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 338e & 339e Compagnie Automobile du C.C.

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Loïc Lilian
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Nombre de messages : 2012
Localisation : Riom AUVERGNE & Bourbonnais
Date d'inscription : 26/08/2006

MessageSujet: 338e & 339e Compagnie Automobile du C.C.   Lun 25 Juin 2012 - 17:45

Bonjour

petit texte (en fait assez long dont j'extrais ici quelques passages) que certains d'entre vous connaissent peut être déjà sur la mobilisation ubuo-kafkaïo-courtelinesque des unités organiques du Train du Corps de Cavalerie (un corps motorisé rappelons-le) émanant d'un rapport de l'officier adjoint au commandant du Train du C.C. sur les difficultés rencontrées pendant la mise sur pied et l'organisation des dites unités


il s'agit des
-338/22 Compagnie Automobile de Quartier Général
-339/22 Compagnie Automobile de Transport
mobilisées à Versailles

si la (339e) compagnie de transport avait des effectifs normaux (sic)[Loïc : normalité toute relative si on considére que nous parlons de "compagnies" au sens médiéval du terme car celle-ci tutoie les 345 hommes] la compagnie de Quartier Général (338/22) comportait 12 officiers et 643 hommes et 365 véhicules (...) :

54 voitures de liaison 60 camionnettes 20 véhicules sanitaires 32 cars 75 camions 10 remorques 114 deux-roues à moteur

(...) à l'exception des voitures de liaison et quelques motocyclettes tout ce que les commissions de réquisition dirigérent sur les cantonnements était en mauvais état ou de modéle périmé (...) citons le cas de six camions neufs non présentés retrouvés dans un garage dont les portes furent forcées, et réquisitionnés, le propriétaire étant un ami personnel du Ministre de la Guerre il fallut les lui restituer deux heures plus tard

A une unité motorisée faisant partie d'un corps de cavalerie dont la rapidité est un des principaux facteurs de succés se trouvaient affectés des véhicules autos de Dion vétérans de 14-18 qui avaient peine à depasser le 15 à l'heure en palier ou encore des voitures dont le délabrement faisait la risée des plus ignares en la matière

Au jour du départ la 338e compagnie ne possédait pas les trois-quarts de ses véhicules. Elle n'en partit pas moins à la date fixée laissant dans les rues de Versailles trente voitures de types divers dont certaines ne purent jamais être remises en route n'ayant pas réussi à parcourir plus d'un kilomètre et demi depuis leur réquisition

les conducteurs étaient requis avec leurs véhicules pour faciliter la mobilisation

les conducteurs de deux camions diesel de 15 tonnes arrachés par miracle à leurs propriétaires étaient l'un Irlandais l'autre Roumain

c'est ainsi que j'ai relevé par la suite chez les conducteurs réquisitionnés un sous-officier d'artillerie, un caporal d'infanterie coloniale, des hommes en provenance de toutes les armes et jusqu'à un quartier-maître de la Marine nationale tous étant portés deserteurs dans les formations auxquelles ils appartenaient. Il me fallut plus de trois mois pour régulariser leur situation. (...)

Sur 115 motocyclistes de la 338e il n'en fut trouvé que 50 capables de tenir en selle (...) (sur des machines) véritables engins de course, certaines d'entre elles firent pâlir d'effroi les intéressés quand elles leur furent affectées

A la 339e ce fut pire encore bien qu'elle fut moins importante. Sur les 80 véhicules dont 60 de 3 tonnes nécessaires elle ne put rassembler le jour du départ que 18 voitures laitières à galerie et le commandement se vit contraint de la laisser sur place.

Elle ne rejoignit Saint Quentin que fin novembre, section par section, à bord de véhicules réquisitionnés à la sauvette. Nous pûmes nous féliciter de ce que le corps de cavalerie ait eu à demeurer sur place durant quelques sept mois.

Les éléments organiques du corps de cavalerie s'étaient installés dans Saint Quentin et aux abords immédiats (...) en raison de son importance la 338e compagnie se trouva disséminée un peu partout (...) Il fallut des mois pour mettre cette unité en ordre au milieu de nombreux différents qui surgissaient entre son chef et ses adjoints

(...) tandis qu'un autre décidant qu'il convenait d'octroyer un nom aux camions tout comme pour les chevaux invita les conducteurs à choisir eux-mêmes l'appellation qu'ils désiraient donner et à la peindre sur la carrosserie. C'est ainsi qu'on vit le camion "Panne Sèche" guigner d'un oeil "Nénette" et de l'autre "Coeur Brisé" et l'on put croire bientôt que la 338e compagnie s'était abonnée à la Vie Parisienne.

