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 Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France

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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Dim 16 Mar 2008 - 19:13

Attention, le textes qui suivent "Mémoires du général Petsch, Maréchal de France" n'ont rien à voir avec la "Victoire en rêvant" ce sont simplement un "intermède" en attendant la suite.

Amusons nous sur le thème…..
Voici une dizaine d’années, j’avais commencé un roman fiction portant sur les mémoires du général Petsch, maréchal de France, qui avait remplacé le général Gamelin (malade) en 1937.
Cet officier supérieur qui porte (quel hasard !) le nom de jeune fille de ma grand-mère maternelle (1), était membre du Conseil Supérieur de la Guerre (ne cherchez pas, c’est une fiction totale !). Vosgien, né à Saint Dié en 1876 (et donc frère de ma grand-mère) issu d’une famille alsacienne repliée en 1872 derrière la ligne bleue des Vosges pour rester française, le futur général Petsch était artilleur, marié en 1901 à une américaine, fille d’un magnat du pétrole au Texas, qu’il rencontra d’une manière romantique à Montmartre en 1900 alors qu’il était lui-même attaché militaire adjoint à Washington (DC). Parlant « naturellement » allemand, son mariage lui permit de perfectionner son anglais…. Artilleur, il était en 1914, commandant d’un groupe (12 pièces) de 75 mm rattaché au Corps de Cavalerie Sordet. Passionné d’aviation, pilote privé, il avait travaillé avec le commandant Estienne futur père des chars, lorsque celui-ci dirigeait, en 1910, le service d’aviation militaire de la Direction de l’Artillerie à Vincennes. Passionné d’automobile, il était très lié avec le capitaine Genty dit « De la Tourloubre » dans les courses automobiles et « grand maître » des premières automitrailleuses en France au sein du Détachement d’automobilistes militaires de Vincennes. Cavalier dans l’âme, il considérait toutefois que « les chevaux vapeurs, doivent remplacer les chevaux crottin au plus vite sur le champ de bataille ». Recruté dans l’aviation militaire comme pilote de bombardier dès le début 1915, il rejoignit l’Artillerie Spéciale du colonel Estienne au début 1917. Blessé lors de l’attaque de Berry au Bac en avril 1917, il fut promu au grade de colonel, commandant l’artillerie d’une division d’infanterie marocaine. Nommé général en mars 1918, son action pendant la seconde bataille de la Marne lui valu de nombreux éloges. Il sera nommé général de Corps d’Armée en 1921 alors qu’il commandait une division de l’Armée du Rhin. Son entrée au Conseil Supérieur de la Guerre s’effectua en 1931 sur recommandation du général Pétain qui voyait en lui une façon « habile » pour faire barrage « à l’appétit d’ogre de De Gaulle ». Dès l’année suivante, le général Petsch déclara lors d’un débat fort animé sur les règlements d’emploi futurs de l’armée française : « Nos règlements actuels, hérités de l’expérience de nos grands chefs, doivent rester la clef de voûte de notre institution. Le progrès technique ne doit pas les remettre en cause mais au contraire leur permettre d’évoluer tout en gardant l’essentiel, c'est-à-dire LA méthode qui nous a donné la Victoire en 1918. » Général d’Armée en 1935, il devait être nommé chef d’état-major de l’Armée en 1937 en remplacement du général Gamelin malade. Il fut, en 1940, le vainqueur de la Meuse. Remplacé par le général De Gaulle en juillet 1940, il prit sa retraite et partit aux Etats-Unis pour défendre la cause des Alliés « Dans les traces de Foch ». Ambassadeur de France à Washington jusqu’au décès de son épouse en juin 1944, il rentra en France début 1945 pour décéder le 10 juin 1946, à l’âge de 70 ans, dans sa maison de Charmes près de Nancy entouré de l’affection des siens dont sa jeune nièce. Les mémoires que le général était en train de rédiger furent ainsi interrompues et pour une partie importante, perdues dans l’incendie qui ravagea son domicile peu de temps après son décès. Aussi, nous ne pouvons que diffuser les parties préservées avec :
- Souvenirs de Belgique en 1914, du cheval au moteur
- Hypothèse Hannibal (1940, les Ardennes axe d’effort principal ?)
- La bataille de la Meuse
- Vingt deux jours d’attente
- La grande bataille du Nord
Attention, tout ceci n’est qu’une fiction destinée à distraire tous ceux qui surfent sur ATF40 et en aucun cas une réalité historique.
Note : Mis à part le général Petsch, tous les autres noms cités dans ce roman (Uchronique) sont vrais.
(1) Petit clin d’œil amical à ceux qui portent aujourd’hui les noms de Petsch, Winckler et Laurent.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Dim 16 Mar 2008 - 19:32

Avec le Corps de Cavalerie Sordet
Sans avoir perdu un canon et seulement dix blessés, j’arrive dans la région de Mons en cette magnifique matinée. En accord avec le commandement, nous faisons halte à l’entrée d’un petit village où se trouve le dépôt d’un concessionnaire automobile avec des hangars qui vont nous permettre de nous dissimuler aux yeux des aviateurs ennemis. Nos chevaux sont à bout et comme nous en avons perdu beaucoup, je crains que nous puissions continuer longtemps à ce rythme. Faute de nos braves compagnons, nous risquons de devoir enclouer plusieurs pièces et de saborder des caissons. Ainsi, alors que l’ennemi que nous avons durement mené ne nous a causé aucune avarie de matériel, c’est le manque de chevaux va nous obliger à abandonner nos canons ! Cette idée me révulse, il faut trouver une solution mais la quelle car les champs sont vides de chevaux ? Pendant que les hommes et surtout les chevaux prennent du repos, je vais inspecter les hangars et j’y découvre une cinquantaine de voitures automobiles. Parmi elles, je compte pas moins de 15 tracteurs à plateau de marque américaine, une vingtaine de camions et une quinzaine de voitures légères toutes de marque Mercédes. Sous un autre hangar, je découvre un stock d’essence de pétrole ainsi que des pièces détachées dont de nombreux bandages. C’est alors que je me souviens des manœuvres de 1912 pendant lesquelles j’avais vu passer un groupe de 120 mm de Bange dont les pièces étaient tractées par des tracteurs et les agrès portés sur camion. Je regarde à l’arrière des gros tracteurs mais aucun ne dispose d’une possibilité d’attelage. Pourtant, dans mon esprit s’impose l’idée de remplacer nos chevaux épuisés par ce don du ciel mais si mes hommes savent conduire un cheval, combien savent-ils conduire une automobile ? J’appelle immédiatement le capitaine Descouneaux et lui demande de poser la question aux batteries. Pendant que je parcours les hangars, j’aperçois une voie ferrée avec un quai en bout. Soudain, l’idée jaillie ! Et si, au lieu de tracter nos canons nous les installions directement sur les plateaux des tracteurs. Ils sont quinze, j’ai douze canons donc j’aurai une réserve de trois véhicules. Nous pourrions monter nos caissons sur les camions et nous servir des voitures légères comme transport de servants. Peu à peu, l’idée progresse dans mon esprit et, si un véhicule automobile venait à tomber en panne ? Après tout avec l’état de nos chevaux, nous allons perdre obligatoirement nos canons et nos caissons, alors ! J’en suis là dans mes réflexions lorsque Descourneaux revient pour me dire : « Mon commandant, nous avons 23 artilleurs qui ont la pratique de la conduite automobile dont sept des camions et 11 qui disent avoir de bonnes notions. Cela fait un total de 34 chauffeurs. Il y a des volontaires pour apprendre les rudiments ». A cette annonce, je m’entends réponde : « Avez-vous demandez aux officiers ? ». Descourneaux me lance alors : « Non mon commandant mais j’y retourne de ce pas ! » Sous un grand hangar vide, je fais réunir l’ensemble des hommes et je leur dis : « Nos chevaux sont épuisés et ne pourrons aller très loin. Je n’accepte pas de devoir abandonner tout le matériel de notre groupe faute de moyen de traction. Aussi, tous ceux qui ont une bonne connaissance de la conduite automobile vont immédiatement inculquer les rudiments de conduite à ceux qui se sont portés volontaires. Objectif de ce soir : le groupe repart entièrement remonté sur véhicules automobiles. Le capitaine Descourneaux est responsable de l’organisation et de la réalisation de cette instruction, au travail ! » Le capitaine qui était à coté de moi me dit à la fin de ma déclaration : « Mon commandant, nous avons 9 officiers qui savent conduire une automobile » Et moi de lui répondre : « Avec moi cela fait dix ! » Donc nous disposons de 33 chauffeurs confirmés et 11 à perfectionner soit un total de 44, il en manque donc 6 que nous prendrons parmi les plus débrouillards. Toutefois, si le problème du remplacement des chevaux semble résolu, reste celui des capacités à combattre de nos pièces. Nous n’aurons jamais un quai en bout pour monter et descendre en position de batterie nos 75. Et après tout, pourquoi ne pas essayer de tirer depuis le camion ? Pour cela il faudrait arrimer nos canons pour qu’ils puissent tirer en retraite. Je fais appeler le maréchal des logis Dubon et je lui dit : « Prenez vos hommes et fouiller tout ce dépôt, trouvez des câbles et des madriers. Dans la cours, Descourneaux qui s’est transformé en instructeur automobile fait tourner nos apprentis conducteurs. Au bout de 20 minutes, le MdL Dubon revient avec un grand sourire en me déclarant : « Mon commandant, nous avons trouver en quantité de grosses cordes tressées du type marine et des madriers. Immédiatement, je fais charger un 75 mm sur la plate forme à l’aide du quai en bout. Les hommes qui commencent à comprendre mes intentions rivalisent d’ardeur et bientôt notre 75 est fièrement campé sur son tracteur. Je dis au chef de pièce que j’envisage de faire tirer le canon depuis son tracteur afin de nous éviter l’impossible manœuvre de force pour la mise en batterie et le rechargement. Alors que je discute avec le chef de pièce, le pointeur, un vrai « titi » parisien, me dit : « Mon commandant, je crois qu’il existe un moyen pour bloquer le flèche, venez voir ! ». Je monte sur le tracteur et je vais à l’endroit qu’il me désigne. Il propose d’enlever une des traverses du plateau et d’appuyer la bêche sur directement sur un longeron à forte section. « Avec un arrimage à l’aide des cordes et des madrier pour ancrer les roues, je crois que cela est possible mon commandant, du moins si le châssis tient ! » Il a raison et pour le savoir il faut faire des essais. Heureusement, vers l’ouest s’étend une vaste plaine où nous pourrons faire des tirs. Immédiatement je dis au chef de pièce, le maréchal des logis Dumontois de parer la pièce et d’exécuter un tir d’une vingtaine de coups, si ça tient, ça tiendra toujours. Il est plus de midi et je me restaure rapidement en regardant les apprentis conducteurs qui prennent de l’assurance, tandis que le MdL Dumontois prépare sa pièce. Mais avant, j’ai demandé qu’un deuxième 75 soit monté sur un tracteur et arrimé pour faire des essais de tenue sur mauvais chemin et champs. A 13 heures, le MdL Dumontois m’annonce que la pièce est prête au tir et qu’il n’attend plus que mon ordre. Je bois vite mon café et j’arrive à coté de la pièce. Bientôt le premier coup part, la pièce bouge à peine ainsi que le tracteur. Tous mes artilleurs qui ne sont pas à « l’auto école » sont là en curieux. Deuxième coup, rien ne bouge. Alors, la pièce tire 3 obus consécutifs et, au troisième se déplace vers la gauche. Compris il faut l’arrimer latéralement. Aussitôt dit, aussitôt fait. Les tirs reprennent, la pièce ne bouge plus. C’est alors que la pièce envoie une rafale de 10 obus sans bouger, le tracteur s’écrase un peu sur le train arrière. « Collez des madriers à hauteur du pont arrière au moment du tir, ainsi nous éviterons l’écrasement ! » Ordonnais-je. Effectivement, avec les madriers, le tracteur ne s’écrase plus. Bon, vu !
A ce moment, le lieutenant Pierret revient avec la pièce chargée de vérifier la bonne tenue sur chemin et dans les champs et me dit : « Mon commandant, aucun problème sur terrain sec mais à l’automne il faudra reprendre les chevaux ! » Je suis bien d’accord avec lui. Immédiatement j’ordonne que l’on monte nos 12 canons de 75 sur les tracteurs et les avant-trains de canon et les caissons sur les camions ainsi que tout notre équipement y compris les harnachements. Dès lors, le quai en bout est l’objet d’une intense activité. Pendant ce temps avec mon adjoint, mon camarade, le capitaine Meunier j’élabore rapidement une méthode d’emploi. Notre vitesse en convoi ne devra pas être supérieure à 12 km/h. Une pièce comprendra :
- 1 tracteur porteur canon
- 1 camion porteur d’un avant train canon et d’un arrière train caisson
Comme les avant-trains ne nous sont plus utiles, ils prendront la route avec nos chevaux ainsi que la fourragère et la forge avec un personnel réduit. Nos obus seront transférés sur des camions.
Une colonne de ravitaillement est formée avec 8 camions et 3 tracteurs. Chaque batterie disposera de 2 voitures légères et 7 à la batterie de commandement.
Le service des pièces ne change pas, la seule innovation est que nous tirons à partir des tracteurs.
A 18 heures tout est prêt. A 19 heures, mon cher Meunier me dit « J’ai organisé une parade pour le groupe. Ta voiture de commandement t’attend ! » Très ému, j’assiste au défilé de mon groupe, le premier de 75 mm porté de l’artillerie française. Vision de modernité avec des hommes qui, malgré leur fatigue, ont mené à bien cette lourde tâche en moins d’une journée.
A 20 heures, je réunis mon monde pour le féliciter, particulièrement les conducteurs qui ont instruit ceux, qui après moins de quatre heures de conduite, se comportent magnifiquement. Hommage aussi à eux. Ils sont la preuve exemplaire des vertus du soldat français. A cheval ce matin, ce soir en automobile. Les boches n’ont qu’à bien se tenir !
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 17 Mar 2008 - 12:20

Hannibal (ou Annibal)
Si la manœuvre Escaut n’avait jamais eu ma préférence car elle créait en Belgique une poche qui obligerait les forces alliées, principalement britanniques, à se battre le dos à la mer, la manœuvre Dyle me semblait encore plus hasardeuse.
C’était le type même d’aventure qui risquait d’entraîner, en cas d’échec, l’effondrement complet des forces alliées engagées en Belgique. Le général Georges partageait pleinement cet avis. Certes, sur le papier, la manœuvre Dyle offrait d’importants avantages qui étaient :
- Couvrir la quasi-totalité du territoire belge et permettre la récupération d’une partie importante des forces belges.
- Raccourcir notre front et permettre une économie des forces
- Mettre hors de portée du canon allemand toute notre zone industrielle et minière du nord-est indispensable à notre effort de guerre
- Interdire à la Luftwaffe l’emploi d’aérodromes et de ports pour attaquer la Grande Bretagne
Autant d’arguments retenus par les membres du gouvernement pour « pousser » à la manœuvre Dyle.
Mais si la « mariée était belle », les moyens nous manquaient pour la mener devant l’autel de la victoire. En effet, la supériorité aérienne ennemie nous obligerait à ne nous déplacer que de nuit. Si, comme il fallait si attendre, les Allemands passaient à l’offensive à l’aube du jour J, nous ne pourrions commencer nos mouvement qu’à la nuit tombée, soit avec un décalage d’au moins 15 à 16 heures. On pouvait faire confiance à l’ennemi pour s’assurer dans ces délais des gains décisifs sur le terrain. En gros, il faudrait deux nuits au moins pour arriver sur la position Dyle, soit 48 heures après le début de l’offensive allemande. Pour contenir l’offensive ennemie on comptait sur le Corps de Cavalerie qui, déployé en avant de la position, aurait une mission retardatrice. Que se passerait-il si les Allemands mettait le « paquet » en Belgique en engageant leurs 10 Panzerdivisonen écrasant l’armée belge et, je n’en doutais pas, submergeant le Corps de Cavalerie ? L’arrivée en deuxième échelon du 1er groupement cuirassé dans la région de Charleroi me semblait aussi scabreux, car après avoir submergé le Corps de Cavalerie, l’ennemi disposerait encore d’assez de puissance pour casser le 1er groupement cuirassé. Certes la qualité de nos chars B 1bis et Somua était bien supérieure aux chars allemands mais la loi des grands nombres risquait fort de nous être défavorable.
Dans cette affaire, nous engagions a priori le meilleur de nos unités et surtout la totalité de nos grandes unités mécanisées et cuirassées. Que se passerait-il si « l’ennemi agissait ailleurs » comme l’écrivait le général Georges ?
Aussi, je considérais que Dyle était une manœuvre pour 1941, pas pour 1940 comme je le confirmais à Edouard Daladier. Ce dernier me répondit fort justement ; « Avez-vous autre chose à proposer ? »

Le plan Dyle bis
Dès novembre 1939, je fis étudier non pas une nouvelle manœuvre mais une variante allégée de la manœuvre Dyle. Celle-ci bousculait les règlements d’emploi en vigueur principalement ceux des DLM. Ce ne fut pas une mince affaire car je me heurtais à certains particularismes « autobloquants ». Toutefois avec l’appui en particulier d’Edouard Daladier, du général Georges et du général Héring, j’arrivais à monter une manœuvre qui conservait les avantages du plan Dyle mais en éliminant la plupart de ses inconvénients. Mon principe de base fut d’éviter d’engager a priori le Corps de Cavalerie pour le maintenir en réserve car seule une contre attaque massive pouvait faire échec à une attaque massive. Mais bien sûr, on ne pouvait demander à la 1ère armée de prendre position sur la Dyle sans qu’elle ne soit couverte.
En fait, je fis réaliser une double couverture. La première consistait à faire tenir en points d’appui les villages (Crehen, Medrop..) en avant de la position d’armée par des bataillons de mitrailleurs motorisés, les intervalles seraient tenus par des chasseurs de chars. L’ensemble serait couvert par de l’artillerie tractée tout terrain. Je fis affecter au groupement de bataillons de mitrailleurs un fort contingent de mines antichars. En deuxième échelon, le Corps de Cavalerie s’installerait en arrière dans le secteur de Gembloux, prêt à lancer des contre-attaques massives au profit des points d’appui mais sans se laisser accrocher. Par ailleurs, la 9ème armée qui devait tenir le front de Meuse entre Sedan et Dinant, reçut des divisions d’active en provenance du GA 2 du général Préletat qui lui-même, reçut en contre partie des divisions de série B non, d’ailleurs, sans protester. Ainsi, je me garantissais une puissante réserve de 3 DLM au centre du front courant de Sedan à la mer du Nord. Le 1er groupement cuirassé pourrait alors venir renforcer le Corps de Cavalerie si besoin était. Non sans difficulté, j’obtins avec l’appui du général Vuillemin la création d’un groupement aérien pour le 1er GA ce qui faisait disparaître l’aviation d’armée au profit d’un regroupement qui, pour le GA 1 comprenait pas moins de 500 chasseurs franco britanniques. En décembre 1939, on proposa une variante à la manœuvre Dyle dite « Escaut » qui visait à donner la main aux forces Hollandaises. C’est la 7ème armée du général Giraud alors placée en réserve, qui devait intervenir en direction de Bréda. Mon opposition à ce projet irréaliste fut formelle, d’autant que la manœuvre réclamait une DLM et donc réduisait ma masse de manœuvre blindée. Je menaçais de démissionner. L’affaire, heureusement, n’alla pas plus loin.

