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 Der Kampfwagenkrieg

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takata
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Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: Der Kampfwagenkrieg   Sam 25 Déc 2010 - 19:27

Bonjour à tous et bonnes fêtes,

Der Kampfwagenkrieg, Ludwig Ritter von EIMANNSBERGER. J. F. Lehmanns Verlag, München, 1934.

Cet ouvrage, publié en 1934, par le général autrichien Eimannsberger est assez peu connu alors qu'il est certainement celui dont s'est en réalité le plus inspiré Guderian dans la construction des unités Panzer.
D'un autre côté, il n'est pas non plus passé totalement inaperçu en France et une bonne présentation en a été faite dans la Revue Militaire de juin 1935. L'article, signé du Capitaine X..., est assez intéressant et la dernière partie décrivant une offensive des kampfwagendivisionnen avec l'appui de l'aviation est une représentation assez proche de ce qui s'est réellement passé en mai 1940.

Comme c'est Noël, je vous en laisse juge :
Texte en ligne sur le site de la BNF: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k121981v/f369
Capitaine X... a écrit:
REVUE MILITAIRE FRANÇAISE, publiée avec le concours de l'état-major de l'Armée;
1935/04 (A105,T56,N166)-1935/06 (A105,T56,N168) - (pages 359-386)
Revue militaire française - juin 1935

Analyse de l'ouvrage du général autrichien von Eimannsberger :
LA GUERRE DES CHARS (Der Kampfwagenkrieg)


Il y a quelques mois est paru en Allemagne un livre intitulé La Guerre des Chars, publié à Munich par le général von Eimannsberger, général en retraite de l'armée autrichienne (1). Jusqu'ici, la plupart des auteurs de langue allemande qui ont traité cette question se sont contentés d'exposer les réalisations apparues à l'étranger et de rapporter les théories qui y sont en honneur. A l'opposé de ceux-ci, le général von Eimannsberger émet des idées personnelles. Il les expose dans un livre bien construit, un livre où la vigueur de la pensée, l'indépendance du jugement et la logique du raisonnement s'unissent pour retenir l'attention du lecteur de bout en bout. C'est en cela que son ouvrage est intéressant.

Dans une première partie, l'auteur étudie le rôle joué par les chars au cours de la dernière guerre et cherche à en dégager des enseignements. Une seconde est consacrée à la défense anti-chars telle qu'on peut la concevoir actuellement. La dernière partie donne un aperçu des conditions dans lesquelles de grandes unités blindées pourraient participer à des opérations offensives dans une prochaine guerre.
Une analyse des principales idées exposées dans ces trois parties est donnée ci-après.
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(1) Der Kampfwagenkrieg, Ludwig Ritter von EIMANNSBERGER. J. F. Lehmanns Verlag, München.
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I - EMPLOI DES CHARS AU COURS DE LA GUERRE 1914-1918

La première bataille étudiée est celle de Cambrai (20 novembre 1917). Si, depuis décembre 1916, du côté anglais et français, des chars ont été engagés dans la plupart des combats, ils n'ont jamais encore été employés en masse et n'ont jamais permis d'obtenir des résultats importants. Ils ne sont considérés de part et d'autre que comme un moyen de combat accessoire et ne devant pas apporter de changement notable à la tactique du moment. Le seul procédé offensif admis est la conquête de tranches successives du terrain par les projectiles de l'artillerie. Les Anglais y ont eu encore recours pour la bataille des Flandres qui, commencée le 31 juillet 1917, devait durer jusqu'à la mi-novembre pour se solder, malgré les pertes consenties (400.000 hommes) par seulement une avance de 9 kilomètres sur un front de 14.

Le 20 novembre, au sud-ouest de Cambrai, il ne faut aux Anglais, attaquant sans préparation d'artillerie, mais avec l'appui de la totalité du « corps des chars que quelques heures pour faire s'effondrer le front allemand sur une largeur de 12 kilomètres. Les Allemands n'ont cependant pas été surpris, ils ont été avertis de l'attaque par des déclarations de prisonniers et ont pris les dispositions d'alerte coutumières. Mais celles-ci sont inefficaces contre la masse des 400 chars qu'ont engagés les Anglais. Favorisés par un brouillard qu'épaississent encore les tirs à obus fumigènes, les chars submergent rapidement toutes les organisations. L'ennemi, dont les liaisons sont rompues, est incapable de manoeuvrer ses feux d'artillerie; les centres de résistances tombent les uns après les autres et toutes les contre-attaques qui se déclenchent ne sont que sacrifices inutiles.
L'attaque a commencé à 7 h. 10. A midi, la brèche est faite, les Anglais tiennent la victoire, car les Allemands ne disposent comme réserve que d'une division, la 107e. Mais la victoire ne sera pas exploitée. C'est la cavalerie qui a été chargée de cette exploitation; or elle n'apparaît sur le champ de bataille que vers 16 h. 30. La masse principale des escadrons engagés se heurte à deux bataillons de la 107e division qui viennent d'arriver sur les lieux du désastre. Un seul escadron a trouvé la voie libre; il pourra pousser jusqu'à Cambrai, mais aux abords de cette ville, les hommes d'un dépôt n'auront aucune peine à le disperser.
Au cours de l'attaque des positions allemandes, les chars anglais n'éprouvèrent d'échec sérieux, le 20 novembre, qu'en un point devant le village de Flesquières. Ce village établi à contrepente et occupé par l'infanterie se trouvait constituer le centre d'un important nid de batteries. En même temps que ces batteries attaquaient à courte distance les chars qui débouchaient de la crête, l'infanterie qui avait installé des mitrailleuses dans les maisons du village, clouait au sol, par ses feux, l'infanterie qui suivait les appareils. Il était environ 9 h. 30, le brouillard venait de se lever; toutes les tentatives de débordement échouèrent sous les feux de l'artillerie établie aux abords des villages voisins qui, à ce moment, n'étaient pas attaqués.
L'énergique attitude des défenseurs de Flesquières devait coûter cher à l'infanterie allemande au cours des mois suivants. Le commandement allemand demeura persuadé qu'une infanterie décidée était capable de résister à des chars; les Anglais, pensa-t-il, n'avaient réussi ailleurs que par suite d'une défaillance des troupes surprises par l'absence de toute préparation d'artillerie. II ne comprit pas qu'en ce point particulier du champ de bataille, le hasard avait fait appliquer le seul procédé efficace contre les nouveaux engins, à savoir l'intime combinaison des actions de l'infanterie et de l'artillerie.

Le général von Eimannsberger juge sévèrement cet aveuglement du commandement allemand qui refusait de reconnaître qu'une arme nouvelle était née et s'y refusa encore pendant de nombreux mois du printemps et de l'été 1918, laissant son infanterie désarmée devant les monstres mécaniques. Un seul combat comme celui qui se déroula le 3 juin 1918 aux lisières sud-est de la forêt de Retz aurait dû suffire à ouvrir tes yeux des plus obstinés.
Ce jour-là, contre la 28e division allemande qui vient de partir à l'attaque, débouche brusquement une section de 5 chars Renault. Deux de ces appareils ne tardent pas à être immobilisés par des coups heureux de minenwerfer, mais les trois autres, s'en prenant successivement aux deux bataillons de premier échelon d'un régiment (le 111e), les obligent à refluer et leur infligent des pertes considérables; il fallut l'intervention de trois autres bataillons pour mettre fin aux exploits des 6 hommes montant ces appareils. Toute la 28e division avait finalement reflué sur sa base de départ et ne reprit pas ses attaques de la journée. Le seul 111e d'infanterie avait perdu 19 officiers et 514 hommes. Or, au 3 juin 1918 il y avait près de deux ans que les premiers chars étaient apparus sur les champs de bataille, et l'armée allemande n'était pas mieux armée contre eux qu'au premier jour.

