet
La correspondance entre les deux zones est à nouveau suspendue. On nous fait remplir nos fiches de démobilisation.

Mardi 30 juillet
Nous mettons nos empreintes digitales sur nos fiches de démobilisation. On aménage un grand champ pour faire un parc à voitures. Vais-je être obligé d’y conduire mon cher Unic? Le lieutenant Dupuis me dit qu’il a fait le nécessaire pour que je puisse le racheter.

Mercredi 31 juillet
On m’appelle au bureau du régiment. Je suis désigné pour conduire un petit détachement composé en majeure partie de gars de la Nièvre, dans un centre de démobilisation situé Vicq-sur-Breuilh, à 11 kilomètres de Saint-Germain-les-Belles.
Je retiens le plus possible mon pauvre camion sur la place de Saint-Germain. Je tente une démarche auprès du bureau de la place. Je suis appuyé par le lieutenant Dupuis, et je demande la permission d’emmener avec mon camion le petit détachement qui m’est confié. J’ai un petit moment d’angoisse en attendant la décision.
On m’accorde cette faveur. J’emmène avec moi Ruby, Augendre et quelques autres qui sont presque tous de la Nièvre. On me donne 10 litres d’essence. Nous attendons Ruby qui est en corvée avec sa voiture.
Enfin, nous quittons Saint-Germain-les-Belles et j’ai sur moi les fiches de démobilisation de tous les hommes.
Nous arrivons à Vicq-sur-Breuilh assez tard le soir. Le bureau de la place s’étonne de notre arrivée, et ne veut pas nous recevoir. Le colonel, à qui j’explique notre affaire, nous fait diriger sur une petite ferme « Lescure-Larue », où nous nous installons pour dormir. Mon pauvre camion est rangé dans la cour de la ferme et nous couchons dans le foin. Nous sommes chez monsieur et madame Douzault, de braves gens qui ont une jeune fille d’une vingtaine d’années et un petit garçon de 10 ans plus jeune. Deux neveux qui ont quitté Orléans, sont réfugiés chez lui.
Nous passons donc notre première nuit à Vicq-sur-Breuilh.

Jeudi 1 août 1940
Nous allons à Vicq pour voir si l’on nous donnerait le jus. Les gars s’impatientent, et un jeune sous-off au bureau de la place, n’a pas l’air de vouloir nous prendre en subsistance. Il me rend les feuilles de démobilisation que je lui ai confié la veille, et moi-même, je les remets aux intéressés.
Le soir, Roby, Augendre, Villain et quelques autres prennent la route et s’en vont par leurs propres moyens.

