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 Ordres de ne pas tirer ?

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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Ordres de ne pas tirer ?   Ven 1 Fév 2008 - 12:19

En feuilletant tout à l'heure la bio de Hitler par François Delpla, je trouve les commentaires suivants concernant septembre 1939 (je paraphrase).

La France a délibérément laissé passer une occasion d'attaquer l'Allemagne en septembre 1939 ("give peace a chance"), face à des défenses qui ne comportaient que 21 divisions et pas assez d'avions pour défendre la Ruhr contre des attaques aériennes. Par ailleurs, les unités françaises le long du Rhin ont reçu l'ordre de ne pas tirer sur leurs adversaires allemandes, ce jusqu'à une date indéterminée mais au moins jusqu'à la campagne de mai.

Les données sur les forces allemandes en septembre sont complètement fausses, bien entendu (cf discussion dédiée dans la rubrique "et si...") mais au moins je vois à peu près d'où elles viennent (témoignage de Jodl en 1945 parlant de 25 divisions). En revanche, je n'ai rien sur l'ordre de ne pas tirer et, d'après le peu que je connais de l'auteur, il se trompe souvent sur les aspects militaires mais il est rare qu'il invente totalement.

Donc ma question: je connais divers témoignages parlant de soldats français et allemands se regardant d'une rive à l'autre du Rhin sans se tirer dessus, mais rien sur des ordres qui auraient été émis, fût-ce localement et/ou de manière temporaire, interdisant de se tirer dessus.

Est-ce que quelqu'un en sait plus sur la question ?
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takata
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Ven 1 Fév 2008 - 19:11

Hey Louis,
Je n'ai pas de détails sur une directive précise concernant un "ordre de ne pas tirer sur les Allemands" émanant de tel ou tel QG, mais je peux citer un passage extrait de Gamelin ("Servir"; Tome 3, p.121-123) qui s'explique assez bien sur les raisons de ce genre de consignes (si elles ont jamais existé autrement que sous une forme informelle).
Aussi, il pointe l'effet désastreux sur le moral qu'ont joué les "campagnes d'opinion" critiquant l'action du commandement durant toute cette période de "la drôle de guerre", sans réellement savoir de quoi il en retournait sur le terrain, et bien souvent, qu'elles étaient menées par ceux-là même qui avaient créé le plus d'obstacles à ce qu'il en soit autrement. En quelque sorte, il montre assez bien qu'une bonne partie de la presse reprenait en coeur la propagande forgée par l'ennemi, ce qui ne pouvait qu'entraîner un effet des plus désastreux aux Armées et sur l'opinion publique française, et dont la propagande de Vichy fera grand usage par la suite.

Concernant F. Delpla, ce n'est pas étonnant qu'il prenne tout ça pour de l'argent comptant car il a bien souvent du mal à faire la distinction (et je pense que c'est voulu) entre ce qui relève de la "propagande" (post-1940, sous Vichy ou de source allemande, ou antérieure dans la presse et les racontars français) et la volonté du commandement militaire (par manque de connaissance de cette question) et du gouvernement (par conviction politique). Ainsi, il peut tirer des conclusions erronées sur la "face cachée" de ces événements de l'année 1940 qu'il serait alors en mesure de comprendre et de nous expliquer. Une méthode que l'on peut paraphraser ainsi : "tout ceci ne repose sur rien, mais n'ayons pas peur, en nous fondant là-dessus, d'aller bien plus loin encore dans les spéculations totalement gratuites".

Gamelin a écrit:

On peut considérer que, fin octobre, s'ouvre la période appelée d'un mot bien malheureux dans ses conséquences psychologiques: "la drôle de guerre."
Ceux qui l'ont lancé dans le public montraient, par là-même, qu'ils ne comprenaient pas la situation et le graves préoccupations qu'elle devait logiquement suciter. Et il ne m'étonnerait pas qu'il vînt d'une influence défaitiste, en tout cas pacifiste; ce qui, en guerre, est de la même farine.
(...)
[note Gamelin : "Pourquoi se battre pour Danzig?.. Mieux vaut Hitler que Staline..."]
(...)
Le cas où nous nous trouvions n'avait rien de spécifiquement drôle et il était la conséquence normale des événements.
L'Allemagne avait, avec le concours russe, trouvé l'occasion d'écraser la Pologne et de mettre la main sur la partie la plus importante de ce malheureux pays. Mais le haut commandement allemand n'estimait pas avoir encore en main les moyens nécessaires pour attaquer la France.
(...)
Du moment où notre adversaire avait ramené sur nous le gros des de ses forces, comment pouvions-nous, dans la situation respective où nous nous trouvions, penser à l'attaquer, sans passer par la Belgique ? Et pouvions-nous songer à le faire, sans l'accord de cette dernière, en fait sans son alliance ? D'ailleurs, l'état de notre aviation, les espoirs que nous croyions pouvoir fonder sur l'effort de celle-ci, comme sur celui de l'Angleterre, nous conseillaient d'en attendre les résultats essentiels.
Des actions Locales ? Surtout devant des fortifications ce serait user nos forces et pour quel résultat ? Verser inutilement le sang français ? Tant d'exemples de la guerre précédente étaient là pour nous servir de leçon. Et précisément, notre soldat, dont je disais qu'il doit comprendre pour bien se battre, aurait pu douter de ses chefs. Nous allions presque inévitablement à des échecs sanglants et au découragement qu'ils ne manqueraient point d'entraîner dans l'Armée et dans le pays.
Il est à la mode de critiquer, souvent âprement, ce que l'on appelle notre "inaction" pendant l'hiver 1939-1940.
Que vise-t-on donc exactement ? De ne pas avoir déclenché des opérations de détails, autres que les reconnaissances nécessaires pour conserver le contact et vérifier l'occupation du front ennemi ? Mais, pendant la guerre de 1914-1918, on ne cessait de protester contre ce "grignotage" où s'usaient les nerfs de la troupe et où l'on subissait des pertes, parfois cruelles et presque toujours inutiles. Exécuter des tirs sur les travailleurs ennemis ? Les Allemands répondront en tirant sur les nôtres. Si, à la reprise des opérations, ils doivent être les assaillants et nous les défenseurs, le bilan de cette activité, dont auront souffert nos travaux, sera tout à notre détriment.
Fin janvier 1916, je prenais le commandement d'une brigade de chasseurs alpins qui occupait le "Linge", dans les Vosges, devant le col de Schlucht. Le secteur était fort "agité", suivant l'expression courante. Nous avions 6 compagnies sur les pentes du Linge, dont les Allemands occupaient la crête et nous perdions une trentaine d'hommes par jour. En un mois, j'avais progressivement réduit la garnison à 2 compagnies et nos pertes étaient presque nulles. Je vous répond qu'il n'y eut personne, dans ma brigade, non seulement parmi les chasseurs, mais parmi les officiers, pour y trouver à redire. Et, l'été suivant, nos bataillons firent très belle figure à la bataille de la Somme.
Certains des hommes politiques que nous avons vus, en 1939-1940, partisans d'attaquer préventivement l'Italie, comme de pénétrer sur le territoire de la Belgique malgré elle, n'étaient-ils pas de ceux qui avaient le plus freiné notre réarmement ?
Ah ! si, en 1919, nous eussions forgé l'outil, c'est-à-dire formé l'armée nécessaire pour garantir l'exécution du traité, en prenant l'Allemagne à la gorge dès ses premières violations; si, dès l'avènement d'Hitler, nous avions lancé en grand nos fabrications et refait notre aviation; enfin, si nous avions organisé systématiquement une armée offensive, nous eussions pu, au 7 mars 1936, puis à Munich, comme en 1939-1940, avoir une autre attitude.


Dernière édition par le Ven 1 Fév 2008 - 19:52, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Ven 1 Fév 2008 - 19:25

Juste en passant , Louis et Olivier , bien que nous ayons chacun une opinion sur le travail de F.Delpla et sa façon d'interagir a la contradiction , n'insistons pas sur ce sujet dans les pages d'ATF40 .
C'est dans le role de l'administrateur que j'interviens la , et uniquement cela , vous le savez bien .
Je ne souhaite pas que les pages du forum ATF40 se transforment négativement , donc pas de soucis pour critiquer un de ses ouvrages mais en gardant un avis objectif et neutre sur la personne . Merci de votre compréhension .