Lors de l'offensive française du 18 juillet, la 10e armée au sud-est de Soissons dispose d'environ 350 chars. L'attaque part sans préparation d'artillerie. C'est la première fois que l'armée française recourt à ce procédé; la surprise est totale. Comme à Cambrai, l'attaque des chars enfonce le front allemand. Dès 10 heures du matin, la brèche est réalisée. Toutes les divisions allemandes engagées dans la poche au sud de l'Aisne semblent, à ce moment, vouées au désastre. Cependant, comme à Cambrai, la catastrophe ne se produira pas.
Aux environs de midi, les forces françaises cessent leurs attaques. D'importants moyens sont cependant encore disponibles; en particulier 3 bataillons de chars Renault sont toujours en réserve. Mais le barrage roulant a atteint sa limite longue; continuer avant d'avoir procédé à un déplacement d'artillerie paraît extrêmement hasardeux au commandement français qui connaît la présence d'importantes réserves allemandes dans les environs. L'attaque reprend l'après-midi, mais ce n'est plus une attaque d'ensemble, ce n'est qu'une succession de combats locaux avec engagements de faibles unités de chars. L'attaque piétine. Pour les Allemands, la crise est surmontée les divisions réservées ont le temps d'occuper les positions arrière.
Un corps de cavalerie avait été affecté à la 10e armée. Son action se réduisit à très peu de chose. l'engagement à pied de seulement quelques escadrons. L'encombrement des routes en arrière du front avait d'ailleurs considérablement retardé son arrivée.
L'expérience de Cambrai s'était répétée, des positions organisées uniquement pour résister à des attaques à base d'artillerie avaient été rompues sans peine par une attaque de chars. La leçon n'allait cependant pas porter le 8 août devant Amiens, les chars anglais réussissaient à nouveau la percée sans plus de difficultés que le 20 novembre de l'année précédente.
Sur cette partie du front, aucune mesure importante n'avait non plus été prise par les divisions en secteur pour bloquer des attaques de chars. Tout au plus, par division, avait-on détaché 2 pièces isolées dans la position d'infanterie et placé en réserve une batterie attelée.
La surprise totale est encore une fois réalisée. Les jours précédents, certains ont bien assuré avoir entendu des mouvements de chars; mais le commandement leur répond qu'ils ont des hallucinations, qu'il faut mieux savoir maîtriser ses nerfs.
Les Anglais ont organisé leur attaque de façon à lui conserver aussi longtemps qu'il sera nécessaire le caractère d'une action d'ensemble. Ils ont pour cela prévu trois bonds. Mais le premier objectif tracé à environ 3 kilomètres de base de départ ne correspond qu'à la conquête des positions d'infanterie; un arrêt de deux heures y est prévu. Les Anglais couraient là un gros risque. C'était laisser deux heures de répit aux batteries ennemies pour se remettre de la surprise initiale et se préparer à recevoir les chars adverses que l'artillerie anglaise, demeurée en arrière, ne pouvait plus appuyer efficacement. A ce moment de la bataille, les chars anglais éprouvèrent effectivement des pertes sensibles. Mais la contre-batterie conduite avec des moyens puissants avait été très efficace; d'autre part les escadrilles d'accompagnement étaient entraînées à attaquer batteries et pièces isolées à la mitrailleuse et à la bombe, en sorte que l'attaque anglaise triompha de la résistance.
La cavalerie n'est cette fois pas en retard. Elle dépasse l'infanterie au cours du deuxième bond, mais partout où des résistances se manifestent, elle est incapable d'en venir à bout. Elle a cependant été, pour cette opération, dotée de chars Whippets; elle n'en tire aucun profit, car elle ne s'est pas exercée à opérer en liaison avec eux.
Le dernier objectif est atteint rapidement; l'exploitation en terrain libre est possible, les Anglais ayant encore de nombreux moyens en état de continuer, tandis que les Allemands ne disposent, pour boucher cette brèche de 12 kilomètres, que d'une maigre division. Mais cette exploitation n'a pas été prévue; l'attaque ne vise qu'un objectif limité, le dégagement de la voie ferrée Paris-Amiens. Cet objectif atteint, les troupes anglaises s'arrêtent. Si les Allemands n'ont rien appris depuis Cambrai, leurs adversaires, conclut le général von Eimannsberger, ne paraissent pas mieux comprendre quelles perspectives offrent de semblables victoires.

D'août à novembre 1918, les chars participent encore à de nombreux combats. Le scénario est presque toujours le même. Les chars sont engagés au début en masse dans une attaque d'ensemble, mais la bataille dégénère rapidement en une série de combats locaux dans lesquels s'usent les chars. Après quelques jours, les unités blindées doivent être ramenées en arrière pour être reconstituées.
L'infanterie allemande attaquée par les chars renonce souvent à toute défense et se rend dès qu'apparaissent les appareils; mais parfois les occupants d'une tranchée s'obstinent à soutenir le combat inégal qui se termine inévitablement par leur sacrifice. Le fusil de 13mm dont on a doté les fantassins ne parait pas avoir beaucoup gêné les chars. Ceux-ci éprouvent par contre des pertes plus sévères du fait de l'artillerie qui pousse maintenant en avant un nombre important de pièces isolées. Mais ces pièces ne représentent qu'une fraction de l'artillerie des divisions; la masse des batteries reste encore groupée en arrière, conformément aux errements anciens, pour des actions de masse contre les fantassins adverses, en vue de fournir à son infanterie un appui qui ne lui était peut-être pas indispensable.

* * *
Quelles conclusions le général von Eimannsberger tire-t-il de cette étude des batailles de 1917 et 1918?
Tout d'abord les chars ont permis de réaliser la surprise. Cette surprise fut totale, à Soissons, le 12 juillet, à Amiens le 8 août.
Les chars ont permis de rompre rapidement (quelques heures) les positions adverses. A Cambrai, à Soissons, à Amiens, la rupture fut obtenue avant que les Allemands aient pu faire affluer les réserves capables de conjurer le désastre. L'exploitation en terrain libre était chaque fois possible.
Ces résultats ne peuvent être obtenus avec une attaque d'artillerie (1). Une semblable attaque exige en effet la mise en place au préalable d'une telle quantité de matériels et l'amener de tels tonnages de munitions, qu'on ne peut raisonnablement espérer surprendre l'adversaire. L'ennemi alerté fera affluer des réserves vers ia région menacée.
Dès qu'un premier bond aura été effectué, il sera toujours nécessaire de procéder à un déplacement d'artillerie et, ce qui demandera plus de temps encore, à l'approvisionnement en munitions de la masse des batteries poussées en avant. L'adversaire aura ainsi le temps de réorganiser sa défense avec ses réserves; une nouvelle attaque devra être montée. Et constamment, après chaque bond, on se trouvera ainsi en face de nouvelles lignes de défense. Il n'y aura de victoire possible que par l'usure de l'ennemi. L'art militaire ne peut-il faire mieux?
On objectera que le 27 mai, au Chemin des Dames, bien que ne disposant pas de chars, les Allemands ont aussi rompu le front adverse en quelques heures, et qu'ils sont pu ensuite exploiter jusqu'à la Marne. Mais il faut reconnaître qu'en cette occasion un hasard providentiel les a servis (2). Le commandement français n'a connu que le 26 au matin, par des déclarations de prisonniers, l'attaque imminente. Or, depuis quinze jours, toutes les troupes qui occupaient les tranchées allemandes étaient par ]a force des choses au courant des préparatifs. Plus de mille batteries avaient été réunies et, pendant onze jours, chaque nuit, plus de 4.000 véhicules avaient transporté 3.000 tonnes de munitions sans que les Français aient soupçonné ce qui se préparait. C'est par un hasard du même ordre que les Français, alertés, décidèrent de livrer la bataille avec toutes leurs forces sur la première position au lieu d'attendre l'attaque ennemie derrière l'Aisne.
On ne sera jamais certain que l'adversaire n'a pas deviné l'orage en préparation, et ne rompra pas au dernier moment pour s'établir sur une position arrière. Si ce repli n'est pas décelé, c'est l'attaque qui tombe dans le vide. Au cas où l'assaillant en est informé, peut-il espérer conquérir la victoire malgré cette manoeuvre de l'adversaire?
Cette manoeuvre l'oblige à recommencer son déploiement d'artillerie devant l'autre position et cette fois sous le feu d'un ennemi alerté. L'échec du 15 juillet 1918 devait d'ailleurs mettre en lumière toutes les faiblesses que le procédé utilisé le 27 mai contenait en puissance.
Le général von Eimannsberger est formel une attaque d'artillerie ne pourrait réussir que si le secret était gardé jusqu'au dernier moment. Jamais sur le front occidental aucune attaque de ce genre n'a réalisé semblable surprise. Les seules attaques où la surprise totale fut obtenue ne sont pas des attaques d'artillerie, mais des attaques de chars.
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(1) Nous emploierons désormais l'expression " attaque d'artillerie " pour désigner une attaque dans laquelle il n'est pas fait appel aux chars, les projectiles d'artillerie étant seuls chargés d'ouvrir la voie à l'infanterie, de l'appuyer et de la couvrir dans son attaque.
(2) Les modalités de l'attaque allemande du 21 mars 1918 en Picardie ne sont pas étudiées. L'auteur mentionne toutefois que cette attaque n'a pas réalisé une surprise absolue, les Anglais ayant acquis la certitude qu'une offensive était en préparation. La surprise n'a joue qu'en ce qui concerne le point d'application de l'attaque que le commandement anglais pu déterminer.
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L'expérience de la guerre a prouvé aussi que les chars doivent être employés en masses (exception faite pour certaines situations particulières de guerre de mouvement). Seul l'emploi de chars nombreux dans le cadre d'une attaque d'ensemble a donné des résultats. Dés que la bataille a dégénéré en combats locaux sans liaison entre eux, l'offensive a été enrayée.
Une autre conclusion qui s'impose est l'inaptitude de la cavalerie à l'exploitation du succès après rupture du front. Avec l'organisation des armées modernes, cette cavalerie se heurtera toujours sur les arrières des positions à des éléments disposant d'armes automatiques (formations d'étapes ou troupes en cours de repli). Ces quelques armes automatiques suffiront pour obliger les escadrons de tête à mettre pied à terre. Le résultat ne fait pas de doutes la cavalerie ne progressera pas plus vite que l'infanterie. Envisage-t-on de doter la cavalerie de chars rapides qui lui nettoient les uns après les autres les compartiments successifs de terrains pour que la cavalerie puisse ensuite les traverser à cheval? Mais les armes automatiques sauront se taire au passage des chars et n'entreront en action que contre la troupe qui suit. Une exploitation rapide après réalisation d'une brèche ne peut être faite que par des formations blindées qui négligeront les dernières résistances pour, sans retard, pousser profondément sur les directions importantes.