Dès la mi-avril, des informations sérieuses concernant une offensive de grand style par les Ardennes commencèrent à arriver. Elles corroboraient le glissement vers le sud, vers le massif de l’Eifel, d’une partie de la masse de manœuvre allemande et, en particulier des Panzerdivisionen. Ce glissement signalé par nos agents sur place était recoupé par nos reconnaissances aériennes. Au fil des jours, d’autres informations nous arrivèrent sur la date de l’offensive allemande soit début mai. Le 25 avril, je fis effectuer un exercice sur carte pour mieux examiner un coup à la « Hannibal » consistant pour les Allemands à faire passer le massif des Ardennes à un grand nombre de Panzerdivisionen pour surprendre les 9ème et 2ème armées. Si, devant le front de la 2ème armée le passage en force de la Meuse paraissait délicat, celui devant le front de la 9ème armée paraissait plus réalisable sachant que l’armée Corap serait très en l’air pendant plusieurs jours. L’ennemi pouvait être à Dinant avant nous. Le général Vuillemin me dit que notre aviation de bombardement déjà faible ne pourrait intervenir que de nuit sur les colonnes allemandes. « Au mieux, nous pourrons les freiner mais certainement pas les arrêter » me dit-il. De ce fait, la mission initiale des divisions de cavalerie qui était une mission de découverte devenait une mission de résistance sur place en profitant du terrain. Il fallait que les cavaliers retardent le plus longtemps possible l’ennemi principalement devant le front de la 9ème armée. Le général Huntziger me dit que pour passer la Meuse, les Allemands devraient apporter beaucoup d’artillerie et que ceci nous laisserait le temps de nous organiser. Je lui répondis que l’artillerie allemande serait certainement remplacée par l’aviation d’assaut et que les derniers renseignements sur les méthodes du Génie allemand laissaient à penser que le franchissement d’une coupure ne serait plus un gros problème pour lui. En y regardant de plus près, et en acceptant le passage de la Meuse par les chars allemands entre Dinant et Sedan, trois hypothèses apparurent :
- les Allemands foncent vers la mer pour encercler toutes les forces alliées en Belgique.
- Ils foncent vers Paris avec une partie de leurs moyens
- Ils tentent de tourner la Ligne Maginot en fonçant vers la Suisse.
La première hypothèse me paraissait la plus crédible car nos services m’avaient informé que les Allemands recherchaient toutes les cartes routières entre la Meuse et la mer.
A la fin de cet exercice, plusieurs mesures furent prises qui consistaient en :
- Remplacement des divisions de série B par des divisions de série A prélevée sur le GA 2.
- Surveillance des routes ardennaises par notre aviation de reconnaissance dès la première heure de l’offensive ennemie.
- Bombardements de nuit sur les axes routiers et les nœuds de communication ardennais si la présence de colonnes blindées ennemies était avérée.
- Renforcement de l’artillerie à grande puissance pour battre les itinéraires principaux dans la plus grande profondeur possible de l’Ardenne.
- Renforcement des 9ème et 2ème armée en moyens antichars, de défense antiaérienne et de batteries d’artillerie de position équipées de mortiers de 150 mm T 17 Fabry.
- Faire monter les réserves d’armée au plus près du front
- En cas de débouché massif des chars allemands dans les Ardennes, le 1er groupement cuirassé viendrait se positionner dans la région du Chesnes prêt à agir en direction de Sedan. Le corps de cavalerie regroupé dans la région de Charleroi, serait en mesure d’agir sur Dinant. Ainsi nous pourrions prendre les Allemands en pince à la sortie des Ardennes. De son coté la 7ème armée devait se préparer à rétablir un front reliant les 1ère et 2ème armée, si la 9ème venait à être enfoncée.
Je donnais une semaine à l’Etat Major pour mettre sur pieds toutes les mesures retenues. Le général Georges me fit part de sa satisfaction de voir qu’enfin « on ne prenait plus l’ennemi pour un imbécile ». L’offensive étant attendue pour début mai, je fis immédiatement supprimer les permissions de la Pentecôte et je fis mettre toutes les unités du front nord-est en alerte à dater du 1er mai. Tous les exercices prévus pour toutes les unités bonnes de guerre furent annulés.

9 mai 1940
Le 2ème bureau me confirme que l’offensive allemande est imminente et que l’attaque principale sera réalisée dans les Ardennes. Des sources étrangères (Vatican) donnent elles aussi l’offensive pour imminente. Déjeuner avec Edouard Daladier en compagnie du général Vuillemin et de l’Amiral Darlan. Toutes les unités sont en alerte maximum et le moral est bon même si les hommes commencent à trouver le temps long. Quelques manifestations de soldats réclamant leurs permissions de la Pentecôte ont été réprimées et des meneurs (communistes) arrêtés. Le général Vuillemin me confirme que toutes ses escadrilles sont en alerte et que des mesures de desserrement ont été prises sur les terrains. Il en va de même pour l’Aéronavale et la Flotte d’après l’Amiral Darlan. Le général Vuillemin me dit que des reconnaissances aériennes de nuit vont être effectuées grâce aux nouveaux MB 173 arrivés depuis peu dans nos escadrilles. Je propose une mise en alerte de la chasse à partir de 04 heures le 10 mai. Tous les appareils seront prêts à décoller moteurs chauds et pilotes aux commandes. Le guet sera invité à la plus extrême vigilance. Ma proposition est acceptée tant pour l’armée de l’air que pour l’aéronavale. A 21 heures, on m’informe que les troupes allemandes serrent sur les frontières belges et hollandaises. Concentration importante de chars dans l’Eiffel. A 21 h 30 j’appelle les généraux commandants les 1ère, 9ème, 2ème et 3ème armée pour les rappeler à la vigilance. J’appelle aussi le général Duchesne qui, avec son groupement, doit se porter en Belgique dès le début de l’offensive.

Note sur le groupement Duchesne.
Début 1939, le général Petsch en accord avec la Direction de l’Infanterie, lança un concours d’idées dans les corps de troupes en vue « d’améliorer le rendement des armes antichars ». Parmi toutes sortes « d’inventions », celle de l’adjudant chef Paillot du 152ème RI fut remarquée. Elle consistait au montage à l’arrière d’une chenillette UE 31 d’un canon de 25 mm SA 34 débarrassé de son affût et fixé à l’engin par un faux affût métallique très simple, à la portée de tout atelier régimentaire. Ainsi, la chenillette devenait un chasseur de char, très bas et difficilement détectable. La bouche à feu pouvait être remontée sur son affût d’origine sans aucun problème. Le général Petsch se fit présenter cette transformation « de circonstance » en avril 1939. Séduit par celle-ci, il demanda l’organisation d’une série d’essais au tir et au roulement et, si ceux-ci s’avéraient concluants, de modifier deux sections de 25 du régiment (CRE) afin de procéder à une expérimentation tactique avec les chars D2 et R 35 du 507ème BCC. Les essais étant concluants, l’expérimentation se déroula début juin 1939. Les 25 sur chenillettes se révélèrent particulièrement dangereux car « mobiles et aisément camouflables ». Suivant les arbitres les quatre engins réussirent à mettre « hors de combat » 9 R 35 et 3 D 2 sans « perte » de leur coté. Autre avantage, la chenillette pouvait être transportée en toute discrétion par un camion TTN bâché. La Direction de l’Infanterie demanda : « …que ce montage soit appliqué à l’ensemble des batteries divisionnaires antichars en « période mouvante » mais aussi au CRE des RIM. » Interdiction fut faite de faire figurer cette version lors de manifestations publiques. Lorsque le général Petsch, imagina de remplacer le Corps de Cavalerie par un groupement de bataillons de mitrailleurs motorisés, il le renforça de groupes de « 25 automoteurs », chargés de battre les intervalles. Ce groupement fut appelé Duchesne du nom du général qui en prit le commandement début mars 1940. Le général Duchesne fixa les conditions d’emploi des automoteurs antichars avec position d’embuscade, tir de 3 obus maximum, repli sur une seconde position. Ainsi et par la suite, tous les automoteurs furent désignés « montage à la Duchesne », l’adjudant-chef Paillot fut vite oublié ! Le 10 mai 1940, le groupement disposait de 25 groupes à 4 pièces de 25 mm SA 34 Au 39 R. Pendant la bataille d’Hannut la moitié des pièces fut perdue non sans avoir détruit plus de 200 chars allemands. Outre, le groupement Duchesne, toutes les BDAC des GU disposant de chenillettes Renault effectuèrent les transformations de leurs canons de 25 mm en Au 39R. A partir de mai 1940, ce mouvement concerna les 25 mm des CRE des RI sous l’autorité des chefs de corps. Par ailleurs, un montage de 47 mm SA 37 fut envisagé fin 1939 sur chenillette Lorraine 39 mais ne put aboutir, le tracteur ne pouvant être disponible avant au mieux juillet 40. Toutefois, dès mai 1940, l’armée française s’équipera d’un grand nombre de « chasseurs de chars » comme nous le verrons par la suite.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:13

La bataille de la Meuse 11-16 mai 1940

Première partie

10 mai 1940
Dès l’aube, je fus informé que des troupes motorisées allemandes avaient pénétré au Luxembourg et dans l’Ardenne belge. L’axe de progression semblait bien être franchement à l’ouest. Ainsi, le glissement vers le sud - que nous avions observé - de la masse de manœuvre ennemie correspondait bien à un glissement du centre de gravitée de l’offensive allemande. Ces renseignements nous furent transmis par les belges et les luxembourgeois mais aussi par nos appareils de reconnaissance rentrant de mission au-dessus de l’Allemagne. Immédiatement je fis prévenir les 2ème et 9ème armées dont la cavalerie était déjà en marche à travers l’Ardenne. A titre de précaution, le 1er groupement cuirassé reçut l’ordre de se porter en deux étapes de nuit sur la région du Chesne afin de parer à une éventuelle rupture du front de la 2ème armée pouvant entraîner un enroulement de la ligne Maginot. De son coté, le Corps de Cavalerie fort de ses trois DLM reçu l’ordre de se porter en une seule étape de nuit (10/11 mai) dans la région de Charleroi prêt à lancer une contre attaque massive contre un ennemi débouchant entre Gembloux et Charleville Mézières. Je demandais aussi des reconnaissances aériennes menées par les nouveaux MB 173 dont les performances les mettaient relativement à l’abri de la chasse allemande. Dans le milieu de la matinée je donnais ordre aux généraux Corap et Huntzinger d’accélérer leurs mouvements et la montée en ligne de leurs réserves et d’unités de feux « conséquentes » sur les positions de batterie. Peu après midi, les résultats des premières reconnaissances aériennes me furent communiqués. Aucun doute, les Allemands engouffraient dans l’Ardennes belge et le Luxembourg une énorme masse cuirassée qui menaçait directement la 2ème armée et plus particulièrement Sedan ainsi que le front de la 9ème armée. Je fis immédiatement prévenir leurs commandants du danger d’un débouché de plusieurs milliers de chars à travers l’Ardenne et qui se présenteraient sur la Meuse en colonnes. Ainsi, l’hypothèse Hannibal se révélait la bonne ! Si, pour la 2ème armée, j’étais relativement confiant car celle-ci était installée de longue date sur ses positions et avait été renforcée d’une manière significative, le sort de la 9ème armée m’inquiétait beaucoup plus. Aurait-elle le temps de s’installer sur la Meuse avant que n’arrivent les chars allemands? Nous risquions d’être bousculés. Certes, en arrière, la présence du Corps de Cavalerie avec ses 800 blindés dont 300 puissants Somua 35 était une garantie en cas de rupture du front mais serait-ce suffisant ? Qu’allait-il se passer devant le front de la Dyle ? A 15 heures, le général Vuillemin à ma demande se présente à Vincennes. L’objet de cette réunion est d’étudier l’action de l’armée de l’air, c'est-à-dire du bombardement, pour freiner au maximum l’avance des colonnes allemandes à travers l’Ardenne. Le bilan des moyens disponibles que me dresse le général Vuillemin est des plus navrant : le bombardement de jour que nous ne pouvons engager en fonction de la supériorité aérienne ennemie ne dispose que de 85 appareils bons de guerre dont 54 Léo 45. Le bombardement de nuit de son coté ne dispose que de 93 appareils anciens bons de guerre « au maximum » me dit Vuillemin. Je sens le général quelque peu désorienté par le fait qu’au premier jour on doive engager le bombardement. Mais le patron de l’armée de l’air est un brave homme et je décide d’outrepasser la loi pour lui dire :
-« Dès ce soir, le bombardement de nuit sera engagé tous moyens réunis contre les colonnes allemandes dans l’Ardenne. Il faut prévoir deux missions par unité. Pour le bombardement de jour, gardons le en réserve pour l’instant. Donnez des ordres stricts, avec sanctions s’il le faut, pour que tout soit fait, je dis bien tout, pour qu’un maximum d’appareils soit capable d’attaquer dès ce soir. » Surpris, j’entends le général Vuillemin me répondre : « A vos ordres ! » J’insiste alors en précisant : « L’attaque des colonnes devra être effectuée à une altitude suffisante pour éviter la DCA légère ennemie que l’on dit très dense. Pas de mission de sacrifice ! » Après quelques banalités partagées, le général Vuillemin me quitte d’un pas, me semble t-il, plus assuré qu’à son arrivée. En fin de journée, je me rends à la Ferté sous Jouarre rendre visite au général Georges afin de dresser avec lui un premier bilan de situation. Nous ne pouvons que constater que les Allemands sont entrés en Hollande et en Belgique ainsi qu’au Luxembourg.
Gal Petsch : « Nous sommes là devant une vaste offensive qui se développe de la Hollande au Luxembourg. Toutefois, il semble bien que le point d’effort principal va se situer entre Dinant et Sedan, c'est-à-dire sur la Meuse et à travers l’Ardenne. »
Gal Georges : « C’est incroyable, je n’ose y croire. Que les Allemands soient assez fous pour engager dans un massif montagneux et boisé leurs chars par centaines, voire milliers, les bras m’en tombent ! »
Gal Petsch : « Ils vont tenter un coup de Jarnac en frappant au ventre mou. S’ils réussissent ils menaceront d’enveloppement toute la Ligne Maginot, d’encerclement nos forces qui montent en Belgique par une offensive éclair vers la Manche, ce que d’ailleurs certains renseignements donnent comme parfaitement plausible ou alors, ils fonceront sur Paris. Vu leur supériorité aérienne et en grandes unités blindées, ils peuvent se permettre de jouer les 3 hypothèses à la fois. »
Gal Georges : « Combien de temps peuvent-ils mettre pour être sur la Meuse ? »
Gal Petsch : « 48 à 72 heures. J’ai demandé à Vuillemin d’engager le bombardement nocturne dès cette nuit en frappant tous moyens réunis sur certains axes de pénétration. Mais je ne me fais pas d’illusion, vu la faiblesse de nos moyens en bombardiers, nous pourrons les ralentir, pas les arrêter. De Sedan à Givet, notre position est forte surtout avec l’ALVF à longue portée que nous y avons déployée et qui est capable de prendre sous ses feux les nœuds de communication jusqu’à 30 km. L’artillerie d’armée et de corps d’armée prendra le relais à partir d’une dizaine de km avant la Meuse. Nous avons donc à mener une manœuvre artillerie/aviation dans les Ardennes. Le bombardement prendra à sa charge les objectifs situés au-delà des 30 km. C’est ce qui va se passer cette nuit. Par contre, de Givet à Namur, la 9ème armée va se retrouver très en l’air. Heureusement que, grâce à vous et au général Giraud, nous n’avons pas commis la folie d’envoyer la 7ème armée en Belgique. Si la pression sur la Meuse devient trop forte, je pense à établir cette armée en rideau pour assurer la continuité du front avec la 1ère armée et le BEF. Enfin, dès cette nuit, le Corps de Cavalerie va gagner la région de Charleroi et sera placé en réserve GQG tout comme le 1er groupement cuirassé qui lui aussi, dès cette nuit, va faire un premier bond en direction de Le Chesne en arrière de la 2ème armée. »
Gal Georges : « Mais pour monter une attaque en règle contre nos positions de la Meuse, il va leur falloir du temps. Leur artillerie ne va pas suivre. »
Gal Petsch : « Si les Allemands ont choisi de passer par les Ardennes, c’est pour bénéficier de l’effet de surprise. A mon avis, une fois sur la Meuse, ils attaqueront en colonnes car ils ne peuvent faire autrement et avec le soutien massif non pas de leur artillerie mais de leur aviation, principalement de leurs bombardiers en piqué. Si, ils arrivent le 13 sur la Meuse, ils attaqueront dès cette journée, au plus tard le lendemain.»
Rentré à Vincennes j’ai une réunion avec Edouard Daladier et je lui fais un bilan de la situation. Les allemands ont pris l’offensive en Hollande et en Belgique sur le canal Albert. Dans les Ardennes, ils effectuent une marche d’approche en direction de la Meuse avec une masse de chars imposante. Depuis ce matin, leur aviation de bombardement attaque partout nos aérodromes, les principaux centres de communication et de commandement. Nos chasseurs semblent avoir abattu un grand nombre de bombardiers, on parle d’une centaine. Depuis ce matin, le groupement Duchesne est en route pour la région des avancées de Gembloux. Ses unités commencent à s’installer en points d’appui, les intervalles sont tenus par les chasseurs de chars. En arrière, les colonnes de la 1ère armée font route vers la Dyle. Cette marche de jour n’a que très peu été gênée par l’aviation ennemie. Le Corps de Cavalerie, va en une seule étape de nuit, se porter dans la région de Charleroi. Le 1er groupement cuirassé va faire mouvement cette nuit même en direction du canal des Ardennes à quelques kilomètres au sud de Sedan. Le mouvement de la 9ème armée en direction de la Meuse est accéléré avec des reconnaissances d’officiers en voiture pour préparer le terrain qu’occupe déjà des unités motorisées de la cavalerie. En arrière des 9ème et 2ème armées je fais pousser des réserves dont de l’artillerie lourde. Le bombardement de nuit va s’engager dès maintenant sur les principaux axes de pénétration dans les Ardennes. Chaque unité effectuera un minimum de deux missions cette nuit. Chaque action comprendra un minimum de deux groupes pour faire « masse », le bombardement britannique de son coté traitera la région d’Aix la Chapelle où on signale une forte concentration de chars. Edouard Daladier s’inquiète alors de la réalité du bombardement de nuit sur des colonnes motorisées. Je lui répond : « Il est évident qu’avec nos faibles moyens nous ne pourrons pas les arrêter mais nous allons créer un grand désordre dans leurs colonnes et jeter le trouble dans l’esprit de leur commandement, car ce dernier va comprendre que sa manœuvre est éventée et que l’effet de surprise ne joue plus. Je veux que plus ils approcheront de la Meuse, plus ils devront subir la puissance de notre feu. Bombardements aériens d’abord puis aériens et d’artillerie pour enfin tomber sur notre LPR. La seule chance que nous ayons de ne pas voir cette masse blindée se répandre derrière nos lignes, ce qui serait une catastrophe, est de tenir à tout prix sur la Meuse. Si nous y parvenons, leurs chars seront pris dans l’Ardenne comme dans une nasse. Vous connaissez les Allemands, le moindre grain de sable dans leur manœuvre les déconcerte.»
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:14