Alain
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takata
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Ven 1 Fév 2008 - 19:45

Salut Alain,

La question traitée n'est pas une question de personne mais une question historique. F. Delpla est un historien qui publie sur le sujet, donc, il mérite d'être cité autant que d'être critiqué, le cas échéant.

Donc, soyons bien clair qu'il n'y a rien de personnel dans cette démarche et qu'il s'agit-là d'une discussion, éventuellement contradictoire puisque Delpla peut poster lui-même sur ce sujet, sur les raisons des éventuelles consignes "de ne pas tirer sur les allemands pendant la drôle de guerre" données à tel ou tel secteur du front, ou bien de démonter, que l'Armée Française était véritablement en mesure "d'attaquer les 21 divisions allemandes dépourvues d'aviation" pendant la campagne de Pologne.

Le passage de Gamelin en donne une explication qui a tout son sens, Delpla peut en fournir une autre, mais encore faudrait-il qu'il puisse dire en quoi des escarmouches sur le front franco-allemand durant l'hiver 1939-1940 auraient particulièrement arrangé les affaires du commandement français lors de l'offensive du printemps.

Maintenant, je n'ai aucun avis "personnel" sur la personne de François Delpla que je ne connais absolument pas. Tout au plus, j'en ai un sur ce qu'il écrit à ce sujet, et il ne peut pas s'agir, de la part d'un historien qui défend une thèse, de quelque chose de forcément "neutre". L'objectivité, quant-à-elle, ne peut se mesurer qu'en confrontant les arguments en faveur ou contre cette thèse.
Au lecteur en suite de choisir, mais il n'est pas question d'en faire un match de boxe, je suis bien d'accord avec toi.

Olivier
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Ven 1 Fév 2008 - 20:19

Pas de problemes , Olivier , nous sommes bien en phase .
Il m'arrive de critiquer aussi des ecrits , meme si la personne est tres respectée sur son talent , mais tu es dans le vrai en définissant "... en confrontant les arguments en faveur ou contre cette thèse" .
J'en veux pour exemple ma lecture rapide des ecrits de S.Ferrard sur les panzers du dernier numéro de "batailles", que j'ai commenté dans "revues et periodiques" . J'estime enormément Mr Ferrard , mais je me reserve tout de meme le droit de réagir si je ne suis pas d'accord avec les ecrits . Evidemment , je n'ai pas sa science, et peut etre des a-prioris , nous verrons bien , s'il a un peu de temps pour nous en parler plus longuement .
Cependant , je n'irais jamais jusqu'a mettre en doute ses compétences intrinseques , et c'est sur ce point que je voulais attirer l'attention . Nous sommes la pour discuter . Adoptons cette méthode pour tous les auteurs , ils ont tribune libre ici pour s'exprimer .


Bref, le sujet est clos , et je vois que tu as bien compris ma peur initiale , peut etre que F.Delpla souhaitera intervenir pour commenter le sujet , nous verrons bien .
Il est bien entendu le bienvenu ( tant que cela ne derive pas sur un hors sujet ... ) .

Alain
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Dim 3 Fév 2008 - 10:09

Alain (si vous le permettez)

