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 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains

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Thierry Moné
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MessageSujet: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 14:08

Bonjour à tous, Very Happy

Possédant quelques renseignements relatifs au 10e GRCA (VIIIe Corps d'Armée du général Frère puis du général Desmazes), je me propose de les partager avec les lecteurs du Forum d'ATF 40. Plusieurs copies plus ou moins complètes de ce document du lieutenant-colonel Vellard se trouvent soit au SHD de Vincennes, soit au 1er Régiment de Spahis de Valence ; mais le document le plus compet se trouve au Musée des Spahis de la ville de Senlis dont le conservateur est monsieur Daniel Guédras.

Il faut dire que le chef de corps du 10e GRCA a passé le plus clair de sa carrière chez les Spahis du 1er Marocains : plus de 20 années d'officier en plusieurs séjours ! record inégalé depuis, même par le colonel Massiet qui demeura 9 années d'affilée chef de corps du Régiment au Levant. Ci-dessous (Cliché V01), le 14 juillet 1932 à Alep (Syrie), le chef d'escadrons Vellard reçoit la "rosette" des mains du chef de corps des Spahis du 1er Marocains, le colonel Holtz (qui commandait un Tabor albanais à Pogradètz en 1917). Deux vrais Soldats.


[img][/img]

Il y a quelques années, j'avais scanné le document rédigé par le lieutenant-colonel Vellard. Mais ce document étant à la base peu lisible, l'OCR a généré de nombreux "bugs". Je vais corriger ce que je peux corriger, mais je vous demande d'ores et déjà de vous montrer indulgents car je n'ai pas fait de recherches particulières sur le 10e GRCA. Mon seul but consiste à donner de l'eau aux moulins des passionnés de GRDI et GRCA que je sais nombreux sur le Forum.

Du côté iconographie, je n'ai que quelques clichés, pas toujours très intéressants puisque l'on n'y voit pas de matériels. Par contre, on y voit le fanion du 10e GRCA et je ne suis pas certain que des représentations de ce fanion existent par ailleurs... (je peux me tromper, n'ayant pas fait de recherches dans ce domaine).

Cordialement,

Thierry Moné


Dernière édition par Thierry Moné le Ven 11 Nov 2011 - 15:05, édité 7 fois
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 15:34

Bonjour, Very Happy

Voici la première partie de la petite dizaine de pages passées à l'OCR et que je corrige tant bien que mal. Entre crochets, mes remarques: manques du texte, commentaires, hypothèses, etc.

Bonne lecture !

Thierry Moné

Lieutenant-colonel VELLARD : partie 1

France - Orient - Levant , 1911 - 1940

« II ne faudrait jamais entreprendre de raconter un voyage, on est d'avance vaincu. Comment restituer à la flèche son mouvement une fois qu'elle est tombée au pied du but ? » (J. Kessel)

Ces notes n'ont aucune prétention. Elles n'ont que le mérite de la sincérité. Elles sont le récit fidèle d'un long voyage à travers la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, les Balkans, la Turquie, la Syrie, la Palestine, un vrai voyage, celui qui commence quand la civilisation, ses palaces, ses chemins de fer, ses routes même ont disparu ; voyage fait la plupart du temps par petites étapes et à cheval, interrompu et terminé par deux guerres en France.

[…]

France 1937 – 1940

Le 25 décembre [1937] j'étais promu lieutenant-colonel et nommé au commandement du Centre Mobilisateur de Cavalerie (CMC 26) à Epernay. Cette garnison me plaisait beaucoup : proximité de Paris et aussi d'Avize et de Reims où j'avais passé mon enfance, jolis environs et voisinage d'un beau régiment le 9° Dragons, commandé par un chef remarquable le colonel Oudin» Je redoutais cependant de prendre ces fonctions sédentaires. Mais sans y prendre entièrement goût, je m'y habituais très bien car elles avaient de sérieux avantages : j'étais mon maître absolu, ne dépendant que du général commandant la subdivision de Verdun, organisant mon travail comme je l'entendais. Je suivais les conférences, les manœuvres et les exercices de cadres du régiment et je disposais d'un excellent cheval. Somme toute, j'avais une bonne place. Une fois de plus, je constatais que dans l'armée on a toujours intérêt à ne rien demander et à accepter de bon cœur la situation qu'on vous propose, Je succédais au brave commandant [??sézy] de Gouville que j'avais connu en Syrie où il était chargé du personnel, et quand je pus me débarrasser de l'incapable qui s'occupait du matériel, je fus à la tête d'une usine qui marchait, admirablement servie par des agents militaires modèles, capables, dévoués, animés du meilleur esprit.

Le CMC 26 qui avait à Metz un centre secondaire dirigé par le capitaine Pecqueur [peut-être le sous-lieutenant du Régiment de Marche de Spahis Marocains responsable des armes d’appui à Uskub ?] mettait sur pied sept groupes de reconnaissance, mais il y avait un point noir : une partie du matériel et d'un matériel important faisait défaut. Réclamations, rapports, demandes de recomplètement s'accumulaient en vain : il manquait la moitié des canons de 25 mm, la moitié des chemises et des caleçons, presque toute la dotation de brodequins, etc... Le commandement était impuissant, levait les bras au ciel, assurait qu'il n'y pouvait rien, cherchait à nous faire prendre patience. Il pendait que cela s'arrangerait; d'ailleurs croyait-il à la guerre?

C'est ainsi que se passa l'année 1938 jusqu'en septembre où l'alerte commença à mettre la puce à l'oreille à tous ces messieurs, on reçut quelques effets, mais toujours pas d'armes antichars. Et pourtant ! Il est vrai que l'état-major ne prévoyait pas la forme que prendrait la guerre - si par hasard elle éclatait. Personne ne se doutait - surtout pas le 2° Bureau - de la puissance de l'Allemagne en chars et en avions et l’on faisait de beaux travaux inspirés de conceptions de 1918.

Cette alerte m'a donné l'occasion d'assister à des scènes navrantes ; je prenais mes repas au buffet [de la gare], j'étais donc à un excellent poste d'observation : les trains défilaient transportant des réservistes sur la ligne Maginot. A toutes les portières des hommes brandissaient le poing, criaient « à bas la guerre ! à bas Daladier ! ». Sur les quais, dans la salle des Pas-Perdus, au buffet, des groupes de gens ivres, débraillés. Le service d'ordre était impuissant. Le retour fut aussi lamentable. J'ai vu des hommes en casquette, n'ayant pour effet militaire qu'une capote bleu horizon hors d'usage, armés d'un fusil Gras dont la bretelle était une ficelle ! J’ai fait des rapports, j'ai signalé des faits précis. Je n'ai jamais reçu la moindre réponse !