Sans doute faut-il procéder avec beaucoup de prudence quand on veut tirer des enseignements de la guerre en ce qui concerne l'emploi des chars; l'absence de toute défense anti-chars sérieuse chez les Allemands a créé une situation exceptionnelle. Le général von Eimannsberger estime cependant que la preuve est faite de l'importance du char en tant que moyen de combat. Une ère nouvelle a commencé à Cambrai, celle de l'engin blindé. Le char permettra de résoudre le problème de la percée d'un front dont la solution ne peut être obtenue parle seul emploi des projectiles de l'artillerie.
Né à l'époque où la cavalerie était définitivement condamnée, le char saura aussi remplacer celle-ci dans l'exécution des missions qui lui étaient confiées jusqu'ici et qui demeurent. Le moteur qui triomphe dans le domaine économique se verra donc attribuer, par la même loi d'évolution, une place prépondérante sur les champs de bataille. Il n'y a pas à s'insurger, à regretter les fastes d'antan; c'est la loi du progrès. Il faut vivre avec son temps.


II - LA DÉFENSE ANTI-CHARS

Les victoires qui sont payées par d'énormes pertes de vies humaines sont-elles bien des victoires Les belligérants auront toujours recours aux procédés qui permettent de réduire ces pertes. Or, l'emploi d'engins blindés constitue l'un de ces procédés. Ne serait-ce que pour cette seule raison, on peut affirmer que des chars seront utilisés dans tout nouveau conflit.
L'arme des chars a fait depuis la guerre des progrès considérables; des matériels rapides et puissants ont été réalisés; les méthodes d'emploi ont été mises au point. Une armée qui n'aurait pas préparé la défense contre les attaques de ces engins, qui commencerait les hostilités sans être mieux armés contre eux que ne l'était l'armée allemande en 1918 courrait maintenant des risques mortels. Aussi la défense anti-chars doit-elle être développée dès le temps de paix.

L'arme anti-chars.
Le général von Eimannsberger fait reposer la défense avant tout sur l'utilisation de canons anti-chars. Le canon anti-chars devra être une arme dont le projectile soit susceptible de perforer à 500 mètres 30 millimètres de blindage sous un angle de 60 degrés. Un tel résultat pourrait être obtenu avec un calibre compris entre 37 et 47mm (énergie à la bouche variant de 30 à 35 tonnes-mètres). Cette arme devra tirer un projectile explosif, car il importe que le premier coup au but mette l'appareil hors de combat. En 1918, dans les quelques cas où le fusil de 13mm a pu être utilisé, il est arrivé que des chars n'ont cessé la lutte, qu'après avoir eu 5 hommes de leur équipage blessés successivement par des projectiles ayant perforé le blindage.
C'est pour être plus sûr de la mise hors de combat par le premier coup au but que le général von Eimannsberger préférerait le calibre de 47mm. Un tel canon pourrait en outre être utilisé par l'infanterie comme engin d'accompagnement. Pour le combat rapproché contre les fantassins ennemis il sera fait usage de boites à mitraille.
La vitesse de tir sera de l'ordre de 40 coups par minute. Le champ de tir latéral sera de 150 degrés. Un bouclier permettra d'abriter les servants. Le poids d'une pièce de 47mm réalisant toutes ces conditions sera de l'ordre de 350 à 400 kgs.
Mais ce canon pourra-t-il, en toutes circonstances, remplir le rôle qui lui est assigné? Si l'ennemi cherche à couvrir la progression de ses chars en profitant du brouillard ou en tendant des rideaux de fumée, ces canons seront aveugles et inefficaces contre les engins ennemis. En 1917 et 1918, les attaques de chars ont toujours trouvé bénéfice à opérer dans le brouillard. Mais les chars de 1918 étaient des appareils lents. Les chars modernes sont rapides. Utiliser le brouillard avec ces appareils, c'est renoncer au bénéfice de la vitesse, c'est s'interdire des actions profondes et soudaines. Le brouillard est plus une gêne qu'un appui pour les chars modernes.

Organisation des unités anti-chars.
Il ne saurait être question de ne pas donner les canons anti-chars en propre à l'infanterie. C'est en toutes circonstances que l'infanterie doit assurer sa protection contre les engins blindés, aussi bien au repos qu'au combat; cette permanence dans la protection ne serait pas certainement assurée par des matériels dépendant d'une autre arme.

Quel est le nombre des canons nécessaires? Étant donnée la portée efficace de ces armes et les vitesses réalisables par les chars, on peut admettre qu'en moyenne un canon n'aura pas la possibilité de mettre plus de 3 appareils hors de combat avant d'être neutralisé. Un bataillon reçoit souvent en défensive un secteur large de 2 kilomètres. Sur ce front de 2 kilomètres l'adversaire engagera en général environ 50 chars; le nombre de ceux-ci sera peut-être de 100 s'il s'agit d'une zone où un effort particulièrement important doit être fourni. Un calcul simple montre que, dans ces conditions, un bataillon devrait disposer, pour tenir ces 2 kilomètres de front, suivant la situation envisagée, de 16 à 32 canons.
Le dosage des armes devra être adapté à chaque situation particulière et au terrain. Chaque bataillon disposera donc en propre d'un certain nombre de canons et sera renforcé, selon les circonstances, à l'aide d'unités anti-chars dont disposeront les échelons supérieurs du commandement.
Le général von Eimannsberger propose d'affecter à chaque bataillon une compagnie de canons à 6 pièces (3 sections de 2 pièces, plus une section de ravitaillement et de pose de mines). Cette compagnie prendrait la place de la compagnie de mitrailleuses dont les sections seraient réparties entre les compagnies de fusiliers si on estime nécessaire de conserver des mitrailleuses lourdes au bataillon. Pas de formation anti-char à l'échelon régiment, mais une compagnie de mitrailleuses de gros calibre pour la défense contre avions. La division serait dotée d'un bataillon anti-chars comprenant 3 compagnies identiques aux compagnies de bataillon. Aux réserves générales existeraient enfin des régiments anti-chars comprenant chacun 3 bataillons (9 compagnies). L'idéal serait que toutes ces compagnies disposent, pour le transport des pièces, de tracteurs susceptibles de circuler sur le champ de bataille. Ce ne sera pas toujours réalisable en temps de paix et il faut prévoir que de nombreuses unités seront du type hippomobile.

Organisation des positions.
Une position défensive devra évidemment être à la fois capable de tenir contre une attaque de chars et contre une attaque d'artillerie. Pour ce qui est de résister à une attaque de ce dernier type, il paraît raisonnable et prudent de ne pas apporter trop de modifications aux dispositifs qui ont fait leurs preuves pendant la guerre. Les divisions allemandes avaient généralement leurs 3 régiments accolés. Dans chaque sous-secteur de régiment (large en moyenne de 2 kilomètres) un bataillon de premier échelon fournissait les avant-postes et la garnison de la ligne principale de résistance. Un second bataillon (Bereitschafts-bataillon) occupait la position de couverture de l'artillerie. Le troisième bataillon, au repos, était en réserve de division. L'ennemi avait d'abord à vaincre les résistances successives des divers points d'appui qui constituaient les avant-postes, puis se heurtait à la ligne principale de résistance. S'il parvenait, à forcer celle-ci, il était alors l'objet de contre-attaques exécutées d'abord par les bataillons de deuxième échelon, ultérieurement par les bataillons réservés.
Avant d'étudier comment tout ceci peut être adapté à la défense anti-chars, il convient de préciser quelques principes qui régissent l'emploi du canon anti-chars.
On pourrait envisager de grouper les canons anti-chars en des centres de résistance, véritables hérissons ayant des armes sur toutes les faces. Il semble plus avantageux d'organiser des barrages parallèles au front, avec des armes suffisamment rapprochées pour qu'il n'y ait pas de lacunes de feu. A 300 mètres en avant des canons seront placées des unités de fusiliers. Il importe en effet qu'au moment où les canons doivent attaquer les chars ennemis, ils ne soient pas neutralisés par le tir de l'infanterie qui suit les appareils. Cette infanterie devra être bloquée et clouée au sol suffisamment loin des canons pour que le feu de ses armes automatiques ne puisse être efficace.
Des unités de fusiliers disposées 300 mètres en avant des canons pourront obtenir ce résultat.
On ne peut non plus organiser de défense anti-chars trop près du front adverse, car les canons représentent des masses importantes difficiles à dissimuler dans le terrain. Repérés avant l'attaque, ils seraient sans peine détruits par l'artillerie ennemie.
Dans le système de défense exposé plus haut et utilisé pendant la guerre, tout concourt à la conservation de la ligne principale de résistance. Les bataillons de deuxième échelon et les bataillons réservés sont engagés pour, si possible, la réoccuper dans le cas où l'ennemi s'en est emparé. La défense conserve par ce jeu des contre-attaques une certaine élasticité.
Si l'ennemi attaque avec chars, il ne peut plus être question de contre-attaques des bataillons arrière. Il n'y a plus d'élasticité dans la défense. Il ne s'agit plus alors que de bloquer l'attaque où on le peut. Si cette tentative échoue, il ne reste plus qu'à retarder l'avance de l'ennemi pour donner au commandement le temps de parer au danger avec ses réserves.
Sur quelle ligne va-t-on tenter de bloquer l'attaque ennemie ? Il faut choisir celle où la tentative a le plus de chances de réussir, tout en n'abandonnant pas à l'ennemi une profondeur de terrain trop importante.

