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 Le vin, dans les armées

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Lescure40
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Dim 25 Sep 2011 - 12:12

Bonjour,

Septembre 2011, septembre 1939 : Les Vendanges

Je ne pouvais laisser passer cette période sans parler du vin !

Nos troupes sont mises à contribution pour aider les vignerons d'Alsace, de Lorraine, de Champagne...



Actualité : Journal de Guerre n°5
On boit pour se donner du coeur à l'ouvrage, pour faire une pause.


(JDG n°5)

Après une dure journée de labeur dans les vignobles et dans la bonne humeur, quoi de plus chaleureux qu'un repas chez l'habitant, avec une bonne bouteille.

(JDG n°6)

Décidément, notre biffin n'a pas de chance, le vin le poursuit partout.
Le conflit n'avait pas encore l'allure qu'il prit au mois de mai 1940.

Gérard


Dernière édition par Lescure40 le Dim 29 Déc 2013 - 16:03, édité 1 fois
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Lescure40
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Sam 31 Déc 2011 - 10:09

Bonjour à tous et bonnes fêtes,

IV - Noël 1939 : Distribution de champagne

Vin pétillant cette fois (toujours tiré des journaux de guerre)







Dernier joyeux noël avant longtemps...Le prochain, ils le passeront, pour la plupart, en camps de prisonniers.

Gérard
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SALIOU Pierre
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Dim 1 Jan 2012 - 16:08

La "double" pour dératiser:




...avec modération, tout de même!!
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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Lun 2 Jan 2012 - 8:43

Un fil très intéressant, merci ! Quelques informations supplémentaires:

- Même si le vin n'est pas alors à 12°, il est nettement au-dessus des 3° que j'ai lus en début de fil, et n'a rien à voir avec du Coca ! Les troupes britanniques, habituées à la bière, en font régulièrement l'expérience lorsqu'elles boivent du vin dans des quantités comparable. C'est bien le signe que le degré d'alcool était celui indiqué: 8-9° au moins. Et sinon, oui: on peut très bien se saouler avec de la bière à 5°, cela arrive régulièrement aujourd'hui.

- La viticulture est en crise depuis le début du siècle (vins algériens, maladies des vignes) et cela a donné lieu à des révoltes réprimées par l'armée, par exemple en 1905-06. C'est un lobby qui est donc agressif, et il est par ailleurs très puissant: les pinardiers feront beaucoup pour la généralisation du vin chaud du soldat, lequel, dans le contexte d'inactivité de la drôle de guerre, va créer bien des alcooliques (de mémoire d'après Crémieux-Brilhac, mais j'ai encore le livre pour citer les passages idoines si besoin). A l'armée, les troupes boivent plus d'alcool et consomment plus de viande que dans la vie civile: ce qui change ce ne sont pas les montants consommés mais la régularité de la consommation.

- Malgré cela, on buvait plus à l'époque qu'aujourd'hui. Lisez par exemple des Simenon, et comptez tout ce que le commissaire Maigret s'envoie derrière la cravate au cours d'une journée de travail normal. Aujourd'hui, ce serait considéré comme énorme. A l'époque, on était juste habitué - la tolérance à l'alcool est aussi une affaire d'habitude. Voir aussi comme le personnage de l'alcoolique (capitaine Haddock) est présent dans la littérature et les dessins de l'époque, alors qu'il a largement disparu aujourd'hui.

- En unité, l'alcool faisait aussi partie de la thérapie. Clostermann en parle pour la RAF, et des mémoires de pilotes allemands dont je me souviens parlent eux aussi d'un bar bien garni, ainsi que de beuveries mémorables. Les navires U.S. étaient des "dry ships" (sans alcool), contrairement à ceux de la Royal Navy où le "Rum" faisait partie de la tradition (même si bien sûr la consommation était contingentée). Bien des navires anglais ont ainsi obtenu des pièces diverses de leurs homologues américains en les troquant contre de l'alcool.