Nouvelle alerte en mars 1939. Le spectacle fut moins pénible. II y avait un sensible progrès. Commençait-on à comprendre le sérieux de la situation ? Cependant les demandes de recomplètement en matériels n'avaient pas plus de succès. Je fis un tableau sinistre mais exact de mes besoins au général Giraud au cours d’une inspection. Ce grand chef ne parut pas étonné : il était malheureusement fixé. Dans cette triste affaire, la Direction de l'artillerie a encouru une responsabilité terrible : les armes neuves ne sortaient pas, les réparations traînaient en longueur, les accessoires les plus simples et les plus utiles n'étaient pas livrés. Ce n'est qu'en mai 1939 que je parvins à toucher les crochets indispensables pour atteler les cuisines roulantes aux camions ; mais pourquoi s'arrêter à de pareils détails ? La guerre n'aurait pas lieu. N’avait-on pas signé les accords de Munich ? Chamberlain ne venait-il pas de remporter un succès diplomatique si éclatant que les Français reconnaissants voulaient lui offrir une maison ?

Le printemps se passa donc sans soucis. Les bureaux et les sections s'encroûtaient de plus en plus, jusqu'au jour où le gouvernement français, complètement aux mains de l'Angleterre, déclara la guerre à l'Allemagne, sachant que nous n'étions prêts ni matériellement ni moralement, car l'ensemble de la Nation ne voulait pas se battre. J'avais eu le flair de prendre ma permission le 15 Juillet, rentrant juste le jour où jouait la mesure 21 [illisible] et d'alerte, rappel des permissionnaires et des troupes aux manœuvres ou dans les camps. Les autres mesures suivirent à vitesse accélérée et le 26 août 1939, la mesure 82 prescrivant le transport de la couverture était déclenchée.

Le 27 Juillet 1939, j'avais été nommé, tout en conservant le CMC 26, au commandement du 10e GRCA en remplacement du lieutenant-colonel Challan-Belleval affecté au 19e Dragons à Dinan. En cas de départ, je ne resterais pas au dépôt…

à suivre...


Dernière édition par Thierry Moné le Ven 4 Nov 2011 - 14:11, édité 1 fois
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 17:00

Bonjour,

Vivement la suite!

Cordialement
Eric Denis

_________________
Cordialement
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Claude Girod
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 17:34

Bonjour à tous

Bonjour Thierry

Très intéressant témoignage qui conforte certaines difficultés matérielles relevées par ailleurs dans d'autres messages ...

Cordialement
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 17:50

En attendant la suite, un petit complément indispensable et bien connu.

TM

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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 19:01

Bonsoir à tous, Very Happy

J'ai corrigé un autre morceau du texte, que voici.

Cordialement,

Thierry Moné

Lieutenant-colonel VELLARD : partie 2

Le 10e GRCA est un Groupe de Reconnaissance de CA normal, c'est-à-dire comprenant un EM, un EHR, un groupe d'escadrons à cheval, un groupe d'escadrons motorisé.

Le GEH et les éléments montés étaient formés à Pierry (Marne), l’EHR et les éléments mécaniques à Beaune (Côte D’Or).

Les opérations de mise sur pied se déroulent à partir du 27 août à 0 heure. Elles se passent dans les meilleures conditions d'ordre et de discipline ; la tenue des hommes est très nette, leur état d'esprit excellent, comme dans toute la Cavalerie.

Mon 1er Escadron est superbe, c'est le 3e Escadron du 9e Dragons (capitaine Kerhuel). II embarque à Epernay le 28, débarque le 29 et cantonne à Goëtzenbruck (Moselle). Le 2e Escadron est remonté en chevaux de réquisition, véritables éléphants, trottant difficilement et pour lesquels il a fallu allonger toutes les sangles et toutes les brides. Il quitte Epernay le 1er septembre pour la même destination. Le train a été prévu pour des chevaux normaux. Ceux-ci ne peuvent tenir que six par wagon. Il va falloir parlementer avec le chef de gare, ruser pour partir à l'heure car les horaires doivent être respectés.

Je pars par la route le 1er septembre. La réquisition des véhicules n'a pas été plus brillante que celle des animaux et certains sont déjà à bout de souffle. Les incidents commencent à Jalons-lès-Vignes à quinze kilomètres d'Epernay. A Chalons, je dois batailler avec l'artillerie, réquisitionner en ville des accessoires et des pneus. Les chauffeurs font des prodiges. Après avoir traversé Vitry-le-François, Saint-Dizier, nous couchons le soir à Void. Les populations nous regardent d'un oeil assez terne, l'enthousiasme n'est pas celui de 1914. Le lendemain nous passons par Lunéville, Avricourt, Sarrebourg, Phalsbourg où nous déjeunons sur la vieille place, Saveme, ... et Lemberg où nous stationnons. J'y retrouve le commandant de Chamberet et son groupe, Escadron motocycliste et Escadron Mitrailleuses et Engins. Il a éprouvé les mêmes difficultés provenant de la qualité inférieure des voitures de réquisition.

Le GR est rassemblé à Lemberg et à Goëtzenbruck. J'ai quarante huit heures pour faire connaissance des officiers, des gradés et des hommes avec lesquels je dois faire la guerre, voir mes chevaux et mes véhicules, les services des transmissions, du ravitaillement, l'atelier de réparations. Grâce à Dieu, je suis bien secondé : officiers remarquables sauf deux qui ne tarderont pas à aller planter leurs choux ailleurs ; gradés et hommes qui en veulent. Mais hélas, la moitié des chevaux inutilisables, la moitié des voitures nettement insuffisantes, trois canons de 25 mm au lieu de quatre. Il faudra marcher avec ce que j'ai et cela marchera.

à suivre...


Dernière édition par Thierry Moné le Ven 4 Nov 2011 - 14:22, édité 2 fois
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avz94
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Jeu 3 Nov 2011 - 20:00

Bonsoir Thierry

Merci pour votre travail et pour ces pages de lecture très instructives

Cordialement
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 8:35

Bonjour à tous, bonjour Alain (avz94), Very Happy

Voici la suite des "carnets" du lieutenant-colonel Vellard. Je n'ai hélas pas le temps de vérifier tous les noms de villages ou les cotes évoquées et l'OCR a certainement frappé ici ou là... Lorsque j'ai un doute, j'utilise les crochets et les points d'interrogation. Mais au-delà de ces imperfections, je pense que le témoignage est utile et qu'il apporte pour le moins des confirmations.

Avec la partie que je vous soumets dans ce billet, nous disposons de la moitié du document environ. Je vais également vous proposer les 5 autres clichés dont je dispose. La légende de ces clichés ayant été rédigée à la main et dans le genre "pattes de mouche", je vous demande également beaucoup d'indulgence quant aux noms de lieux.