J’ai lu vos critiques très intéressantes au sujet de mon article paru dans la revue Bataille (du groupe Histoire et Collections) au sujet des chars allemands. J’ai préparé une réponse circonstanciée mais (on se laisse aller…) comme c’est devenu un véritable article, cette réponse sera donc publiée, il faut bien vivre, (si accord de son rédacteur en chef Yves Buffetaut) dans un prochain numéro de Bataille. Dans cette réponse, point de polémique mais un panorama de l’évolution des chars français de 1920 à 1942, j’écris bien 1942. Vous aurez des surprises et sachez que mon étude sur le char G 1 dans GBM n’est qu’une « mise en bouche ».
Bon, en ce qui concerne la fameuse « Drôle de guerre » qui ne le fut que dans les médias et non pour nos grands anciens engagés quotidiennement dans des combats meurtriers d’avant postes à terre, mais aussi dans les airs et sur mer. Après ce rappel à la mémoire du « Combattant de 40 », voyons le plan technique avec cette fameuse interdiction de tirer.
L’interdiction de tirer ne valait que contre le territoire allemand afin d’éviter toute provocation et permettre aux diplomates de régler la crise « La mobilisation n’est pas la guerre » disait-on à l’époque. Des ordres identiques étaient donnés du coté allemand.
Toute incursion allemande au-delà de la ligne frontière était justifiable du feu des avant postes et de l’artillerie d’appui direct (batteries d’intervalle). La LPR (Ligne principale de résistance) ne devait pas tirer pour ne pas réléver ses plans de feux qui ne devaient être déclenchés qu’en cas d’offensive générale et non de « coups de main », véritables « coups de sonde » pour tâter notre dispositif.
Autre raison, beaucoup plus technique celle là : la fabrication des munitions ne suivait pas du moins dans les premiers mois de la mobilisation (A ce sujet voir France 40). L’état-major, très soucieux de se ménager une réserve en cas d’offensive générale avait donné des ordres pour limiter la consommation des munitions « aux Armées ». Cet ordre, repris par l’esprit « garde magasin » des dépôts entraîna certaines situations « courtelinesques ». Enfin, cette « crise des munitions » interdit aux Français et suivant les schémas alors en vigueur de monter une attaque en règle contre le « béton allemand entre Rhin et Moselle » faute de munitions pour l’artillerie de « grosse destruction » en quantité suffisante. L’idée d’un raid blindé en septembre 1939 avec les deux DLM, les deux brigades de chars B, 2/3 DIM et une demi douzaine de DI d’active pour « tout foutre en l’air » et courir au Rhin n’était pas dans l’air du temps. A cette époque, prudence et méthode avaient pris le pas sur l’audace. L’Empereur dans son tombeau des Invalides a du se retourner !
Cordialement
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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Lun 4 Fév 2008 - 15:41

Merci à Olivier et surtout à Stéphane pour la réponse.

Je n'ai rien à dire au sujet de F. Delpla qui n'est pas le sujet de ma question, juste l'indication de ma source, mais je rebondis sur l'ordre lui-même.

J'étais au courant des consignes d'économie de munitions et de ne pas dévoiler la LPR, merci de la confirmation de l'ordre de ne pas attaquer le territoire allemand.

Question subsidiaire: quand cet ordre a-t-il été levé ?

Un autre truc intéressant c'est que dans l'affaire des mines fluviales (chères à Churchill) les Français semblent avoir été à deux doigts de déclencher l'opération en février 40. Donc apparemment toute action offensive contre le territoire ennemi n'était pas exclue ?
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Mar 5 Fév 2008 - 19:51

Stéphane Ferrard a écrit:
. J’ai préparé une réponse circonstanciée mais (on se laisse aller…) comme c’est devenu un véritable article, cette réponse sera donc publiée, il faut bien vivre, (si accord de son rédacteur en chef Yves Buffetaut) dans un prochain numéro de Bataille. Dans cette réponse, point de polémique mais un panorama de l’évolution des chars français de 1920 à 1942, j’écris bien 1942. Vous aurez des surprises et sachez que mon étude sur le char G 1 dans GBM n’est qu’une « mise en bouche ».
Merci de votre réponse, Stéphane .

Bon , si j'ai bien compris , je n'ai plus qu'a signer un nouvel abonnement , mais cette fois ci pour la revue "batailles" Smile
J'espere que Y.Buffetaut sera partant pour cet article , car j'avoue que j'ai hate de le lire .

Alain
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Mer 6 Fév 2008 - 19:46

Bonjour,

S'il y eut un ordre de ne pas tirer, celui-ce ne s'adressait pas à tous le monde, vu les nombreux coups de mains organisés de part et d'autre.

Je ne citerais que le coté français ou les Groupes Francs s'illustrèrent à de nombreuses reprises. Certaines zones étaient si dangeureuses pour les Allemands qu'ils ne se risquaient plus que très rarement dans le "no man's land".