Vendredi 2 août
Je suis appelé au bureau. Le jeune sous-off me demande les feuilles de démobilisation, et je suis obligé de lui avouer que la moitié des hommes sont partis et il me porte un motif pour ce fait.
Il arrive du renfort à Vicq. J’aperçois Hulot de Beuvron qui arrive avec quelques autres. Ils logent comme nous à « Lescure-Larue ». Nous avons inspiré confiance aux habitants de la ferme qui se familiarisent avec nous.
Les jours passent, et je ne puis fixer jour par jour ce qui va se passer, car nous sommes tous dans l’attente de notre démobilisation définitive.
Une note passe au bureau de Vicq, comme quoi une vente de véhicules sera effectuée au parc de Saint-Germain, et que je veuille bien m’y rendre avec mon pauvre camion.
J’arrive à l’heure fixée, et les officiers qui doivent procéder à la vente, commencent par les véhicules qui avaient été mis à la disposition de particuliers et qui intéressaient ces derniers. Mon cœur bat très fort !
Le lieutenant Dupuis amène ces officiers vers mon Unic, me désignant comme acheteur. Ils consultent « l’Argus » et me font mon camion à 5.000 francs. Le receveur d’enregistrement est présent pour prendre note de la vente. Le lieutenant Dupuis parvient à faire dévaluer mon Unic de 50%, et avec les frais cela me ferait 3.000 francs, mais il faut payer comptant. Comment faire ?
J’ai encore 250 francs sur moi. J’accepte malgré cela, et je signe l’acte de cession par l’armée française, d’une camionnette provenant du 31ème RI. Après avoir prouvé qu’elle m’appartenait avant la guerre, on me permet de l’emmener. Mais comment payer ?
Verbois, a alors un geste que je n’oublierai jamais. Il me propose de me prêter les 3.000 francs et que je les lui rendrai en renvoyant à sa femme à Saint-Fraîgne, en Charente, la somme prêtée. Mais, je ne paye pas ce jour-là.
Je rentre à Vicq, où les copains sont heureux de me voir rentrer, et l’on projette déjà de s’en aller avec ce camion qui est maintenant ma propriété.
Je dois me rendre quelques jours après auprès du receveur d’enregistrement pour ratifier la vente et payer. Je me rends à pied de Vicq à Saint-Germain, et le receveur me refroidi en arrivant, me disant que la vente est annulée, du fait que le prix qui m’était accordé ne comprenait que le châssis nu, et que pour ratifier la vente, il fallait une estimation de la carrosserie, laquelle s’élevait à 1.600 francs. Dévaluée comme pour la première fois de 50%, il me restait encore 800 francs.
Je fais la grimace, et le receveur me dit que nous arrangeons cela de sorte que le véhicule estimé est passé pour un 1200 kilos à l’Argus, ce qui ne change en rien le premier prix, et il me fait la vente.
Je paye donc, et il faut maintenant que l’acte soit enregistré à Limoges. Je porte une liste de 22 noms au bureau de Saint-Germain, comme quoi 22 hommes peuvent rentrer dans la Nièvre avec moi et mon camion.
Les jours passent. J’avais pourtant espoir de me trouver à Varzy pour le 15 août, mais rien n’intervient à notre sujet.
Nous passons le temps comme nous pouvons. Nous aidons nos logeurs à faire leurs moissons et nous pêchons des écrevisses.
Je n’avais pas encore le reçu de mon camion, et je retourne à Saint-Germain avec le vélo du neveu de monsieur Douzault. Le receveur d’enregistrement me fait une feuille pour pouvoir retirer du bureau de Limoges, tous les papiers relatifs à l’acquisition de mon camion.
Nous y allons le lendemain avec une 301 Peugeot du marchand de vins de Vicq, mais nous brûlons de l’essence inutilement, car les papiers ont été expédiés à Saint-Germain. Je retourne donc pour les chercher, mais notre départ ne s’annonce toujours pas, malgré le fait que je suis en possession de tous les papiers comme quoi l’Unic m’appartient.

Mardi 20 août
Les jours passent, et toujours rien au sujet de notre démobilisation.

Jeudi 22 août
Le soir, on nous apporte une feuille du bureau de Vicq, comme quoi nous devions passer la ligne de démarcation à Digoin le lendemain à 14 heures, mais on ne nous donne pas d’essence pour faire la route. Il est marqué sur la feuille : « se procurera de l’essence en cours de route ».
Nous partons après avoir vidé le réservoir de la voiture du marchand de vins. Nous arrivons à Limoges, mais déjà tous les bureaux sont fermés. Au commissariat, on nous donne un bon tuyau : il faut que l’on s’adresse au bureau sud-est pour avoir un bon d’essence remboursable.
Les nuits commencent à être fraîches et nous passons cette nuit à proximité de ce bureau.

Vendredi 23 août
Enfin, à 9 heures, après bien des tribulations, un commandant nous signe un bon de 90 litres d’essence. Nous avons près de 500 kilomètres à faire pour rentrer dans la Nièvre par Digoin.
Nous retournons percevoir notre essence. Le réservoir est rempli, ainsi qu’un bidon de 50 litres qui ne m’a jamais quitté, et nous voila partis. C’est Reynaud qui paye l’essence.
Nous arrivons le soir à Digoin ; mais impossible, on ne veut pas nous laisser passer.
Nous passons la nuit dans une ferme, où l’on nous donne le conseil de passer plus loin, ce qui nous fait un détour de 30 kilomètres. Et l’essence diminue !