Cordialement,

Thierry Moné

Lieutenant-colonel VELLARD : partie 3

La mobilisation générale est ordonnée. [… ?] commence le 2 septembre à 0 heure. Le 2 septembre je suis mis à la disposition du général Lucas, commandant la Région Fortifiée de la Lauter. Il réunit les officiers à Lemberg, nous harangue, veut nous voir nuit et jour porteurs du casque et du masque et nous quitte au cri de "Haut les cœurs !"

Trois jours après, je passe sous les ordres du général Frère, commandant le VIIIe CA dont je suis le GR organique. Titulaire de magnifiques états de services, très grièvement blessé, ancien commandant de Saint-Cyr, le général Frère est un chef universellement connu et aimé. Pendant la Grande Guerre, il avait enlevé avec son bataillon de chasseurs le village de Maurepas, tenu par des compagnies d'élite de la Garde. Après l'action, le commandant Frère s'avança vers un capitaine prisonnier, le salua et dit : « Je vous félicite pour ce qu'ont fait vos hommes » – Alors, demanda l'adversaire, vous trouvez que la défense a été belle ? « Très belle ! Et comment avez-vous trouvé l'attaque ? » L'Allemand répondit : « admirable ! ».

Le VIIIe CA faisait partie de la Ve Armée, général Bourret, de la maison Daladier ! Dès le 7 septembre, le GR est aux avant-postes au nord de Bitche, de Nousserviller à Haspelschiedt. Mon PC est installé "chez Alfred" sur la route de Deux-Ponts, petit restaurant très fréquenté avant la guerre par les chasseurs et les pêcheurs de truites.

Le 9 nous nous portons un peu au Nord pour occuper le saillant d'[ ?]erenthal où nous relèvera quelques jours plus tard la belle division motorisée du général Parisot. Les escarmouches commencent, on se dispute la possession de points importants : le Four à chaux, le moulin de Schweyen, la tuilerie de Walsenbronn.

Le 14, nous partons pour le camp de Bitche où trois GR (10e GRCA, 4e et 74e GRDI) sont groupés sous les ordres du colonel de Saint-Didier dans le but d'attaquer la « Brosse à dents », observatoire allemand qui commande toute la région. Mais le projet est abandonné. Mes escadrons tiennent Haspelschiedt, Roppenviller, le Pfalzenberg, couvrant l'installation de la 4e DIC qui est en place le 17. Nous sommes mis alors à la disposition du Secteur Fortifié des Vosges pour prendre les AP [Avant Poste] en avant de Philippsbourg et de Neunhoffen, du Haut-Warsberg à Luzelhardt. Je peux apprécier une fois de plus l'agrément d'être sous les ordres de fonctionnaires « à œillères » !

La ligne est très étendue, les positions difficiles à défendre et faciles à tourner ; les vues sont limitées dans un terrain boisé, coupé de profonds ravins. Des patrouilles et des reconnaissances pénètrent très avant chez l'ennemi, rapportent d'utiles renseignements sur son activité, ses travaux, les points occupés, L'Allemand toujours ingénieux a semé de nombreux pièges : fils de fer tendus très bas, dissimulés sous le feuillage et qui, au moindre contact font exploser des mines. Ce système nous causera des pertes. Il fera aussi d'innocentes victimes chez les lièvres et les chevreuils.

A partir du 6 octobre 1939, nous reprenons le secteur de Breidenbach. Nous y travaillerons tout l'hiver et tout le printemps, au contact de détachements ennemis constituant les AP éloignés de la ligne Siegfried. Notre ligne, à une douzaine de kilomètres en avant de la ligne Maginot est formée par une série de points d'appui enterrés et protégés par des barbelés, reliés par téléphone, tenus par deux ou trois groupes de combat ayant pour mission de surveiller, renseigner, de tenir même encerclés et de ne se replier que sur ordre. C’est une suite de sonnettes d'alarme. La vie y est très [ ?] : travaux, patrouilles, service de guet et d'observation sont une activité, une attention de tous les instants de jour et de nuit. Des pluies abondantes ont complètement détrempé le terrain ; la plupart des abris sont inondés. les effectifs sont des plus réduits. Nos hommes ont fait preuve en cette circonstance de volonté et d'une ténacité remarquables, d'un moral très haut. Je revenais toujours enthousiasmé de mes visites sur la ligne de feu.

L'artillerie ennemie est nombreuse, l'emplacement de ses batteries varie fréquemment. Elle fait des tirs d'efficacité de [ ?] de 105 mm et de 150 mm. La nôtre est beaucoup plus modeste. Chaque jour, un avion Fiesler survole lentement nos positions ; attaqué par nos armes de 8 mm en DCA, il démarre rapidement ; la position survolée est bombardée le lendemain. Nos avions n'apparaissent que rarement. L'un d'eux cependant attaque un bombardier ennemi qui tombe en flammes près d'Hau[ ?]rs où l'équipage est enterré.

Toutes les nuits, des détachements allemands spécialisés font un coup de main contre nos éléments avancés. Remarquablement dressés, excellents au point de vue camouflage, orientation, mordants, ils se glissent dans les intervalles, arrivent à portée de grenade à main, tirent à la mitraillette, poussent des cris de chouette ou des aboiements de renard, sans parvenir à faire révéler nos armes automatiques. Il est [avéré ?] que ces troupes ont pris le dessus sur les nôtres dans travail de surveillance mobile ; elles bénéficient d'une organisation initiale : repos dans la journée, haute-paye, meilleure nourriture. Par contre, l'infanterie de ligne n'a pas la même valeur : les patrouilles sont plus timides, sa nervosité se manifeste par un usage abondant de fusées éclairantes et des rafales lancées au hasard au moindre indice suspect.

Mon secteur est très étendu pour mes effectifs ; une compagnie d'infanterie coloniale est mise à ma disposition et tient Liederschiedt. Les attaques ennemies se multiplient : le 17 octobre 1939, les pelotons qui tiennent le village de Waldhausen doivent l'abandonner ; nous le reprenons en fin de journée. Le lendemain Liederschiedt est sévèrement bombardé, mais l'ennemi n'entame pas notre position. Le 21, c'est le tour de Breidenbach où l'escadron moto [ ?]isse l'adversaire qui laisse sur place deux morts et du matériel.

Enfin le 24, le GH est envoyé au repos ; depuis cinquante-deux jours nous étions sur la brèche et les hommes étaient éreintés, les effets et les chaussures dans un état lamentable, nos chevaux manquaient de foins et surtout d'entraînement. L'EHR et les escadrons motorisés cantonnent à Goëtzenbruck ; les escadrons à cheval sont à Obersoultzbach avec le commandant d'Hugonneau qui a remplacé le commandant de Carmejane. Alors est appliquée la circulaire sur les « affectés spéciaux », une mesure déplorable au point de vue du moral, qui va me priver de mes meilleurs mécaniciens. Le matériel auto n’est déjà pas brillant, que va-t-il devenir entre des mains inexpertes ?