Presque toutes les unités françaises en ligne pendant la "Drole de Guerre" organisèrent des unités de ce type, sur la base du volontariat. Ce qui, soit dit en passant, démontre que certains soldats français en voulaient.

Ou alors cet ordre ne dura que très peu de temps.

Cordialement
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Mer 13 Fév 2008 - 15:59

Bonne nouvelle pour tous les « accros » d’ATF 40, le Rédac. Chef de Batailles, Yves Buffetaut, a accepté mon « papier » sur « Les chars Français 1940, le défaut de la cuirasse ». Donc RDV dans un prochain numéro de Batailles.
Pour les combats de la Drôle de Guerre dans la région des avant-postes, la lutte fut sans merci dans le no man’s land. Nos Corps Francs y firent la preuve d’une grande maîtrise de la guerre d’embuscade. A ce sujet, rendons hommage aux combattants de l’Armée d’Afrique, principalement du Maghreb, qui excellaient dans « ce genre de sport ». Les Français de métropole n’étaient pas en reste et des coups de main étaient lancés toutes les nuits. Par contre, les Allemands n’étaient pas mal non plus et plus d’un témoignage porte sur l’aspect « gonflé » de leurs actions. Bref, tout cela s’équilibrait. Nos Corps Francs se plaignaient essentiellement du manque de lampes électriques et surtout de pistolets mitrailleurs, arme des « coups de main » par excellence. Les rares PM disponibles (uniquement des armes ex-espagnoles en calibre 9 mm) furent affectés comme armes de secteur et non individuellement. A ce sujet voir France 40. L’ordre de ne pas tirer sur le territoire allemand tomba de lui-même le 10 mai dans la journée. Maintenant, en ce qui concerne une offensive française en septembre 1939 pour « courir au Rhin », c’est une fable anglo-saxonne basée sur la déclaration de généraux allemands après guerre. Elle ne tient nullement compte de la réalité du moment.
Premièrement : l’offensive en Sarre lancée en septembre 1939, n’était destinée qu’à une prise de contact avec les avancées de la ligne Siegfried dont l’EM Allié surestimait la puissance. Elle n’avait d’autre but que de fixer un maximum de grandes unités allemandes pour soulager l’armée polonaise.
D’autre part, l’armée française de septembre 1939 ne pouvait lancer une offensive générale visant la rupture du front allemand avant la mobilisation de ses « gros », ce qui fut fait fin septembre 1939, époque à laquelle la malheureuse Pologne avait déjà succombé sous les coups d’Hitler et de son complice d’alors : J. Staline. Devant ce fait, le général Gamelin décida du retrait de nos troupes (qui, à cette occasion découvrirent la guerre des mines) en arrière de la position frontière. La Pologne étant perdue, la Diplomatie retrouvait tous ses droits.
Deuxièmement : L’armée française estimait en 1939, qu’elle ne pourrait s’attaquer « au béton allemand », celui qui barrait la route du Rhin avant 1942. C'est-à-dire, l’époque à laquelle elle disposerait des moyens nécessaires (chars du programme Keller de fin 1939, dont le char de forteresse, artillerie automotrice de « grosse destruction », sections d’assaut avec charges creuses, etc, etc.). Pour attaquer la Ligne Siegfried l’armée française de 1939 attendait les moyens de 1942 et considérait que les moyens de 1918, alors disponibles en partie, ne pourraient mener qu’à un « bain de sang » ce que l’esprit même de la Nation refusait.
La seule manœuvre possible en septembre 1939 était celle des ailes, c'est-à-dire d’intervenir en Belgique dès l’attaque allemande en Pologne pour se porter sur le Canal Albert, voire le Rhin. C’était effectivement et en fonction de la réalité du moment la seule manœuvre possible en fonction des moyens disponibles. Hélas, la porte de l’outre Quiévrain nous resta fermée avec toutes les conséquences que nous connaissons.
Cordialement à tous
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Mer 13 Fév 2008 - 19:46

Stéphane Ferrard a écrit:
Bonne nouvelle pour tous les « accros » d’ATF 40, le Rédac. Chef de Batailles, Yves Buffetaut, a accepté mon « papier » sur « Les chars Français 1940, le défaut de la cuirasse ». Donc RDV dans un prochain numéro de Batailles.