2ème partie

11 mai 1940
A 06 h, j’ai une réunion avec mon état-major pour étudier la situation et son évolution dans la nuit. Je prends connaissance alors du rapport que vient de m’adresser le général Vuillemin. « Cette nuit nous avons engagé 102 appareils de bombardement et à deux reprises. La première action a été grandement facilitée et à la surprise de nos équipages, car les colonnes allemandes roulent tous feux allumés. La première action a concerné la zone sur des Ardennes entre Bastogne et le Luxembourg. Les attaques ont eu lieu à une altitude 3500 m, à l’abri de la DCA légère ennemie qui est effectivement très dense. Trois axes ont été traités et de très nombreux incendies se sont déclarés. La seconde action a visé les principaux axes au nord de Bastogne où là aussi, les colonnes roulaient tous feux allumés. D’importants incendies se sont déclarés. Nos équipages parlent « d’une langue de feu ». Les bombardements ont été réalisés à la bombe incendiaire et à la bombe soufflante. Six de nos appareils ne sont rentrés, 198 missions ont été effectuées et 220 tonnes de bombes larguées. De leur coté, les Britannique ont engagé en un seul raid 76 bombardiers sur la région d’Aix la Chapelle avec, semble t-il de bons résultats. Nulle part les chasseurs de nuit allemands ne sont intervenus. Plusieurs reconnaissances sont parties ce matin pour observer les résultats de ces bombardements. » Je fais répondre au général Vuillemin : « Affaire à reprendre dès cette nuit. » Nous faisons ensuite le tour de la situation. En Hollande, les parachutistes allemands ont été rejoints par des chars mais derrière ceux-ci, l’infanterie progresse à pied ou à vélo. Les heures de la Hollande semble comptées. Espérons que les Belges pourront tenir fermement les avancées d’Anvers. Sur le canal Albert, il se confirme que le fort d’Eben Emaël est tombé, c’est donc la rupture du front fortifié belge. En arrière, le groupement Duchesne est maintenant en place, tandis que la 1ère armée et le BEF poussent de jour comme de nuit vers la Dyle sans que l’aviation ennemie ne s’y oppose mis à part quelques mitraillages. Cela me conforte dans mon idée que les Allemands vont lancer leur offensive principale sur la Meuse, une rupture au centre aurait pour conséquence l’enveloppement des armées alliées en Belgique. Aussi ont-ils intérêt à ce que nous envoyions un maximum de forces en Belgique car plus nous serons nombreux, plus leur moisson sera bonne. Ce rapport du 2ème bureau qui parlait d’un axe Sedan-Abbeville me revient alors en tête. Le but allemand ne serait-il pas d’envelopper nos forces en Belgique dans le but de les acculer à la mer et de les forcer à la capitulation ? Ce serait une manœuvre magistrale qui permettrait aux Allemands de gagner la guerre en deux semaines. « Nous serons à Paris en 15 jours » avait dit un diplomate allemand. Je demande alors au général Doumenc d’étudier et de réaliser d’urgence à l’aide de divisions prélevées sur le front Est une armée chargée de couvrir Paris en la renforçant en moyens antichars et particulièrement automoteurs « y compris de circonstance »
La Meuse prend donc une dimension considérable car c’est là que nous gagnerons ou perdrons cette guerre. La cavalerie de la 9ème armée est au contact des Allemands qui disposent d’une masse considérable de chars. Nos cavaliers mènent de durs combats retardateurs tandis que les avants gardes de la 9ème armée prennent position sur le fleuve. Ce matin, après un bond de plus de 100 Km dans la nuit, le Corps de Cavalerie est en place dans la région de Charleroi, prêt à agir suivant les circonstances en direction de la Dyle ou de la Meuse. Le groupement cuirassé sera demain matin totalement en place dans la région de Le Chesne prêt à lancer une puissante contre attaque en direction de Sedan. A la 2ème armée, les renforts montent sur la Meuse principalement en direction du 10ème CA où « bientôt son général n’aura plus assez de place, ne serait-ce que pour y déployer une compagnie ! » suivant les propres termes du général Huntziger. Dans les Ardennes, la cavalerie de la 2ème armée est partout au contact avec de puissantes formations blindées. Toutefois, malgré la pression nos cavaliers ont le moral car cette nuit ils ont entendu passer nos bombardiers et vu l’horizon se rougir de gigantesques incendies. Sur le reste du front RAS. En fin de matinée, le général Vuillemin me fait adresser le résultat des reconnaissances du matin. Sur tous les axes bombardés cette nuit, les colonnes allemandes sont bloquées, très nombreux chars et véhicules sont détruits et en flammes. Les Allemands tentent de les pousser dans les fossés. Dans certains endroits, le massif est en feu et une épaisse fumée recouvre le relief. Mais la note la plus importante est celle qui précise : « Sur tous les axes bombardés, les routes sont vides vers l’ouest sur plusieurs kilomètres avant que n’apparaissent de nouveau des colonnes d’éléments légers à base de chars. » Aurions-nous, avec nos modestes moyens, réussi à couper, même provisoirement, les têtes de colonnes des gros? Le général Kleist devait écrire plus tard : « Les bombardements anglais (sic) dans la nuit du 10 au 11 mai furent pour nous une très désagréable surprise. Nous ne nous y attendions absolument pas. Ainsi, l’ennemi avait détecté très tôt nos mouvements à travers l’Ardenne et entendait bien ne pas nous y laisser progresser sans réagir. Force fut pour nous de faire le constat que l’effet de surprise ne jouerait plus. On pouvait s’attendre à une défense très sérieuse sur la Meuse. Ces bombardements nous causèrent des pertes importantes avec un nombre élevé de grands brûlés. Nos colonnes frappées par des bombes incendiaires se transformèrent en chenilles incandescentes parfois sur plusieurs centaines de mètres. Munitions et carburant explosaient dans des gerbes lumineuses dantesques. Le désordre s’installa dans les colonnes, beaucoup d’hommes abandonnant les routes pour se réfugier dans les bois. La fumée était telle que nous dûmes mettre nos masques à gaz. Sur les axes bombardés, toute progression fut rendue impossible pendant des heures. De ce fait, se créèrent d’énormes embouteillages car si les têtes étaient stoppées, l’arrière continuait à pousser de l’avant. Par contre, en tête, nos éléments de reconnaissance continuaient à progresser vers la Meuse en repoussant les unités belges et françaises. Heureusement, l’ennemi ne renouvela pas ses bombardements de nuit et, dès le jour levé, la Luftwaffe nous rassura par sa présence abattant plusieurs avions de reconnaissance qui venaient aux résultats. Ce n’est que vers midi que la progression reprit vaille que vaille. Nous avions perdu 10 précieuses heures. Mais, notre offensive sur la Meuse n’était-elle pas déjà compromise ? » Ainsi, le doute s’installait dans l’esprit du haut commandement allemand. Que nous opposions une forte résistance sur la Meuse et alors l’ennemi se sentirait pris au piège. Il lui faudrait retirer ses forces des Ardennes pour reporter plus tard son effort ailleurs. En soirée, j’apprends que la cavalerie de la 9ème armée s’est repliée derrière la Semoy et que le général Corap vient de lui donner l’ordre d’entamer l’action retardatrice. J’ordonne alors aux 2ème et 9ème armées de donner à leur cavalerie l’ordre du combat sur place à outrance et sans esprit de recul. Je sais que cet ordre signifie la perte de notre cavalerie mais son sacrifice est indispensable si l’on veut arrêter l’offensive allemande sur la Meuse. La 9ème armée a encore besoin de 24 heures pour installer son dispositif. J’apprends aussi que l’ALVF a commencé ses tirs sur les principaux nœuds routiers et points de passage obligé. Les Allemands sont donc à moins de 30 Km de la Meuse du moins pour leurs unités d’avant-garde. Ma hantise est que ces forces même légères puissent par des coups d’audace s’emparer de têtes de pont entre Dinant et Anhée. Je demande aux généraux Corap et Huntzinger de faire tirer toute leur artillerie dès que possible sans soucis de la consommation de munitions. On fait diriger vers la Meuse de nombreux trains de munitions d’artillerie et d’infanterie pour alimenter la bataille.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:15

3ème partie
12 mai
Dans la nuit, le bombardement a repris dans les Ardennes sur les axes de progression des unités allemandes qui cette fois, ont éteint leurs phares. Mais la nuit est claire et les rares axes tellement surchargés de colonnes que nos aviateurs « tapent dans le tas ». Par contre, les Allemands ont installés de la DCA lourde le long de leurs itinéraires. Douze bombardiers ne rentrent pas. Les Britanniques s’attaquent aux colonnes blindées qui débouchent d’Aix la Chapelle en direction de Tongres. A l’est de la Meuse, nos cavaliers qui se défendent sans esprit de recul, ont bloqué l’avance des avants gardes ennemies qui, nulle part, n’ont pu atteindre la Meuse. Le dispositif de la 2ème armée est complet et le 1er groupement cuirassé du général Delestraint est prêt à déboucher en masse de la région de Le Chesne. Je fais diriger la 3ème DCR en arrière du 1er groupement cuirassé. Cette division à peine formée servira de « réservoir » pour alimenter la bataille. Même consigne pour le groupement de Gaulle qui se forme à partir d’aujourd’hui. Le colonel de Gaulle est invité à rejoindre provisoirement le 1er groupement cuirassé pour y prendre la fonction de chef d’état-major du général Delestraint. Les deux hommes se connaissent bien et s’apprécient. J’attends d’eux le meilleur emploi de l’outil qu’ils ont à leur disposition. A Charleroi, le Corps de Cavalerie se tient prêt à intervenir. En Hollande, la résistance ne va plus durer très longtemps, je demande aux Belges de veiller à la sécurité d’Anvers. Sur la Dyle, le Génie qui a réussi une manœuvre magnifique installe les positions de la 1ère armée dont les premiers éléments sont en place. Dans la matinée, le groupement Duchesne nous informe qu’il est au contact avec des éléments de découverte ennemis. Les unités de mitrailleurs motorisés retranchées dans les villages dispersent les premières attaques. Des tentatives de débordement sont stoppées net par les automoteurs antichars qui tiennent les intervalles et les champs de mines. A la 9ème armée dont la situation me préoccupe, la situation s’améliore grâce à la manœuvre automobile. La totalité de ses grandes unités sera en place en fin de journée, l’organisation de la position sera terminée dans 48 heures. Sur le front de la 2ème armée, l’ALVF ainsi que l’artillerie lourde d’armée et de CA ont tiré toute la nuit et poursuivent leur action malgré une forte présence de l’aviation ennemie. La manœuvre allemande se précise. Pour ma part, je pense que l’action retardatrice de nos cavaliers pour magnifique qu’elle soit ne peut plus durer très longtemps maintenant. Il faut donc s’attendre à ce que les Allemands soient sur la Meuse au plus tard demain matin. Comme nos reconnaissances aériennes nous ont informé qu’entre le premier échelon des divisions blindées et les gros c’est le vide absolu, j’en déduis que les Allemands vont essayer de forcer la Meuse sans attendre. Toutefois, entre les premiers éléments que contiennent nos cavaliers et le gros des divisions blindées, l’écart se réduit malgré nos bombardements. Il faut donc s’attendre à une attaque en règle dès le 13 après-midi, sinon le 14, à cette date, la 9ème armée sera tout juste en place. A 15 heures, le groupement Duchesne nous informe qu’il est au contact sur toute la position et qu’il est attaqué par de puissantes formations blindées et aériennes. A 17 heures, la division de chasse (4 groupes de Curtiss et un de D 520) donne un coup de balai dans le ciel au-dessus du groupement Duchesne et engage une véritable bataille aérienne. Nous perdons une douzaine de chasseurs mais plus de 40 appareils ennemis sont abattus, les autres prennent la fuite sous les acclamations des mitrailleurs. Au sol, et d’après le général Duchesne, nos automoteurs antichars « font merveille ». En fin de journée, j’approuve le retrait derrière la Meuse de nos divisions de cavalerie afin d’éviter leur totale destruction. Les premières unités allemandes seront donc sur la Meuse demain matin.

13 mai
Dans la nuit, nos bombardiers ont repris leur action dans les Ardennes particulièrement sur les points de passage de la Semoy entre Mouzaire et Bouillon et, plus au nord sur l’axe Houx-Ciney. Nous perdons encore une dizaine d’appareils et le général Vuillemin m’adresse une note alarmiste sur notre bombardement de nuit qui ne peut plus aligner qu’une soixantaine d’appareils sans espoir de relève immédiate car « nous avons raclé tous les fonds de tiroir.» Je préconise alors de regrouper la vingtaine d’ Amiot 350 d’instruction qui existent en une seule escadre pour assurer d’ici 48 heures une certaine relève. De son coté, notre artillerie a tiré toute la nuit particulièrement au sud de la Semoy. Il est 06 h 30 min, lorsque la 2ème armée nous apprend que dans la nuit elle a capturé un général allemand de haut rang dont l’avion égaré au-dessus de nos lignes a été abattu par une section de mitrailleuses de 13,2 mm. Ce général n’est autre que Heinz Guderian, l’apôtre allemand des chars, commandant le 19ème Corps blindé, chargé de l’attaque sur Sedan ! Dans la matinée, le groupement Duchesne est très violemment attaqué par de très nombreux chars appuyés par une puissante aviation. Dès 10 heures la division de chasse donne un nouveau coup de balai. Pour soutenir le groupement qui couvre l’installation de la 1ère armée, le bombardement de jour va s’engager pour la première fois sous la forme de 72 Léo 45. Nos bombardiers seront escortés par la centaine de chasseurs de la division de chasse. De leur coté, les Britanniques lancent leurs bombardiers de jour sur l’axe Maastrich-Tongres dès le début de l’après midi. En Hollande, la résistance touche à sa fin, des éléments allemands sont signalés devant Anvers solidement tenu par les Belges. D’autre part, le BEF a repoussé les premières attaques allemandes sur son front. On signale un grand désordre dans les unités belges en retraite et un flot massif de réfugiés qui gêne les mouvements des troupes alliées. En fin de matinée, nous apprenons l’arrivée des premières avant-gardes allemandes sur la Meuse particulièrement entre Houx et Dinant, notre point faible. Toute l’artillerie du 10ème CA tire sur la région Floing-Givonne où on signale de fortes concentrations de chars. Cette zone sera traitée par le bombardement de jour à 19 heures. En fin de journée, le général Guderian arrive à Villacoublay et, à 20 h 30 min, il entre dans mon bureau. Ses yeux sont fiévreux, son bras droit est dans une attelle et son uniforme déchiré. Je commence la conversation en allemand à la surprise du général qui semblait ignorer que je parle couramment sa langue. Du coup, il devient moins hautain et paraît accabler par sa mésaventure. En fait, il rentrait d’une réunion d’état-major avec son avion de liaison lorsque son pilote s’est égaré au-dessus de nos lignes. Une rafale de mitrailleuse a brutalement atteint le moteur et blessé mortellement le pilote qui, avant d’expirer, a réussi à poser son appareil dans une petite clairière. Sous le choc, le général a perdu connaissance et a eu le bras droit cassé. Lorsqu’il est revenu à lui, il était sur un brancard un médecin à ses cotés. Il reconnaît qu’il a bien été traité et il est très surpris d’être ce soir dans le bureau du général commandant les forces alliées. Il me dit que sa capture ne changera rien au plan allemand qui est effectivement d’enfoncer le centre de notre front avec presque toutes les divisions blindées dont dispose l’armée allemande. « Vos bombardements de nuit et votre artillerie nous ont fait du mal mais vous n’avez pu nous arrêter. Dans les heures qui viennent nous passerons la Meuse et alors, vous aurez perdu la guerre ! » Me déclare t-il brutalement. Je lui réponds : « Pour forcer la Meuse votre meilleur allié était la surprise. Vous ne nous avez pas surpris. Depuis deux mois, nous étions au courant de vos attentions et nous avons pris nos dispositions en conséquence. Certes, en fonction de la masse que vous déployez dans l’Ardenne, vous pourrez obtenir des succès locaux mais nous vous rejèterons finalement à la Meuse. » Le visage du général se durci à mes mots. Je l’invite à dîner ce qu’il accepte de bonne grâce. Pendant ce court dîner nous parlerons de tout et de rien. Ce soir le général Guderian dormira à Vincennes tandis que par l’intermédiaire de l’ambassadeur de Suède, nous demanderons à Berlin de lui envoyer ses cantines et des uniformes neufs. Demain, la capture du général sera à la une de tous les journaux. Edouard Daladier me dira : « C’est un signe du ciel ! » pour un non croyant comme lui…
Le général Guderian passera le reste de la guerre dans un camp de prisonniers au Canada d’où il tentera de s’échapper plusieurs fois, sans succès.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:17

Quatrième partie
14 mai
Cette nuit, l’action du bombardement s’est concentrée au nord de l’Homme principalement sur la rive est de la Meuse entre Houx et Dinant. Au sud, c’est notre artillerie et principalement l’ALVF qui a encore tiré toute la nuit principalement entre Floing et Givonne qui, malgré les bombardements, « grouillent » de chars allemands. En Hollande, seule la région de la Zeeland sud n’est pas envahie, la reine est à Axel. La RAF apporte son soutien aux forces belges qui défendent le camp retranché d’Anvers fortement pressé. L’armée de Paris, la 10ème se met en place tandis que la 7ème armée reste en réserve. L’installation de la 1ère armée est pratiquement terminée sur la Dyle tandis que le groupement Duchesne subit une très forte pression. On estime qu’il a devant lui 2 divisions blindées. On prévoit son décrochage pour la nuit prochaine, du moins pour les éléments qui le pourront. Le Corps de Cavalerie est en réserve dans la région de Charleroi, tandis que le 1er groupement cuirassé qui a été rejoint par la 3ème DCR se prépare à contre attaquer en cas de besoin sur Sedan. Les reconnaissances d’officiers sont faites le moral est élevé et les hommes de la 2ème armée savent maintenant qu’ils ont derrière eux une force blindée conséquente prête à les soutenir. Cela les soulage de la lourde menace qui monte de l’Est. Pour le Corps de cavalerie, je demande qu’il fasse reconnaître les axes débouchant sur Florennes et Philippeville. Heureuse initiative car moins d’une heure après, le général Georges m’informe que des éléments légers allemands tiennent la rive ouest de la Meuse entre Houx et Bouvines ! La note conclue : « le général commandant l’armée a donné les ordres nécessaires pour rétablir la situation au plus vite. » peu de temps après, le général Georges m’informe que les chars allemands sont sur la Meuse entre Bazeilles et Pont à Bar. La vraie bataille a commencée. A partir de 08 heures, l’aviation allemande attaque massivement tout le secteur du 10ème CA. La division de chasse s’engage aux coté des groupes de chasse de la zone est et donnera dans la journée plusieurs coups de balai mais de ce fait, faute d’une escorte suffisante le bombardement de jour ne pourra intervenir aujourd’hui. Cela aura des conséquences néfastes en particulier entre Dinant et Houx. En effet, profitant de leur léger avantage et en l’absence d’une puissante contre attaque française, les Allemands s’infiltrent dans nos lignes et deux compagnies sont enlevées. Sur la rive est, les chars allemands embossés neutralisent nos positions les unes après les autres malgré le tir soutenu de notre artillerie et de nos mortiers. Entre Houx et Bouvignes, l’ennemi se renforce à chaque instant. Il a même fait passer des canons antichars sur l’autre rive. Il faut absolument que le général Corap lance au plus vite une contre attaque sérieuse ! Le scénario que je redoutais est en train de se produire. Immédiatement, je fais alerter le corps de cavalerie pour qu’il soit prêt à marcher sur l’heure. A 15 heures alors que les bombardements aériens allemands redoublent d’intensité, l’ennemi tente de passer la Meuse sur tout le front du 10ème CA appuyé par de très nombreux chars embossés sur la rive est. Le général Grandsard qui avait jusqu’alors réservé ses mortiers de tranchée de 150 mm les fait donner directement sur le fleuve. Les explosions provoquent d’énormes geysers qui renversent les embarcations allemandes comme fétus de paille. C’est aussi à ce moment que le général fait déclencher le tir de ses groupes de 220 mm sur les berges de la rive est y réalisant des destruction d’immeubles dont les gravats bloquent brutalement les accès aux berges. Malgré le nuage de poussière qui recouvre la zone, toutes les casemates tirent en direction du fleuve même sans rien voir. Notre artillerie qui a subi des pertes sensibles du fait des bombardements en piqué (un 305 Gl 06/10 de l’ALVF est détruit par bombe d’avion au nord de Poix-Terron.) tire sans discontinuer. Pourtant, des voltigeurs allemands arrivent à prendre pied sur la rive ouest avec un courage et un culot remarquable. Toutefois, ils ne vont guère loin, bloqués par les mines, ils subissent alors le tir des mortiers de 60 mm et des grenades VB. Plusieurs casemates sont mises hors de combat par des tirs d’embrasure mais les intervalles tiennent. La bataille va durer jusqu’à 18 heures, heure à laquelle, brusquement les Allemands stoppent leurs attaques et même se retirent en arrière des berges de la rive est. La poussière retombe peu à peu. Le spectacle qui s’offre alors à nos défenseurs est terrible. Nos 220 ont littéralement broyé les immeubles de la rive est qui se sont écroulés certainement sur les unités allemandes qui s’en servaient comme protection, les incendies ravagent les ruines. La position étant intenable, les Allemands se sont donc retirés. Sur la Meuse, des dizaines de canots pneumatiques sont à la dérive, beaucoup remplis de cadavres que l’on retrouve aussi flottants au fil du courant parmi des milliers de poissons morts. A Sedan, l’attaque allemande a échoué sous le tir de notre artillerie qui a tiré de tous ses tubes y compris ceux de l’ALVF qui ne devait pourtant ne tirer que de nuit. Vers 17 heures, j’apprends que devant Monthermé l’attaque allemande a elle aussi échouée, les Allemands débouchant par la seule et unique route qui traverse le massif boisé ont été dispersés par les tirs de notre artillerie qui bat cet axe. Par contre, en fin de journée, nous apprenons l’échec de la contre attaque menée par la 9ème armée pour reprendre la rive ouest de la Meuse. Je demande à ce que l’affaire soit remontée dès le 15 à l’aube avec plus de moyens. Inquiet, j’ordonne au Corps de Cavalerie de se porter dans la nuit entre Philippeville et Florennes, prêt à en déboucher en bataille pour rejeter l’ennemi à la Meuse. La 3ème DLM reste en réserve pour appuyer éventuellement la 1ère armée. J’avertis le général Corap qu’une puissante formation mécanisée se met en place derrière l’armée, prête à toute éventualité mais que cette formation ne répond qu’aux ordres de son chef le général Prioux qui relève directement du général Georges. Au soir du 14 mai, la grande bataille est engagée de la Manche à Sedan. C’est d’ailleurs ce que je déclare au conseil interallié qui exceptionnellement se tient à Vincennes car je ne peux guère m’éloigner de mon QG en ce moment. Mis à part, la perte de la Hollande qui était indéfendable, la situation sur le reste du front est maîtrisée malgré un flottement certain dans l’armée belge les premiers jours après la prise du fort d’Eben Emaël. Le roi des belges a accepté que son armée passe sous le commandement allié. A Toulouse et sa région, de nombreux pilotes belges qui ont perdu leurs avions se regroupent et vont recevoir de nouveaux appareils. Je demande aux Britanniques d’arrêter pour l’instant leurs bombardements stratégiques au profit de bombardements nocturnes tactiques comme nous le faisons depuis la nuit du 10 au 11 mai. Je confirme que nos moyens de bombardement de nuit sont presque arrivés à la limite de potentiel. Tout au plus pourrons nous engager qu’une trentaine d’appareils cette nuit sur la rive est de la Meuse entre Houx et Bouvignes. C’est trop peu et dès demain matin, nous ferons appel au bombardement de jour vertical sur la rive est et d’assaut sur la rive ouest qui, entre ces deux villes est aux mains des Allemands. Cette attaque sur la rive ouest précédera la contre attaque montée par le général Corap et qui débouchera à 06h 30min. Pour l’instant, aucun char allemand n’a passé la Meuse, seules des unités légères très agressives et manœuvrières y ont réussi. J’exprime la crainte qu’à la faveur de la nuit, l’ennemi ne fasse franchir le fleuve à des blindés. C’est pourquoi le Corps de Cavalerie va faire mouvement cette nuit pour gagner la zone Florennes-Philippeville pour être en mesure d’agir en cas de rupture du front. Le premier ministre britannique me félicite pour ma clairvoyance au sujet de l’offensive allemande dans les Ardennes. « Vous allez les y coincer comme des rats » me dit-il. « Pour l’instant, ils sont effectivement coincés et certainement surpris de nous voir tenir la Meuse aussi fortement. Toutefois, ils ne vont pas s’arrêter là et je pense que dans les prochaines heures, les prochains jours, ils vont encore essayer de passer. Je crains l’effet bouchon de champagne. » W. Churchill me demande alors : « Comment voyez-vous l’évolution de la situation dans les prochains jours ? » Je lui réponds : « Actuellement, les Allemands n’ont sur la Meuse que des divisions blindées dont les effectifs d’infanterie et d’artillerie sont relativement faibles. Ils vont renouveler leurs attaques dans les heures qui viennent mais ils ne pourront le faire très longtemps car leurs pertes sont lourdes, d’après les prisonniers, sous le feu de notre artillerie que nous renforçons encore cette nuit. Si, comme je l’espère, ils n’arrivent pas à faire brèche, ils devront retirer leurs divisions blindées des Ardennes. Ca sera un gigantesque embouteillage d’autant qu’arrivent assez loin derrière les divisions d’infanterie de 2ème échelon souvent hippomobiles. Peut être reprendront-ils l’affaire d’une manière classique avec de l’artillerie lourde mais il leur faudra au moins deux semaines pour monter une offensive assez puissante. Pourront-ils le faire sur un front largement battu par notre artillerie ? Donc, soit ils passent maintenant, demain, après-demain, soit ils ne passent pas et là, effectivement, ils seront coincés comme des rats, mais nous n’y sommes pas encore et nous pouvons compter sur les Allemands pour nous réserver des surprises. Il est donc impératif que dès cette nuit le Bomber Command bombarde, non pas les chars qui sont sous le feu de notre artillerie mais bien les divisions de 2ème échelon qui marchent dans les Ardennes.» W. Churchill m’aura entendu car la nuit même les Wellington du Bomber Command bombarderont les grands axes de pénétration de l’Ardennes surprenant l’infanterie ennemie au bivouac. De notre coté, le bombardement de nuit dans un suprême effort, effectuera deux missions sur la rive est de la Meuse entre Houx et Dinant.
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:21