Le 10 Novembre 1939, le lieutenant-colonel de Lassus chef du 2e Bureau de la Ve Armée, que j'avais prié à déjeuner, arrive en retard: il revenait des lignes où s'était produit un incident qui allait motiver mon départ précipité. A la suite d'un coup de main analogue à ceux que nous avions précédemment subis, un bataillon d'infanterie et le [ ?.R.] d'une division de méridionaux avaient lâché le Gerskopf, la cote 357 et Liederschiedt. Les ordres du CA arrivent : le 10e GRCA réoccupera le terrain perdu. Pendant que mon personnel se prépare et se met en route, je me porte à Hauvillers où règne le plus grand désordre ; personne ne commande, des sections et des pelotons se replient sans savoir où ils vont, beaucoup n'ont plus d'armes. Par bonheur, les Allemands n'ont pas poussé, ils se contentent d'occuper Liederschiedt qui sera pour eux un excellent observatoire. Les escadrons à pied d’œuvre, je lance des patrouilles; nous reprenons le Gerskopf et la cote 357, mais Liederschiedt est un gros morceau : le général Frère décide que nous n'y retournerons pas et nous nous installons sur les hauteurs sud du ruisseau d’Eberbach. Deux tentatives ennemies sont repoussées et le lendemain matin le calme était revenu. Mes hommes n'avaient pas travaillé en vain : ils avaient rétabli une situation à un moment critique, ils avaient hérité du matériel et des vivres de toutes sortes abandonnés par les fuyards. Mais nous avions perdu une position qui nous donnait des vues très étendues sur la ligne Siegfried entre Deux-Ponts [Zweibrücken] et Pirmasens.

à suivre...


Dernière édition par Thierry Moné le Ven 4 Nov 2011 - 14:56, édité 2 fois
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 11:48

Bonjour, Very Happy

En attendant la suite du texte, voici un premier lot des clichés du lieutenant-colonel Vellard.

Cordialement,

Thierry Moné

Cliché V02. Erkartswiller.

[img][/img]

Cliché V03. PC du 10e GRCA "sur la route de Bitche".

[img][/img]

Cliché V04. PC du 10e GRCA à la "maison forestière de Sparsbach".

[img][/img]
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 12:30

Quelques photos du 10e GRCA glanées sur le net - photos prises par Monsieur Paul Bernardeau, alors lieutenant dentiste à l'unité - http://militaria-histoire.forumsactifs.com/t224-le-10-eme-grca











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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 12:37

Bonjour Cherbourg, Very Happy

Un grand merci pour cet apport très appréciable et ces superbes clichés sur lesquels ont reconnait bien le lieutenant-colonel Vellard à son sabre de cavalerie légère officier (Mle An IX ou XI ? je ne sais plus...), sabre qu'il avait déjà au Levant dans l'Entre-deux-guerres.

Cordialement,

Thierry Moné
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Claude Girod
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 12:39

Messieurs, vos photos sont superbes !!! Merci !

Cordialement !
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 12:56

Bonjour à tous,Very Happy

Suite du récit du lieutenant-colonel Vellard.

Cordialement,

Thierry Moné

Lieutenant-colonel VELLARD : partie 4

Mon commandement s'étend du bois de Waldhausen au bois du Plateau d'Exil (AP et position de résistance). L'escadron à cheval du 25e GR m'a été adjoint. Les coups de main ennemis sont fréquents. Plusieurs cavaliers sont blessés par éclats de grenade le 30 novembre au Nord de Bousseviller, dont le brave Daniel Charles de l'escadron moto qui sera décoré de la Médaille Militaire. Le point d'appui Est du bois de Waldhausen est sévèrement marmité : un cavalier du 25e est tué, trois autres blessés. Les nôtres exécutent d'audacieuses patrouilles dans les lignes ennemies : le lieutenant Jordan sur la cote 367 et l'adjudant Blin dans le village de Waldhausen. Du matériel ennemi et des renseignements précieux sur les organisations adverses sont rapportés. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1939, le poste du sous-lieutenant Bréhan repousse brillamment l'attaque d'une section allemande qui doit abandonner une mitrailleuse, des cartouches, des effets d'équipement.

Le lieutenant Dupont pousse une reconnaissance jusqu'aux abords de Liederschiedt. Il trouve des mines. Pour se rendre compte de leur efficacité, il en l'ait éclater une ; blessé au mollet il continue sa mission. Pendant ce nouveau séjour aux AP, cadres et troupes avaient montré le même entrain, rivalisé d'ardeur soit entre eux, soit avec les beaux bataillons venus dans le secteur : 3e Tirailleurs Marocains ou Chasseurs à pied de la 43e Division. Et. cela par une température rigoureuse qui descendit jusqu'à moins 24 degrés.

Après quelques jours de repos à Eckartswiller qui sera désormais notre point d'attache, nous remontons en ligne. L'ennemi est très actif. Le 25 février 1940, c'est le peloton du lieutenant Moyne qui est vigoureusement attaqué à 21 heures à coups de grenades et de pistolets-mitrailleurs. Moyne tient bon. Quatre jours plus tard, dix heures du matin, une section ennemie progresse à la faveur du brouillard et cherche à surprendre un petit poste avancé. Le sous-officier du poste voisin sort avec une patrouille, attaque la section de flanc ; un officier est abattu. L'ennemi se replie en emportant son blessé mais nous arrose copieusement et blesse grièvement trois cavaliers.

Le 3 mars 1940, le GR est relevé par un bataillon du 81e d’Infanterie (encore des méridionaux !). Au cours de la relève des affolés tirent sans raison aucune et blessent l'adjudant-chef Herbelot. Le 26 mars, je perds mon meilleur officier : le lieutenant Desplats est détaché comme instructeur des EOR [Elève-Officier de Réserve] à Saumur. Nul choix ne pouvait être meilleur : major de Cavalerie à Saint-Cyr, major de Saumur, Desplats était un officier modèle, un instructeur ayant la foi. Il partait en principe pour trois mois. Il ne rejoindra jamais et le 20 juin tombera en héros à la tête de ses Cadets dans l'île de Gennes qu'il avait mission de défendre.

A Eckartswiller les escadrons font de l'instruction, soignent les chevaux qui ont beaucoup souffert de l'hiver. Le matériel est remis en état autant que le permettent nos faibles moyens. Toujours les mêmes difficultés : les effets sont distribués au compte-goutte. II est impossible d'échanger une voiture. Mais Le séjour dans ce beau coin d'Alsace est agréable, à proximité de Saverne et de Haguenau. La neige a fondu, le verglas a disparu, nous pouvons profiter des bois magnifiques qui s'étendent autour du village. Dans les environs nous visitons Neuwiller et sa vieille abbaye… La ville de Strasbourg a été totalement évacuée. A peine y reste-t-il trois cents âmes : infirmières ou agents de la défense passive. La cathédrale est vide, les vitraux ont été enlevés. Nulle part je n'ai rencontré le pareille impression de tristesse.