Il y a donc d'une part un besoin réel, et d'autre part la représentation que l'Armée (largement encouragée par les pinardiers) se fait de ce besoin, qu'elle entretient ainsi.
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Jean-Francois Althaus
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Ven 17 Aoû 2012 - 23:22

bonsoir,
A l'occasion si quelqu'un se rendait à Vincennes qu'il consulte l'archive cotée
8 N 157 :
Fabrication du pain (composition, prix de revient), blé et farines, moulins mili-
taires ; vin : qualité du vin, quantités à distribuer ; viande : organisation des marchés, exécution de la fourniture de viande (1919-1939).

source : Inventaire des archives de la guerre, série N, 1920-1940 2
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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Dim 19 Aoû 2012 - 16:55

Deux affiches en attendant:


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Lescure40
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Dim 29 Déc 2013 - 16:30

Bonjour,

Pardon, je finissais mon verre ...

Jean-François Althaus a écrit:
durant l'hiver 39/40 il a fallu couper le vin gelé à la hache!
Et le vin semble bien geler  comme en ce 31 décembre 1939 :
Citation :
« La neige a tombé à gros flocons, il fait moins froid mais le manteau blanc épaissit rapidement : moins 9 degrés. Les hommes ralentissent leur activité, font surtout des corvées de bois. Tout le monde est à son poste, aux pièces de batterie, dans les abris aménagés chaudement les servants veillent et les services d’observation, transmissions, ne chôment pas malgré le froid et la guerre des papiers continue.
La messe s’est dite à 7 heures et demi, dehors, avec comme décor les arbres couverts de neige. Triste fin d’année dans un décor grandiose que je verrai toute ma vie. Rien de grave à signaler. Les nouvelles arrivent toujours à peu près régulièrement et le ravitaillement également quoique le vin gèle et le pain également (…. )»(1)
Et aussi le dimanche 7 janvier 1940 :
Citation :
« Temps brumeux à la neige, moins 15 ce matin et nous mettons le nez dehors avec le passe-montagne. Le pain et le vin gèlent et il faut les mettre au chaud la veille (…) »(1)
Citation :
C’est pire le jeudi 11 janvier, il fait  - 14° !  

« Le boucher à l’Etat-Major est obligé de faire dégeler sa viande et pour le pain et le vin de même. »(1)
Bien sûr cela se passe sur le front, aux positions. Un peu en arrière, à la B.H.R. c’est mieux :
Citation :
« La soupe est toujours bonne et ici, grâce au confort le vin est moins gelé. »(1)
Et pourtant, il fait  - 10° ce samedi 20 janvier 1940.  Le pain et le vin arrivent toujours gelés le dimanche 4 février 1940.

[1]http://sovaze.net/livret_1/page_01.html
Sous le signe de la providence – 1939-1940 mémoires d’un artilleur

Gérard Mut
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Loïc Lilian
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Dim 29 Déc 2013 - 21:13

Bien que du temps de paix, 1935-1938 mais bon

des petits cahiers des charges de l'Intendance sur la fourniture de vin aux unités des 6ème & 7ème Région Militaire

répartition en hectolitres par Régiment avec leur lieu de garnison et même le nom de la caserne

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5813245d.r=.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5813284h.r=.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5813276z.r=.langFR
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5813904w.r=.langFR






Insigne et devise d'une 176ème batterie de DCA de 1939-1940 non identifiée (4 Régiments ayant une batterie numérotée 176) qui ne manque pas d'humour
 
"Toujours en vin, jamais en vain"





Loïc
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Lun 30 Déc 2013 - 0:53

Buvait-on autant que le prétendent certains narrateurs ?
Lundi 4 décembre 1939, c’est  Sainte Barbe, la fête des artilleurs. Le vin va couler à flot  dans les batteries ce jour-là. L’artilleur Marcel Guillemin du 3e groupe du 2e Régiment d’Artillerie de Montagne en témoigne :
Citation :
« Menu ordinaire mais agrémenté de choucroute, deux quarts de vin et cigare. »
Pas de quoi être ivre assurément.
Ce même artilleur nous rapporte le menu du lundi 25 décembre, fête de Noël :
Citation :
« A onze heures, repas de roi : Thon, jambon, viande rôtie, petits pois au jus, fromages, confitures, cigare, une bouteille de champagne pour 4 et à 17 heures, choucroute d’Alsace, une bouteille de vin blanc pour 4. »
Voilà qui est plutôt raisonnable.

http://sovaze.net/livret_1/page_01.html
Sous le signe de la providence – 1939-1940 mémoires d’un artilleur