Cinquième partie
15 mai
Cette nuit, le groupement Duchesne s’est replié difficilement derrière la 1ère armée. Malgré de lourdes pertes, ce groupement a largement rempli sa mission et permis d’économiser le Corps de Cavalerie qui depuis ce matin est entre Philippeville et Florennes prêt à déboucher si la situation l’exige. A 06 heures notre bombardement de jour intervient entre Yvoir et Dinant, 84 Léo 45 sur la rive est et 40 Bréguet d’assaut sur la rive ouest. On s’aperçoit alors qu’à la faveur de la nuit les Allemands ont installé deux ponts par lesquels passent les chars. Les Bréguet les attaquent immédiatement et les détruisent dans un ouragan de DCA. Huit appareils sont abattus dont un percute de plein fouet un des deux ponts. A 06 30 min. la contre attaque lancée par la 9ème armée démarre. Elle comprend 2 RI et un bataillon de chars appuyés par 6 groupes d’artillerie. Mais l’infanterie prise sous le feu des mitrailleuses ennemies suit mal. Soudain, une centaine de chars ennemis débouchent face aux nôtres. Le combat est inégal d’abord en nombre mais aussi en qualité car nos R 35 ne peuvent guère faire plus que de l’accompagnement d’infanterie. En quelques minutes, le bataillon est anéanti, seuls cinq chars sur 39 regagneront nos lignes. Notre infanterie qui reste seule face aux chars ennemis reflue en désordre. Pour parer à la crise, le général Corap établit d’urgence une deuxième position entre Anhée et Hastière-Lavaux. Risquant d’être enlevée, notre artillerie recule pour se repositionner plus en arrière. Le général Corap fait mettre des batteries de 75 en antichars. Alerté dès 08 H, je décide immédiatement de faire appel au Corps de Cavalerie lui ordonnant de déboucher dans l’heure en colonnes pour reprendre le cours de la Meuse entre Dinant et Yvoir. De ce débouché, j’espère que la masse des 180 Somua des 1ère et 2ème DLM va rejeter l’ennemi à la Meuse. Cette attaque massive aura aussi des conséquences morales, bénéfiques pour la 9ème armée et, je l’espère, désastreuses pour l’ennemi. Le Corps de cavalerie qui n’a qu’une trentaine de kilomètres à faire sera capable de lancer son attaque en tout début d’après midi. Pour cette action, il bénéficiera de la protection aérienne de la division de chasse qui depuis hier s’est heureusement renforcée d’un nouveau groupe de Dewoitine 520. L’aviation d’assaut précèdera l’attaque des Somua. A la même heure, nous apprenons que l’infanterie allemande a réussi à passer sur la rive ouest à Monthermé, la cavalerie va lancer une contre attaque avant la fin de la matinée. Comme hier, l’aviation allemande envahie le ciel principalement sur Sedan. Nos lignes sont de nouveau bombardées et seuls deux groupes de chasse peuvent intervenir car le reste est occupé à la protection du Corps de Cavalerie. Comme hier, notre artillerie ouvre un feu d’enfer mais pourtant, en début d’après midi, j’apprends que l’infanterie allemande a réussi à faire brèche entre Glaire et Torcy au centre du dispositif et occupe pratiquement toute la presqu’île d’Iges malgré les tirs de notre artillerie lourde. Le général Huntzinger confirme qu’il va lancer une contre attaque en milieu d’après midi avec 2 RI et deux bataillons de chars. Je fais alerter le 1er groupement cuirassé.
A 14 heures, avec retard, le Corps de Cavalerie lance son attaque précédée par l’aviation d’assaut, les chasseurs ennemis sont tenus à l’écart par la division de chasse. En plus de leur propre artillerie les cavaliers disposent de l’appui de toute l’artillerie du secteur. A 18 heures, le Corps de Cavalerie a repris la totalité de la rive ouest entre Dinant et Yvoir, capturant plus de 1500 prisonniers. L’ennemi laisse sur le terrain plusieurs centaines de cadavres et plus de 150 chars et engins blindés ainsi que 60 canons, la plupart antichars. Pour le Corps de Cavalerie les pertes sont légères. L’ennemi stupéfait de voir déboucher cette masse blindée devant lui, subissant le bombardement de nos Bréguet, s’est débandé, seuls les chars ont offert une véritable résistance mais la plupart étaient trop légers pour résister à nos Somua. Les Allemands faute d’avoir pu réparer les ponts touchés ce matin et sous le feu de notre artillerie, n’ont pu amener des renforts et les survivants ont repassé la Meuse à la nage ! Parmi les blessés prisonniers, le général Rommel lui-même qui commandait la 7ème Pz Dv et dont le véhicule blindé de commandement a été touché par un obus de 47 mm du 4ème cuirassiers. Cette victoire va avoir un impact considérable sur nos troupes d’abord mais aussi sur les Allemands, le général Von Kleist écrira : « Notre échec du 14 devant Sedan puis celui entre Yvoir et Dinant le 15 après-midi nous portèrent un coup terrible d’autant que dans cette région, l’ennemi nous avait brutalement rejetés à la Meuse grâce à l’intervention totalement inattendu de ses divisions blindées. Cette défaite s’accompagnait de la perte de la tête de pont de Monthermé, sauvagement reprise par des troupes noires fanatisées. Seule consolation, la prise de la presqu’île d’Iges que l’ennemi écrasait sous le feu de son artillerie et dont nous ne pouvions déboucher. Cette terrible artillerie française qui nous fit tant de mal et, en fait, fit avorter toute notre manœuvre. A l’évidence, l’ennemi disposait à l’arrière de son front de puissantes forces blindées qu’il n’hésitait pas à lancer en violentes contre attaques contre toute tête de pont où étaient passés nos chars. La perte successive des généraux Guderian et Rommel maintenant prisonniers des français, fut pour tous douloureusement ressentie. Dès l’après-midi du 15, nous fûmes obligés d’évoquer la possibilité d’arrêter notre offensive et de retirer nos blindés des Ardennes.» Dans le presqu’île d’Iges, la contre attaque démarre à 17 heures mais comme à Dinant, l’infanterie suit mal sous le feu des mitrailleuses et de l’artillerie ennemies. Là aussi, nos chars légers accablés par le tir de très nombreux antichars et de chars embossés sur la rive est subissent des pertes importantes avec 20 chars perdus sur 39 engagés. Ces méthodes d’attaque calquées sur celle de 1918 s’avèrent caduques et coûteuses en hommes et en matériel. Les chars légers n’ont plus leur place sur le champ de bataille ainsi que les bataillons lancés en enfants perdus. Seules des masses blindées comme le Corps de Cavalerie ou le 1er Groupement Cuirassé peuvent rétablir une situation compromise. A 18 heures, les Allemands qui ont rejeté notre contre attaque dans la presqu’île d’Iges ne peuvent en déboucher car pas moins de 12 groupes d’artillerie dont 2 de 220 mm court pilonnent le terrain sans discontinuer. Toutefois, à la faveur de la nuit, les Allemands peuvent installer des ponts et faire passer leurs chars. Aussi, à 19 heures, j’invite le général Georges à porter le 1er groupement cuirassé dans la région de Chéhéry-Bulson pour qu’il soit en mesure d’en déboucher immédiatement en direction de Torcy en cas d’irruption de chars ennemis dans notre dispositif.
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:22

Sixième partie
16 mai
Pour la première fois depuis la nuit du 10 au 11 mai, notre bombardement de nuit n’effectue aucune mission sauf pour nos Farman dont 12 bombardent en un seul raid des objectifs stratégiques à coté de Stuttgart. Des 90 MB 210 existants le 10 mai, il n’en reste plus que 50 dont la moitié de disponibles. Même chose pour nos Amiot 143 qui de 50 le 10 mai, ne sont plus que 34 aujourd’hui mais dont seulement 20 disponibles. Les équipages sont fatigués, il faut les laisser souffler d’autant que la 21ème escadre vient de recevoir une vingtaine d’Amiot 350 et pourra être engagée dès la nuit prochaine. A Anvers, l’armée belge oppose une résistance déterminée à l’offensive allemande avec le soutien du bombardement de jour britannique. Je fais pousser trois divisions d’infanterie avec un groupement de GRDI pour venir renforcer l’armée belge. Ces trois grandes unités sont mises à la disposition du gouvernement belge. Ce dernier apprécie hautement ma démarche d’autant plus que depuis le 14 mai, le roi a placé l’armée belge sous mon commandement. Devant le BEF, l’offensive allemande semble s’essouffler des SS ont été faits prisonniers. Devant le front de la 1ère armée, le général s’attend à une puissante offensive aujourd’hui. Hier, en fin d’après-midi la 5ème division marocaine a repoussé une violente attaque de chars dispersée par notre artillerie, les chars qui s’étaient infiltrés dans notre dispositif ont été détruits par nos automoteurs de 25 mm. Sur le front de la 9ème armée un calme relatif est observé entre Yvoir et Dinant mais à Givet, les Allemand tentent de passer la Meuse mais sans appui de chars et avec un appui d’artillerie relativement limité. Toutes leurs tentatives sont mises en échec par la 4ème DINA qui tient le secteur. Le Corps de Cavalerie a regagné la région Florennes-Philipeville. Ces pertes pour l’action d’hier s’établissent à 53 tués et 127 blessés, il a aussi perdu 11 chars Somua et 19 Hotchkiss. Pertes qui seront comblées par l’envoi de nouveaux personnels et de nouveaux chars prélevés sur les dépôts. A Monthermé, la presqu’île est de nouveau entre nos mains. Les chars (nous savons par les prisonniers qu’il s’agit de la 6ème division blindée) ont commencé leur repli sous le feu de notre artillerie qui, sans repos, ni soucis de la fatigue des matériels, tire à profusion sur la seule route qui, à travers les Ardennes, mène au promontoire. Pour que les Allemands aient commis cette folie d’exposer une division blindée entière au feu de notre artillerie, fallaient-ils qu’ils nous méprisent. Aujourd’hui ils paient très cher le prix de leur inconscience. A Charleville Mézières, c’est avec de l’infanterie que les Allemands attaquent ce matin. Là aussi, leur artillerie n’est pas à la hauteur de l’objectif et les premières vagues d’assaut sont clouées au sol par le tir de nos casemates, de nos mortiers et de notre artillerie. Mais c’est à Sedan que le sort de la bataille en cours va se jouer aujourd’hui. Dans la nuit, les Allemands ont réussi à installer un pont et, malgré nos tirs de harcèlement, ils débouchent en force de la presqu’île d’Iges avec de nombreux chars en direction de Bulson. Il est 07 h 30 min. Devant eux, le 1er Groupement Cuirassé avec ses 120 chars B 1bis observe les chars ennemis en attendant l’ordre de passer à l’attaque. A 08 h, notre bombardement de jour intervient avec 76 Léo 45 et bombarde la presqu’île d’Iges. Trente Bréguet 693 les suivent et attaquent le pont ainsi que les chars qui se trouvent à coté. Dans le ciel de Sedan, la division de chasse assure la couverture contre une chasse allemande peu mordante. A 08 h 30 min, précédés par le barrage roulant de toute l’artillerie disponible (20 groupes) nos chars B débouchent en direction du Bois de la Marfée et Chaumont. Une importante bataille de chars se déroule alors et dans laquelle, nos chars B parfaitement menés s’imposent face à ceux de l’ennemi. Dans un premier temps, nos B dispersent et détruisent de petits groupes de chars légers, les survivants se repliant sur Torcy. D’après des prisonniers, l’apparition de nos chars lourds suivant de quelques dizaines de mètres notre barrage roulant d’artillerie entraîna un mouvement de panique. Devant l’apparition de ces « monstres » crachant le feu, indifférents aux tirs des armes antichars et des chars légers, chacun ne pensa plus qu’à sauver sa vie. Seuls des chars Mk IV en trop petit nombre réussirent à stopper quelques chars B. Bientôt, entre la lisière nord du Bois de la Marfée et Torcy ce fut un véritable cimetière de chars. A partir de 10 heures, les Allemands - dont le seul pont avait été détruit non pas par nos Bréguet mais par un groupe de 155 mm qui le tenait sous son feu et qui ne tirera pas avant 08h 30 min ! – commencèrent à évacuer totalement la presqu’île abandonnant sur place et comme hier à Dinant, tout leur matériel. Les bombardiers en piqué essayèrent d’attaquer le groupement cuirassé protégé par sa DCA et deux groupes de chasse. Pendant cette attaque, seul un char Hotchkiss fut touché et détruit et un char B fut déchenillé. A midi, nous étions maîtres du champ de bataille. Là encore, l’irruption brutale d’une puissante unité blindée avait décidé de la situation en quelques heures et écrasé un adversaire médusé. Même si les Allemands évacuèrent totalement la presqu’île d’Iges, la 1ère DCR s’installa sur la ligne Torcy-Sedan pour ne pas entrer dans le saillant, la 2ème DCR restant en réserve dans le bois de la Marfée. Après relève par des unités de la 3ème DIM, le Corps Cuirassé se replia en direction de Le Chesne. Ses pertes dans cette action furent de 111 tués et 257 blessés. Le groupement avait aussi perdu 21 chars B, détruits par des chars Mk IV ou des canons de 88 mm tirant depuis la rive est. Il avait aussi perdu 19 chars légers H 39, 7 Lorraine de chasseurs portés, 1 canon antichar et une trentaine de véhicules. Ces pertes furent comblées dans la nuit par prélèvement sur la 3ème DCR dont certains officiers avaient participé à l’action. Pour leur part, les Allemands nous avaient laissé plus de 2000 prisonniers dont de nombreux blessés, 800 morts sur le terrain, 152 chars dont 12 du type Mk IV, une centaine de canons essentiellement antichars et de nombreux véhicules. Comme pour les cavaliers hier, les chars avaient un moral élevé après ce premier engagement certains d’avoir dominé l’ennemi. Ils ne savaient pas encore que leur action, venait de faire basculer la bataille en cours. En effet, Hitler ordonnait à 20 heures le retrait des divisions blindées des Ardennes et l’arrêt de l’offensive. La puissance de notre artillerie et la réaction rapide et décisive de nos réservés blindées bien conduites, furent les facteurs déterminants de cette victoire. Le général Kleist écrira : « L’échec de notre offensive à travers les Ardennes est essentiellement due au fait que l’ennemi qui était très certainement au courant de nos intentions, avait considérablement renforcé son « ventre mou » en mars et avril. Des divisions de peu de valeur, avaient discrètement été remplacées par des divisions solides et combatives. L’artillerie avait aussi été considérablement renforcée y compris avec des pièces lourdes et à grande portée montées sur voie ferrée. Ces pièces ne cessèrent de battre pendant toute la bataille les points de passage obligés et nous causèrent des pertes importantes par l’effet dévastateur de leurs énormes obus. Sur les rives, nos troupes ont été prises sous le feu continu de gros mortiers et tous ceux qui connurent l’enfer de la presqu’île d’Iges en témoigneront. Avant la bataille, nous redoutions l’artillerie française, après, l’arrivée d’un seul obus entraînait presque de la panique car tout le monde le considérait comme le signe annonciateur d’une rafale dévastatrice. Ajoutons que l’artillerie française était admirablement camouflée et protégée. L’agressivité de l’aviation française que l’on disait bien inférieure à la Luftwaffe, nous a totalement surpris tant par ses actions de nuit qui créèrent outre des pertes sérieuse, retards et désordres dans les colonnes que ses actions de jour menées avec un grand discernement en raids massifs bien couverts par une chasse très habile aux dires de nos pilotes. Enfin, chaque fois que nous avons réussi au prix de grandes difficultés, à faire passer des chars sur l’autre rive, l’ennemi a immédiatement contre attaquer avec des forces blindées supérieures en nombre et en qualité. Le repli de nos divisions blindées des Ardennes après quatre jours passés sous le feu de l’artillerie ennemie, ne fut pas une mince affaire. Nous dûmes les retirer par le nord en coupant les colonnes d’infanterie qui marchaient vers l’ouest la peur au ventre car dans les rangs la nouvelle de l’échec des blindés était déjà connue et chacun d’appréhender l’action terrifiante de l’artillerie française. Cette dernière entretenait d’ailleurs un feu roulant sur tous les axes à sa portée tandis que la nuit, les bombardiers anglais les bombardaient ajoutant encore aux pertes et aux destructions. La plupart des axes de pénétration du massif des Ardennes étaient quasi détruits. D’énormes retards s’en suivirent et dans certains secteurs, les divisions blindées qu’Hitler voulait récupérer à tout prix, quittèrent la rive est sans attendre les relèves par l’infanterie. Il s’en suivit que parfois pendant 48 heures, il n’y avait plus un soldat allemand sur des kilomètres. Heureusement, les Français n’essayèrent pas de passer la Meuse à leur tour, nous ayant manifestement abandonner la rive est mais nous ayant aussi prouvé que pour la rive ouest nous ne passerions pas. Cette offensive ratée nous coûtait rien que dans l’Ardennes 9567 morts, 15 000 blessés et 3764 disparus. Soit au total, 25% des effectifs engagés par nos divisions blindées. Les pertes matérielles étaient lourdes elles aussi. Nous avions perdu 617 chars, 123 automitrailleuses, 500 canons dont 300 antichars et plus de 5000 véhicules. La Luftwaffe avait perdu 121 chasseurs, 197 bombardiers, 62 appareils d’observation rien que sur la Meuse. La guerre allait être longue…. »
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Mar 18 Mar 2008 - 18:23

17 mai
Cette victoire me fut connue que le 17 mai à 04 h 30 min lorsque mon aide de camp me réveilla pour m’annoncer que les 9ème et 2ème armée confirmaient que les chars allemands, se retiraient sous le feu de notre artillerie, vers l’est. Je demandais immédiatement des reconnaissances aériennes dès l’aube pour confirmer la nouvelle. Sans attendre, je fis informer le Président du conseil Paul Reynaud et le ministre de la guerre Edouard Daladier que : « Sur la Meuse, l’ennemi semble avoir arrêter son offensive entre Dinant et Sedan et commencerait à enlever ses chars. J’attends pour ce matin des reconnaissances aériennes qui confirmeront ou infirmeront cette nouvelle. Toutefois, il apparaît qu’au cours de la nuit, nulle part, l’ennemi a tenté de nouveau un passage en force de la Meuse. Notre artillerie continue ses tirs de harcèlement. »
A 06h, Paul Reynaud suivi de près par Edouard Daladier arriva à Vincennes. Paul Reynaud très existé - et on le comprend - me lança avec un large sourire : « Alors, mon général, c’est une victoire ! » Prudent je lui répondis : « Ca y ressemble mais avec les boches, il faut être prudent. » Entrant dans le salon, Edouard Daladier le visage fermé me lança : « Où vont-ils attaquer maintenant, en Suisse ? » Et de lui répondre : « On n’attaque pas un coffre fort ! » Dans la matinée, les reconnaissances confirmèrent le retrait des divisions blindées allemandes vers le nord coupant les axes de pénétration des divisions d’infanterie qui marchent vers l’ouest. D’où un désordre indescriptible, ah, si nous avions eu un bombardement de jour et de nuit digne de ce nom ! Vers le nord, les allemands voudraient-ils rameuter leurs divisions blindées face à la 1ère armée ? Je donne immédiatement ordre au Corps de Cavalerie de rejoindre à la nuit tombée la région de Charleroi où était restée la 3ème DLM. En tout les cas, ce matin sur l’ensemble du front d’Anvers à Sedan l’offensive allemande semble stoppée. Partout, l’ennemi paraît avoir renoncé à des actions en force. On ne parle plus que de combats de patrouilles. L’aviation allemande, elle-même, abandonne, du moins provisoirement ses attaques. Il était temps, pour les Belges en particulier. Je fais paraître au communiqué le texte suivant : « La grande bataille engagée depuis le 11 mai sur le front de Meuse s’est terminée cette nuit. L’ennemi retire ses divisions blindées sous le feu de notre artillerie. Sur le reste du front, d’Anvers à Dinant et de Sedan à la Suisse RAS.» Cette nouvelle immédiatement répercutée par la radio et la presse eut un retentissement énorme en France mais aussi dans le monde entier. L’armée française et ses alliés venaient en 6 jours de durs combats d’arrêter le ras de marée des blindés allemands. Il faut dire que sur les 2500 chars engagés dans les Ardennes, seuls 300 en deux paquets distincts, avaient pu franchir la Meuse pour se faire détruire immédiatement par nos réserves blindées. Donc 80% des chars allemands étaient restés inemployés sous le feu de notre artillerie et de nos bombardiers. L’erreur allemande était « Kolosall ». Dans la journée, le communiqué de l’OKW nous confirmait implicitement la défaite allemande : « Après avoir effectué un raid en profondeur qui les a conduit sur la Meuse d’Yvoir à Sedan, nos divisions blindées qui ont fait des milliers de prisonniers français et belges et ont capturé ou détruit un matériel considérable, sont maintenant disponibles pour d’autres missions. Aujourd’hui, le gros des forces allemandes appuyé par une puissante artillerie est en place sur la Meuse pour bloquer toute tentative d’offensive alliée à travers les Ardennes. » Ainsi, l’armée allemande tombait en garde au bout de six jours d’offensive. Effectivement, elle ne valait pas celle d’août 1914. Une des retombées de cette victoire, et non des moindres, fut de sortir notre pays de cette léthargie dans laquelle il était plongé depuis septembre 1939 et contre laquelle je m’étais tant battu. Les généraux Corap et Huntziger eurent les honneurs de la presse « Les nouveaux vainqueurs de la Marne », qui cette fois avait eu lieu sur la Meuse. Pour la première fois depuis 1870, l’armée française n’avait pas perdu la bataille des frontières. Mais après ce premier coup d’arrêt « l’héritier de Joffre et de Foch » comme me surnommait la presse, se demandait bien de quoi l’avenir serait fait. Edouard Daladier me dit que depuis le 11 mai, l’effort dans les usines était formidable et que la production avait fait un énorme bon en avant. Ce matin, le parti communiste depuis sa clandestinité, avait appelé tous les travailleurs à se mobiliser pour faire barrage au fascisme. Changement d’attitude de Moscou ? Notre victoire sur la Meuse n’allait-elle pas retourner l’URSS et la faire passer dans notre camp en instaurant un second front, hantise de l’état major allemand. Dans la soirée, Paul Reynaud reçu un message de félicitation du Duce lui-même « Pour cette brillante victoire sur la Meuse, digne des plus grandes traditions militaires françaises » Ainsi, comme je l’avais toujours dit : si nous perdons une bataille l’Italie sera contre nous, si nous en gagnons une elle sera avec nous.