A Obersoultzbach, les escadrons à cheval sont dans la partie de l’Alsace qui fait coin dans la Lorraine et dite « Alsace bossue ». Toute cette région est peuplée d'autonomistes qui ne nous manifestent pas de particulière sympathie.

Encore une fois le 9 mai 1940, nous reprenons le chemin des avant-postes. Mon PC est maintenant au camp de Bitche. Comme je regrette la. petite maison forestière d'Ochsenmühl, les bois qui l'entouraient et le ruisseau de Sparbach.

10e GRCA et 23e GRDI (Chef d’Escadrons Halna du Fretay) tiennent les quartiers de Schwarzenbach et de la forêt. Dans la nuit du 11 au 12 mai, tous mes points d'appui sont sévèrement bombardés. Deux détachements ennemis qui attaquent le peloton Moyne au-dessus de la scierie du Sparbach sont repoussés et laissent des plumes, abandonnant du matériel. Deux de nos cavaliers sont tués. L'artillerie est très active toute la journée. Le 25e GR est aussi violemment pris à partie, mais nulle part nos positions ne sont entamées. Un détachement qui avait attaqué le Pfalzenberg doit se retirer en abandonnant un officier (un Autrichien) très grièvement blessé et qui meurt pendant son transfert à l'arrière.

Le 17 mai au petit jour, le bombardement est intense. Ordre est donné d'abandonner les points d'appui avancés. Seuls les avant-postes fortifiés continueront à être tenus par l'infanterie. Le 81e RI nous relève. Le mouvement se fait dans un ordre parfait : les pelotons ramenant la plus grande partie du matériel et des munitions, ayant fait sauter ce qui ne pouvait être emporté, repliant les lignes téléphoniques.

à suivre...

Cliché V05. Avant-poste à Eberbach.

[img][/img]


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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 13:54

Bonjour, Very Happy

Grâce au lien fourni par Cherbourg, j'ai consulté le pdf du JMO du 10e GRCA sur cette page :

http://grca.free.fr/historique_grca/10_grca.htm

Ce document m'a permis de corriger certaines erreurs d'orthographe des noms de lieux dans ma retranscription. A noter que le JMO a certainement été scanné et passé à l'OCR puisque certaines erreurs sont récurente : Villard au lieu de Vellard sur deux pages au moins, pas de "s" final au grade de chef d'escadrons, etc.

J'ai vu sur la même page les flammes des trompettes du 10e GRCA, ainsi que l'insigne en métal émaillé. Par contre, je n'ai pas trouvé de représentation du fanion du 10e GRCA. Une représentation (ou un cliché) serait-il disponible en ligne ?

Cordialement,

Thierry Moné


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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 14:04

Bonjour, Very Happy

Je viens tout juste de remarquer un détail qui m'avait échappé en détaillant le cliché fourni par Cherbourg et montrant Vellard en képi, de trois-quarts arrière, décorant un cavalier de son GRCA.

Sur ce cliché, on notera que le lieutenant colonel Vellard porte les deux fourragères des Spahis du 1er Marocains, gagnées pendant la Grande Guerre et l'entre-deux-guerres. Ayant participé aux actions de combat afférentes, le lieutenant-colonel Vellard avait donc droit - à mon sens - au port de ces fourragères à titre individuel. Je crois cependant que dans ce cas de figure lesdites fourragères sont le plus souvent portées sur le ruban de ou des Croix de guerre qui s'y rapportent...

Cordialement,

Thierry Moné


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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 15:55

Bonjour, Very Happy

De la même manière que Cherbourg est venu utilement nourrir ce fil, un aimable collectionneur d'insignes de GRCA pourrait-il nous faire partager ses connaissances en nous montrant un beau cliché de l'insigne émaillé du 10e GRCA et surtout en nous expliquant sa symbolique ?

Allez, les membres de S & T, la piste est à vous !

Merci d'avance aux courageux,

Thierry Moné pirat

Ci-dessous, un mauvais cliché... bouche-trou.

[img][/img]
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 16:25

Bonjour, Very Happy

Suite du récit du lieutenant-colonel Vellard.

Cordialement,

Thierry Moné

Lieutenant-colonel VELLARD : partie 5

Dans la nuit du 18 au 19 mai 1940, nous nous portons dans la région de Waldhambach (emplacement du PC) où je prends le commandant d'un groupement (10e GRCA, 23e GRDI et 28e GRDI du lieutenant-colonel Filleul) chargé de constituer de Domfessel à Saumülh un barrage d'exploitation de chars. Le 30 mai, les deux GRDI sont remis à la disposition de leurs divisions. Je conserve la même mission avec PC à Drulingen. J'avais le grand regret de me séparer du commandant de Chamberet, excellent officier et parfait-camarade, affecté à une division de cavalerie.

Le Général Frère a quitté le CA et cède la place au général Desmazes. Alors nous parviennent toutes les affreuses nouvelles : l'ennemi a franchi la Meuse à Sedan, le général Giraud a été fait prisonnier, le général Billotte a été tué dans un accident d'auto, l'armée Belge a capitulé, la route de Dunkerque est ouverte, les Anglais nous lâchent. Malgré tout, nous voulons encore espérer : Weygand a pris les rênes, on tiendra sur la Somme, on tiendra sur la Seine. Hélas ! Des divisions entières lâchent pied, les hommes abandonnent leurs armes, se mêlent aux civils en fuite. Les éléments qui veulent résister seront rapidement débordés. La débâcle va commencer.

Au début juin 1940, le GR fait mouvement et reçoit pour mission de procéder à l'organisation défensive antichar sur le canal de la Marne au Rhin. Mais il est bientôt envoyé à Souain, et mis le 9 juin à la disposition de la 14e DI (général de Lattre de Tassigny). Il établit une bretelle défensive face au NE sur les routes Sommepuy-Tahure (Marne) à Attigny (Ardennes), de part et d’autre de la ferme Mazagran. Mon PC est à Leffincourt (Ardennes). Nous sommes constamment survolés par des avions à croix gammée. Nous ne voyons jamais un seul avion français.