Le général von Eimannsberger choisit cette ligne à hauteur des bataillons de deuxième échelon, et c'est sur cette ligne qu'il concentrera la majeure partie des moyens anti-chars.
Avec ses 6 canons, le bataillon de premier échelon peut déjà organiser un dispositif anti-chars sans lacune (un canon par 300 mètres de front). L'établissement de quelques champs de mines permettra de renforcer cette défense. Ce bataillon sera disposé sur deux lignes en avant, 2 compagnies de fusiliers constituant une ligne de défense forte en feux d'infanterie et ne pouvant être rompue que par une attaque précédée d'une préparation d'artillerie ou appuyée par des chars. A 1.000 ou 1.500 mètres en arrière, donc assez loin pour que ses pièces n'aient pas été repérées, sera disposée la compagnie de canons. Devant celle-ci aura été déployée la 3e compagnie de fusiliers, à la distance de 300 mètres, pour réaliser le dispositif indiqué plus haut.
La position à occuper par les bataillons de deuxième échelon, véritable position d'arrêt, sera tracée à au minimum 3 kilomètres de l'échelon le plus avancé, de façon à se trouver à l'abri des tirs efficaces de l'artillerie de campagne ennemie. La distance qui la séparera de la position avant ne sera cependant que d'environ 1.000 mètres puisque cette première position s'étend sur une profondeur voisine de 2 kilomètres. Chaque bataillon de deuxième échelon sera renforcé d'une compagnie anti-chars divisionnaire. Deux compagnies de fusiliers couvriront à 300 mètres le dispositif des canons. La troisième pourra constituer quelques centres de résistance en arrière. La position d'arrêt disposera en outre, pour la lutte anti-chars, de l'appui des batteries les plus avancées du dispositif d'artillerie, et même de celui des pièces de D.C.A. placées à proximité (les matériels de D.C.A. devront désormais être aussi bien aptes au tir contre objectifs terrestres qu'au tir aérien).

En ce qui concerne les bataillons placés en réserve, on ne peut songer à les employer que pour organiser une troisième position en arrière du dispositif d'artillerie. Tant qu'ils n'auront pu être dotés de moyens de transport rapides, on ne peut espérer les utiliser pour renforcer une partie de la position d'arrêt, ou pour couvrir un flanc découvert. Toutefois, lorsque des tracteurs tous terrains auront été affectés aux compagnies de canons, on pourra tenter d'employer celles-ci pour aveugler rapidement une brèche qui vient de se produire dans le dispositif.
En jouant des régiments de canons de réserve générale, il sera possible de renforcer sérieusement la défense anti-chars d'une division que l'on veut capable d'une forte résistance. L'affectation d'un régiment à une division (supposée toujours occuper un front de 6 kilomètres) permettra de réaliser une densité de 6 canons au kilomètre sur la position avant, de 12 sur la position d'arrêt.
Pour ce qui est des grandes unités réservées, il est certain que le commandement aura toujours intérêt à leur affecter des moyens de transport rapides pour qu'elles puissent intervenir rapidement, en cas de rupture du front dans les zones à barrer. Il est également permis d'envisager la constitution de grandes unités ayant une organisation toute particulière et spécialement aptes à s'opposer à l'avance de forces blindées importantes. La composition de semblables formations est étudiée au chapitre offensive.

Il a été indiqué que par suite de l'impossibilité de contre-attaquer avec de l'infanterie contre des chars, il n'était plus question de lutter pour la ligne principale de résistance. On doit cependant envisager le cas où la division sur la défensive disposerait de chars. L'utilisation de ces matériels en contre-attaque ne doit pas non plus être admise. Les chars mis à la disposition d'une division ne seront jamais très nombreux et ne pourront agir que sur un front étroit. Il en résulte qu'ils seront rapidement encerclés et détruits par la masse des chars adverses sans avoir pu obtenir un résultat appréciable. Ce n'est que par une véritable attaque, montée avec des moyens comparables à ceux que l'ennemi a mis en oeuvre, que le terrain perdu pourra être reconquis.
Il faut signaler également qu'avec l'emploi des chars ne pourra subsister ce procédé de défensive élastique que constituait la manoeuvre en retraite. Le fantassin qui tentera de se dérober sera toujours rattrapé par le char rapide. Il ne sera donc plus possible de refuser le combat. Les armées des pays pauvres voient ainsi leur échapper un procédé de manoeuvre des plus précieux.

* * *

Par l'organisation qu'il propose, l'auteur demande donc que chaque division soit dotée de 72 canons anti-chars et que de fortes réserves en moyens de ce genre soient constituées. Il estime que ces demandes n'ont rien d'exagéré. Elles permettront tout juste de repousser de faibles attaques de chars et, en cas d'attaques puissantes, de tenir le temps strictement nécessaire au commandement pour prendre ses dispositions.
Certains estiment qu'on pourrait faire l'économie de la défense que représente la mise sur pied de toutes ces unités de canons en utilisant le char comme moyen anti-chars. Quel résultat pourrait-on ainsi obtenir? En admettant qu'aussitôt l'attaque ennemie déclenchée, toutes les forces de chars stationnées dans la région soient rapidement réunies pour l'exécution d'une contre-offensive, en admettant même qu'elles parviennent à anéantir les forces blindées de l'adversaire qui ont forcé le front, cette victoire rendra-t-elle la vie à tous les fantassins massacrés' Peut-on délibérément faire courir à l'infanterie le risque du désastre total? Le commandement allemand, en laissant son infanterie désarmée devant les chars, a encouru de graves responsabilités en 1918. Et que sont les actions de chars de 1918 auprès de celles de l'avenir?


III - EMPLOI DES CHARS DANS L'OFFENSIVE.

Le général von Eimannsberger a recours à un cas concret pour exposer ses idées concernant l'emploi offensif d'une masse de chars. Dans la situation choisie, les fronts des deux adversaires sont des fronts stabilisés depuis un certain temps et organisés. Une guerre future offrira fatalement des situations de ce genre, affirme l'auteur. Dès l'ouverture des hostilités, chaque belligérant, justement soucieux de se protéger contre les raids possibles des engins blindés de l'adversaire, s'empressera d'organiser des positions défensives aux abords de ses frontières. La guerre connaîtra donc au début des fronts organisés. Contre ces fronts, les attaques d'artillerie ne pourront pas plus que pendant la dernière guerre; par ailleurs, pendant les premiers mois, chacun ne disposera en fait de chars que de ceux construits en temps de paix, c'est-à-dire un nombre insuffisant pour mener des opérations susceptibles d'amener la décision.
Toutes les opérations entreprises n'aboutiront qu'à des succès partiels. Le défenseur sera toujours capable de rétablir un front. Ce n'est qu'au moment où les fabrications de guerre donneront à plein qu'il sera possible de mettre sur pied toutes les grandes unités de chars nécessaires à une offensive de grand style.
L'auteur envisage pour de semblables opérations l'emploi de grandes unités de deux types :
1. Des divisions automobiles (Kraftdivisionen);
2. Des divisions de chars (Kampfwagendivisionen).

La division automobile est une division capable de se déplacer rapidement et particulièrement apte à tenir le terrain contre des attaques de formations blindées. Son organisation lui permet aussi de résister à des attaques d'artillerie et même de participer à des actions offensives. Ses véhicules automobiles ne sont que des moyens de transport. Elle doit débarquer pour combattre. Elle pourrait avoir la composition suivante :
- 3 régiments d'infanterie à 3 bataillons (chacun de ceux-ci disposant de 6 canons anti-chars);
- 2 régiments de canons anti-chars (à 54 pièces chacun);
- 1 régiment d'artillerie du type « Tuf » (Tank und Flieger) (pièces aptes au tir contre les buts terrestres, aériens et contre les chars);
- 1 groupe d'autos-mitrailleuses;
- 1 bataillon du génie, 1 bataillon de pose de mines;
- 1 escadrille d'observation;
- transmissions et services.
Avec ses 162 pièces anti-chars, cette division peut tenir un front d'environ 20 kilomètres.
Constituées au début des opérations à l'aide de camions fournis par la réquisition, les divisions automobiles seraient, dès que possible, munies de véhicules tous terrains.