18 mai
Dans la nuit, notre bombardement de nuit renforcé d’une vingtaine d’Amiot 350 de la 21ème escadre et de 60 Wellington britanniques attaquent les colonnes blindées allemandes qui remontent vers le nord. Notre artillerie à longue portée continue à tirer, tandis que l’artillerie d’armée et de corps d’armée continue ses tirs de harcèlement pour gêner le départ des unités blindées ennemies et le mouvement des unités d’infanterie qui arrivent pour les relever. Sur le front belge, l’arrêt de l’offensive allemande permet la montée en ligne de nos trois DI qui viennent renforcer la défense à l’ouest de la place d’Anvers. Devant le BEF, l’ennemi a cessé son offensive ce qui permet à l’armée britannique de réorganiser son dispositif. Même chose sur le front de la 1ère armée derrière laquelle, le vaillant groupement Duchesne se repose et se réorganise, il passera aux ordres du Corps de Cavalerie dans la soirée. A Sedan, on signale l’arrivée d’une nombreuse infanterie allemande qui s’installe plutôt mal que bien sous le feu de nos mortiers dont les 150 mm Fabry qui commencent à manquer de munitions. Dans la région de Le Chesne, le 1er groupement cuirassé s’est regroupé ainsi que le Corps de Cavalerie dans la région de Charleroi. On peut donc considérer la situation comme stabilisée et profiter au maximum de ce répit pour réorganiser nos forces en tenant compte des enseignements de la bataille. A 15 heures je partis en avion pour rejoindre Abbeville où se tenait le Conseil Supérieur Allié. A mon arrivée, W. Churchill m’accueille les bras ouverts en me lançant « Well done ! » A la demande de Paul Reynaud, j’ouvre la séance par un exposé de la situation militaire sur le front nord-est. Les armées alliées, tiennent un front qui part d’Anvers à la Suisse. L’armée belge après un certain flottement se maintient fermement sur une partie du canal Albert tandis que le BEF et la 1ère armée sont restés maîtres du terrain. Sur le front de Meuse, les Allemands replient leurs divisions blindées vers le nord, faute de pouvoir les replier vers l’est, les routes des Ardennes étant trop rares et trop étroites pour permettre la circulation pour des colonnes montantes et descendantes. Que vont faire les Allemands de leurs divisions blindées ? Ils vont certainement les regrouper et les réorganiser après les combats où elles ont enregistré des pertes significatives. Pour l’instant nul ne peut prévoir quand et où elles seront engagées de nouveau. Malgré ce que disent certains, la défaite des divisions blindées dans l’Ardenne est essentiellement lié au fait que celles-ci sont venues buter contre une coupure fortement tenue et sous le feu puissant de notre artillerie. Par ailleurs et malgré cela, elles ont réussi à passer la Meuse en deux points soit au nord de Dinant et dans la presqu’île d’Iges. A l’évidence, les divisions blindées constituent un puissant moyen de rupture et d’exploitation que la manœuvre à travers les Ardennes, audacieuse et qui aurait pu nous surprendre, n’a pas permis d’utiliser pleinement. Il est clair qu’à l’avenir, seules des divisions blindées pourront en arrêter d’autres. Il faut donc que les alliés multiplient leurs grandes unités blindées pour rattraper au plus vite leur infériorité en ce domaine. W. Churchill promet une division blindée pour la fin mai et une autre pour octobre. Enfin, en fonction de la faiblesse de notre bombardement tactique qui aurait pu transformer les Ardennes en tombeau pour les Allemands si nous avions disposé de moyens plus puissants, je propose que les unités de bombardement tactique soient placées sous un seul et même commandement qu’il soit britannique ou français. Ma proposition ne reçoit guère d’écho chez nos alliés et W. Churchill se contente d’un vague « il faut réfléchir ». Nous pouvons donc considérer que nous venons de gagner la première manche. Grâce à la manœuvre Dyle heureusement modifiée début mars, nous tenons maintenant un front solide qui couvre les régions industrielles françaises du nord et de l’est mais aussi celles de Belgique, sauf autour de Liège qui est aux mains des Allemands. Nous nous retrouvons donc dans une situation bien plus favorable qu’en septembre 1914. En ce qui concerne la Hollande qui était indéfendable, on peut craindre qu’à partir de son sol, l’aviation allemande lance de puissantes offensives sur l’Angleterre. Le conseil se termine à 17 h 30 min. et à 20 heures je suis à Vincennes.
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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Dim 23 Mar 2008 - 16:19

Je viens de divisier les sujets relevant de cette uchronie-ci pour leur donner leur fil de discussion.

Le fil de discussion original "la victoire en rêvant" est ici:
http://atf40.forumculture.net/la-victoire-en-revant-f29/france-40-la-victoire-en-revant-t327.htm

Tous ceux qui "surveillaient les réponses" de "la victoire en rêvant" doivent cliquer sur le lien ci-dessus pour s'y ré-abonner, parce que la "surveillance" a désormais été transférée sur cette discussion ci.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 17:51

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

1ère partie
19 mai 1940
Très tôt je m’envole pour Sedan avec mon escorte de MB 152. A 09 heures, je suis au QG du général Huntziger où se trouve aussi le général Grandsard commandant le 10ème CA et qui a été au cœur de la bataille de Sedan. Ce dernier me décrit la bataille et me dit : « C’est votre plan Hannibal qui nous a sauvé. Si les choses étaient restées en l’état de la manœuvre Dyle initiale, aujourd’hui les chars allemands auraient enfoncés notre front et menacerait d’enveloppement toutes nos forces massées en Belgique » Il est vrai que certains documents saisis sur l’ennemi confirment que l’objectif initial de l’ennemi était d’atteindre la Manche pour couper en deux les forces alliées. Nous partons alors en voitures blindées visiter des unités sur le front. En fin de matinée j’arrive au PC du général Delestraint qui m’attend accompagné du colonel de Gaulle. Ce dernier, comme à son habitude, me fait un brillant exposé sur l’engagement du groupement cuirassé le 16 mai qu’il conclut en ces termes : « Ce succès a été obtenu grâce aux conditions très favorables dont nous avons bénéficiées. Aussi, il ne faudrait pas mépriser la valeur des divisions blindées allemandes qui n’ont connu qu’un revers et non une défaite et ceci, par la faute du commandement allemand qui les a engagées dans un cul de sac. Il faut qu’au plus vite, la France se dote d’un outil de décision identique, ce que je préconise depuis des années, car la guerre ne fait que commencer. » A table, j’expose au général Delestraint ma vision d’avenir en ce qui concerne nos divisions blindées. Les 3ème et 4ème DCr formeront un second groupement cuirassé. Ce dernier, avec le 1er formera un CA blindé dont je compte lui remettre le commandement, le colonel de Gaulle (qui passera général dès le lendemain) lui succédera, reste à désigner le commandant du 2ème groupement. Malgré la production du char B 1bis qui ne cesse d’augmenter, je ne compte pas multiplier maintenant le nombre de DCr mais je souhaite porter de 2 à 4 le nombre de bataillons de B 1bis par DCr. Ceci, en attendant que chaque DCr puisse disposer de 6 bataillons de B Ibis soit 210 chars puissants et 90 chars légers. De son coté, le général Bruneau commandant la 1ère DCr me confirme que l’apparition massive des chars B 1bis sur un front étroit a jeté la panique dans les rangs allemands dont les canons antichars sont sans effet sur leur blindage. Par contre, les Allemands utilisent des antichars lourds qui percent un B Ibis à 2000 m. A son avis, il manque à sa division une artillerie automotrice capable de suivre les chars et capable de tirer à vue de batterie contre ces antichars lourds. Le général Bruché qui commande la 2ème DCR me dit que le canon en caisse du B Ibis ne sert pratiquement à rien en combat contre les chars. Il se déclare partisan d’un char du type B armé en tourelle d’un canon de 75 mm puissant. D’autre part, la tourelle monoplace doit être écartée au profit d’une tourelle biplace. Il me dit qu’heureusement, les Allemands n’ont pu faire passer qu’un faible nombre de chars lourds sur la rive ouest car sinon nos pertes en B Ibis auraient été beaucoup plus élevées. Les chars lourds allemands, comme je pourrais le constater après le déjeuner, sont équipés d’une tourelle à 3 hommes et que le modèle IV avec son canon de 75 mm en tourelle peut détruire un char B à 800 m. Il constate aussi que les chars allemands tirent grâce à leur tourelle multiplace trois fois plus vite que nous. Enfin, il me dit que les chars légers sont impropres au combat contre les chars et qu’il faut les réserver au nettoyage une fois les chars ennemis détruits. Il conclut en me disant que même dans ce rôle secondaire, il doivent tous être équipés de la radiophonie et que celle-ci doit être utilisée comme moyen de communication normal au combat pour les B Ibis, la graphie étant trop lente. Le général Bruneau reprend alors la parole pour me dire que ma décision de réintroduire les remorques citernes pour les B Ibis a été sage car au combat, ces derniers consomment énormément d’essence. Sans elles, nos chars B Ibis seraient tombés en panne d’essence en plein combat. Le colonel de Gaulle constate que l’engagement des chars légers lors de la première contre attaque sur la presqu’île d’Iges a été une catastrophe, le 4ème BCC y a été anéanti sans aucun profit. Selon lui, les chars légers sont à supprimer le plus vite possible. « Notre production doit être redirigée exclusivement vers nos chars capables d’affronter ceux de l’ennemi. Transformons nos chars légers en chasseurs de chars en enlevant la tourelle pour la remplacer par une casemate armée d’un canon de 47 mm de Puteaux ». Le général Delestraint et les autres généraux approuvent ces propos. Le général Delestraint exprime ensuite son souhait que chaque DCR reçoive un régiment porté sur camionnettes, si possible tout terrain, car on ne peut, au moment de la bataille, leur accoler un régiment d’infanterie avec lequel elle n’a jamais manœuvré. Tous s’accordent à dire que les DCR doivent devenir de grandes unités blindées autonomes, dotées de tous les moyens pour mener leur combat. « Comme les DLM » me dit le général Delestraint. Enfin, juste avant de sortir de table, le général Delestraint me déclare : « Il faut renforcer de manière très significative nos moyens de dépannage car actuellement ils sont insuffisants surtout si nous avions à mener une guerre de mouvement. Le groupement serait alors usé en quelques jours. »
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 17:53

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

3ème partie

D’ailleurs, nous allons alléger notre dispositif entre Houx et Sedan. Contre le BEF et la 1ère armée et à leur jointure ? Pourquoi pas mais, maintenant, le dispositif des alliés a pris de la profondeur et les premiers chasseurs de chars Laffly commencent à sortir. De plus, la 7ème armée est prête à prêter main forte à la 1ère armée (et au BEF) ainsi que le Corps de Cavalerie qui, si on en croit les prisonniers, a fait une grosse impression sur l’ennemi. Sur le front de l’armée belge ? A la réflexion, ceci permettrait aux Allemands de déboucher de la Belgique en direction de la Somme et par une manœuvre d’enveloppement de prendre à revers le BEF, et les 1ère et 9ème armées. Ce serait une manœuvre à l’inverse de celle qu’ils ont tentée dans les Ardennes et une reprise « mécanique » de l’idée de Schlieffen. Dans ce cas, leur supériorité en grandes unités blindées leur donnerait un avantage certain surtout que le Corps de Cavalerie et le 1er Groupement Cuirassé auraient certainement le plus grand mal à contenir le ras de marée. J’en suis là dans mes notes quand brutalement mon Amiot 350 amorce une brutale manœuvre sur l’aile. Des chasseurs ennemis sont à nos trousses et viennent d’abattre deux de nos MB 152 d’escorte. Un obus explose à l’arrière de la carlingue, criblant d’éclats mes dossiers et ouvrant une brèche par laquelle le vent entre avec fracas. L’avion pique vers le sol pour échapper aux chasseurs ennemis mais les nôtres reprennent vite le dessus et bientôt nous nous posons sur le terrain à coté de Florennes. Nous l’avons échappé belle ! Un infirmier panse ma main gauche légèrement blessée par un minuscule éclat. A 09 h 15 minutes, je suis au QG du général Corap qui m’accueille chaudement, déjà au courant de l’attaque de mon avion. Le général fait un exposé de la situation de son armée. Sur tout son front c’est un calme relatif. Notre artillerie exécute des tirs de harcèlements sur des objectifs repérés et l’infanterie allemande qui tient la rive est, lance pratiquement chaque nuit des patrouilles qui traversent la Meuse à la rame sur des canots pneumatiques avant de se replier dans la brume. Ces coups de mains connaissent des fortunes diverses mais entretiennent un climat d’insécurité dans nos unités dont les sentinelles sont doublées. Nos corps francs se tiennent prêts à intervenir à la moindre alerte et procèdent eux aussi à des incursions dans les lignes ennemies. Ils réclament des canots pneumatiques comme ceux qu’utilisent les Allemands et bien plus pratiques que nos sacs Habert, plusieurs canots ennemis capturés vont être dirigés vers nos services techniques pour études. Le général Corap me confirme que l’infanterie allemande qui a remplacé les divisions blindées ne dispose pas d’un dispositif très étoffé, ce qui rend une offensive très peu probable. Le général se déclare très satisfait des renforts en DCA que son armée a reçu en particulier les batteries de 25 mm pour ses divisions. Cela a permis de créer une organisation cohérente et d’abattre plusieurs appareils allemands d’observation qui maintenant ne se risquent plus guère au dessus de nos lignes sauf à une altitude prudente. Ensuite, il me fait un historique des combats de son armée pendant la bataille de la Meuse et commence par me dire que si nous en étions restés à la manœuvre Dyle initiale ses gros n’auraient jamais pu être sur la Meuse avant que les chars allemands ne l’aient déjà passée. Il me dit que la tête de pont conquise par les Allemands le 14 mai et l’irruption massives des chars dès l’aube du 15 lui a fait craindre le pire surtout après l’échec de la contre attaque menée avec les trop faibles moyens de l’Armée. Toutefois, l’apparition de nos bombardiers et de nos chasseurs qui dominèrent le ciel pendant une heure fut un précieux réconfort pour nos hommes. La contre-attaque du Corps de Cavalerie avec ses puissants chars Somua et son succès, a démontré à tous que les Allemands n’étaient pas invincibles surtout quand nos troupes les ont vus abandonner armes et matériel pour repasser la Meuse à la nage. « Aujourd’hui, la position de l’armée est bonne, le moral de la troupe excellent. Les boches peuvent essayer de revenir, on saura les recevoir ! », conclue le général Corap. Nous allons ensuite visiter des unités et en particulièrement la 4ème DINA du général Sancelme qui a magnifiquement tenu sur la Meuse de Givet contre les attaques de l’infanterie allemande et avec qui nous déjeunons. En début d’après midi, je gagne la région de Charleroi pour rendre visite au Corps de Cavalerie et à son chef, le général Prioux. Celui-ci me reçoit comme un cavalier sait le faire. Les généraux commandants les 3 DLM sont là ainsi que le général Duchesne qui s’est illustré en couvrant l’installation de la 1ère armée sur la Dyle et qui maintenant forme avec ses bataillons de mitrailleurs et ses automoteurs antichars la réserve du Corps de Cavalerie. En camarade, le général Prioux laisse le général Duchesne ouvrir la réunion. Celui-ci me brosse d’une manière concise le déroulement de la bataille d’Hannut. Il me dit que les Allemands ont été très surpris lorsqu’ils sont venus buter contre ses points d’appui dès le 12 mai. Ils l’ont été encore plus par son organisation sur le terrain auquel le groupement avait tant travaillé pendant deux mois de concert avec le Corps de Cavalerie. « Nos champs de mines et notre DCA les ont déconcertés et l’action de nos automoteurs stupéfaits. Ceux de 25 mm sur chenillette, très bas et mobiles ont à plusieurs reprises stoppé net des attaques massives de chars qui n’arrivaient pas à détecter d’où venaient les coups, nos automoteurs tiraient 3 obus à la suite et changeaient immédiatement de position.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 17:54

