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 Les forces aériennes du CEB :

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avz94
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MessageSujet: Les forces aériennes du CEB :   Mar 27 Juil 2010 - 22:17

Bonsoir,

Voici l'étude faite juste après la bataille de France par E. Sévérac sur les forces aériennes du Corps Expéditionnaire Britannique.

Citation :

L'exposé de la situation, telle qu'elle se présente à l'aube de la bataille décisive pour le sort de notre pays, ne serait pas complet si l'on passait sous silence les divers aspects de la participation britannique à l'organisation défensive et aux combats.
Pour avoir une vue exacte de la question, il faut remonter assez loin. Il faut remonter au mois de mars 1938. C'est à cette époque que M. DALADIER et M. CHAMBERLAIN ont conclu, à Londres, un accord établissant une collaboration militaire qui doit "mettre les forces aériennes françaises et anglaises en mesure d'assurer, dans les meilleurs conditions, la défense de leur territoire national".
Mais, l'étude de la collaboration des aviations française et anglaise sur le plan stratégique et tactique n'est pas entreprise aussitôt.
Un an se passe... et c'est en mars 1939 seulement que le problème est abordé lors des conversations d'Etats-Majors. Il est prévu, à ce moment, que les forces aériennes du Corps Expéditionnaire Britannique seront basées dans la région Lille-Amiens.
On doit attendre le mois d'août 1939 pour que le Gouvernement de Londres décide l'envoi éventuel en France de 4 Squadrons de chasse et la participation de la DCA britannique à la protection des ports de débarquement des Anglais sur notre territoire. Jusqu'alors le Gouvernement britannique s'était refusé d'admettre le principe d'installer sur le continent de la chasse et de l'artillerie anti-aérienne en dehors de ce qui était normalement prévu pour les besoins de ses propres unités terrestres en campagne.

Des conférences ont lieu les 14 et 30 septembre dont l'objet est de régler les modalités d'application des plans d'opérations.
Les premières divergences de vues apparaissent au début d'octobre quand arrivent les 4 squadrons de chasse annoncés (ils sont équipés de Hawker Hurricane).
Les commandements anglais et français ne sont pas d'accord sur l'emploi de ces avions ni sur celui des deux squadrons de vieux Gladiator qui viennent ensuite. Mais le désaccord le plus sérieux surgit à propos de l'intention manifestée par les Anglais d'entreprendre des bombardements en territoire allemand. Le commandement français voit à ce projet, s'il était mis à l'exécution, un double inconvénient : celui d'attirer inutilement des représailles qui, selon toute vraisemblance, seraient dirigées contre notre sol et celui de fournir aux Anglais, par la crainte de représailles chez eux, également possibles, un nouveau prétexte à conserver en Grande-Bretagne la majeure partie de leurs avions de défense.

En effet, à la lettre envoyée à Londres en septembre, à celles qui devaient être envoyées en novembre et en janvier pour demander un renforcement des effectifs de chasse sur le front, il a été et sera invariablement répondu que le Gouvernement de Sa Majesté "ne peut laisser les objectifs des Iles sans moyens suffisants de protection".
A la troisième lettre, toutefois, celle de janvier, devant l'insistance de notre commandement, les Britanniques nous donnent la promesse d'expédier sur le continent 3 ou 4 squadrons supplémentaires de chasse, si les troupes allemandes passent à l'attaque.

L'hiver s'est écoulé... les Anglais ne renoncent pas à leur plan de déclencher la guerre aérienne, bien que les Alliés n'aient aucun intérêt, étant donné les forces en présence, à prendre une pareille initiative qui pourrait tourner très vite à leur désavantage.
Devant l'opposition que notre commandement ne cesse de manifester, ils se contentent d'envisager des raids sur la Rhur dans le cas seulement d'une offensive ennemie.

Là encore les divergences ne tardent pas à se faire jour entre français et Britanniques. Nous préférerions que tous les moyens disponibles pour le bombardement, on sait qu'ils ne sont pas tellement brillants, ne soient pas dispersés, mais concentrés, au contraire, sur la ligne de feu et ses arrières immédiats.

Cette fois, les Anglais marquent un point. Le Conseil Suprême, réuni le 23 avril 1940, leur donne raison et adopte leur thèse.
La RAF passera à l'action dans la nuit du 15 au 16 mai, et redoutant une riposte qui, d'ailleurs, n'arrivera qu'un mois et demi après l'Armistice franco-Allemand, la chasse britannique restera pour près des trois-quarts de l'autre côté de la Manche.
On verra, néanmoins, l'aviation de bombardement anglaise intervenir directement sur le front à plusieurs reprises. A cet égard, de très bons résultats seront acquis par la collaboration des bi-moteurs britanniques et des groupements de la chasse française.