Rahh , un titre tout aussi provocateur , dans la lignée du précedent article Wink
Mais j'ai toute confiance , et meme si l'on me "force un peu la main" pour acheter un prochain numéro de Batailles , ce sera fait , ne serait ce que pour le plaisir de lire vos textes, Stéphane .
Vous pouvez compter , par la même , sur nos éventuels futurs commentaires .

Alain
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Mer 13 Fév 2008 - 20:01

Stéphane Ferrard a écrit:

Premièrement : l’offensive en Sarre lancée en septembre 1939, n’était destinée qu’à une prise de contact avec les avancées de la ligne Siegfried dont l’EM Allié surestimait la puissance. Elle n’avait d’autre but que de fixer un maximum de grandes unités allemandes pour soulager l’armée polonaise.
D’autre part, l’armée française de septembre 1939 ne pouvait lancer une offensive générale visant la rupture du front allemand avant la mobilisation de ses « gros », ce qui fut fait fin septembre 1939, époque à laquelle la malheureuse Pologne avait déjà succombé sous les coups d’Hitler et de son complice d’alors : J. Staline. Devant ce fait, le général Gamelin décida du retrait de nos troupes (qui, à cette occasion découvrirent la guerre des mines) en arrière de la position frontière. La Pologne étant perdue, la Diplomatie retrouvait tous ses droits.
Deuxièmement : L’armée française estimait en 1939, qu’elle ne pourrait s’attaquer « au béton allemand », celui qui barrait la route du Rhin avant 1942. C'est-à-dire, l’époque à laquelle elle disposerait des moyens nécessaires (chars du programme Keller de fin 1939, dont le char de forteresse, artillerie automotrice de « grosse destruction », sections d’assaut avec charges creuses, etc, etc.). Pour attaquer la Ligne Siegfried l’armée française de 1939 attendait les moyens de 1942 et considérait que les moyens de 1918, alors disponibles en partie, ne pourraient mener qu’à un « bain de sang » ce que l’esprit même de la Nation refusait.

Cela fait des mois que j'essaye d'expliquer sur d'autres forums ce fait , mais vous avez ici les mots justes , qui sont tout a fait en phase avec ma vision personnelle . Je me permetrai des les utiliser , si la question m'est a nouveau posée , en vous citant , bien entendu .
Non pas que l'idée de franchir la ligne sigfried n'existait pas , et que des materiels furent etudiés a ce sujet ( et nous en parlerons certainement a d'autres occasions ) , mais rien n'etait réellement de mise avant mi 41 / début 42 . Et pour ce qui est de la mobilisation Française, je ne puis aller encore une fois que dans votre sens . Mais le concept ,a posteriori, de personnes survolant le sujet , du genre "on aurait du foncer dans le tas" , reste légion , bien malheureusement .

Ceci dit , l'offensive de la Sarre ne fixa que les unités deja en place , ce fut a ce niveau un echec total . Mais je pense que l'etat major allemand a eu tout de meme une grosse frayeur , il suffit de voir a quelle vitesse le front ( allemand ) ouest se renforce des que la pologne est vaincue .
( Mais il me semble que le plan d'attaque sur l'ouest etait prévu aussi , ceci explique peut etre cela )

Je me souviens d'un rire jaune en ayant vu les cartes allemandes la premiere fois , grace a Eric Denis , lorsque je lui ai rendu visite . Des novembre 39 , la carte grouille de divisions allemandes , la ou quasi aucune reserve n'etait disponible en septembre .

Alain
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MessageSujet: Re: Ordres de ne pas tirer ?   Mer 13 Fév 2008 - 21:10

Alain a écrit:
Mais je pense que l'etat major allemand a eu tout de meme une grosse frayeur , il suffit de voir a quelle vitesse le front ( allemand ) ouest se renforce des que la pologne est vaincue.

C'est surtout parce que Hitler avait prescrit une offensive immédiate à l'ouest en pensant que les alliés étaient sur le point d'obtenir l'entrée de leurs troupes en Belgique. On peut dire que c'était surtout de ça dont il avait peur. (Directives du Führer N°6 du 9 octobre 1939 et N°8 du 20 novembre 1939)... et certainement pas de la grande "offensive de la Sarre" française !