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

4ème partie

Les attaques aériennes, toujours spectaculaires, ont souvent été dispersées par nos 25 de DCA et les coups de balai de notre chasse ont, à chaque fois, jeté la panique dans les escadrilles ennemies. Ces coups de balai furent aussi un précieux réconfort moral pour mes mitrailleurs. La formule de l’automoteur de 25 sur chenillette est à développer car elle décuple le rendement du canon par rapport à un affût classique. Il ne leur manque qu’un ER radio qui permettrait de mieux coordonner leur manœuvre. » Je réponds au général Duchesne que nous envisageons la transformation des chars légers en chasseurs de chars et qu’actuellement, des automoteurs de 47 mm Laffly sont en cours de livraison et commenceront à être dirigés vers lui à partir du 25 mai prochain. Il est prévu que 10 batteries à 5 automoteurs de 47 mm et 3 automoteurs de 25 CA chacune lui seront affectées en priorité Toutes les unités devraient être en place pour le 10 juin, le 15 au plus tard. Je retiens aussi, sa proposition de doter les automoteurs d’un ER « en fonction des sorties d’usine. » C’est ensuite au général Prioux de prendre la parole pour me décrire la manœuvre du Corps de Cavalerie dont la contre attaque du 15 mai s’est effectuée avec 3 escadrons de Somua pour chaque DLM, un quatrième étant maintenu en réserve. Les Somua étaient suivis par les Dragons Portés appuyés par les chars légers. Le général Prioux regrette que sa grande unité ne dispose pas d’artillerie automotrice capable d’appuyer ses chars à vues de batterie. Au combat, les liaisons radio n’ont pas très bien fonctionné et l’absence de radio dans les chars subordonnés a été la source de retards dans l’exécution de la manœuvre. Toutefois, la puissance des Somua s’est imposée face aux chars allemands qui, pour l’essentiel, étaient des engins légers. Le principal adversaire de nos Somua a été le char type 4 avec son 75 en tourelle. Heureusement, au moment de la contre attaque, les Allemands n’avaient pu en faire passer qu’une douzaine sur la rive ouest. Ce sont eux qui ont détruit la plupart des Somua que nous avons perdus. Le général insiste sur le fait qu’il a perdu une douzaine de Somua en 4 heures de combat sans compter les chars légers. Il demande une intensification de la production des Somua car « En cas de bataille de chars généralisée, la consommation de matériel, des chars en particulier, sera beaucoup plus importante que celle que nous avions prévue jusqu’alors. » Je lui dis que je fais accélérer la formation de la 4ème DLM grâce à la dissolution des DLC dont les personnels, maintenant aguerris, prendront en main le matériel prévu pour l’équipement de cette grande unité. Elle devrait être prête pour le 15 juin. Prévue initialement pour l’hypothèse Suisse, cette grande unité lui sera affectée « de façon à faire du Corps de Cavalerie renforcé du groupement Duchesne et de la 5ème DIM un véritable corps de manœuvre blindé.» Le général Picard qui commande la 1ère DLM me confirme que ses équipages réclament un Somua avec un canon de 47 mm long ou même d’un 75 mm en tourelle. Lui aussi se déclare partisan pour que, sans attendre, on installe une tourelle biplace sur le Somua et que tous soient dotés de la radio. Le général Bougrain qui commande la 2ème DLM suggère qu’en attendant l’arrivée de Somua à canon long, on affecte aux DLM au moins un escadron de chasseurs de chars chenillés avec canon de 47 mm puissant du type APX 37 en lieu et place de la batterie divisionnaire antichar tractée. Par ailleurs, il se réjouit de la décision que j’ai prise fin mars de renforcer la DCA des DLM par une batterie de 40 mm Bofors prélevés sur les moyens de la DAT et le doublement de la batterie de 25 mm CA divisionnaire. A son avis, ces moyens doivent être augmentés pour porter l’effectif à deux batteries de 40 et quatre de 25 mm. « Car si notre chasse est intervenue à plusieurs reprises d’une manière efficace mais fugace, c’est bien l’aviation allemande qui est maîtresse du ciel en permanence. Nos colonnes ont été l’objet d’attaques fréquentes par des bombardiers en piqué qui nous ont créé quelques pertes, principalement aux Dragons portés dont les voitures ne sont pas blindées. Dès que notre DCA a pu entrer en action, ces attaques se sont dispersées et les bombes lancées au hasard. Pour une meilleure action de la DCA, et pour le moins, les canons de 25 mm devront être transformés en automoteurs. » Pour le général, il serait bon que les bataillons de Dragons portés soient au plus vite dotés d’au moins une section de mitrailleuses lourdes de 13,2 mm jumelé du type de celles en service dans la DAT et installées sur plate forme de voiture type DP. Cet entretien avec les responsables du Corps de cavalerie me confirme les propos que m’ont déjà tenus les généraux du Groupement Cuirassé. Dès lors, je pense à réunir en une seule Arme cavaliers et chars mais avant cela, il faut que la Direction de l’Infanterie relâche son emprise sur les Chars. De Gaulle m’apparaît alors comme l’homme capable de mener à bien une telle mission plus morale et d’autorité que matérielle. Après le dîner, je dors à Charleroi car demain j’ai rendez vous avec l’état major allié des forces combattantes en Belgique. Mais avant de me coucher, on m’informe que de nombreuses forces d’infanterie et d’artillerie se massent face à la Suisse. Les Allemands commettraient-ils l’erreur de s’en prendre à ce petit pays ?
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 17:56

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

5ème partie
Je demande immédiatement au général Prételat commandant le GA 1 de mettre en alerte la 8ème armée. Coup de bluff ou réalité d’une prochaine offensive ? Avec leur supériorité numérique, les Allemands peuvent à tout moment lancer deux à trois offensives simultanées. Mais d’après mes renseignements, les divisions blindées retirées à grand’ peine des Ardennes se « refont » à l’est d’Aix la Chapelle. Il est vrai qu’elle peuvent en une nuit se retrouver à 200 km de là au sud ou au nord ouest, donc prudence….

21 Mai
A 08 h 30 min. j’arrive à Mons et la conférence entre les grands chefs des armées du Nord commence. Sont présents :
Pour les Belges, le général Van Overstraeten, qui représente le roi des Belges et dont il est l’aide de camp. Je connais l’homme, il n’est pas d’un caractère facile. Le lieutenant général Michiels, chef d’état major général de l’armée belge.
Pour les Britanniques, Lord Gort commandant le BEF avec à ses cotés, le général Ironside, délégué par Londres.
Pour les Français, le général Billotte commandant le GA 2, le général Blanchard commandant la 1ère armée.
J’ouvre la séance par un court exposé de la situation telle qu’elle se présente en ce matin du 21 mai : Les armées alliées tiennent un front qui court de la mer du Nord en passant par Anvers, Louvain,Namur, Sedan, Strasbourg et la frontière suisse. Après leur échec dans les Ardennes, et donc le succès de la manœuvre Dyle, les Allemands font serrer le gros de leurs divisions d’infanterie et de leur artillerie sur ce front entre la mer du Nord et Sedan. Les divisions blindées allemandes se sont concentrées dans la zone Maastricht - Aix la Chapelle, certainement pour se remettre en condition après les pertes qu’elles ont subies sur l’ensemble du front et principalement dans les Ardennes. J’estime que l’armée allemande sera en mesure de reprendre l’offensive début juin « au plus tard vers le 10 ou le 15 ». Comme l’a démontré la bataille de la Meuse, seule une action rapide et massive de réserves blindées appuyées par l’aviation peut rétablir une situation compromise même localement. Je fais part de ma décision de placer le Corps de cavalerie français – seule réserve blindée puissante et mobile dont les alliés disposent – au centre du front Nord entre Escaut et Gendre, à la charnière des armées franco-britanniques, pour pouvoir appuyer suivant la situation les armées belge, britannique ou française. J’ajoute que cette réserve sera augmentée fin juin par une nouvelle DLM. Cette force ne devra pas être dispersée mais utilisée que sur mon ordre et en masse. Je fais part, par ailleurs, de mon souhait de voir la division blindée britannique qui commence à arriver en France être associée au Corps de Cavalerie pour renforcer son action. En cas d’offensive allemande sur le front belge, je préconise l’organisation d’une seconde position d’armée sur un front allant d’Ostende, Bruges, Gand, Malines, pour y recevoir l’armée belge et les grandes unités françaises qui combattent à ses cotés. Pour les armées je préconise la multiplication des unités de chasseurs de chars en les regroupant en arrière du front pour faire un premier barrage au débouché de chars ennemis dans nos positions. Je fais part aussi de ma crainte de voir les Allemands lancer une puissante offensive contre l’armée belge pour tenter une manœuvre à la « Schlieffen » dans le but d’enrouler toutes les forces alliées tenant le front Nord d’Anvers à Sedan et les obliger à capituler en rase campagne. En plus des 3 DI françaises prêtées à l’armée belge, 2 nouvelles DI viendront les renforcer dans un délai d’une semaine et passeront elles aussi sous commandement belge. Enfin, les aviateurs belges repliés en France seront rééquipés et utilisés temporairement au sein des forces aériennes françaises avant que, les moyens étant réunis, ces aviateurs reforment au plus vite une force aérienne belge. Je fais aussi part de mon soucis devant les concentrations allemandes face à la frontière suisse qui « en cas d’attaque contre ce pays, obligerait la France à puiser sur ses forces dans le Nord au profit de ce nouveau front. » Le général Van Overstraeten prend la parole le premier pour regretter le manque de communication entre les forces belges et les alliées dans les premières heures de la bataille. Selon lui, c’est la cause des premières défaillances des unités belges, principalement dans les Ardennes où des colonnes belges auraient été bombardées de nuit par nos forces aériennes. Agacé, je répond au général Van Overstraeten que cette situation est directement liée à la position de la Belgique avant le 10 mai 1940 et donc qu’elle doit ne s’en prendre qu’à elle-même. J’ajoute que si la coopération avait été acquise dès septembre 1939, nous serions actuellement sur le canal Albert et non sur la Dyle. Enfin, je lui rappelle sèchement que pour rattraper « de justesse » les errements de la politique de neutralité outrancière de la Belgique, plusieurs milliers de soldats britanniques et français ont donné leur vie. Renfrogné, le général Van Overstraeten, me fait part de ses doléances détournant ainsi la conversation. Il réclame un meilleur appui de l’aviation particulièrement de la Royal Air Force, des chars, des armes antichars, des mines, des munitions, bref tout ce dont la Belgique n’a pas su se doter dès le temps de paix. Je lui dis qu’en fonction des disponibilités, nous aviserons.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 17:58

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

6ème partie
Pour l’instant, cinq divisions françaises formant deux corps d’armée sont mises à sa disposition et placées sous le commandement du lieutenant général Michiels. C’est tout ce que nous pouvons faire. Le général Van Overstraeten demande alors qu’une DLM vienne renforcer l’armée belge. Mon refus est catégorique. Si le besoin d’engager une force mécanisée se fait sentir sur tel ou tel point du front, c’est à moi, et moi seul d’en décider. Pas question d’une dispersion de nos trop rares grandes unités blindées. Pour détendre l’atmosphère pesante, je conseille au général Van Overstraeten de réunir en masse de manœuvre et en arrière de son front les régiments de chasseurs qui disposent d’un nombre non négligeable « d’excellents chasseurs de chars T 13 armés d’un canon de 47 mm, sur lesquels l’armée française va prendre exemple pour se doter au plus vite d’un matériel comparable. Je serais très honoré si la Belgique voulait bien nous confier rapidement et pour quelque temps, un de ces engins afin que les services techniques français puissent l’examiner.» A ces mots le général Van Overstraeten se détend et m’assure que l’armée belge saura remplir ses obligations en cas d’offensive allemande sur son front. Il confirme qu’il va mettre à notre disposition dès demain un T 13 pour examen. C’est ensuite à Lord Gort de dresser un tableau de la situation du BEF. Ce dernier a parfaitement tenu sa ligne de front entre Louvain et Wavre assurant ses liaisons à gauche avec l’armée belge et, à droite, avec la 1ère armée française. Partout les attaques ennemies ont été contenues y compris les unités d’assaut de SS. Il exprime sa crainte en cas de rupture du front belge de se voir tourner sur sa gauche et suggère un repli préventif sur l’Escaut pour en revenir à la manœuvre initiale. Je lui réponds que cette manœuvre avait le désavantage d’offrir à l’ennemi la disposition de tout le territoire compris entre l’Escaut et la Sambre et surtout d’abandonner sans combat Bruxelles. En fait, Lord Gort, cherche à se ménager une « porte de sortie » vers la mer si les choses tournaient mal. Le général Ironside très proche de W. Churchill vient alors à ma rescousse en demandant si nous aurions les moyens de lancer une offensive pour nous assurer le canal Albert et la Meuse de Liège. Ma réponse est négative car l’ennemi dispose sur nous d’une supériorité écrasante de grandes unités principalement blindées. « Il faut garder notre front actuel sans esprit de recul, une offensive de ce style ne pourra être envisagée que l’année prochaine au mieux lorsque les moyens nécessaires seront réunis. » Je dis alors que j’envisage de transformer la Belgique en un vaste camp retranché avec la création de plusieurs lignes de défense « préparées à l’avance ». En premier lieu, il faut prévoir dès aujourd’hui d’installer une deuxième position pour l’armée belge sur la ligne Manche, Bruges, Gand, Malines. Mais aussi une troisième ligne avec bretelle sur l’Escaut qui rejoindrait la position frontière fortifiée française. Une quatrième position sera aménagée sur l’Yser joignant la Lys et se raccordant à notre position frontière à hauteur de la place forte de Lille. Les intervalles entre ces lignes de défense successives seront tenus par de grandes unités en réserve. En cas de pression ennemie trop forte, nos forces pourront ainsi reculer de manière méthodique pour s’installer sur ces lignes de défense qui seront aussi des bases de départ pour lancer des contre attaques. Les grandes unités en réserve devront occuper tout ou partie de ces lignes pour y organiser les plans de feux et les retranchements. Ce que je ne dis pas, c’est que j’ai demandé au Génie d’étudier au plus vite une ligne de défense sur la Somme et l’Aisne « au cas où la fortune des armes nous serait contraire dans le Nord ». Le général Billotte approuve ces dispositions et résume ces projets « la Belgique sera comme un édredon pour amortir les coups que pourra nous porter l’ennemi et sur lequel nous pourrons rebondir.» Enfin, je recommande à la 1ère armée et à la 9ème d’assurer leur couverture vers le Nord à la jointure des armées pour couvrir un éventuel repli face à une puissante offensive ennemie débouchant vers le sud, sud-ouest et sud, sud-est. J’invite le BEF à faire de même. La réunion est levée à 10 h 30 min. Sur le perron, je prends le bras du général Van Overstraeten et je lui dis : « Dites au Roi, que l’armée belge aura certainement un rôle de premier plan, un rôle historique, à jouer en cas de puissante offensive allemande contre son front. C’est par elle que passera la victoire ou la défaite des armées alliées en Belgique. » Le général sourit alors et me sert chaleureusement la main en me disant : « Mon général, maintenant que les malentendus sont dissipés, l’armée belge aura à cœur d’accomplir sa mission comme elle a su le faire en 14 sur l’Yser. » Ensuite je pars avec Lord Gort et le général Ironside pour visiter des unités britanniques dans le secteur de Louvain. Dans la voiture, le général Ironside me dit que le « Prime » a beaucoup d’estime pour moi et qu’il admire la manière dont j’ai conduit la bataille de la Meuse et gagné la bataille des frontières. Je lui réponds que c’est l’erreur monumentale des Allemands qui m’a beaucoup aidée dans cette affaire et qu’à mon avis, le pire est à venir. A Louvain, nous déjeunons au PC de la 3ème DI britannique qui a interdit l’accès de la ville aux Allemands. Le repas, préparé par le grand chef d’un des plus célèbres restaurant de la ville est délicieux. Au cours de ce déjeuner, nous parlons beaucoup avec le général Ironside des efforts de la Grande Bretagne pour augmenter les effectifs du BEF car « tant que nous n’aurons pas avec les Allemands une égalité en grandes unités nous ne pourrons penser à lancer de grandes offensives pour les ramener chez eux.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:00

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

7ème partie
Cette position défensive risque, à terme, de nous être fatale. Le général Ironside me parle du manque d’armement pour former de nouvelles unités et il espère que le plan d’aide mis au point depuis le début de l’année pourra effectivement fonctionner à partir de juillet 40 comme prévu. Je lui confirme qu’à partir de cette date, l’industrie française livrera à l’armée britannique les matériels qui lui sont nécessaires pour monter en puissance. Mais je précise qu’il est indispensable que la Grande Bretagne mobilise au plus vite son industrie d’armement terrestre, ce qu’elle n’a pas fait jusqu’à présent. Après cet excellent repas dont je félicite le grand chef belge, je quitte Lord Gort et le général Ironside pour aller visiter la 1ère armée. Sur la route, comme à l’aller pour Louvain, partout des traces de guerre. Villages bombardés, véhicules détruits dans les fossés dont beaucoup de civils, des avions alliés et allemands vomis dans les champs, cadavres de bestiaux. A 16 h 30 min, je suis au PC de la 5ème division marocaine qui a contenu aux prix de fortes pertes l’attaque des chars allemands le 15 mai, forçant l’ennemi au repli. Je remets quelques décorations à ces braves puis je me dirige vers Charleroi où un Goéland m’attend. A 21 heures, je suis de retour à Vincennes.

22 mai
Ce matin, je quitte Vincennes pour aller m’installer à La Ferté sous Jouarre dans les locaux qui me sont réservés au QG du général Georges depuis le 3 septembre. Ainsi, avec lui, je vais pouvoir conduire la bataille qui s’annonce. Ce déplacement est en réalité une réorganisation du commandement que je réalise d’autorité sans que qui que ce soit ne trouve à redire tant mon autorité est grande après la victoire de la Meuse alors qu’implicitement, tout le monde s’attendait plutôt à une nouvelle victoire de la Marne. Le général Georges ne me cache pas sa satisfaction de me voir venir à ses cotés car comme moi, il est persuadé d’une nouvelle offensive d’envergure ennemie assez prochaine. Avec lui, nous examinons les sanctions à prendre contre les officiers, généraux ou subalternes dont le comportement n’a pas été à la hauteur des circonstances. Je sais qu’Edouard Daladier fait lui aussi prendre toute une série de mesures contre les saboteurs qui agissent dans nos usines, Renault et Amiot en particulier. Vingt trois généraux, 61 colonels et lieutenant colonels seront limogés tandis que plus de 300 officiers subalternes seront sanctionnés et 1567 sous officiers et soldats seront punis, certains d’entre eux pour des actes de pillage. Dix sept meneurs communistes ouvriers seront condamnés à mort, puis graciés, et 72 condamnés à la prison. Ces mesures et la victoire de la Meuse vont avoir un effet bénéfique tant dans la troupe dont le moral est excellent que dans l’industrie où la production monte en flèche. La France sort enfin de sa léthargie pour entrer en guerre. Du coup, on sent les énergies se bander et je signe un ordre du jour à destination des ouvriers de l’intérieur et du front qui se termine par : « Tout pour l’avant », je n’ai pas écrit « Tout pour le front » notion trop statique à mon goût.
En ce qui concerne les Armes, la situation en ce 22 mai est la suivante :

Cavalerie :
Les DLC sont dissoutes. Les unités montées sont transformées en unités portées grâce à l’afflux des camions tout terrain américains. Le 7ème RDP de la 4ème DLM est ainsi équipé tandis que ses personnels proviennent de deux régiments montés. Les tracteurs Laffly ainsi récupérés passent en volant pour alimenter la bataille. Pour les régiments de chars de la 4ème DLM, ce sont des personnels sans voiture de combat, perdues dans les Ardennes, qui forment le noyau dur, il en va de même pour l’artillerie. Les restes des unités mécanisées des DLC qui disposent encore de leur matériel (AM et chars), forment deux groupements de reconnaissance affectés chacun aux 1er et 2ème groupement cuirassés. La 4ème DLM qui vient de bénéficier d’une livraison massive de 60 chars Somua en plus des 22 qu’elle possédait déjà pourra rejoindre le Corps de Cavalerie pour le 15 juin.

Chars :
Le 1er groupement cuirassé a rejoint la région des grands camps pour y parfaire son instruction et a pris « sous son aile » la 3ème DCR pour son instruction. Les éléments de la 4ème DCR se rassemblent à Mourmelon le Grand. Avec la 3ème DCR, la 4ème formera le 2ème groupement cuirassé. Grâce à l’arrivée massive des camions américains, nous pouvons maintenant former des unités de ravitaillement (essence, munitions, etc.) qui vont donner aux DCR l’autonomie qui leur manquait jusqu’à présent et les mettre au niveau des DLM. Par ailleurs, je fais affecter aux DCr des bataillons d’infanterie motorisée que nous pouvons former grâce à la livraison de très nombreuses camionnettes tactiques qui sortent en « masse » des usines Peugeot et Citroën. Les unités sont essentiellement des bataillons de chasseurs à pied transformés en portés et des régiments de la Légion Etrangère. Chaque groupe de combat dispose de son véhicule en propre.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:01

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

8ème partie
Infanterie
Les mesures prises concernent avant tout la motorisation totale des DIM qui jusqu’à présent voyait leur transport automobile assuré par des unités du Train mises temporairement à leur disposition. La seconde mesure est le renforcement des moyens antichars des grandes unités du GA 1 avec une augmentation sensible des pièces automotrices mais aussi des moyens de défense contre avion grâce à l’arrivée de nombreuses batteries de 25 mm montées sur plate forme de camion à défaut de tracteurs tout terrain dont la production ne suit pas. Pour les 25 automoteurs, le montage « à la Duchesne » peut être réalisé par n’importe quel atelier régimentaire. Pour les sorties neuves, on prévoit de monter une centaine de chenillettes UE 37 avec 25 mm M 37 APX par mois, ce qui supprime le problème de l’affût à roues de ce matériel et qui entrave les livraisons. Enfin, et fonction des moyens, on s’achemine vers une motorisation complète des trains des divisions d’infanterie du type normal. On attend un nouveau lot de 5 DI de formation nouvelle ou en provenance d’AFN. A ma demande, les essais de la grenade antichar Brandt/Mohaup sont accélérés et je demande une fabrication immédiate d’un premier lot de 300 000 engins capables de percer un char à 80 m et qui sont tirés à partir d’un fusil grâce à un manchon.

Artillerie
La grande question pour l’artillerie est celle des automoteurs. Ainsi, Somua pense pouvoir livrer son automoteur de 75 mm à partir de début juin à raison d’une batterie par mois. De son coté l’ARL a en cours de montage cinquante automoteurs de 75 mm V 39 et il assure qu’il pourra les livrer à partir du mois de juillet. L’AMX étudie le montage d’un canon de 75 mm sur char léger R 35 ainsi que la transformation des 24 ACG1 qui existent en ACGK dont le prototype est prêt depuis plus de deux ans. Cet automoteur pourra être armé du 75 mm du char B 1bis qui est disponible. Enfin, Lorraine propose un automoteur de 105 mm M 35 court sur le châssis de sa chenillette avec une organisation identique à celle de l’automoteur de 75 mm sur FT 17 réalisé en 1924 par la Direction de l’Artillerie et dont le prototype est conservé à Fontainebleau. Après avoir examiné le T 13 belge, l’AMX propose de monter un 47 mm M 37 APX sur châssis de R 35 ou de H 35/39. L’arme est protégée par un bouclier enveloppant et peut être pointée tout azimut. Les tôles du bouclier proviennent de carcasses de char FT 17. L’AMX pense être en mesure de livrer 5 matériels par jour à partir du 28 mai et propose de les montés sur les R 40 dès leur sortie de chaîne. Lorraine propose elle aussi, un chasseur de char sur la base de sa chenillette TRC 37 L. De son coté, le chasseur de char Laffly W 15 TCC simplifié commence à être livré à raison de 5 engins par jour. Déjà, trois batteries sont formées et vont rejoindre immédiatement le groupement Duchesne.