Gérard Mut

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Loïc Lilian
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Sam 10 Juin 2017 - 16:31

bonjour

évoquée dans ce fil, la distribution de vin chaud



le Midi et plus particulièrement le Languedoc-Roussillon est en première ligne pour le ravitaillement en vin aux Armées, le Ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement parle des «4 gros départements» (Hérault, Aude, Pyrénées Orientales, Gard) dont l'attention de l'Intendance suscite envies et jalousies parmi d'autres régions de tradition viticole et bien des aigreurs du Bordelais à la Bourgogne en passant par le Saint Pourcinois

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531212419?rk=472105;2

ainsi à la 16ème Région Militaire est mise en place une Intendance des Vins, qui occupe 83 officiers et soldats de la 16ème Section de Commis et Ouvriers Militaires d'Administration dont 50 à Montpellier (4 rue Alfred Bruyas entre autres) avec la Direction du Service des Vins (Intendant Militaire de 1ère classe Grévin comme directeur) assorti d'une gestion et d'un Bureau Central des Wagons Réservoirs qui pilote plusieurs gares de groupement des wagons réservoirs (Montpellier, Béziers, Paulhan, Carcassonne, Narbonne, Perpignan)
à la porte de cette région, Nîmes lui est rattaché, André Castel directeur du laboratoire départemental d’œnologie (1 rue Bernard Lazare) écrit que l'établissement a été réquisitionné par l'Intendance et lui même mobilisé, affecté à l'Intendance des Vins, on me laisse au labo... 

https://www.delcampe.fr/fr/collections/timbres/france-marcophilie-lettres/guerre-de-1939-45/guerre-39-45-intendance-militaire-des-vins-departement-de-l-herault-le-16-9-1940-280548087.html
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Sam 10 Juin 2017 - 18:02

Bonjour Loïc, Bonjour à tous,
Un sujet qui rejaillit merci.
je m'empresse d'amalgamer ces références dans ma documentation sur le sujet.
j'en profite pour compléter.

I - La drôle de guerre : Le vin et l'attente

Septembre 1939 - La montée en ligne : Ils ne seront pas pris au dépourvu
Le 3 septembre 1939, la guerre est déclarée. Les régiments, regroupent réservistes et mobilisés dans leur régions respectives. A bordeaux, c’est le 57e R.I. qui se prépare à monter en ligne vers l’Alsace. Le mouvement s’effectue en trains.
Felsenhardt, 1973 a écrit:
Reims… une Halte dans la gare. Des dames de la Croix Rouge poussant le long des quais de petits chariots offrent  du café ou du lait. Un cri unanime s’élève de tous les compartiments : « du champagne… » et comme ces charmantes jeunes filles semblent désolées de ne pouvoir réaliser ce vœu, d’innombrables bouteilles de vin brandies en dehors des portières, administrent la preuve qu’en toutes circonstances un Bordelais ne saurait être pris au dépourvu. » (Felsenhardt, 1973)
Les étapes permettent même aux tenanciers de remonter leur chiffre d’affaire. Ainsi près de Saint-Ménéhould :

Felsenhardt, 1973,p.15 a écrit:
Le cafetier qui nous loge, à contrecoeur, voit dans la seule journée sa clientèle passer d’une demi-douzaine de chalands à plusieurs dizaines de consommateurs. Avant la fin de la journée, les quelques barriques de vin de sa cave sont désespérément vides. Bien que n’ayant aucune notion d’économie politique, il réinvente la loi de l’offre et de la demande. Le prix du litre passe de 2,50 francs le matin à 3,25 francs à midi pour plafonner à 3,75 dans la soirée. Qui sait quels sommets il eût atteints à la nuit, si une délégation de nos hommes n’avait exposé ses doléances au colonel, qui, sur l’heure, taxe le prix du litre à 3,25 francs, prix abusif, même tenant compte du transport extraordinaires que le cafetier allait devoir effectuer pour renouveler ses stocks.
Un peu plus tard, le même régiment fait étape près de Douaumont dans un lieu désert, sans eau. Mais
Felsenhardt, 1973, p.17 a écrit:
Les hommes disposent de pinard en quantité suffisante pour leur besoins d’une nuit, mais l’eau est indispensable aux chevaux. 