La division de chars pourrait comprendre :
- 2 brigades de chars, de chacune :
.. 3 bataillons de 50 chars moyens et
.. 1 bataillon de 100 chars légers.
- 1 brigade d'infanterie motorisée (chasseurs), comprenant :
.. 3 bataillons de chasseurs;
.. 1 régiment de canons anti-chars;
.. 1 régiment d'artillerie du type « Tuf « (un groupe sur affûts automoteurs);
.. 1 groupe d'autos-mitrailleuses;
.. 1 bataillon du génie, 1 bataillon de pose de mines;
.. 3 escadrilles de chasse (avions biplaces pouvant exécuter également toutes autres missions).
- transmissions et services.
La division de chars n'est utilisée que pour l'offensive. C'est le seul type d'unité susceptible d'attaquer les formations de chars (le char moyen armé d'un canon est capable d'agir contre des chars adverses). La brigade d'infanterie joue dans cette division le rôle que jouait, dans la division de cavalerie de 1914, le groupe de chasseurs cyclistes; cette brigade peut occuper le terrain conquis, couvrir le repos des brigades de chars et, en cas d'échec, organiser un échelon de recueil. Le génie est équipé pour permettre le franchissement rapide des coupures importantes (chaque bataillon de chars dispose d'un matériel suffisant pour les obstacles secondaires, en particulier de chars spéciaux pouvant jouer le rôle de ponts).
Divisions de chars et divisions automobiles permettront de conduire des opérations extrêmement rapides, l'action étant d'abord menée par les divisions de chars, les divisions automobiles étant chargées de couvrir les flancs et d'occuper le terrain, en particulier dans les zones où l'effort offensif est momentanément suspendu.
Pour l'appui des attaques que devront exécuter les divisions d'infanterie ordinaires, il est prévu des brigades de chars indépendantes. Ces dernières pourront comporter une plus forte proportion de chars légers. Brigades endivisionnées et brigades indépendantes seront d'ailleurs interchangeables, permettant ainsi de réaliser les diverses combinaisons de moyens que réclameront des situations multiples. Il sera, en outre, possible d'utiliser des brigades indépendantes pour reconstituer rapidement des divisions de chars fortement éprouvées.

Pour le cas concret qui sert de cadre à l'étude d'une offensive menée par des chars, le général von Eimannsberger a repris dans ses grandes lignes la situation telle qu'elle apparaissait le 8 août 1918 dans le nord de la France.
Après une série de combats, le front s'est stabilisé (sur la même ligne qu'en 1918). Les positions sont organisées selon les règles exposées au chapitre précédent. Derrière les divisions de première ligne dont les positions (position avancée et position d'arrêt) représentent déjà une profondeur moyenne de 6 kilomètres, chaque parti a en outre tracé, à environ 16 kilomètres du front, une deuxième position; à proximité de celle-ci sont stationnées des divisions réservées qui ont établi des garnisons de sûreté sur la position même. Plus en arrière, à l'intérieur de cet arc de cercle que forme le front, de l'Argonne à la mer du Nord, sont placées les réserves du commandement divisions automobiles et divisions de chars.
L'attaque du parti ouest débouchant de la région d'Amiens est orientée en direction générale de l'est. Il s'agira d'abord de réaliser, dans les positions tenues par les divisions de première ligne, une brèche que l'on veut large de 30 kilomètres. L'attaque de la seconde position devra suivre sans désemparer avant qu'aucune des divisions blindées ou automobiles tenues en réserve ait pu venir l'étayer. La bataille à mener contre ces dernières grandes unités dernier acte avant l'exploitation sur les les communications pourra alors être conduite entièrement en terrain libre.
Tout ceci suppose une surprise totale de l'ennemi; aucun indice ne doit lui donner l'éveil avant l'heure du débouché. Les conditions dans lesquelles l'attaque est montée permettent d'escompter cette surprise.
Les 30 kilomètres qui constituent le front de départ sont tenus par 5 divisions. Cette densité d'infanterie, suffisante pour la défensive, suffira également pour l'attaque, étant donné le nombre de chars qui va être engagé. Aucune modification ne sera donc apportée à l'ordre de bataille sur le front. La masse des chars sera réunie à au moins 10 kilomètres des lignes, et ce n'est qu'au cours des dernières heures précédant le débouché que les premiers échelons pourront serrer à 3 ou 5 kilomètres des positions avancées, pour de là, après un court repos, partir à l'attaque.
La mise en place des moyens d'artillerie nécessaires ne doit pas non plus donner l'éveil. Il s'agira, en effet, d'amener seulement 700 pièces alimentées à deux jours de feu, 700 pièces réparties sur un front de 45 kilomètres. Cette opération peut s'effectuer au cours de la dernière nuit et ne provoquera pas des mouvements plus importants que ceux qui résulteraient, de la seule relève de l'artillerie des divisions en ligne, opération qui s'effectue couramment à l'insu de l'ennemi.
La question de l'heure du débouché doit retenir l'attention. il importe de disposer d'heures de jour aussi nombreuses que possible; on ne peut espérer poursuivre les opérations après le chute du jour. Au soir de la première journée le succès doit donc être tel que l'ennemi n'ait pas la possibilité de rétablir un front en profitant du répit qu'apporte la nuit.
Or, à cette époque de l'année, le brouillard du matin est fréquent. Débouchera-t-on à l'aube ou attendra-t-on que le brouillard soit levé? Le général von Eimannsberger n'hésite pas. Si le 8 aoùt 1918, la présence du brouillard fut favorable à la manoeuvre anglaise, la situation est cette fois toute autre. Dès que l'alerte est donnée, il importe d'opérer très vite pour que les réserves ennemies n'aient pas le temps d'intervenir sur la position arrière. Une demi-heure perdue dans le brouillard est une demi-heure gagnée par l'ennemi. Pour cette raison l'attaque ne débouchera que lorsque le brouillard sera levé.
Dans la zone d'action de chaque division d'attaque, l'ennemi peut disposer sur les positions de première ligne (position avant et position d'arrêt) d'environ 70 canons anti-chars et 36 pièces d'artillerie légère. L'assaillant n'aura la supériorité assurée que s'il engage au minimum 4 chars par canon anti-char (un canon anti-char est supposé pouvoir mettre 3 chars hors de combat) et 2 par pièce d'artillerie, soit au total pour une division, 350 chars. Sur l'axe d'effort (2 D. I.) cette dotation sera portée à 600 chars par division, ce qui fait pour l'ensemble des 5 divisions, un total de 2.250 chars (12 bataillons de chars légers et 21 bataillons de chars moyens).
Ces chars seront répartis en quatre vagues chargées :
- la première, de l'attaque de la position avant;
- la seconde (la plus forte) de l'attaque de la position d'arrêt;
- la troisième, de l'attaque du dispositif d'artillerie;
- la quatrième, de l'accompagnement de l'infanterie.

Ces vagues franchiront la base de départ à cinq minutes d'intervalle et les trois premières se dépasseront mutuellement pour la conquête des tranches de terrain qui leur sont imparties.
L'artillerie agit contre les canons anti-chars et les batteries connus ou se dévoilant en cours d'opération. Elle assure, en outre, la neutralisation de tous les points ne pouvant être nettoyés par les chars (villages, boqueteaux).
Les chars opèrent groupés en petits groupes comprenant des chars moyens et des chars légers; ils utilisent toute leur vitesse pour se porter d'un couvert à un autre. Ils ne cherchent pas à détruire les armes anti-chars à coups de canon; ils les aveuglent à l'aide de quelques projectiles fumigènes, puis agissant par les flancs, viennent abattre à la mitrailleuse les servants tapis derrière le bouclier. Dès que la défense anti-chars a été rompue en un point, la brèche est exploitée en vue d'une action sur les arrières des autres centres de résistance.
Les chars peuvent réaliser une vitesse moyenne de 15 kilomètres à l'heure sur le champ de bataille. Dans le cas considéré, si l'attaque a débouché à 9 h.35 et que l'opération se déroule au rythme prévu, la troisième vague atteindra à 10 h.30 les arrières de la position d'artillerie (distance parcourue 6 kilomètres). L'infanterie, qui doit pouvoir faire près de 3 kilomètres à l'heure sur un terrain nettoyé par les vagues successives, n'arrivera cependant sur la même ligne que vers midi.
Pour l'attaque des positions avant, les chars avaient besoin de l'appui de l'artillerie; il s'agissait, en effet, d'une position organisée dans tous ses détails et occupée par des troupes nombreuses et fortement échelonnées en profondeur. L'attaque de la position arrière se présente dans des conditions tout autres. Cette position n'est occupée initialement que par quelques garnisons de sûreté. Il est possible d'agir avec l'aviation contre les effectifs rassemblés dans les cantonnements pour les empêcher de gagner leurs emplacements de combat, ou tout au moins les retarder; en tout cas, les délais dans lesquels cette position va être abordée ne laisseront pas à ces troupes le temps de se remettre de la première surprise. Il est donc permis d'envisager l'attaque de la position arrière par les chars appuyés seulement par l'aviation.
La nécessité de ne pas perdre un instant oblige à utiliser pour cette attaque une nouvelle masse de chars. Celle-ci dépassera l'échelon le plus avancé de la première masse dès que l'objectif correspondant à la conquête des premières positions aura été atteint. Il a été indiqué que le commandement pourrait prévoir l'arrivée de la troisième vague sur cet objectif pour 10 h. 30. En une heure de temps, la deuxième masse aura effectué le dépassement et exécuté le bond de 10 kilomètres correspondant à l'espace qui sépare ces positions.
Ainsi, à 11 h. 30, moins de deux heures après l'heure H, la position arrière sera abordée par les chars. Les moyens blindés nécessaires à cette seconde phase des opérations sont évalués par le général von Eimannsberger à 7 bataillons de chars légers et 19 bataillons de chars moyens, soit 1.650 appareils (6 brigades). On ne peut songer à de l'infanterie qui suivrait à pied pour occuper le terrain. Il sera fait appel à des divisions automobiles. Elles pourront suivre les chars à une demi-heure; elles débarqueront en avant de la position attaquée vers midi et, à 14 heures, pourront en avoir réalisé le nettoyage et l'occupation. Des divisions automobiles seront également nécessaires pour la couverture des flancs de la poche qui se creuse ainsi dans le dispositif ennemi. Au total, les besoins sont estimés à 5 divisions.