Heureusement, nos amis belges le rassureront très vite, comme quoi il n'avait pas à s'inquiéter de leur "loyale" neutralité.

Olivier

Je remets les directives que j'avais déjà postées ailleurs :

Citation :
___________________________________
Oberkommando der Wehrmacht (OKW)
Berlin, le 9 octobre 1939
8 copies

Directive N°6 pour la conduite de la Guerre

1. Comme il devient évident que dans un avenir proche, l'Angleterre, et, sous son influence, la France également, ne sont pas disposées à mettre un terme à la guerre, j'ai donc décidé, sans davantage perdre de temps, de passer à l'offensive.

2. Tout délais supplémentaire peut entraîner la fin de la neutralité Belge et même Hollandaise à l'avantage des alliés ; il renforcerait également la puissance militaire de l'ennemi, réduirait la confiance des nations neutres dans la victoire finale de l'Allemagne et rendrait plus difficile l'entrée en guerre de l'Italie à nos côtés.

3. Je transmets donc les ordres suivants pour la conduite future des opérations militaires :

a) Une offensive sera préparée dans le secteur nord du front occidental par le Luxembourg, la Belgique et la Hollande. Cette offensive doit être lancée le plus tôt possible avec la plus grande force possible.

b) Le but de cette offensive sera de défaire autant que possible l'armée française et les forces alliées combattant à ses côtés, et en même temps, de gagner autant de territoire que possible en Hollande, Belgique et dans le nord de la France afin de pouvoir l'utiliser comme base pour la poursuite de la guerre aéronavale contre l'Angleterre tout en disposant d'une large ceinture de protection pour nos industries essentielles de la Ruhr.

c) La date de l'attaque dépendra du moment où les unités blindées et motorisées impliquées dans l'offensive seront prêtes à entrer en action. Ces unités devront être préparées au plus vite. Elle dépendra également des conditions météorologiques qui pourront être prévues à ce moment-là.

4. La Luftwaffe protégera nos forces des attaques aériennes anglo-françaises et fournira tout l'appui direct nécessaire à l'offensive. Il est également important d'empêcher l'établissement de bases aériennes anglo-françaises ou des débarquements Anglais en territoire Belge ou Hollandais.

5. La Kriegsmarine fera tout son possible, au cours de l'offensive, pour apporter son appui direct ou indirect aux opérations de l'Armée et de la Luftwaffe.

6. Conjointement à ces préparations pour l'offensive à l'ouest selon le plan en cours d'élaboration, la Heer et la Luftwaffe devront se tenir prêtes, à tout moment, pour intervenir en force contre toute incursion anglo-française en Belgique, immédiatement et aussi loin que possible en territoire Belge, ainsi qu'à s'emparer de la plus grande partie de la Hollande en direction de la côte ouest.

7. Les préparations pour l'offensive devront être camouflées de manière à ce qu'elles n'apparaissent que comme des mesures préventives rendues nécessaires par l'augmentation des forces françaises et anglaises aux frontières entre la France, le Luxembourg et la Belgique.

8. Je requiers des Commandant-en-chef qu'ils me présentent leurs plans détaillés basés sur cette directive au plus tôt et qu'ils me tiennent constamment informé de leur évolution par l'intermédiaire du Haut Commandement des Forces Armées (OKW).

Signé : Adolf Hitler.

___________________________________
Oberkommando der Wehrmacht (OKW)
Berlin, le 20 novembre 1939
8 copies

Directive N°8 pour la conduite de la Guerre

1. En ce moment, un état élevé de préparation doit être maintenu afin de permettre, dès l'instant où l'ordre en sera donné, de lancer l'offensive prévue. C'est seulement de cette manière que nous serons assurés de pouvoir profiter immédiatement d'éventuelles conditions météorologiques favorables. La Wehrmacht se tiendra prête de façon à ce qu'il lui soit possible de reporter l'offensive même si l'ordre de report ne lui parvient que J-1 avant 2300 heures. À cette heure au plus tard, les commandants auront reçu le mot de code qui sera : 'Danzig' (offensive confirmée) ou 'Augsburg' (offensive reportée).
Les Commandant-en-Chef de l'Armée et de la Luftwaffe sont tenus de transmettre, aussitôt après avoir été informés du jour fixé pour l'offensive, au Haut Commandement des Forces Armées (OKW), bureau des opérations, l'heure sur laquelle ils se sont accordés pour le démarrage de l'offensive.