Samedi 24 août
Nous arrivons au petit jour à la ligne de démarcation. Reynaud se munit de nos feuilles de démobilisation et va au bureau pour les faire viser. Cela demande bien trois heures ! Enfin nous pouvons passer et nous voici en zone occupée. Quel effet cela nous fait de voir les grandes oriflammes rouges à croix gammée !
Nous quittons la Saône-et-Loire pour rentrer dans la Nièvre. Il fait bon malgré les croix gammées de revoir notre département, et l’Unic, à ce moment, transportait 22 hommes, heureux de rentrer chez eux.
A Charrin, on s’arrête et l’un de nous retrouve sa grand-mère. L’institutrice veut nous soutirer son réservoir, mais il est déjà à sec. La Kommandantur nous refuse ce précieux carburant, et l’on pousse jusqu’à Cercy-la-Tour. Là, quelques-uns nous quittent pour prendre le train ; Reynaud en est un.
Un des copains connaît Ligonie, le garagiste de l’endroit. Nous y allons, mais il n’a pas d’essence. Quand il voit l’Unic, il me dit « J’ai ce qu’il te faut », et il nous cède 30 litres d’alcool, ce qui va nous permettre de rentrer.
A Chatillon-en-Bazois, je dépose un camarade, Laumain. L’Unic se décharge peu à peu. Saint-Saulge, Saint Révérien. Je laisse Meunier qui s’en va comme il peut à Primery. Brinon : que fait-on ? Je jauge le réservoir : encore 12 litres d’alcool ! Nous décidons de passer par Beuvron pour déposer Hulot. Je passe ensuite à Cuncy. Je n’avais pas grand-chose dans le ventre, aussi je mange un bon morceau de fromage blanc.
J’arrive à Varzy. Mon camion se reconnaît lui aussi, sur ces routes qu’il a avait si souvent parcourues, et il marche à merveille. Je rentre ainsi avec mon vieux camarade de guerre qui n’a jamais voulu m’abandonner. Je lui dois la vie ou tout au moins ma liberté !
Presque tous mes camarades de la CHR sont prisonniers et beaucoup sont morts. C’est donc grâce à ce pauvre camion que j’ai la grande joie de revoir les miens le samedi 24 août 1940, à 6 heures du soir.
Mais il y a encore quelques copains qui ne sont pas arrivés chez eux: un de Corval-l’Orgueilleux, un de Perroy et deux de Douzy. Il y a encore un peu d’alcool dans le réservoir, mais je prends quand même un bidon de 5 litres pour le cas où.
Je reconduis les gars de Douzy et je rentre à Varzy où mon Unic retrouve son garage et moi mon lit, car j’ai bien besoin de repos

Fin août
Quelques jours après, sur la fin d’août, je me présente à la préfecture de la Nièvre avec les papiers remis à Saint-Germain-les-Belles, et l’on me restitue la carte grise où sont encore griffonnés les chiffres où j’avais calculé, un jour déjà lointain, la surface de ce pauvre camion.
Le lendemain, le E 202 858 reprend son ancien matricule 2818 F7, et l’on apercevra encore longtemps sous les couches de peinture de camouflage, les numéros marqués à la céruse sur les portières le 2 septembre 1939 au FCC à Cosne, et le cygne majestueux trouvé dans les pochoirs à Keskastel.
La pénurie d’essence nous oblige à nous servir de moins en moins de ce camion, et nous décidons de faire une révision complète par Courtinot, et de refaire le plateau en l’élargissant, par Joudot.

Début septembre 1940
C’est ainsi qu’arriva un beau jour à la mairie de Varzy, par ordre de l’autorité allemande, le commandement de conduire ce camion à Château-Chinon avec son chauffeur, muni de vivres et linge pour deux mois.
Complètement démonté, il a bien fallu que l’autorité allemande se rende à l’évidence : c’était impossible. Là encore, mon camion m’évita de repartir.
De ce fait, nous retarderons le remontage du tout, jusqu’au jour où, tout étant plus calme, nous déciderons de remonter le plateau pour aller chercher de l’eau de Saint-Parize.
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:32

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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:35

Annexe 1 : prière trouvée dans le carnet d'Albert Sellier, qui n'est peut-être pas de sa main.



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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 22:41

Annexe 2 : Positions occupées par le 31ème RI de septembre 1939 à juillet 1940

15 septembre 1939 1er bataillon à Loudrefing
2ème bataillon à Mittershein
3ème bataillon à Rorback
1 octobre les 3 bataillons dans la région de Sarreguemines
27 octobre les 3 bataillons répartis à Achen, Sarreinsming, Woelfling, Oermingen
1 novembre le 2ème bataillon quitte Keskastel pour Sarreinsming
27 novembre les 3 bataillons répartis entre Herbitzen et Keskastel
29 novembre 1er bataillon à Serre
2ème bataillon à Athienville
3ème bataillon à Bathelémon
13 décembre le 3ème bataillon à Arracourt
23 décembre les 3 bataillons de retour vers Sarreguemines
26 janvier 1940 les 3 bataillons à Oermingen
27 janvier les 3 bataillons à Achen, Wiesviller, Woelfling
1 mars le 2ème bataillon à Kalhausen
18 mars Déplacement vers Vergaville
24 mars les 3 bataillons à Vergaville, Blanche-Eglise, Lezey
31 mars les 3 bataillons à Dourd’hall, Longeville-les-St-Avold, St-Avold
13 mai les 3 bataillons à Bacourt, Oron, Prévaucourt, Hamoncourt, Frémery
25 mai les 3 bataillons à Sermier, Nogent, Villers-aux-Nœuds
5 juin les 3 bataillons à Hermonville et Cormicy
8 juin la section de ravitaillement à Brouillet
14 juin la 10ème compagnie ravitaillée à Igny-le-Jard (Igny-Comblizy)
15 juin déplacements dans la région de Montmort et Etoges
10 juillet les 120 rescapés se regroupent à Saint-Germain-les-Belles