La seconde position rompue, la voie est ouverte à l'armée des chars qui doit mener les opérations en terrain libre avec la mission d'agir profondément sur les arrières de l'ennemi et de conquérir une telle profondeur de terrain que l'effondrement du dispositif ennemi s'en suive. Comment vont se présenter ces opérations?
A 11 heures, lorsque l'armée des chars, renseignée par ses avions, franchit l'ancien front, l'ennemi a déjà pu alerter ses grandes unités rapides réservées (divisions de chars et divisions automobiles). Mais par suite de la dispersion de ces forces en arrière du front, le commandement adverse ne pourra intervenir dans cette seconde moitié de la journée qu'avec une partie de celles-ci (dans la situation admise 7 divisions de chars et 9 divisions automobiles). Ce sont ces divisions qu'il s'agit d'abord de battre. Où les rencontrera-t-on?
Comme à l'époque napoléonienne, tout devient une question de calculs, calculs qui permettent de déterminer sur quel obstacle l'ennemi doit être devancé, quelle colonne il faut retarder (en utilisant les moyens d'aviation encore disponibles après l'effort intense fourni pendant les deux heures trente qu'a duré la lutte sur les positions), contre quelle masse il faut concentrer les efforts pour la battre avant que d'autres unités aient pu se réunir à elle.
En quelques heures va se jouer une partie d'une importance capitale. Tout échec subi par l'armée victorieuse, c'est du temps gagné pour l'adversaire dont toutes les forces se hâtent à la bataille; et tout repli de l'ennemi, ce sont des parties entières du front des armées dont les arrières sont atteints, et qui s'effondrent. Les actions se noueront et se dénoueront en des temps très courts. On ne peut s'empêcher de songer à la responsabilité des chefs qui mèneront de semblables batailles.
C'est à 10 divisions de chars et 10 divisions automobiles que l'auteur évalue les forces devant entrer dans la composition de l'armée chargée de l'exploitation au cours de la première journée, divisions qui, groupées en une seule masse, auront à agir contre les 7 divisions de chars et 9 divisions automobiles que l'ennemi peut engager dans cette même journée, mais qui sont encore dispersées en arrière du front. 10 divisions de chars représentent un total de 5.000 appareils. Si on y ajoute les 2.250 chars qui ont attaqué la première position et les 1.650 autres engagés sur la seconde, c'est 8.900 appareils qui auront été engagés au cours de cette première journée de bataille. De tels chiffres peuvent surprendre. Ils n'ont rien d'exagéré. Les fabrications du temps de guerre d'une nation industrielle permettent sans peine la construction d'un nombre de chars bien plus élevé. Les Anglais ne prévoyaient-ils pas déjà en 1918 la constitution pour l'année suivante d'une masse de 10.000 chars?
Avec une défense anti-chars bien organisée, une telle journée se soldera par des pertes importantes. Le général von Eimannsberger estime qu'elles pourront atteindre, en ce qui concerne les chars, 50% des appareils engagés dans l'attaque des positions (1re et 2e masses) et 30% des appareils de la 3e masse (armée des chars).
Toutefois, si le parti assaillant reste maître du champ de bataille, de nombreux chars momentanément hors de combat pourront être rapidement remis en état, en sorte qu'on peut finalement apprécier les pertes à 30% pour l'ensemble, soit environ 3.000 appareils. Par contre, les pertes de l'infanterie ne dépasseront guère 5%. Donc au total, fortes pertes en matériel, pertes réduites en ce qui concerne les vies humaines.

Au soir du premier jour, la bataille n'est pas terminée. Une première partie des réserves ennemies a été battue, mais peut-être pas détruite. Le lendemain, des forces nouvelles auront été rassemblées. Aussi une seule armée de chars ne pourrait suffire à la tâche. A partir de ce moment, c'est l'action d'un groupe d'armées de chars que le général von Eimannsberger envisage, groupe d'armées réunissant 10.000 appareils et de nombreuses divisions automobiles. On ne saurait exposer en détail comment ce groupe d'armées sera amené à opérer; tout dépendra des dispositions prises par l'ennemi. Sa mission demeure de mettre hors de cause les réserves adverses, tout en accumulant les destructions sur les arrières des armées qui tiennent encore les parties du front non attaquées.


CONCLUSION

Il n'a été donné ci-dessus qu'un rapide aperçu des questions abordées par le général von Eimannsberger et des solutions proposées. Certaines questions sont traitées d'une façon très détaillée dans le livre, l'auteur s'étant efforcé de voir tous les aspects du problème.
Bien des opinions émises sont certainement discutables, mais une critique de celles-ci dépasserait le cadre de cette étude.
L'auteur semble avoir voulu avant tout souligner le rôle de premier plan que les chars pourront jouer dans un conflit futur. C'est à tort qu'on l'accuserait d'avoir fait à ce sujet surtout oeuvre d'imagination; chaque question est étudiée avec méthode, les conclusions dérivant de raisonnements conduits avec une logique parfois extrêmement positive. II faut d'ailleurs bien considérer comment le problème des chars est posé dans cet ouvrage il ne s'agit pas, dans l'ensemble, de l'aspect que pourrait prendre la guerre des chars dès le début des hostilités, mais du caractère qu'elle présenterait après un certain nombre de mois de guerre. L'expérience 1914-1918 montre dans quelle mesure les méthodes de combat peuvent évoluer au cours des hostilités.
Ce livre expose une doctrine. Si cette dernière heurte certains principes admis, elle mérite cependant d'être étudiée. Elle présente en effet l'avantage d'être celle d'un esprit qui a peut-être travaillé sans idées préconçues, puisque l'auteur appartient à une nation que la question intéresse peu. La lecture de l'ouvrage fait apparaître aussi qu'elle a été conçue par un esprit éclairé, indépendant, et qui s'efforce constamment de faire oeuvre raisonnable.

Capitaine X...

(Der Kampfwagenkrieg - Ludwig Eimannsberger (Ritter von) - J.F. Lehmann, (München) 1934 - 216 pages)
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 7:48

Bonjour Takata,

Merci pour cette très intéressante et très instructive référence !

Cordialement,

Thierry Moné


Dernière édition par Thierry Moné le Sam 14 Mai 2011 - 19:26, édité 1 fois
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Laurent Deneu
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 8:21

Oui, très intéressant texte....

Le Capitaine X a eu le mérite ( le tort ?) de faire une analyse, qui plus est pertinente, d'un texte très avant gardiste pour la grande majorité des "décideurs" français.

Merci pour ce texte.
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takata
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 10:44

Hey,
Un autre petit pour la route...
Very Happy

Guderian évalué par la Revue militaire française sur la BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1219827/f293

Citation :
REVUE MILITAIRE FRANÇAISE
1935/07 (A105,T57,N169)-1935/09 (A105,T57,N171). Page 274-276

ALLEMAGNE : Militär-Wochenblatt, mai 1935.

Schlieffen incompris.

Le colonel Guderian, chef d'état-major de l'inspection des troupes automobiles, croit pouvoir comparer les courants d'opinion actuels a l'égard de la conduite des grandes formations motorisées et les discussions provoquées autrefois par la publication, en 1909, du livre du Generalfeldmarschall von Schlieffen : La guerre moderne (Der Krieg der Gegenwart).

La dernière guerre, déclare le colonel Guderian, a démontré de façon certaine l'exactitude des conceptions de Schlieffen. Celles-ci, toutefois, n'avaient malheureusement pas été comprises et cette incompréhension des idées du grand stratège allemand en empêcha la réalisation. Une autre constatation s'impose encore; elle a été soulignée récemment par le colonel Fellgiebel « En 1914, on n'avait su ni poser, ni, encore moins, résoudre le véritable problème de la transmission des ordres et renseignements dans une guerre moderne, problème sur lequel cependant repose toute la conduite des opérations stratégiques et tactiques. De nos jours, il faut le reconnaître, la situation à cet égard s'est entièrement transformée, pour des armées du moins dont l'organisation et l'armement présenteraient le caractère des armées de 1914, c'est à-dire qui seraient constituées, pour leur plus grande partie, de troupes d'infanterie se déplaçant à la vitesse moyenne de 4 km à l'heure, et ne compteraient qu'un nombre réduit de formations de combat plus mobiles.