Le 10 juin 1940, nous nous portons en direction de Mont-Saint-Rémy, AnneIles, à la lisière Ouest des bois pour interdire les infiltrations ennemies vers Perthes et AnneIles et le débordement du Mont-des-Croix. AnneIles et ses abords sont fortement bombardés par des Stukas et par obus de gros calibre. Les pertes sont élevées. Près de trois cents prisonniers allemands arrivent au PC sous une pluie de bombes. Ils se jettent à genoux et demandent pardon, pensant peut-être que nous allions user de représailles. Vers 18h 30 une contre-attaque de la 3e Division Cuirassée pousse jusqu'à Perthes. L’Infanterie de la 14e DI devant Rethel et le GR sur ses positions tiennent magnifiquement. Les Allemands subissent de grosses pertes et plus de cinq cents prisonniers sont capturés, dont un chef de bataillon qui dit être le seul survivant de son unité. Nous sommes pleins d’espoir. Mais les divisions de droite et de gauche ont lâché pied sans prévenir. Nos chars qui sont à bout d'essence ne peuvent exploiter leur succès et retraitent rapidement. Le 152e RI reçoit l’ordre de se porter dans la zone Juniville - Pauvres en assurant le plus longtemps possible la résistance antichar, tandis que je protège la retraite des batteries de 75 mm, puis le repli vers le sud de la 3e Demi Brigade de Chasseurs, en couvrant au SO, au NO et au NE le carrefour de Mesnil - Perthes. Le GR se regroupe ensuite dans les bois de Saint-Soupplet. Le mouvement s'effectue dans le plus grand ordre, au milieu d'unités de toutes armes en débandade, sous tirs de harcèlement ennemis à la traversée de Mesnil, Pauvres, et Mont-Saint-Rémy.

L'Aisne abandonnée, nous espérons encore. Nous pensons qu'une défense a été organisée sur la Marne, la Marne de 1914 et de 1918. Mais le commandement n'a rien prévu, hormis de faire sauter les ponts, mentalité de vaincu !

à suivre...
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MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 16:51

Bonjour, Very Happy

A propos de l'insigne du 10e GRCA et de sa symbolique, la réponse à mes questions se trouve certainement dans cet ouvrage récent très spécialisé. Mais, à ma grande honte, je ne le possède pas alors que son auteur est un officier de cavalerie et que nous oeuvrions tous deux au Bureau Opérations de l'EM de la 6e Division Légère Blindée à Nîmes en ... 1986 ! C'est lui qui m'avait donné le virus des insignes de Spahis à cette époque déjà reculée...

Si quelqu'un possède cet ouvrage que je n'ai d'ailleurs jamais vu en librairie, qu'il veuille bien nous dire en substance ce qu'écrit Paul Lafleur...

Sur des notes de Vellard, je déchiffre une devise de son 10e GRCA qui semble être : « Fault ce que mult »



[img][/img]

Auteur : Paul LAFLEUR

Les groupes de reconnaissance de corps d’armée et de division d’infanterie ont représenté la majeure partie des unités de la cavalerie en 1939-40. De tous les combats de la campagne de France, ces unités «ont accompli une noble et rude tâche et laissé un magnifique exemple» (Général Weygand).

Cet ouvrage comprend un rappel historique sur les groupes – composition, mise sur pied et missions - et un historique pour chacun d’entre eux où le lecteur pourra suivre le déroulement général de leurs marches et opérations de fin août 1939 au 25 juin 1940.

Il présente également en couleurs les insignes des groupes, les insignes authentiques et les refrappes avec leurs dos, dans le texte avec chaque groupe, puis globalement en fin d’ouvrage.

Soit :
  • 326 insignes (avers et revers) illustrant le texte.
  • 111 insignes (avers) récapitulant les authentiques.
  • 87 insignes (avers et revers) présentant les retirages et tirages «école».
  • 23 insignes (avers) des régiments ayant participé à la création des GRDI et GRCA.

    Agrémenté de cartes, photos et gouaches, cet ouvrage de 251 pages est un livre de base pour les collectionneurs d’insignes et un essai d’historique global sur le sujet.

    format 20 x 30 cm - 251 pages - illustrations couleur - broché.
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 21:24

    Bonsoir Thierry

    voici ce que dit cet ouvrage sur l'insigne :

    "La croix de Lorraine représente la 1re région d'engagement du GR, le rouge et l'or, les couleurs du 9ème RD. Réalisation Jeannot, commandé ou livré en janvier 1940.

    Cordialement
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Ven 4 Nov 2011 - 23:51

    Bonsoir Alain, Very Happy

    Merci pour cette réponse rapide !

    Donc rien sur la devise de Vellard et rien sur le fanion du 10e GRCA. Je me demande bien si quelqu'un l'a déjà vu ou même si quelqu'un le possède car Vellard n'était pas du genre à égarer un emblème...

    Cela ne fait pas lourd sur la symbolique... auriez-vous encore dans vos archives les travaux du Commissaire de Lassale sur les Groupes de Reconnaissance divisionnaires et leurs insignes ? Je parle de ses livraisons dans le cadre de S & T. Il était venu me rendre visite en 1998 ou 1999 à Valence et m'avait apporté une belle paire d'éperons dorés de Spahis pour la nouvelle salle d'honneur. C'était peu après la sortie de l'ouvrage sur les insignes des Spahis (Lavauzelle).

    Cordialement,

    Thierry Moné
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Sam 5 Nov 2011 - 0:51

    Bonjour, Very Happy

    Après quelques recherches en ligne, je pense que la devise du 10e GRCA "FAULT CE QUE MULT" est rédigée en patois lorrain. Le mot "Mult" viendrait du gaulois et voudrait dire "bien", comme le précise un livre régional ancien de 1828.

    J'en déduis que " FAULT CE QUE MULT " devrait vouloir dire " FAIS CE QUI EST BIEN "

    Quant au fanion, il a deux pointes et est visiblement porté par une lance réglementaire française du Modèle 1890, caractérisé par sa hampe en bambou mâle royal du Tonkin.


    Au revers (hampe à droite), je suppose que devait figurer l'écu que l'on retrouve sur l'insigne émaillé et sans doute également la devise adoptée par le lieutenant-colonel Vellard. Il faudrait pouvoir vérifier mes suppositions...

    A l'avers (hampe à gauche), on peu raisonnablement avoir plus de certitudes, surtout lorsqu'on peut présenter un cliché de celui-ci !

    Cordialement,

    Thierry Moné

    Cliché V06 a. Prise d'armes à Eckartswiller. Noter l'avers du fanion du 10e GRCA.

    [img][/img]

    Cliché V06 b. Détail du fanion.

    [img][/img]



    Cliché V06 c. Une lance française Modèle 1890. Détail du fer de lance.

    [img][/img]


    Dernière édition par Thierry Moné le Sam 5 Nov 2011 - 12:19, édité 8 fois
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Sam 5 Nov 2011 - 1:35

    Bonjour, Very Happy

    Avant dernière partie du document rédigé par le lieutenant colonel Vellard.