Le Génie/transmissions
Un premier lot de 300 ER 28 vient d’être livré aux DLM pour
l’équipement des S 35 subordonnés. Sans repos, les équipes de spécialistes installent les postes, montent les antennes et règlent les appareils. D’autres spécialistes du Génie instruisent les équipages au maniement de ce matériel heureusement très simple d’emploi. Un second lot de 300 ER 28 sera livré le 25 mai pour l’équipement des chars légers. Un troisième lot arrivera pour le 30 mai pour équiper les AM à chenilles et à roues des DLM. Pour le 1er juin, toutes devraient être entièrement équipées d’ER 28. La 4ème DLM devant recevoir tous ses postes pour la fin de la première semaine de juin. Ensuite ce sera le tour des AM des groupements de reconnaissance affectés aux groupements cuirassés. A dater du 1er juin, tous les S 35 sortant d’usine recevront directement l’ER 28 pour les chars subordonnés, l’ER 29 pour les chefs de peloton et d’escadron, ces derniers étant aussi équipés de l’ER 26. Par la suite, ce sont les chars légers des BCC des DCR qui recevront les ER 28. Cette priorité accordée à la Cavalerie résulte d’un constat simple : alors que tous les B 1bis des DCR sont dotés de la radio, seul 1 S 35 sur 5 en est équipé il y a donc là une urgence manifeste.

23 mai
Ce matin, j’assiste à une très importante réunion sur la question des chars. Sont présent le général Keller directeur de la réserve des chars - qui a été l’instigateur des chasseurs de chars Laffly et Lorraine avant le début des opérations actives - le général Prioux qui commande le corps de cavalerie, le général Delestraint qui commande le 1er groupement cuirassé, il est accompagné du général de Gaulle. Sont aussi présents les IPA Lavirotte et Molinié, l’industriel Louis Renault, le directeur de la société Somua et celui de la société Hotchkiss ainsi que le directeur des FCM. La première partie de la réunion concerne la tenue des chars au combat. Elle ne fait que confirmer le peu de valeur de nos chars légers face à une défense antichar puissante et leur quasi incapacité à livrer un combat contre les chars ennemis « Tout au plus, le char H 39 avec le canon long de 37 mm et la radiophonie peut encore convenir » lance le général Delestraint. Les généraux Prioux et Delestraint s’accordent à reconnaître que si les chars allemands sont moins blindés que les nôtres, ils sont par contre plus mobiles mis à part le Somua, bénéficient d’une tourelle triplace particulièrement bien organisée et que le 75 mm en tourelle du modèle 4 perce tous nos chars, y compris le B 1bis à hausse normale de combat. En outre, tous les chars allemands sont équipés de la radio ce qui leur permet des réactions rapides et des manœuvres d’ensemble parfaitement orchestrées. Le général de Gaulle estime, non sans raison, que « poursuivre la fabrication des chars légers ne pourra conduire qu’à la perte d’équipages valeureux et, ceci, sans profit. »
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:02

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

9ème partie
La deuxième partie de la réunion porte sur la production des chars. IPA Lavirotte déclare qu’une cinquantaine de chars B 1bis sera livrée au cours de ce mois. Il en espère une soixantaine pour juin et 80 pour août/septembre. Pour lui, l’arrêt de la fabrication des chars légers va permettre à partir d’octobre d’atteindre les 100 B 1bis mensuels. Propos qui sont confirmés par l’IPA Molinié directeur de l’AMX. Par ailleurs, l’IPA Lavirotte confirme qu’actuellement 50 automoteurs de 75 mm V 39 sont en cours de montage et pourrons être livrés à partir du début juillet « si la production du canon de 75 mm est suffisante ». C’est ensuite au directeur de la société Somua de prendre la parole. Il affirme qu’avec l’entrée en production de l’automoteur Sau 40, il ne peut actuellement dépasser les 28 châssis par mois. Il confirme toutefois qu’il pourra passer à 34 dès juillet avec la sortie du S 40 et atteindre les 80 par mois en décembre « si on lui donne les moyens nécessaires ». Ainsi, notre production de chars puissants atteint à peine 75 engins par mois (50 B 1bis et 23 S 35) et nous avons vu sur la Meuse que nous pouvions perdre ce total en 2 à 3 jours de combats. Louis Renault de son coté propose de relancer la production du char D 2 qui pourrait atteindre rapidement (juillet) les 30/mois. Ensuite, il annonce que son prototype de char de 20 tonnes sera prêt en septembre et qu’il aura des performances quasi identiques à celles du char Somua. Ses services étudient dans l’urgence une tourelle biplace du type APX 2. Enfin, il confirme que le prototype de son char G 1R à canon de 75 mm en tourelle sera prêt fin septembre « la production en série pouvant être lancée sous 6 mois ». Le directeur de Somua soumet alors l’idée d’une fabrication par Renault et Hotchkiss de la version S 40 pour laquelle on étudie (ARL/FCM) actuellement une tourelle biplace qui ne peut être installée sur le S 35. D’autre part, il fait étudier un super Somua de 30 tonnes avec canon de 47 puissant ou de 75 mm en tourelle triplace étudiée par FCM. Le directeur de la société Hotchkiss intervient alors pour confirmer l’étude d’un char de 30 tonnes « extrapolé du H 39 » avec 75 en tourelle. L’IPA Lavirotte propose de « sauter le B 1ter pour passer directement au B 40 dont le prototype est en cours de montage. » Contrairement aux B 1bis et B 1ter qui ne peuvent recevoir une tourelle biplace, le B 40 a été étudié selon cette organisation. On peut même prévoir un B 40 sans arme de casemate mais avec une tourelle triplace armée d’un 75 puissant voire d’un 90 mm du type DCA.
J’insiste alors sur la nécessité absolue d’augmenter immédiatement notre production de chars puissants et de transformer tous les BCC en bataillons de chasseurs de chars en réutilisant les châssis de leurs chars légers R, H et FCM. Ensuite, je retiens la proposition de l’IPA Lavirotte pour que nous passions « directement et sans attendre » au B 40 avec 75 ou 90 en tourelle et sans armement en casemate. Je retiens aussi les propositions du directeur de Somua pour augmenter la production du char S 35 et passer le plus vite possible au S 40 si possible avec un 47 mm puissant en tourelle, et avec l’aide des sociétés Renault et Hotchkiss. « Il ne faut pas confondre nos besoins immédiats et l’avenir, même à court terme. Il faut donc, pour l’instant, s’en tenir au char B 1bis et au Somua. Ce dernier correspond d’ailleurs au programme du char de 20 tonnes. Voyons si nous ne pourrions pas introduire un homme supplémentaire dans chacun de ces chars pour qu’il puisse servir de pourvoyeur/chargeur, libérant ainsi le chef de char qui ne serait plus que tireur. Mesure provisoire et certainement peu commode mais c’est un pis aller. Enfin, je propose pour l’avenir à l’horizon 1941, que notre production de chars soit axée uniquement sur le B 40 avec, de préférence, un canon de 90 et le G 1R à canon de 75 mm qui grâce au nouvel OR 40 aura des qualités de perforation quasi identique au 47 mm M 37. Le G 1R devra faire l’objet d’un pool industriel pour en assurer une production massive. Tous les autres programme et projets sont à abandonner. Après le déjeuner, j’ai cette fois une réunion avec la Direction de l’Artillerie au sujet des automoteurs. Je retrouve là les IPA et industriels de la conférence de ce matin. La première partie de la réunion n’est qu’une reprise de la réunion de ce matin en ce qui concerne les automoteurs Sau 40 et ARL V 39. Toutefois, le général directeur insiste « sur la nécessité de disposer le plus rapidement possible d’automoteurs chenillés, légèrement blindés, capables de soutenir les chars par des tirs à vue de batterie. » L’IPA Molinié confirme que l’AMX réalise actuellement un automoteur de 75 mm sur châssis de R 35 « disponible en grand nombre ». Ce prototype devrait être prêt d’ici 48 heures et serait à double fin, automoteur d’artillerie et chasseur de chars. En fait, le canon de 75 mm installé sur un affût du type crinoline de la marine et protégé par un bouclier sur trois cotés pourra tirer tout azimut.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:19

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

10ème partie
L’installation ne nécessite aucune transformation du châssis, l’affût étant directement boulonné sur le plancher du char. Toutefois, pour les munitions, il faut prévoir une remorque du type de la chenillette Renault. L’équipage sera de 4 hommes dont le chef de pièce, le pointeur/tireur, un chargeur et le conducteur de l’engin servant le débouchoir. Pour le tir indirect, le canon sera tourné vers l’arrière pour permettre le pointage en site sous un angle qui permettra le tir à 4000 m. L’IPA Molinié indique que le tir par le travers devra être interdit sauf urgence absolue sous peine de voir l’engin se renverser. La Marine peut fournir un premier lot de 60 canons de 75 mm sur affût crinoline. « Si les essais sont concluants, nous pourrions commencer les transformations à partir de la fin de ce mois, l’opération ne devrait pas prendre plus d’une dizaine de jours. Par ailleurs, l’AMX réalise de son coté un affût crinoline de sa conception pour permettre à cette transformation d’aller au-delà du soixantième exemplaire. L’atelier qui se met en place à Satory pourra effectuer de 6 à 8 transformations par jour suivant les équipes disponibles, une équipe effectuant une transformation par jour. L’IPA Molinié suggère d’affecter les châssis de R 40 qui sortent depuis avril à la réalisation des automoteurs car « Plus de soixante R 40 sont actuellement disponibles, leurs tourelles armées du 37 mm SA 37 pourraient être très rapidement remontées sur un nombre équivalent de H 39 des DLM ou DCR. ». Sur la question des ACG1 à transformer en automoteurs du type ACGK, l’IPA Molinié propose qu’au lieu du 75 du B 1bis on monte à la place un 105 mm M 29 de montagne dont le pouvoir explosif est double de celui du 75 mm. Les transformations ont déjà commencé et seront terminées dans 10 jours. Il demande qu’on lui fournisse les 105 nécessaires en les prélevant sur les matériels existants dans les régiments d’artillerie de montagne. La proposition de Lorraine est retenue « mais en fonction de la faible production des chenillettes M 37 et M 38, on ne peut actuellement envisager autre chose que la création d’un prototype et attendre l’augmentation des livraisons des tracteurs pour passer à la livraison de l’automoteur Lorraine. »
Au sujet des chasseurs de chars, l’IPA Molinié confirme qu’une pseudo tourelle armée d’un 47 M 37 APX sera prête pour le 25 mai, la production pouvant démarrer dès le 30 mai grâce au tôles de blindage récupérées sur les FT 17. « Firminy, a reçu les gabarits pour la découpe de tôles nouvelles. Le canon de 47 mm sera organisé comme pour le 75 mm avec affût crinoline et bouclier sur trois cotés. Nous ne pourrons dépasser les 2 engins par jour car nous devons nous aligner sur celle du canon de 47 mm déjà amputée par la nécessité d’équiper le nouveau chasseur de char Laffly. Les 47 mm sur affût à roues ne sortent plus. » Je propose alors qu’en mesure d’urgence, les batteries de 47 mm affectées aux DLM et DCR soient transformées le plus rapidement possible sur le type chasseur de char, les canons étant récupérés sur les dotations normales et montés sur châssis de H 39. Cette méthode pouvant être appliquée aux autres batteries comme celle des DIM et de réserve générale. Par la suite, on commencera la transformation des BCC en dotant chaque bataillon d’une compagnie de chasseurs de chars avant de l’étendre à toutes les unités dont le sigle ne changera pas (bataillon de chasseurs de chars, BCC). L’IPA Molinié m’indique que les prototypes de chasseurs de chars et d’automoteurs pourront m’être présentés le 26 mai à Satory. De son coté, la société Panhard propose de nouveau son projet de voiture spéciale 207, c'est-à-dire une AMD équipé d’un 47 mm M 37 sous masque. Les essais qui ont été effectués n’étant guère concluants, Panhard suggère qu’à défaut du canon de 47 mm M 37, on équipe sa voiture d’un 47 mm M 35, « d’autant que les tourelles APX 3 de 25 mm sortent mal et qu’il existe plus d’une quarantaine de châssis sans tourelle disponible. » La question a été posée à la société Renault qui étudie actuellement une tourelle simplifiée dont la mise en fabrication pourrait démarrer dès le début juin. La voiture 207 viendrait épauler le chasseur de char Laffly et augmenterait grandement la puissance de feu des escadrons d’AMD Panhard. La réunion se termine sur la question des munitions dont principalement celles de 47 de rupture mais aussi les premières livraisons du nouvel obus de rupture OR 40 de 75 mm dont les performances sont triples de celles de l’OR 10M. Trois lots de 10 000 sont en cours de livraison. Je conclus en remarquant que grâce à l’OR 40, nous pourrions parfaitement utiliser des canons de 75 mm en chasseurs de chars faute d’une production suffisante des canons de 47 mm.

24 mai
Ce matin, on me signale que devant la Suisse les forces allemandes se renforcent mais on ne relève pas la présence de blindés à part quelques automitrailleuses. Les Suisses sont inquiets et nous demandent si, en cas d’agression, nous pourrions venir les renforcer. Cette menace m’inquiète car elle nous oblige à garder de trop nombreuses grandes unités dans le sud est et à garder le groupement cuirassé dans la région des grands camps pour le cas où. Sur la Meuse, de Sedan à Namur RAS ainsi que sur le front de la 1ère armée et du BEF mis à part quelques escarmouches entre patrouilles et des tirs sporadiques d’artillerie. La Luftwaffe n’envoie guère que des reconnaissances aériennes en particulier sur la région de Charleroi où stationne le Corps de Cavalerie et sur le canal Albert entre Anvers et Louvain tenu par l’armée belge qui note des préparatifs d’attaque face à elle.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:21

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

11ème partie

Que mijote l’Etat Major allemand ? Une offensive simultanée sur le front belge et en Suisse ? L’enveloppement de la Ligne Maginot leur permettrait effectivement de s’ouvrir le passage du Rhin. Mais la Suisse est un coffre fort et son agression serait condamnée par le monde entier et, en premier lieu, par les Etats-Unis. Par ailleurs, j’apprends qu’à l’Est, l’armée soviétique a entrepris des mouvements de troupes sur les frontières avec l’Allemagne et la Pologne. L’ouverture d’un second front serait pour nous une bénédiction mais politiquement, rien ne vient confirmer un début de tension entre l’URSS et l’Allemagne à moins que Staline….
Ce matin grande réunion à la Ferté avec le général Georges, le général Doumenc et les généraux Billotte et Prételat. Le but de cette réunion est de fixer la nouvelle tactique défensive que nous devons adopter face à la menace des divisions blindées allemandes. Je préconise que nous reprenions la tactique des centres de défense se couvrant les uns les autres avec les intervalles barrés par des champs de mines et battus par des chasseurs de chars. C’est la tactique utilisée par le groupement Duchesne et qui lui a si bien réussi en avant de la Dyle en bloquant pendant trois jours l’avance des divisions blindées allemandes. Cette tactique permet une économie de moyens et d’endiguer dans la profondeur la progression des chars ennemis. Si le général Billotte est d’accord avec moi, le général Prételat fait remarquer que sur le front du GA 1, la situation est différente car les ouvrages fortifiés forment d’eux-mêmes des môles de résistance avec les intervalles tenus par l’infanterie. Il fait aussi remarquer qu’il ne dispose pas de chasseurs de chars mais seulement de bataillons de chars légers et que les dotations du GA 1 en mines antichars sont réduites. Pour lui, le dispositif que je préconise ne vaut qu’en rase campagne, c'est-à-dire pour le GA 2. En ce qui concerne les chasseurs de chars, je suggère que ses BCC soient au plus tôt transformés en chasseurs de chars par transformation grâce aux pièces antichars de 37 et 47 mm de Marine installés en cuves dans les régions fortifiées. « Nous manquons de 47 mm M 37, cette solution transitoire pourrait être une réponse » ajoutais-je. Et de continuer : « Nous savons aujourd’hui qu’avec leur tactique de guerre éclair, les Allemands ne cherchent plus la rupture sur un vaste front mais au contraire sur des fronts très étroits où ils concentrent un maximum de moyens pour obtenir une supériorité absolue, percer le front et exploiter un succès initial dans la foulée. Face à cela, nous ne pouvons plus colmater. Il faut contre attaquer immédiatement avec toutes les réserves disponibles. C’est ce que nous avons fait sur la Meuse en ayant la chance que sur les arrières immédiats de la percée ennemie, nous ayons eu des réserves blindées prêtes à agir. Nous n’aurons peut être pas cette chance deux fois. Aussi faut-il s’organiser pour qu’une rupture locale de notre front n’entraîne pas le repli des unités voisines dans le souci de maintenir la cohérence de notre dispositif. A la défense linéaire, il faut substituer une défense en profondeur. Chaque unité isolée se forme alors en point d’appui et doit résister jusqu’à la dernière extrémité en attendant que débouche notre contre attaque. Je veux transformer la Belgique en véritable piège à chars, si les Allemands nous en laissent le temps. Cette rupture du front, ils l’ont obtenue à Dinant et l’armée, suivant de vieux réflexes, s’apprêtait à se replier sur la deuxième position qui, d’ailleurs, n’existait pas. Si le Corps de Cavalerie n’avait pas été en mesure de contre attaquer immédiatement, nous aurions été enfoncés avec toutes les conséquences que nous pouvons imaginer. En aucun cas ne rester passif. Il faut toujours attaquer. D’ailleurs, j’attends des armées qu’elles maintiennent la pression par des actions locales qui maintiendront l’ennemi sous pression. En aucun cas, retomber dans la léthargie qui a été la nôtre pendant la drôle de guerre car maintenant, nous sommes dans la vraie guerre. » Le général Doumenc m’assure qu’il va faire passer les consignes à tous les échelons des armées. « N’oubliez pas les armées belges et britanniques » lui dis-je. Le reste de la réunion porte sur les possibilités d’offensive allemande à court terme. Deux zones sont à surveiller étroitement : le front de l’armée belge et la Suisse. Le général Georges s’inquiète d’une possible offensive depuis le Luxembourg juste à la gauche du secteur fortifié à hauteur de la Ferté dont l’ouvrage n’est pas couvert par d’autres avec une offensive conjointe par la Suisse « Ce serait l’enroulement complet de la Ligne Maginot » précise t-il. Pour ma part je pense qu’effectivement les Allemands vont chercher, non pas à nous battre en une seule fois, mais en deux fois comme ils ont tenté de le faire avec leur manœuvre à travers l’Ardenne en direction de la Manche.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:23

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

12ème partie
25 mai
Ce matin, le général Vuillemin vient à la Ferté pour nous présenter l’état de l’armée de l’air.
Pour la chasse, 3 groupes (GC I/3, II/3 et III/3) sont équipés de D 520. La 7ème escadre, commence sa transformation (GC II/7) et devrait être entièrement transformée pour la fin juin. Quatre groupes sont sur Curtiss H 75, huit sur MB 152 et neuf groupes restent sur MS 406, soit un total de 25 groupes avec 850 appareils en lignes plus 6 escadrilles multiplace. Le général Vuillemin ne nous cache pas que les MS 406 sont « à bout de souffle » et que leur remplacement est maintenant devenu l’absolue priorité. Pour cela, il compte sur les livraisons de D 520 et MB 152 en juin mais aussi sur celle des VG 33 à partir du 15 juin. Donc, tant que nous n’aurons pas remplacé tous les MS 406, nous ne pourrons augmenter les effectifs de la chasse, faute d’appareils. Par ailleurs, le général Vuillemin confirme que : « Actuellement, mes services font de très gros efforts pour envoyer des MS 406 neufs ou remis à neuf dans les unités. La remise à niveau des MS 406 est devenue la seule activité de la Bourdonnais. Toutefois, si la bataille reprend en juin, nous ne pourrons plus assurer le remplacement des appareils perdus ou usés. Dans ce cas, les effectifs des groupes de MS 406 fonderont comme neige au soleil. » Enfin le général Vuillemin s’inquiète du grand nombre d’accidents enregistrés dans les escadrilles de D 520 car l’avion est très « pointu » au décollage comme à l’atterrissage. Il regrette que la priorité n’a pas été donnée à une version d’instruction à double commande, solution à généraliser pour tous les appareils nouveaux afin d’éviter « le gâchis d’hommes et de matériel ».
Pour le bombardement, la situation s’améliore lentement.
Pour le bombardement vertical de jour 9 groupes sont sur Léo 45. Un dixième groupe sera disponible le 5 juin. Là aussi, les accidents sont nombreux surtout au décollage. Pour le bombardement de nuit, 2 groupes sont sur A 351/354 et un en cours de transformation pour le 10 juin. Deux restent sur Amiot 143 et deux sur F 222. Par contre, l’aviation d’assaut s’est renforcée car elle compte 4 groupes sur Bréguet 693, 3 groupes sur Martin 167 et 2 sur DB 7. Deux nouveaux groupes sur Bréguet 693 devraient être disponibles pour le 15 juin ainsi que 2 groupes de Martin 167 et 2 de DB 7. Au 15 juin, l’aviation d’assaut qui nous a manqué en mai devrait atteindre la valeur de 15 groupes soit plus de 200 appareils. En résumé, le bombardement dans son ensemble devrait disposer au 15 juin de :
Bombardement vertical de jour : 10 groupes soit 150 appareils
Bombardement vertical de nuit : 7 groupes soit 105 appareils
Bombardement d’assaut : 15 groupes soit 225 appareils

Soit un total de 480 appareils en ligne mais avec un taux d’indisponibilité important (40%) et qui m’inquiète. C’est aussi vrai pour la chasse que pour l’observation et la reconnaissance. Le général Vuillemin m’affirme alors que tout est fait pour augmenter le taux de disponibles et que même des sanctions ont été prises contre des « ronds de cuir » qui n’avaient pas encore compris que nous étions en guerre. Il pense, que le taux d’indisponibles passera à 20/25% à partir du 15 juin. Par la suite, le général Vuillemin nous fait un exposé très intéressant sur la montée en puissance de l’aviation d’observation et de reconnaissance avant de conclure sur l’évolution de l’armée de l’air dans les mois à venir. A son avis, dès septembre, elle aura pris la supériorité sur la Luftwaffe tant en qualité qu’en nombre. Durerons nous jusque là ?