Le 21 mai, on obtiendra même que les bombardiers anglais prennent à leur compte tous les objectifs situés à l'est de la coupure de la Meuse et au nord de la ligne Hirson-Mézières-Trèves.

Que sont, le 10 mai au matin, les forces aériennes anglaises stationnées en France ? Comment sont-elles réparties ?

L'aviation britannique, en France, est formée de l'Air Component qui est l'aviation du Corps Expéditionnaire et de l'Advanced Air Striking Force qui est un détachement du Bomber Command.
L'ensemble est commandé par l'Air Marshall BARRATT, Commandant en Chef de la British Air Field Force.
L'Air Component est formé par le 76ème Wing dont les appareils sont basés à Berry-au-Bac et à Reims; par le 71ème Wing dont les appareils sont basés à Bethenville, à Mourmelon, à Villeneuve-les-Vertus, à Ecury-sur-Cole et à Epernay (le Wing correspond à peu près à ce qu'était notre escadron. Il est formé de deux Squadrons. Le Squadron est l'équivalent de notre groupe).

Au total, l'aviation anglaise compte en France :

10 Squadrons de bombardement, 8 équipés de Fairey Battle et 2 équipés de Bristol Blenheim;
6 Squadrons de chasse, 4 équipés de Hawker Hurricane et 2 équipés de Gladiator;
4 Squadrons de reconnaissance tactique équipés de Lysander;
4 Squadrons de reconnaissance statégique équipés de Bristol Blenheim.

Le 11 mai devait arriver le contingent de 4 Squadrons de chasse promis pour le cas d'une offensive allemande.

Cela fait 160 avions de chasse, 160 avions de bombardement, 60 avions de reconnaissance et 60 avions d'observation : 440 appareils. Au même moment, 540 chasseurs et 310 bombardiers restaient, de l'aveu des dirigeants anglais, sur les aérodromes de grande-Bretagne.

Le Général Commandant en Chef les Forces Aériennes Françaises ne cessera de demander des renforts. A ses télégrammes n° 645 et n° 656 on répondra, à Londres, par l'envoi, le 16 mai, de 4 squadrons de chasse (ces avions serviront presque uniquement à compléter les effectifs des 10 Squadrons engagés).
Le même jour a lieu au quai d'Orsay, une importante conférence franco-britannique. Au nom du général VUILLEMIN, le général BERGERET expose en détail la situation sur le front aérien et demande à M. WINSTON CHURCHILL le concours total de l'aviation de chasse anglaise. Le Premier Ministre du Gouvernement de Londres réponds : mon aviation de chasse a pour rôle de défendre l'industrie britannique. Or, c'est cette industrie qui gagnera la guerre.

Le 25 mai, l'aviation britannique assurera la protection de l'aviation d'observation de la VIème Armée et la couverture des terrains à l'est de la ligne Oise-lisière est de la forêt de Compiègne-Melun.

Le 30 mai, le Ministère de l'Air britannique annoncera 70 victoires.

Au moment de la retraite de Dunkerque des unités de la chasse anglaise interviennent, au cours des opérations de rembarquement, contre la Luftwaffe qui soumet les navires à un bombardement d'une grande violence. Ces unités de la RAF partent directement d'Angleterre.
Dans un lettre (n° 2906) adressée le 31 mai au général WEYGAND, le Commandant en Chef des Forces Aériennes presse le Chef des Armées françaises d'insister auprès du Haut Commandement britannique afin que celui-ci décide de nous donner l'appui immédiat de 20 Squadrons de chasse.
La demande est renouvelée le 3 juin. A cette date, il n'y a plus, en effet, que 40 avions de chasse
britanniques basés en France, les autres ayant été détruits ou étant passés en Angleterre.

Le 5 juin, le Premier Ministre angleis envoie une lettre au Chef du Gouvernement français dans laquelle il dit que l'aviation britannique sera pratiquement paralysée pendant quatre ou cinq jours en raison de l'effort fourni à Dunkerque.
Le lendemain matin, 2 Squadrons se posent sur le terrain de Rouen. Mais, à 18 heures, ils s'envolent cap nord-ouest pour ne plus revenir.

Le 8 juin, 1 Squadron atterrit au Mans, et Londres fait savoir que 16 Squadrons de chasse et 8 de bombardement opéreront aux ordres de l'Air Marshall BARRATT sans abandonner, toutefois, leurs bases anglaises. Or, les chasseurs perdent de ce fait beaucoup de leur efficacité, car leur rayon d'action étant limité, ils ne peuvent être employés utilement plus de vingt minutes à chaque mission.

Malgré la dramatique entrevue franco-anglaise du 13, il n'y aura plus, le 16 juin, un seul avion de bombardement britannique basé en France.