Il demeure toutefois douteux, déclare le colonel Fellgiebel, qu'une solution ait été apportée jusqu'à ce jour au problème que pose au commandement la conduite des unités motorisées et des forces aériennes. La situation en 1935 est, en effet, totalement différente de ce qu'elle était en 1914 : formations motorisées et forces aériennes ont cessé d'être des armes auxiliaires. Elles deviennent de plus en plus les éléments essentiels de choc et de combat. Elles constituent le noyau même de toute armée. Aussi bien, il s'agit avant tout de déterminer l'emploi qui devra en être fait. La puissance d'une armée sur le champ de bataille dépendra de l'importance donnée par elle à ces formations. Il ne faut pas oublier, d'autre part, que les troupes motorisées ont ceci de particulier que, pour elles, combat et mouvement ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Alors que les autres armes, infanterie, artillerie, cavalerie, doivent interrompre leur mouvement pour agir par leur feu, mettre à l'abri du tir de l'adversaire leurs chevaux et caissons, voire même s'enterrer dans des tranchées, les formations motorisées ou forces aériennes agissent dans des conditions diamétralement opposées : leurs chances de succès reposent sur la surprise de l'ennemi et cette surprise ne peut être obtenue que par l'emploi de grandes masses se déplaçant rapidement. Pour l'aviation, le combat en mouvement consiste en bombardement d'objectifs, surtout lointains, en attaques à la mitrailleuse ou au canon, en émissions de brouillards artificiels; pour les véhicules blindés, il consiste en une action de feu exercée à faible distance sur l'ennemi à l'aide de mitrailleuses et de canons et également en émissions de brouillards.

Le mouvement est pour ces armes modernes un élément prépondérant de leur victoire. Il faut donc qu'à leur mobilité dans l'action corresponde une mobilité de leur commandement. Seul un chef qui saura, à la lettre, voler ou rouler en tête de ses formations, sera en état d'exercer sur le développement de la bataille une influence nécessaire et décisive. La dernière guerre en fournit d'ailleurs la preuve et. pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que tous les grands chefs d'aviation on de chars (par ex le général anglais Elles à Cambrai) n'ont pas opère autrement. Rien n'est donc plus exact que l'affirmation du lieutenant-colonel Nehring (1) « Le premier devoir d'un commandant de troupes motorisée c'est de conduire ses troupes lui-même, c'est de se trouver en personne au lieu décisif du combat. Son propre exemple sera plus efficace que tous les ordres donnés de loin; combattre en tête de ses régiments et de ses brigades, dans un char cahotant et dérapant, sera pour lui le meilleur moyen d'enflammer les coeurs de ses soldats et de les mener à la victoire. »
______________
(1) Chef du 3e bureau du colonel Guderian.
______________

Tel n'a pas cependant été l'avis du correspondant militaire de la Berliner Bözen Zeitung, M.v.d.V., qui n'a pas hésité à critiquer celle conception du lieutenant-colonel Nehring. Le colonel Guderian prend donc la défense de son collaborateur et rejette catégoriquement comme erronée et périmée l'opinion de M.v.d.V. auquel il reproche de s'attarder à des vues tout au plus adaptées aux circonstances de 1909.

« Ce n'est pas a l'aide d'un fil téléphonique qu'on pourra, écrit-il, conduire d'un P C, éloigné, la bataille dans laquelle les unités blindées modernes seront engagées. Grâce à Dieu, celles-ci n'en auront pas plus besoin d'ailleurs que l'aviation. » S'il s'agit toutefois du commandant en chef de l'avenir, de l' « Alexandre moderne » d'une armée (et c'est bien la le problème qu'avait étudié Schlieffen), il n'est pas douteux que ses méthodes d'action différeront de celles imposées aux chefs subalternes. Si la place du chef dépend toutefois des circonstances, il est une vérité qu'on ne peut discuter : tout chef et tout officier d'état-major ne doit rien ignorer des principes et des possibilités d'action propres aux formations motorisées et aériennes, (cette connaissance ne peut s'acquérir, que par l'étude approfondie de leur technique et de leur tactique). L'ignorance conduit, dans ce domaine, à de graves erreurs, et rien n'est plus faux, par exemple, que d'affirmer avec le critique militaire de la Berliner Bözen Zeitung : « Les motocyclettes ne sont pas des véhicules tous terrains et il est impossible de les rapprocher de la ligne de feu constituée par des motocyclistes ayant mis pied à terre, ce qu'on peut faire avec des chevaux. » Pourquoi donc en serait-il ainsi, demande le colonel Guderian ? Si l'on veut se convaincre de l'inexactitude d'une telle affirmation, il suffit de prendre part à un exercice tous terrains du corps automobile national-socialiste (N.S.K.K.), elle apparaîtra éclatante.

Si, enfin, on admet que l'aviation et les troupes motorisées sont devenues les armes principales indispensables à toute armée moderne, cette manière de voir doit se refléter dans leur organisation et leur emploi. La surprise de l'adversaire et l'engagement en grandes masses de ces formations étant, en outre, la condition préalable de leur succès dans la bataille, on ne saurait persister à les maintenir par petits éléments dans le cadre des Grandes Unités de type ancien, telles que les divisions d'infanterie, dont la vitesse de marche est beaucoup trop faible. Procéder ainsi serait, en effet, renoncer à toute possibilité de succès stratégique.
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 11:52

Et pour finir, un dernier :

BNF: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k121985c/f417
Citation :
REVUE MILITAIRE FRANÇAISE
1936/04 (A106,T60,N178)-1936/06 (A106,T60,N180). Pages 396-398

ALLEMAGNE : Militärwissenschaftliche Rundschau [1936].
Emploi des forces mécanisées dans l'armée allemande, par le colonel Guderian.

Le premier numéro de la nouvelle revue militaire allemande Militärwissenschaftliche Rundschau contient un article sur les forces mécanisées où l'auteur, après avoir exposé le rôle joué par les forces blindées et plus spécialement les chars de combat pendant la guerre, puis le développement que cette arme nouvelle a pris dans les armées étrangères depuis 1919, brosse un tableau des conditions dans lesquelles les forces mécanisées pourraient être maintenant employées.

* * *

Le colonel Guderian envisage que les hostilités pourraient commencer par une attaque par surprise des forces mécanisées et de l'aviation, attaque dans lesquelles les troupes mécanisées seraient chargées d'occuper les régions présentant un intérêt industriel important l'aviation agirait sur celles que leur éloignement mettrait à l'abri des actions terrestres, ainsi que sur la capitale, les grands quartiers généraux et le réseau des communications.

« Une nuit, écrit-il, les portes des hangars d'aviation et des hangars automobiles s'ouvriront, les moteurs seront mis en marche, les escadres s'élanceront. Un premier coup, frappé par surprise, peut servir à mettre la main sur certaines régions importantes pour leur industrie et leurs matières premières, et, par des attaques aériennes, à rendre les autres régions présentant le même intérêt incapables de participer à la production de guerre; à paralyser par la bombe l'action du gouvernement et du commandement militaire adverses; à désorganiser le réseau des communications de l'ennemi.

« L'attaque ainsi déclenchée par surprise, et visant des objectifs stratégiques, pénétrera plus ou moins profondément en territoire ennemi, dit ensuite le colonel Guderian, suivant la distance des objectifs à atteindre, la configuration du terrain, le moment où l'adversaire commencera à réagir, et la vigueur de sa réaction. »

L'aviation de combat (ce dernier terme pris dans son acception la plus large) et les troupes mécanisées constitueront ainsi une première vague d'attaque qui sera suivie par des divisions d'infanterie sur camions. Ces dernières seront débarquées à la limite avant la zone conquise, occuperont celle-ci, et libéreront les unités « mobiles », pendant que les colonnes de camions vides repartiront en arrière pour s'y charger de nouvelles troupes.

Les unités « mobiles » - en l'espèce, les forces mécanisées - seront alors disponibles pour un nouveau coup à frapper.

* * *

L'idée que l'organisation des forces motorisées et mécanisées permettrait de conduire les opérations, sans qu'il soit nécessaire de mettre sur pied des armées aussi nombreuses qu'au cours de la dernière guerre, n'est pas effleurée. Au contraire, l'auteur précise que, pendant qu'aviation et forces mécanisées mèneront les opérations préliminaires qu'il a décrites, en arrière se mobilisera l'armée des masses (das Massenheer).

Le rôle que jouera cette armée des masses n'est pas nettement indiqué. Il semble qu'elle doive, dans l'esprit de l'auteur, garnir le front des armées pour garantir au Commandement la liberté de choisir le lieu et le moment ou sera déclenchée la nouvelle grande opération, opération en provision de laquelle on fera serrer les « armes lourdes d'attaque et de rupture ».