Annexe 3: Les caporaux d'ordinaire du 31ème Régiment d'Infanterie
CDT ?
CHR Caporal Boucheron
CRE Caporal Mazabro
Ier Bataillon
1ère compagnie Caporal Hostier
2ème compagnie Caporal Blanchet
3ème compagnie Caporal Christmann
CA 1 Caporal Chamaillard
IIème Bataillon
5ème compagnie Caporal Picolet
6ème compagnie Caporal Ollitrault
7ème compagnie Caporal Lemaire
CA2 Caporal Borderieux
IIIème Bataillon
9ème compagnie Caporal Borda
10ème compagnie Caporal Gionnet
11ème compagnie Caporal Jublot
CA3 Caporal Pradeau


Dernière édition par dhouliez le Lun 3 Juin 2013 - 19:56, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Sam 1 Juin 2013 - 23:08

Post-scriptum du transcripteur
Bernard Le Mens

Historique succinct du 31ème Régiment d’infanterie


Créé en 1610, comme régiment de Castelbayard, il porte ensuite le nom de ses 9 colonels successifs. Il prend le nom de régiment de l’Aunis en 1763.

A la révolution, il devient le 31ème régiment d’infanterie de ligne-ci-devant Aunis en 1794, puis 31ème RI de ligne en 1803, et enfin 31ème RI de nos jours.

Peu de choses sur ses états de service, sauf une présence en Algérie entre 1840 et 1848 et des actions d’éclat pendant la première guerre mondiale qui lui vaudront 2 citations à l’ordre de l’armée ainsi que le droit au port de la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 1914-1918, pour les militaires appartenant à ce régiment.

Il est reformé le 9 septembre 1939 sous les ordres du colonel Devevey, le 31ème RI faisant partie de la 45ème division d’infanterie.


Notes (Didier Houliez) :

Le 31ème Régiment d'Infanterie, RI type Nord-Est de série A (réserve) est mobilisé à Cosne par le CMI 53 officiellement à partir du 9 septembre 1939.
Il appartient à la 45e DI, avec les 85ème et 115ème RI.

Il est dissous le 5 août 1940.

Dans ce récit, on notera une petite erreur : l'attaque allemande en Norvège et au Danemark est mentionnée le 8 avril au lieu du 9. Par ailleurs, on retrouve à partir du 10 juin l'évocation d'attaques par des avions italiens, preuve de la diffusion assez généralisée de cette rumeur.

Merci encore à M Le Mens et à la fille du narrateur Albert Sellier, Mme Jeannette Decreus



Dernière édition par dhouliez le Lun 3 Juin 2013 - 19:58, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Dim 2 Juin 2013 - 8:53

Bonjour à tous,

Très intéressant récit !

Merci à tous ceux qui ont oeuvré pour que cette mise en ligne sur le forum d'ATF soit possible.

Cordialement,

Thierry Moné
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didier b
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Dim 2 Juin 2013 - 12:36

Bonjour,

merci pour cet émouvant et intéressant livret dans lequel je retrouve des lieux ou mon père du 1er RZ, 82e DIA a séjourné et combattu en mai/juin 1940 ( Sarreguemines et la région de Reims, Les Mesneux ou il fût fait
prisonnier) à peu près aux mêmes dates que ce récit.

Cordialement.

Didier
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Lun 3 Juin 2013 - 20:00

Bonsoir,

Petite mise à jour : j'avais oublié d'insérer des photos, une annexe, et j'ai obtenu l'autorisation de remercier nommément la propriétaire de ces documents, Mme Decreus.

Bonne lecture,

Didier Houliez
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marcos
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MessageSujet: Re: Les carnets d'Albert Sellier : Une année de guerre avec mon Unic - 31ème RI   Lun 3 Juin 2013 - 23:22


Bonsoir,

Une intéressante témoignage qui période.

Cordialement.

Marcos.
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