C’est exact, les chevaux n’aiment pas le vin !
Les régiments s’installent : C’est dans la plupart des témoignages les mêmes scènes. Villages alsaciens évacués, maisons abandonnées sans finir le repas, vaches attendant la traite et
Felsenhardt,1973, p.19 a écrit:
Les celliers et les caves sont garnis de vins d’Alsace, des bouteilles d’alcool de prune qui n’échappent pas à la vigilance des nouveaux occupants et dont il ne devait plus rester une goutte lors de notre départ.
Sûrement toujours dans l’idée que ce que les soldats boivent, « les boches ne l’auront pas »
A l’automne et au printemps, que font les troupes ?
Cartron Pierre a écrit:
« Que faisons-nous pendant les mois de la "drôle de guerre" passés à Trélon, à proximité de la frontière belge ? Rien ou presque rien. Nous creusons des tranchées avec des moyens rudimentaires et nous n’avons pas même le droit de réquisitionner chez les marchands de matériaux des drains de poterie tels que ceux qui sont couramment utilisés par les paysans pour assainir leurs prairies dans cette terre argileuse de Thiérache. » (Pierre Cartron, Lieutenant commandant une batterie de 75e au 33e R.A.N.A., 5e D.I.N.A. Ixe Armée.)
-        On procède au minage des routes (région des Alpes, près du barrage du Chambon, (JdG n°4 01/10/39)
-        Manœuvres près de Briançon (JdG n°4, 01/10/39)
-        Récoltes, vendanges, travaux des champs en Alsace (JdG n°4)
-        Tenir le front.
Le front est tenu par un bataillon de chaque régiment d’infanterie en ligne. Ce bataillon, occupe un secteur divisé en deux sous secteurs tenus chacun par une compagnie. Chaque sous-secteur se divise en trois parties : à l’arrière, les réserves, au milieu la ligne de résistance et en avant, la ligne de surveillance constituée d’avant postes et de patrouilles. (JdG n° 17 du 27/01/40)
Quand les bataillons sont en réserve, la vie quotidienne s’organise autour des entraînements, des corvées et des distractions.  Quoi de plus naturel que d’y retrouver notre ami le vin.

Weber, 1994 a écrit:
« Point de sport ni de jeu, aucun exercice physique, mais du vin à volonté. Tous les jours, c’étaient 2,5 millions de litres que l’on distribuait aux troupes : de l’alcool pour une nation d’alcooliques en armes…(1)
Le pourrissement moral des troupes françaises pendant la drôle de guerre: Goutard, page 134-135. En dehors de quelques troupes d’élite (corps francs faisant le coup de feu sur la ligne Maginot et en Alsace) on ne peut que déplorer durant cette période une grande passivité du commandement, avec des troupes quasiment livrées à elles-mêmes, à l’alcool et au théâtre aux armées. On va jusqu’à installer des salles de déséthylisation dans les gares !(2)


Du vin de Frileuse « qui mélangé au gros rouge de l’intendance, dispense aux popotes un apéritif honorable » (Felsenhardt, 1973, p.35)

Le "Vin de Frileuse" était une spécialité pharmaceutique tonique à base d'Uvaria fabriquée entre 1930 et 1940 à Frileuse(3).


 

Pub :

Le Vin de frileuse

- Conception et démarrage

Citation :
Comme le rappelle A. Salacrou, Camille Salacrou fit construire en 1933 une officine au Havre, dans le quartier de Frileuse, place de la Liberté. « Un " prête-nom " [C. Salacrou n'était pas pharmacien] assurait la légalité de l'entreprise, et mon père ne délogeait plus de l'officine, regrettant que les pilules soient maintenant vendues préparées en petits flacons ; il aurait tant aimé les rouler encore à la main comme au temps de ses rêves. Je craignais une révolte des pharmaciens du Havre, qui n'aimaient pas notre réussite. J'essayais d'expliquer à mon père que la pharmacie de Frileuse, petit territoire de l'empire que nous rassemblions, ne devait pas risquer de nous faire trébucher. Bien d'accord avec moi, il jurait de ne plus recommencer et le lendemain, comme un amoureux, il retournait jouer au pharmacien. [...] Dès que je le pus, j'avais engagé comme secrétaire personnel un jeune diplômé d' HEC, puis je fis entrer dans l'affaire un docteur en pharmacie. J'exigeai que mon père ait sous ses ordres un secrétaire général compétent. Mais sa timidité, sa crainte d'être inférieur à son employé, lui fit ajourner tant qu'il le put l'engagement d'un secrétaire général [...]. Un jour, rue de Paris, un slogan me traversa l'esprit : " le plus fort des fortifiants ". Je rappliquai au pas de course aux labos : "Trouvez-moi une formule, originale si possible, de fortifiant. On va lancer un fortifiant ! " - " Mais il y a déjà la Quintonine, solidement installé sur le marché... " - " Oui, mais la Quintonine n'est pas le plus fort des fortifiants !" – et je donnai l'ordre de déposer la formule publicitaire. » (A. Salacrou, op. cit. p. 298-299.)