26 mai
Ce matin, je suis à Satory avec le général Georges et le général Doumenc où on me présente les dernières réalisations en matière d’automoteurs. Il y a là une chenillette Renault avec canon de 25 mm AC qui a rendu d’éminents services au groupement Duchesne et qu’on généralise aux armées car c’est un montage simple qui peut être réalisé par n’importe quel atelier régimentaire. Il est prévu, outre les transformations en unité, une production d’une centaine de chenillettes avec canon de 25 mm M 37 par mois à partir du 1er juin. L’APX vient de réaliser un affût colonne qui permet au canon de 25 de tirer aussi en retraite. Il sera monté prioritairement sur les chenillettes autocanon sortant neuves d’usine. Une première série de 50 chenillettes ainsi équipées est en cours de montage. C’est ensuite le chasseur de char sur roues Laffly W 15 TCC armé du canon de 47 mm M 37 dont trois batteries viennent d’être dirigées vers le Corps de Cavalerie. On prévoit 2 batteries nouvelles par semaine. Puis, c’est l’AMD Panhard avec tourelle de 47 mm SA M 35, cette dernière a été réalisée par Renault en 36 heures et cette société s’engage à en livrer un premier lot de 40 entre le 30 mai et le 8 juin et de maintenir ce rythme par la suite. Ensuite, on me présente la transformation en chasseur de char des chars légers Renault, FCM et Hotchkiss. Le canon de 47 mm M 37 est monté sur une colonne dont les montants métalliques laissent passer l’arbre de transmission. Grâce à une rotule, la pièce peut être pointée à 360°. Elle est protégée par un bouclier qui assure une protection sur l’avant et sur les cotés. Rien sur le toit ni sur l’arrière. L’équipage est de 4 hommes dont le conducteur. Les trois hommes qui servent la pièce ne sont guère à l’aise mais la puissance de feu et surtout la portée du canon de 47 mm M 37 sont sans commune mesure avec le canon de 37 mm M 18. Après des essais de résistance au tir « satisfaisants » me dit-on, un premier lot de 24 H 39 Au 47 va être produit à destination des batteries antichars divisionnaires des DLM, les transformations seront réalisées sur place (Charleroi) grâce à un atelier mobile mis en place par l’AMX et devrait permettre cette première réalisation pour au plus tard le 5 juin. Un second lot de 8 engins sera réalisé pour le 10 juin à destination de la BDAC de la 4ème DLM. Les transformations se poursuivront ensuite à raison de 12 engins par semaine pour les DIM. En fonction du manque de 47 mm M 37, les BCC seront transformés avec des canons de 75 mm M 97 doté de l’OR 40. Ceux affectés à la région fortifiée le seront avec des 47 mm marine M 97/02 « dont malheureusement, les obus de rupture sont rares » me dit l’IPA Molinié.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:24

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

13ème partie

Pour les automoteurs d’artillerie, sont présents les Sau 40 et ARL V 39. Ce sont des engins fort bien conçus mais qui sont plutôt à l’horizon juillet - août car, comme me le dit le directeur de la Somua, une première batterie ne pourra pas être prête avant le 20 juin. Pour l’ARL V 39, l’IPA Lavirotte me confirme que les 50 exemplaires en cours de montage ne pourront être disponibles avant la fin juillet pour une première tranche de 25 et fin août pour une seconde d’une même quantité. Nous passons ensuite aux transformations dont la première est celle du châssis de l’AMC ACG1 Renault en version canon automoteur ACGK. L’engin est équipé d’un canon court de 105 mm M 29 de montagne. Vingt quatre châssis sont disponibles et pourront être livrés pour le 10 juin. Mais ces matériels seront sans suite car Renault ne peut en reprendre la fabrication des châssis avant au moins octobre. On passe ensuite au prototype du canon de 75 mm M 97 en version artillerie sur châssis de R 35/40 ou H 39. La solution employée est quasi la même que pour le chasseur de char sauf que l’affût crinoline est plus haut, ce qui permet de tirer en chasse comme un chasseur de char, soit à 4000 m tout au plus et en retraite d’utiliser toutes les possibilités de la pièce. L’engin est doté d’une remorque de chenillette qui permet d’emporter l’équipe de pièce sans aucune protection. Un char caisson tracte un caisson de 75 mm sur pneumatiques. « Il pourrait conserver sa tourelle pour l’auto défense de la pièce canon » me dit l’IPA Molinié. Celui-ci me confirme que ses ateliers pourraient transformer une batterie par jour avec 4 chars pièce et quatre chars caisson à partir de RATT. Plus loin, la société Lorraine présente son automoteur de 75 mm sur le châssis de son tracteur 37 L et avec l’organisation STAT de 1924. Là, ce n’est plus du bricolage mais la production en série de ce matériel est liée à la sortie des châssis qui, actuellement, est déficitaire par rapport à nos besoins et, principalement, dans le domaine des VBCP. Enfin, on me présente plusieurs montages de mitrailleuses de DCA sur plate-forme de camions tout terrain français (Laffly/Hotchkiss) et américains. Reste à régler la répartition de tous ses matériels et des personnels. Dans un premiers temps, il est convenu que :
Chasseurs de chars

- Les chenillettes Renault chasseurs de chars équiperont les CACD des grandes unités qui en sont dotées. Ensuite, elles équiperont les sections AC des GRDI puis des CRE des régiments. En fonction de la disponibilité des chenillettes, le mouvement sera étendu par la suite aux canons antichars des bataillons. Toutefois, les BCP des DCR en seront équipés en priorité.
- Les chasseurs de chars Laffly W 15 TCC équiperont en priorité le Corps de cavalerie (groupement Duchesne) avant que ne soit formée une réserve de chasseurs de chars à disposition du GQG, soit 10 batteries.
- Les AMD 178 PR (Panhard/Renault) armées du canon de 47 mm SA M 35 remplacent les AMD 178 à tourelle APX 3, celles déjà en service seront transformées.
- Les batteries antichars divisionnaires de 47 mm M 37 seront transformées à partir de châssis de chars H 39 et affectées dans un premier temps aux DLM, DCR et DIM. Soit un total de 15 batteries avec 120 matériels. Par la suite, elles seront étendues aux DI du type normal.
- Les 24 bataillons de chars modernes disponibles auront, dans un premier temps, une compagnie sur trois transformée en chasseurs de chars de 75 mm avec approvisionnement en OR 40 à raison de 30 coups par pièce. Puis, en fonction des disponibilités en bouche à feu, les BCC seront entièrement transformés.
- Aucun volant, les pertes seront directement remplacées par les sorties d’usine.
- Les personnels et impedimenta seront fournis par les unités transformées en « chasseur de char ». Ils seront formés par des personnels détachés du groupement Duchesne à qui on fournira des voitures légères rapides pour faciliter leurs déplacements.
- Indépendamment des chasseurs de chars sur chenillette Renault et 6x6 Laffly dont les réalisations sont déjà en cours, les fournitures prévues à partir du 1er juin seront de :
- 1- Une BDAC sur H 39 tous les 4 jours (8 engins)
- 2- Une compagnie de 75 tous les 3 jours

Automoteurs d’artillerie
- Le marché des automoteurs de 75 Sau 40 et ARL 39 est maintenu mais l’arrivée de ces automoteurs sur le front n’est pas attendue avant au mieux le 1er septembre (livraison des matériels, instruction des personnels)
- Livraison des ACGK à partir du 1er juin à raison de 2 matériels par jour. Affectés aux DLM à raison d’une batterie à 5 pièces par unité qui remplace une batterie de 105 mm M 35 TTT et est formée avec les personnels et impedimenta en place. Passe en artillerie d’appui direct, les 105 mm M 35 TTT libérés serviront à reformer une nouvelle batterie d’action d’ensemble avec des personnels provenant des dépôts et des véhicules neufs sortant d’usine.
- Livraison des 75 mm automoteurs à partir du 1er juin à raison de 4 matériels par jour sur châssis H 39 et R 40. Destination : 2 batteries à 5 engins par RAD des DLM et DCR. Personnels et impedimenta fournis par les unités transformées elles mêmes. Batteries destinées à l’appui direct, ne seront pas remplacées pour la manœuvre d’ensemble.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:26

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

14ème partie
27 mai
Réunion ce matin avec le général Georges et le général Doumenc. La question à l’ordre du jour est celle de l’instruction des combattants face aux nouvelles méthodes allemandes qui ne sont guère que celles préconisées par le général de Gaulle depuis des années. Le général Doumenc suggère que le général de Gaulle lui soit affecté en second. Pour cela, il faut l’accord du gouvernement et je ne suis pas sans connaître, le travail qu’effectue cet officier supérieur aux cotés du général Delestraint pour la mise sur pied du 2ème groupement cuirassé, principalement pour l’entraînement des nouvelles unités. La deuxième question est celle des munitions dites « rares ». Ces dernières concernent essentiellement les obus de rupture et celles de DCA. La priorité leur est donnée par rapport aux munitions normales mais il est à craindre qu’en cas d’offensive allemande d’ici le 10 ou 15 juin, nous soyons à court de munitions « rares » au bout de 10 jours de combats intensifs. Pour les canons antichars, ordre sera donné de n’utiliser pour les 47 et 75 que des munitions explosives contre les chars légers, c'est-à-dire la majorité des chars allemands. Un rapport de Bourges confirme d’ailleurs que les chars légers du type I et II, voire les chars tchèques -
qui sont largement utilisés par l’ennemi - ne résistent pas à un obus explosif de 47 ou de 75. Ensuite la conversation porte sur l’aspect vestimentaire de la troupe. Je confirme que je suis pour l’adoption de la tenue « Narvik » pour l’Infanterie et l’Artillerie car elle est résolument moderne avec les guêtres en toile et donne un air de jeunesse. Pour tous les mécanisés, la tenue DLM avec casque modèle 35 devient la tenue standard. La capote ne sera plus portée en campagne qu’en période froide.

28 mai
Coup de tonnerre politique ce matin, l’Allemagne fait une offre de paix aux alliés et l’Italie s’associe à cette démarche. Que cache cette proposition ? Dans l’urgence, un conseil interallié est décidé pour le lendemain 29 à Abbeville. Sur l’ensemble du front c’est le calme absolu, la « drôle de guerre » s’est réinstallée et je sens que les énergies qui s’étaient bandées entre les 13 et 19 mai, commencent à se diluer. Je fais prendre une série de mesures pour lutter contre cet état. A la frontière suisse, les troupes allemandes ne semblent plus se renforcer, toutefois, l’armée helvétique est en alerte maximum et des contacts ont lieu avec la 8ème armée. A la frontière italienne, rien ne bouge.

29 mai
Conseil interallié ce matin 10 heures à Abbeville. Cette fois, le roi des belges s’est déplacé, Winston Churchill est là ainsi que Paul Reynaud et Edouard Daladier. La proposition allemande est surprenante. Elle prévoit en effet un retrait bilatéral des forces allemandes et alliées qui se trouvent en Belgique et la démilitarisation de ce pays. Ceci pour disposer d’un glacis qui assure tant à l’Allemagne qu’aux Alliés une protection contre une attaque brusquée (sic). Par contre, il n’est nullement question de la Hollande aujourd’hui totalement envahie. Churchill, en français, grommelle : « Hitler nous prend pour des cons ! ». En fait, il semble bien que faute d’un engagement formel de son allié italien, et de son échec dans les Ardennes, Hitler regarde, certainement avec inquiétude, vers l’Est. Il est vrai que depuis le 25 mai, les soviétiques ont multiplié les contacts politiques avec les Alliés, principalement les britanniques. On connaît l’angoisse du Haut Commandement allemand face à la menace d’un double front. Le Roi des belges est outré de cette proposition qui est « manifestement destinée à endormir les Alliés. » Bien sûr, les politiques me demandent mon avis sur la situation militaire. Je ne peux que faire un constat, celui d’une situation inchangée depuis le 19 mai. « Notre position se renforce chaque jour face à une certaine et nouvelle offensive de grande envergure de l’ennemi. » dis-je. Le Roi des belges me demande alors si nous pourrions pas lancer nous-mêmes une offensive visant à réoccuper la position du canal Albert. Ce à quoi, je réponds que nous sommes en infériorité manifeste en grandes unités, surtout blindées. Cette infériorité nous oblige à la défensive tant que l’armée britannique ne nous aura pas permis de rétablir une sorte d’équilibre. Le Roi me dit alors que la Belgique est en train de se transformer en un vaste champ de bataille. Je lui confirme alors que je fais organiser plusieurs lignes de défense successives en Belgique mais aussi en France jusqu’à la Somme et l’Aisne. Des études sont en cours pour la Marne. Le Roi me dit : « C’est une défense en profondeur considérable que vous organisez ! » Je lui déclare alors que c’est la seule solution pour parer à un déferlement d’unités mécaniques sur les arrières de notre front. « Si les Allemands attaquent en juin, comme je le pense, nous risquerons d’être débordés. » Winston Churchill, de son coté s’inquiète de notre état de préparation. Je lui réponds qu’actuellement nous ne disposons que de 130 divisions, 100 françaises, 10 britanniques et 20 belges face à environ 180 divisions allemandes. Par ailleurs, nous ne disposons que de 9 grandes unités blindées, y compris la First Armoured Division qui termine son regroupement dans la région de Saint Valéry en Caux. Toutefois, seules sont bonnes de guerre 3 DLM et 2 DCR. Une quatrième DLM pourra rejoindre pour le 15 juin et on n’attend pas à ce que les 2 DCR du 2ème groupement cuirassée soient bonnes de guerre avant la fin juin. En ce qui concerne la 1ère AD, ses chars sont trop légers et ne peuvent être employés que comme engins de reconnaissance. Nous ne pourrons donc opposer que cinq grandes unités blindées contre les 10 ou 11 dont disposent les Allemands en cas d’offensive avant le début juillet. « Nous ne pourront engager de grandes unités blindées non encore formées et parfaitement amalgamées car alors, nous verrions hommes et matériel fondre comme neige au soleil. C’est bien là, notre infériorité. Il convient donc d’augmenter au plus vite le nombre de nos grandes unités blindées. La voie que nous poursuivons actuellement sous l’autorité du général Keller est celle de la multiplication de nos unités de chasseurs de chars à l’exemple de celui en service dans l’armée belge.
Enfin, je précise que cette guerre va être encore plus que la précédente une guerre de matériel. Aussi, les Allemands feront tout pour nous empêcher d’aller sur la Rhur et viseront nos grands centres industriels du Nord et celui de la région parisienne. Le repli vers le sud de nos industries du Nord comme Somua pour les chars et Potez pour l’aviation est maintenant une priorité absolue. C’est celui qui mettra la main sur le potentiel industriel de l’autre qui gagnera cette guerre. Actuellement, nous ne sommes pas en mesure de tenter quoi que ce soit en direction de la Rhur avec des chances raisonnables de succès. Par contre, nos régions du Nord ne sont pas à l’abri d’un coup de main allemand. Nous n’avons donc qu’une marge de manœuvre limitée et la profondeur dans laquelle nous pourrions manœuvrer est au maximum de 80 Km, distance qu’une division blindée peut couvrir en 2 heures. Nous sommes ainsi condamnés à une défense « sur place » d’où l’élaboration de lignes d’arrêt successives pour permettre aux unités manoeuvrant en retraite de se rétablir. Il faut donc généraliser la tactique des points d’appui qui a si bien réussi au groupement Duchesne afin d’économiser les unités présentes sur le front au profit des réserves immédiates et de la masse de manœuvre formée par les divisions d’infanterie motorisées et les grandes unités blindées. Je confirme que je m’attends à une offensive puissante entre Anvers et Namur avec l’effort principal sur le front de l’armée belge qui pourrait viser à l’enroulement des forces alliées par l’Ouest et, par un face à l’Est, à l’encerclement de toutes nos forces jusqu’à Sedan. « Je suis persuadé que les Allemands essayeront de nous battre en deux fois, ils ne sont pas assez forts pour le faire en une seule fois. » Le conseil terminé, je rentre directement à la Ferté sous Jouarre.
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Uchronie - Mémoires du général Petsch, Maréchal de France   Lun 24 Mar 2008 - 18:27

Vingt deux jours d’attente 19 mai- 10 juin

15ème partie

30 mai
Rien de particulier aujourd’hui. Avec le général Georges, nous examinons l’état d’avancement des lignes de défense successives qui sont organisées de la Belgique à la Somme. Sur la position frontière, de grandes unités d’infanterie en réserve GQG occupent les ouvrages mais ne doivent se mettre en position que sur ordre. De son coté, l’armée belge installe sa deuxième position sur la ligne Manche, Bruges, Gand et Malines. Des personnels belges installent aussi une troisième ligne avec bretelle sur l’Escaut pour rejoindre notre position frontière. Enfin, une dernière position est en cours d’aménagement sur l’Yser et la Lys pour rejoindre notre position frontière à hauteur de Lille. Des officiers du BEF sont depuis hier dans le secteur fortifié de Lille pour préparer une éventuelle occupation par les troupes britanniques en cas de repli sur la position frontière. Un gros effort est fait pour parer les ouvrages existants avec portes blindées et créneaux. Le général Keller propose l’utilisation des tourelles de chars légers inemployées à l’armement de casemates afin de permettre de battre un secteur tout azimut, même si la position est tournée. L’idée est particulièrement intéressante et je demande à ce qu’elle soit suivie attentivement d’autant qu’elle s’accompagne d’une proposition de coffrage rapide de casemate à l’épreuve du canon de campagne avec une journée pour le terrassement, une autre pour le coulage, 10 jours de séchage et une demi journée pour l’installation de la tourelle et sa mise en œuvre. Dans l’après-midi, je signe une instruction concernant le camouflage des positions face à la menace des attaques aériennes. Sur le front RAS.

31 mai
Réunion ce matin au sujet des matériels de DCA. Pour les matériels la production du mois de mai qui atteint les 376 pièces dont 42 de 20 mm, 282 de 25 mm, 30 de 75 mm et 12 de 90 mm, la situation s’améliore d’autant que de nombreuses batteries encore à l’instruction le 10 mai ont rejoint ou vont rejoindre leur grande unité d’affectation. Les dotations en 25 mm CA ont été doublées pour les DLM et DCR et sont en passe de l’être pour les DIM. Grâce aux études menées avant la guerre, les batteries de 25 mm CA automoteurs se multiplient. Toutefois par manque de tracteurs, beaucoup de batteries sont tractées par de simples camions, mesure provisoire mais qui a l’avantage de permettre de diriger vers les armées un maximum d’unités de DCA légère. Par contre, pour les munitions la production reste faible avec seulement 425 000 cartouches de 25 mm au lieu de 5 000 000/mois prévues. Pour les 75 mm M 28, la production n’a été que de 96 000 coups complets au lieu des 300 000 espérés. Les déficits en cartouches de 13,2 mm sont importants et on a du faire revenir d’AFN les stocks existants. Pour les munitions de 40 mm, des commandes ont été passées en Grande Bretagne. Les britanniques vont commencer à nous livrer des canons de 40 mm Bofors à partir du mois de juillet. On envisage de relancer la fabrication des mitrailleuses lourdes de 13,2 mm jumelées mais pas avant le mois d’août. Par ailleurs, la société belge Herstal propose de monter en France une usine pour produire sa mitrailleuse Browning en calibre 13,2 mm alimentée par bande pour l’armée de l’air et l’armée de terre. Si des locaux lui sont affectés, la Herstal s’engage à produire plus de 1500 mitrailleuses/mois. Enfin les premiers radars mobiles se mettent en place après celui de Reims pour couvrir les centres sensibles du Nord et de l’Est. Trois viennent d’être affectés à la 1ère armée.
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