    Cordialement,

    Thierry Moné

    Lieutenant-colonel VELLARD : partie 6

    Le 11 juin 1940, le GR couvre le flanc gauche de la 14e DI puis est mis en réserve de Corps d'Armée après installation de l'infanterie sur la position Mourmelon-le-Grand, Jonchery, Saint-Hilaire-le-Grand. Il est renforcé du 60e GRDI (lieutenant-colonel du Passage) mais le GR n'a pas de canons de 25 mm ; il ne possède comme arme antichar qu'un fusil spécial anglais ramassé dans le Nord [Fusil antichar Boyes]. Le 12 juin pendant la nuit, nous tenons deux lignes successives de couverture antichar. Après une heure du matin, l’ennemi attaque avec des blindés sur Baconnes et la Pyramide se Sept Saulx. Les cinq premières voitures qui se présentent sont détruites par le canon de 25 mm du lieutenant de Chivré. Mais devant la menace de débordement, je donne l'ordre de repli sur Mourmelon-le-Grand où le 152e RI est en position. Chivré dont le canon a été mis hors d'usage et le Peloton moto de l'aspirant Stoganov tiennent jusqu'à 7 heures puis retraitent par les bois parsemés d'ennemis. Le canon de 37 mm est détruit à son tour, le tireur est tué sur sa pièce, deux servants grièvement blessés. Il ne me reste plus que le 25 mm du 2e Escadron. Le quatrième canon envoyé en réparation il y a trois mois, n'a jamais pu m'être rendu. L'adjudant-chef Barnet et plusieurs cavaliers du 2e Escadron sont blessés. A 9 heures l'attaque ennemie se poursuit sur Mourmelon. Le colonel [Bétant ?] me donne l'ordre de me porter à Bouy. Mes éléments rameutés défendent le village face au nord, le 60e GRDI tient les lisières NO et le 25e GRDI (lieutenant-colonel Courtois) défend face au Sud.

    A 13 heures, je reçois l'ordre de tenir les Grandes-Loges et la Veuve pour barrer la route de Châlons. Mes reconnaissances trouvent deux localités aux mains de l'ennemi. Nouvel ordre d'occuper Saint-Hilaire-au-Temple et le Mont de la Croix pour interdire la route Reims – Châlons. L'ennemi tenant déjà par des blindées, la sortie ouest de Bouy, je passe par la voie romaine et Vadenay. Relevé par des éléments de la 7e DLM, commandés par mon vieux camarade Grévy, je gagne Dampierre, puis Saint-Etienne-au-Temple où se trouve encore une partie du Groupe d'Escadrons Hippo qui n'a pu atteindre le pont de la Croix par suite de l'épuisement de ses chevaux. A 17 heures, les Allemands ont pris la route de Châlons et le pont sur la Marne. Au milieu d'une cohue de convois militaires et le voitures civiles, le GR retraite sur l'Epine, bombardé par l’aviation, poursuivi par les feux des chars ennemis. Nous nous rejetons plus à l'est, passons la Marne par des ponts divers et je peux regrouper presque tout mon monde sauf le 2e Escadron dont j'ai été coupé et dont je reste sans nouvelles.

    Je n'ai plus d'armes antichars, mes hommes lutteront contre les blindés avec des fusils-mitrailleurs, des mitrailleuses et des mousquetons. Le ravitaillement en vivres et en munitions n'arrive plus. Dans l'après-midi du 13 juin je retrouve le CA à Sainte-Croix. Nous couchons à Poivres-Sainte-Suzanne après avoir fait la liaison avec le 6e GRDI du lieutenant colonel Dufour. Au petit jour nous traversons l'Aube dont les ponts de Viapres et de Rhèges vont être défendus par l'escadron motocycliste et l’EMC (capitaine Meresse). Les chevaux sont à bout de force. Le 1er Escadron atteint péniblement Coclois (Aube) où il reste en réserve. J'ai installé mon PC à la sortie ouest d'Arcis-sur-Aube. Malgré les difficultés provenant de la vague énorme des réfugiés civils et des éléments de l'armée en retraite, malgré l'artillerie et les avions, les escadrons motorisés tiendront pendant les journées des 14 et 15 juin 1940 jusqu'à l'épuisement de leurs forces, de leurs vivres et de leurs munitions. Vers 15 heures Arcis-sur-Aube et Coclois sont violemment bombardés par des avions en piqué. Nos pertes sont lourdes, principalement au groupe de transmissions. De nombreux réfugiés sont tués ou blessés, des animaux éventrés. En gare d'Arcis, un train de munitions saute. Une auto sanitaire qui a conduit des blessés à Troyes, accompagnée par le dentiste lieutenant Sernardeau, ne rejoint pas. L'ennemi dessine un mouvement de débordement par le Nord. Pour protéger la retraite, le feu a été mis à de la paille répandue sur le sol et arrosée d'essence. Ce rideau de feu et de fumée ralentit la progression des chars ennemis. Mes hommes parviennent à repasser les ponts, le génie les fait sauter, mais la destruction n'est pas suffisante pour arrêter piétons et cavaliers. L'infiltration ennemie est lente mais continue, la fusillade est très nourrie : Billard, Bouveret et d'autres sont tués et d’autres blessés. Les escadrons se replient dans les bois au NE de Troyes ; les hommes sont éreintés. La plupart des véhicules et des motos n'ont presque plus d'essence.

    à suivre...
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Sam 5 Nov 2011 - 9:13

    Bonjour à tous, Very Happy

    Il me semblait bien avoir oublié un cliché de la série Vellard... Cet oubli est à présent réparé puisque le voici.

    Cordialement,

    Thierry Moné

    Cliché V07. Il est légendé " Devant Liederschiedt ". [Brrr...!]

    [img][/img]
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Sam 5 Nov 2011 - 10:03

    Bonjour, Very Happy

    Ouf ! Voici la dernière partie du document...

    Cordialement,

    Thierry Moné

    Lieutenant-colonel VELLARD : partie 7 (fin).

    Coupé du Corps d'Armée, et après une entrevue avec le général de Lattre, je vais lier mon mouvement à celui de la 14e DI et je donne l'ordre de repasser la Seine au pont de Clérey. Le pont a été bombardé ; un entonnoir creusé presque au milieu rend le mouvement difficile et dangereux. Les avions réapparaissent au petit jour et continuent leurs destructions. Le 1er Escadron regroupé dans la partie Nord de la forêt d'Aumont, devait gagner les bois de Marcon, mais l'ennemi étant à Saint-florentin et à l'Ouest, il se poste dans les bois de Chaource, Le capitaine Kerhuel me fait dire qu'il va être obligé d'abandonner ses chevaux épuisés, et qu'il continuera à pied. Je leur envoie l'ordre de traverser l'Armançon à Dannemoine. Sur ces entrefaites le pont de Dannemoine est occupé. Plus de nouvelles du 1er Escadron.