Citation :
Quelque temps plus tard, Salacrou rencontre un « jeune pharmacien sans clientèle» du Havre. « Il venait d'épouser une chanteuse de la troupe du Grand Théâtre, et il m'épatait un peu pour la seule raison qu'il était docteur en pharmacie, avec une médaille d'or de la faculté de Strasbourg. - " Mais que voulez- vous que j'en fasse de ma thèse sur l' uvaria de Madagascar ? Rien du tout ! Elle ne m'aide pas dans la vente de tubes d'aspirine à des clients rares et indifférents. [...]"-" Uvaria de Madagascar ? " - " Une plante indigène, un stimulant dont les Malgaches se servent comme les Indiens usaient de la coca et de la cola. . . " - " Docteur, votre fortune est faite. Mon slogan qui flotte en ce moment dans le vide : le plus fort des fortifiants va s'accrocher à votre médaille d'or de Strasbourg et à cet uvaria de Madagascar ! Établissez-moi la formule du Vin de Frileuse ! Et vite ! je veux démarrer dans six mois ! " » (A. Salacrou, Dans la salle des pas perdus. Les amours, p. 27.) Le pharmacien en question, J.-M. Coisnard, exerçait au Havre depuis 1930 et avait effectivement soutenu en 1929 une thèse intitulée Recherches chimiques sur les fruits de l’uvaria catocarpa (Annonacée de Madagascar). Quelques mois après cette rencontre inopinée, la production quotidienne de Vin de Frileuse dépassera les 4 000 bouteilles...

Dépôts de marque

Citation :
La marque est déposée par Camille Salacrou (93 boulevard François Ier, Le Havre) le 30 janvier 1934. « Le Vin de Frileuse, le plus fort des fortifiants. Extrait concentré à verser dans un litre de bon vin rouge. Le flacon : 6 francs. Déposé au Tribunal de commerce du Havre par M. Camille Salacrou, 93 bd François Ier, Le Havre » (source : LNPI). Renouvellement de dépôt en 1948 par Camille et Armand Salacrou.(4)

Alors, vin rouge, vin de Frileuse, on a le choix à cette époque.

A suivre...

Gérard



(1) Eugène Weber dans La France des années 30. Fayard 1994
(2) [url=http://astrosurf.com/astrocdf67/dossier_divers/Les causes de la d%E9faite de 1940.pdf]http://astrosurf.com/astrocdf67/dossier_divers/Les%20causes%20de%20la%20d%E9faite%20de%201940.pdf[/url]
Les causes de la déféite par Joël Cambre
(3) http://aplemontphoto.blogspot.fr/2008/09/vin-de-frileuse.html
(4) La mort parfumée des poux. Petite archéologie de la publicité pharmaceutique radiophonique (Suivi d'un Historique des spécialités de C. et A. Salacrou) In: Revue d'histoire de la pharmacie, 90e année, N. 336, 2002. pp. 647-665.


Dernière édition par Lescure40 le Dim 11 Juin 2017 - 14:09, édité 1 fois
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Fantassin
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MessageSujet: Re: Le vin, dans les armées   Dim 11 Juin 2017 - 12:39

Une contribution à ce fil, tiré du livre de Philippe Richer 'La drôle de guerre des Français' publié chez Olivier Orban en 1990:

page 278-279:

un ancien combattant écrit le 21 avril 1940: "...c'est lamentable, on alcoolise nos jeunes soldats (...) officiers ou soldats tous (...) sont effrayés de voir le goût de la boisson se développer. "Un caporal me disait (...): Mes hommes se couchent avec un litre ou deux de vin qu'ils boivent la nuit!"
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Le vin, dans les armées
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