Les forces mécanisées, et plus spécialement cette fois les formations blindées, joueront encore avec l'aviation un rôle essentiel dans cette opération. Leur mode d'action est précisé:

« L'assaillant cherchera, par un rapide groupement de ses forces mécanisées et un engagement brusque de ses forces aériennes de combat, à frapper par surprise. Les formations blindées, après avoir atteint le premier objectif, ne s'arrêteront plus pour attendre que l'artillerie ait changé de position, ou que la cavalerie soit arrivée.

« Elles s'efforceront bien plutôt d'utiliser à fond leur vitesse leur rayon d'action pour achever la percée du front ennemi.
D'autres échelons de forces les suivront constamment, pour enrouler sur eux-mêmes les fronts ennemis, et mener l'action en profondeur. Les forces aériennes de combat se lanceront sur les réserves de l'adversaire acheminées vers la bataille, et s'opposeront à leur engagement.

Cette brève esquisse est suivie d'un court chapitre sur la défense contre les engins blindés.

Le colonel Guderian expose d'abord que les engins blindés ont contre eux les obstacles naturels cours d'eau, régions marécageuses, montagneuses ou boisées, qui peuvent être renforcés, ou auxquels peuvent être ajoutés des obstacles artificiels abatis, inondations, mines aux carrefours, aux ouvrages d'art, ou disposées en barrages.

Mais tout cela est insuffisant. Les attaques se produiront souvent hors des zones présentant des obstacles naturels ou artificiels à la marche des engins blindés. Une troupe doit donc disposer d'armes de défense contre ces engins. Ceci est vrai tout particulièrement pour l'infanterie qui reçoit le premier choc des engins blindés. On aura beau dire à l'infanterie que ces derniers passeront pour se porter loin derrière elle, elle devra disposer, et dans ses premières lignes, d'armes de défense appropriées. Il en sera de même pour les autres armes, et aussi, et dans une certaine mesure, pour les services de l'arrière.

Malgré cette dotation des unités en armes antichar, il se peut que l'assaillant réussisse, grâce à une grosse supériorité numérique, à effectuer une percée, ou à envelopper une aile. Pour parer à ce danger, il faut avoir des unités antichars d'une grande mobilité. Elles pourront être nécessaires pour régler une affaire locale, mais elles pourront l'être aussi pour faire face à une action de grand style; ceci exigera la réunion des unités anti-chars en masses importantes, renforcées par d'autres armes.

Les unités antichars dont le colonel Guderian envisage ici l'emploi, devront être extrêmement mobiles et rapides, donc utiliser le moteur pour se déplacer; ce qui amène à les compter parmi les troupes mécanisées (Kraftfahrkarnpftruppen). Cette organisation est d'autant plus logique qu'en temps de paix les besoins de l'instruction imposent qu'un lien existe entre ces formations et les unités blindées.

Le colonel Guderian termine en disant « La meilleure parade, c'est encore l'attaque. Par conséquent, dans un monde qui retentit du bruit des armes, la nation la plus pacifique doit avoir des troupes blindées en quantité suffisante et à la hauteur de leur mission.

Les emphases (italiques) sont dans le texte.

S~
Olivier
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françois vauvillier
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 12:15

Bonjour à Olivier et à tous,

Pour revenir à von Eimannsberger, son ouvrage a été dûment publié en français, édition intégrale, chez Berger-Levrault, en 1936.
Titre : La Guerre des chars (Der Kampfwagenkrieg).
Traduit de l'allemand par le lieutenant-colonel L. G. Rousseau, de l'artillerie.
256 pages.

Cordialement

François
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takata
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 12:50

Hallo François et tous,
Very Happy
françois vauvillier a écrit:

Pour revenir à von Eimannsberger, son ouvrage a été dûment publié en français, édition intégrale, chez Berger-Levrault, en 1936.
Titre : La Guerre des chars (Der Kampfwagenkrieg).
Traduit de l'allemand par le lieutenant-colonel L. G. Rousseau, de l'artillerie.
256 pages.

Merci d'avoir précisé ce petit oubli au sujet de l'édition française. Ce que je comptais montrer par ces articles était que nos militaires suivaient de très près (quelques mois après parution) ce qui se publiait en Allemagne (et inversement d'ailleurs) et qu'un véritable débat existait à peu près partout dans le monde au sujet de la future "guerre des chars".

Évidemment, cela ne va pas se traduire ensuite par le choix des mêmes options dans toutes les armées pour tout un tas d'autres raisons (en particulier, de nature industrielle, politique, de commandement ou tout simplement budgétaire).

Cependant, on voit bien à travers ça que Guderian n'était pas un "vulgaire amateur" qui aurait tout improvisé au dernier moment comme voudraient nous le faire croire aujourd'hui certains auteurs... sujet dont nous avons essayé de débattre dans un autre fil.

S~
Olivier
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Dim 26 Déc 2010 - 16:08

Bonsoir Olivier,

Nous sommes bien d'accord.

La surprise de 1940 (je ne vois pas d'autre mot) n'est pas une surprise quant à la méthode et aux moyens déployés par nos adversaires, qui étaient parfaitement connus, étudiés et analysés.
Elle réside dans la capacité de cette méthode et de ces moyens d'être appliqués, à l'Ouest, avec le succès foudroyant (j'emploie évidemment l'adjectif à dessein) que l'on sait. Quasiment personne chez les Alliés ne l'imaginait possible le 9 mai 1940 : " La France n'est pas la Pologne. "

C'est cela qui est fascinant dans la campagne de 1940 : on sait comment les Allemands vont procéder.

Sur ce, je me retire d'emblée du débat (éventuel ; je vois poindre le spectre de la polémique sur de la "matière molle"), j'en resterai strictement à la "matière dure".

Bien cordialement

François



Dernière édition par françois vauvillier le Lun 27 Déc 2010 - 9:52, édité 1 fois
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Lun 27 Déc 2010 - 5:54

Bonjour,

Matière dure ou matière molle, je ne sais pas, mais j'ai l'impression de comprendre à peu près tout ce que vous écrivez...

TM


Dernière édition par Thierry Moné le Sam 14 Mai 2011 - 19:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Lun 27 Déc 2010 - 18:42

takata a écrit:

Merci d'avoir précisé ce petit oubli au sujet de l'édition française. Ce que je comptais montrer par ces articles était que nos militaires suivaient de très près (quelques mois après parution) ce qui se publiait en Allemagne (et inversement d'ailleurs) et qu'un véritable débat existait à peu près partout dans le monde au sujet de la future "guerre des chars".

Évidemment, cela ne va pas se traduire ensuite par le choix des mêmes options dans toutes les armées pour tout un tas d'autres raisons (en particulier, de nature industrielle, politique, de commandement ou tout simplement budgétaire).

Cependant, on voit bien à travers ça que Guderian n'était pas un "vulgaire amateur" qui aurait tout improvisé au dernier moment comme voudraient nous le faire croire aujourd'hui certains auteurs... sujet dont nous avons essayé de débattre dans un autre fil.


Il est clair que plusieurs nationalités se suivaient les unes les autres , aussi bien en terme technologiques , qu'en terme de doctrine et d'organisation , car personne n'ignorait l'impact qu'avait eu le char lors de la 1ere guerre .
Ce n'est pas pour rien qu'aucun manuel Français ne parle du char B dans le détail ( même les éditions 1940 ) , car on tentait de préserver un certain secret ( même si je ne crois pas qu'il fut sauvegardé ) , histoire d'avoir une "paire d'as dans la manche" .
Je ne pense pas que Guderian ait été un mauvais officier , pour ma part , mais pas forcément non plus le "génie des panzer" que l'on décrivait il y a encore peu .
Pour moi , il est assimilable a un Patton par exemple ( avec peut être un peu plus de retenue vis a vis de ses soldats ... ) , qui a eu lui aussi son heure de gloire a la tête d'unités blindées ( Cobra par exemple ) , mais qui a surtout bénéficié des circonstances pour se faire une réputation .
En fait , je pense que toutes les nations avaient quelques officiers qui se penchaient réellement sur la problématique " avancer toujours avancer " pour développer les percées . C'est ainsi , pour rester Franco-Français , que le "colonel motor" s’intéressait de très prés aux appareillages de franchissement utiles pour les blindés , comme par exemple les lance-fascines vu dans GBM . Mais de la a dire qu'ils avaient les moyens donnés pour exercer la théorie ...
Bref, je ne me lance pas plus dans cette "matière molle" , comme Thierry , car franchement , bof ...

Alain
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joël ferret
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MessageSujet: Re: Der Kampfwagenkrieg   Lun 27 Déc 2010 - 20:04

bonsoir,

sans se lancer dans la matière molle (j'aime assez cette image... Very Happy ), ces extraits montrent que la théorie existait bel et bien, qu'elle était connue de tous, analysée et certainement enseignée, et que sa mise en application n'est ni un miracle, ni une surprise.

merci pour ces textes, inconnus de moi et hautements instructifs!
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Der Kampfwagenkrieg
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