2. Contrairement aux ordres précédents, toutes les dispositions prévues contre la Hollande seront prises sans nécessiter d'ordre spécial lorsque l'offensive générale sera lancée. L'attitude des forces hollandaises ne peut être anticipée. Lorsqu'il ne sera pas rencontré d'opposition, l'invasion prendra le caractère d'une occupation pacifique.

3. Les opérations terrestres seront conduites selon les ordres opérationnels du 29 octobre. Ces ordres sont complétés par les instructions suivantes :

a) Toutes les dispositions seront prises pour permettre à l'effort principal de l'attaque de basculer du Groupe d'Armée B vers le Groupe d'Armée A s'il s'avère que le Groupe d'Armée A, en fonction de la disposition des forces ennemies, est en mesure d'obtenir de meilleurs résultats.

b) La Hollande, y compris les îles ouest-Frisiennes, mais Textel (pour le moment) exclut, devra être occupée initialement jusqu'à la ligne Grebbe-Meuse.

4. La Kriegsmarine effectuera le blocus des ports belges ainsi que des communications maritimes et, contrairement aux ordres précédents, ceux de Hollande aussi. Pour les U-Boote, cette action sera autorisée à partir de la nuit précédant l'offensive. Les navires de surface et l'aviation devront attendre l'heure de l'attaque terrestre. Le délais entre le début du blocus et le commencement de l'attaque terrestre doit cependant rester aussi bref que possible, y compris en ce qui concerne les U-Boote.
Des actions contre la marine hollandaise ne seront entreprises qu'en cas de comportement hostile. La Kriegsmarine sera responsable de la mise en place de l'artillerie de défense côtière dans les territoires occupés pour s'opposer à toute attaque venant de la mer. Des préparations sur ce point devront être entreprises.

5. Les missions de la Luftwaffe demeurent inchangées. Elles ont été complétées par des ordres spéciaux communiqués oralement par le Führer pour les opérations aéroportées en soutien de l'Armée visant à la capture des ponts à l'ouest de Maastricht. La 7e Division Aéroportée sera parachutée une fois que les ponts sur le Canal Albert seront tombés entre nos mains. Lorsque ce sera la cas, le commandant en chef de l'Armée devra immédiatement transmettre cette information au commandant en chef de la Luftwaffe.
Les centres de populations en Hollande et en Belgique-Luxembourg, en particulier les grandes villes et les installations industrielles ne devront pas être attaquées sans que cela ne soit rendu nécessaire par le déroulement des opérations militaires.

6. Contrôle des frontières.

a) Jusqu'au déclenchement de l'attaque, le trafic routier et les communications à travers les frontières hollandaises, belges et luxembourgeoises restera ouvert normalement afin d'assurer la surprise de l'opération. Les autorités civiles devront se préparer à la fermeture de ces frontières après le lancement de l'offensive.

b) Suite à l'attaque, les frontières avec la Hollande, la Belgique et le Luxembourg seront fermées au traffic routier et aux communications qui n'auront pas un caractère militaire. Le commandant en chef de l'Armée devra communiquer ses ordres dans ce sens aux autorités civiles et militaires concernées. Au commencement de l'attaque, l'OKW transmettra des instructions aux plus hautes autorités civiles pour qu'elles suivent directement les ordres de l'OKH pour la fermeture des frontières, y compris celles de Hollande qui se trouvent en dehors du théatre des opérations.

c) Pour les autres frontières du Reich avec les États neutres, aucune mesure de restriction particulière ne sera prise pour le traffic routier et les communications au moment de l'offensive. Des mesures concernant le contrôle et le passage des personnes et des communication ont déjà été prises et seront appliquées le cas échéant.

Signé : Keitel
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Ordres de ne pas tirer ?
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