Les demarches du capitaine-commandant pour revenir à un plus de tenue étant demeurées sans effet il fallut l'intervention en personne du lieutenant-colonel de Peyrat du 4e Bureau du corps de cavalerie pour remettre les choses en ordre.

Ignorant délibéremment l'atelier de la compagnie le Groupe d'Exploitation de l'Intendance faisait effectuer ses réparations dans des garages privés mais n'en dirigeant pas moins les factures sur le capitaine-commandant qui se vit imputer sur sa solde de la déterioration d'une voiture de liaison utilisée en permanence par un aspirant qui l'avait laissée geler devant le café où il prenait l'appéritif

l'armement collectif de la 338e était réduit à trois fusils-mitrailleurs, il est triste d'avoir à avouer que ces trois F.M. eurent à assurer la protection du P.C. avancé du général commandant du corps de cavalerie en Belgique et Flandres

C'est là tout ce que possédait une unité forte de 350 véhicules pour se protéger des avions et des chars (...) au nombre d'une centaine les secrétaires-plantons, serveurs et aides conducteurs ne possédaient rigoureusement rien pour se défendre
Les 350 véhicules comptaient plus de 60 modéles périmés inaptes à suivre les mouvements des unités motorisées

Grâce à l'appui du 4e Bureau un gros effort fut fait pour la munir ainsi que la 339e d'un matériel plus rapide et moderne ce qui fit qu'au 10 mai elles possédaient des camions et camionnettes à l'état neuf, des autobus transformés pour le transport des viandes venus remplacer les camions des maisons Randon et Michon bien connus des Parisiens mais faute de ressouces suffisantes les motocyclettes ne purent être remplacées : il en resulta d'importants déchets pendant les trois semaines d'opérations dans le Nord


Chronique d'une guerre perdue (I) l'Entre-Deux-Guerres
Rémy 1979


Dernière édition par Loïc Lilian le Lun 25 Juin 2012 - 18:21, édité 4 fois
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dhouliez
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MessageSujet: Re: 338e & 339e Compagnie Automobile du C.C.   Lun 25 Juin 2012 - 18:04

Bonjour,

Suite à ce texte proposé par Loïc, voivi quelques précisions sur la composition de la Compagnie Auto de QG du Corps de Cavalerie. (identique à celle d'un corps d'armée motorisé)

La compagnie comporte :
une section de commandement, services généraux et atelier
un détachement de Circulation Routière à 3 pelotons
une section sanitaire auto (20 sanitaires)
une section de transport de viande (4 rames de 7 camions)
un détachement de QG (les ordonnances et secrétaires du QG plus quelques véhicules)
un détachement du Service de Santé (regroupant les véhicules et conducteurs des formations du Service de Santé du Corps)
un détachement du service de l'Intendance (même principe)
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Crosnier
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MessageSujet: Re: 338e & 339e Compagnie Automobile du C.C.   Sam 8 Sep 2012 - 18:45

Bonsoir

De retour sur ma base informatique après trois mois d'absence, je viens de découvrir le texte de Loïc qui me laisse perplexe sur les réquisitions de véhicules par l'armée française à la mobilisation. (mais je l'étais dèja avant)
Le train du corps de cavalerie n'est pas un cas isolé, car au fil de mes lectures, je découvre par exemple le témoignage d'un artilleur qui parlant de son régiment d'artillerie lourde divisionnaire en route vers les Alpes, le décrit plus comme un cirque en marche que comme un unité militaire.
Autre exemple, la réquisition sauvage par un GRDI sur un pont du Rhöne des motocyclettes ayant le malheur de se présenter. (Et encore dans ce cas les proprétaires n'ont pas été kidnapés avec leur engins)
Etc ....
L'avantage du texte de Loïc, c'est que c'est un rapport officiel et non un témoignage.
Heureusement qu'il y a eu la drôle de guerre qui a permis de gommer en partie ces réquisitions hasardeuses.(Peut on imaginer le comportement du train du corps de cavalerie dans un engagement dès le mois de septembre 1939)
Cordialement
Crosnier
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