    Certains de mes véhicules qui avaient passé la rivière à Tonnerre sont pris sous un violent bombardement d'avions. Mon camion-atelier est détruit avec deux autres voitures. Avec les éléments restants, je compte passer la nuit dans les bois de Nitry, mais dans ce village je retrouve le général Desmazes qui me donne l'ordre de me porter avec lui sur Avallon et Montmardelin. L'encombrement est à son comble : piétons et cyclistes, autos de tous genres, charrettes de paysans, soldats avec et surtout sans armes, mêlés aux civils ou ayant emprunté leurs voitures, petits groupes de cavaliers perdus provenant de GR ou de formations de cavalerie. Nous en rameutons un certain nombre : les cavaliers restent avec nous et se conduisent très bien jusqu'au bout, les fantassins se défilent dès qu'ils le peuvent. L'ennemi est sur nos talons, nous traversons Avallon à 22 heures. Le pont sur le Serein saute. A 22h 30 un bataillon sur chenillettes entre dans la ville. Nous couchons en cantonnement d'alerte à Montmardelin que nous quittons à quatre heures pour nous diriger sur Nevers.

    16 juin 1940. Un ordre du Corps d'Armée nous envoie sur Imphy (Nièvre) pour protéger les sapeurs qui préparent la destruction du pont sur la Loire et des dépôts d'essence. Cette opération terminée, le GR doit rejoindre Aigueperse (Puy de Dôme) où se regroupent la plupart de mes éléments blindés et quelques cavaliers à pied du 1er Escadron. Par Gelles, Vil-le-Comte, Saint-Germain-l'Herm nous gagnons Allègre (Haute-Loire) où l'on me renforce des débris de quelques formations disloquées. Là, nous établissons des barrages auxquels viennent se heurter à plusieurs reprises des chars allemands en reconnaissance éloignée. Puis nous sommes dirigés sur Bourg-en-Bresse, à la disposition du général Desmazes nommé au commandement de la 7e Région.

    Le 31 juillet 1940, le 10e GRCA est dissous. Evidemment bien triste, j'avais la consolation et la fierté d'avoir eu sous mes ordres une troupe d’élite et d'avoir commandé jusqu'au bout des officiers et des hommes sans peur, dignes héritiers des magnifiques traditions de la Cavalerie française.

    Odyssée du 2e Escadron

    Le 12 Juin 1940 entre l’Epine et Marson, avant le passage de la Marne, le 2e Escadron avait été coupé de la colonne et dirigé sur Vanault-le-Châtel. Après une grand'halte, il était reparti à deux heures du matin sur Vanault-les-Dames à travers les bois sillonnés par des blindées ennemies. Une flèche de mitrailleuses casse, le caisson est incendié. La retraite continue vers Pargny-sur-Saulx où, à midi, hommes et chevaux mangent. Le détachement chargé de la défense de Pargny, l'ayant abandonné, Jordan fait sauter le pont sous le nez des chars allemands. Une section d'infanterie qui a réussi à s'infiltrer attaque, mais perd une douzaine d'hommes. Le village reçoit 150 obus de 77 mm. Vers 14h 30, nouvelles attaques plus importantes : l'ennemi perd encore une vingtaine d'hommes. A 16h 30 bombardé par l'artillerie de gros calibre, attaqué par de l'infanterie protégée par de violents tirs d'armes automatiques, l'escadron se replie sur Saint-Julien et remonte à cheval. Entouré de blindées, il se jette au galop dans les bois, coupés de grillages qu'il faut cisailler. A deux reprises, l'escadron est mitraillé par des avions. A deux kilomètres de Saint-Dizier, sept blindées le prennent sous leurs feux. Presque tous les chevaux tombent, une douzaine de cavaliers sont tués ou blessés. Les survivants rentrent sous bois, poursuivis par les chars qui écrasent hommes et chevaux blessés. Se guidant à la boussole, faisant en route un prisonnier, Jordan et Moyne traversent Saint-Dizier, marchent sur Joinville, Chaumont où ils laissent blessés et éclopés, et Dijon où ils arrivent le 15 juin 1940 à 14 heures. Il leur reste une quarantaine d'hommes, plus un cheval. Aiguillé par la place de Dijon, le détachement qui a récupéré en route une auto, une camionnette et des bicyclettes abandonnées, arrive au dépôt de Beaune. De là Moyne est envoyé aux renseignements sur Auxonne où de la cavalerie à été signalée. Il ne rejoint pas. Avec sa poignée d'hommes, Jordan gagne Saint-Pourcain et enfin Aigueperse. Brave 2e Escadron ! II a superbement lutté jusqu'à l'extrême limite. Je n'en attendais pas moins de cette unité devenue entre les mains de Jordan et de Moyne, secondés par des sous-officiers d'élite comme Bardet, Bymann, Trousson, un excellent instrument de combat.

    Citation à l’ordre de l’Armée obtenue par le lieutenant-colonel Vellard.

    n°717 du 22 janvier 1942. Commandant un groupe de reconnaissance de CA a toujours, quelles que soient les difficultés, rempli les missions qui lui ont été confiées. En novembre 1939 a rétabli en 48 heures la situation des points d'appui compromise au bois de Waldhausen et devant Liederschiedt. En juin 1940 a forcé l'ennemi disposant de moyens blindés importants à marquer des temps d'arrêt au camp de Chalons, sur l'Aube et sur la Seine, tenant partout jusqu'à l'épuisement de ses munitions, animant ses subordonnés de son énergie farouche et obtenant d'eux une résistance opiniâtre allant parfois jusqu'au sacrifice.
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    Thierry Moné
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   Sam 5 Nov 2011 - 10:31

    Bonjour à tous, Very Happy

    Afin de conclure mon apport sur le 10e GRCA au travers du souvenir et des souvenirs du lieutenant-colonel Vellard, voici trois derniers clichés montrant le chef d'escadrons Vellard en Syrie dans l'entre-deux-guerres.

    En espérant que ce fil aura intéressé les adeptes du Forum ATF40 et que ceux qui auraient des compléments ou des commentaires n'hésiteront pas à nous les faire partager. Very Happy

    Cordialement,

    Thierry Moné

    Cliché V08. Le chef d'escadrons Vellard à Alep (Syrie), servant au 1er Régiment de Spahis Marocains. Le jour de la Fête du Sultan des Tolbas (le "sultan d'un jour" est à gauche).

    [img][/img]

    Cliché V09. Le chef d'escadrons Vellard en Syrie ("détaché" du 1er Marocains d'Alep), commandant les Escadrons Légers auxiliaires supplétifs du Nord-Syrie (GELNS). Il est ici en compagnie d'un escadron dont l'uniforme nous indique sans conteste qu'il s'agit de cavaliers Kurdes.

    [img][/img]

    Cliché V10. Le chef d'escadrons Vellard, commandant un Groupe d'Escadrons chez les Spahis du 1er Marocains à Alep. En arrière plan, la fanfare régimentaire ; au premier plan, avec son genhour, un officier algérien en service au 1er RSM.

    [img][/img]


    Dernière édition par Thierry Moné le Dim 6 Nov 2011 - 11:46, édité 4 fois
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    MessageSujet: Re: 10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains   

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    10e GRCA du Lcl Vellard, ancien des Spahis du 1er Marocains
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