Le 17 juin, l'Air MArshall BARRATT décollera de l'aérodrome de Nantes-Bouguenais pour regagner définitivement l'Angleterre.


Cordialement
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MessageSujet: Re: Les forces aériennes du CEB :   Ven 20 Aoû 2010 - 18:01

Listing des dotations en materiel des unités britanniques envoyées en France . ( source Alan Philson )

1)Air Component
Hurricane I
Sqd 85 : 19
Sqd 87 : 17
Sqd 607 : 16 ( +11 Gladiator )
Sqd 615 : 16 ( +15 Gladiator )

Blenheim IV
Sqd 53 : 17
Sqd 59 : 15
Sqd 18 : 13 ( +3 Blenheim I )
Sqd 57 : 15 ( +3 Blenheim I )

Lysander II
Sqd 2 : 18
Sqd 4 : 18
Sqd 13 : 18
Sqd 16 : 18
Sqd 26 : 17

2) AASF
Hurricane I
Sqd 1 : 16
Sqd 73 : 18

Fairey Battle
Sqd 12 : 16
Sqd 88 : 16
Sqd 103 : 16
Sqd 105 : 16
Sqd 142 : 16
Sqd 150 : 16
Sqd 218 : 16
Sqd 226 : 16
Sqd 98 : 29

Blenheim IV
Sqd 114 : 16
Sqd 139 : 16

3) BAFF
Sqd 81 : ? Tiger moth ( communications )
Sqd 212 : 1 spitfire C , 1 blenheim IV , 1 Hudson I ( unité photographique )
Flight X /Sqd 24 : 5 DH 89 ( communications )
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Louis Capdeboscq
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MessageSujet: Re: Les forces aériennes du CEB :   Mer 1 Sep 2010 - 22:31

Bonsoir, et merci d'avoir ouvert ce sujet. L'étude en question appelle par endroit quelques précisions - attention qu'il y a eu, "juste après la bataille de France", tout un tas d'études visant à "démontrer" la responsabilité anglaise dans notre défaite - Vichy oblige - et que l'anglophobie ambiante fait que bien des officiers y ont contribué avec zèle.

Citation :
Mais, l'étude de la collaboration des aviations française et anglaise sur le plan stratégique et tactique n'est pas entreprise aussitôt.
Un an se passe... et c'est en mars 1939 seulement que le problème est abordé lors des conversations d'Etats-Majors. Il est prévu, à ce moment, que les forces aériennes du Corps Expéditionnaire Britannique seront basées dans la région Lille-Amiens.

Il est également prévu le transfert de 10 Squadrons du Bomber Command équipés de Fairey Battle. Ces unités se verront attribuer des aérodromes et les Britanniques stockeront un certain nombre de rechanges à l'avance, ce qui fait que leurs bombardiers pourront s'y déployer dès les premiers jours de la guerre, très en avance du gros de la B.E.F.

Citation :
On doit attendre le mois d'août 1939 pour que le Gouvernement de Londres décide l'envoi éventuel en France de 4 Squadrons de chasse et la participation de la DCA britannique à la protection des ports de débarquement des Anglais sur notre territoire. Jusqu'alors le Gouvernement britannique s'était refusé d'admettre le principe d'installer sur le continent de la chasse et de l'artillerie anti-aérienne en dehors de ce qui était normalement prévu pour les besoins de ses propres unités terrestres en campagne.

Tout le monde manquait de DCA à l'époque, et les Français se sont assurés le concours britannique en la matière par le simple expédient de se déclarer totalement incapables de protéger les ports alloués au débarquement de la BEF. Pour les chasseurs, le principe est acquis - à la demande de l'armée anglaise autant qu'à celle des Français - d'un Air Component, force aérienne de coopération qui comporte des unités d'observation (sur Lysander) et de la chasse (les squadrons en question) puisque les Français, là encore, se déclarent incapables d'en assurer la couverture de chasse.

A noter qu'outre les 10 squadrons de bombardiers basés en France, l'AASF (Advanced Air Striking Force) contrôle également les 8 autres squadrons du 2 Group basés en Angleterre. Soit 18 squadrons de bombardiers, sachant que la France n'a pas d'aviation de bombardement proprement dite à l'époque.

Citation :
Des conférences ont lieu les 14 et 30 septembre dont l'objet est de régler les modalités d'application des plans d'opérations.
Les premières divergences de vues apparaissent au début d'octobre quand arrivent les 4 squadrons de chasse annoncés (ils sont équipés de Hawker Hurricane).

C'est tout simplement faux. Les 4 squadrons de chasse arrivent en Normandie les 8 et 9 septembre (où ils servent à couvrir le débarquement du premier échelon de la BEF), avant de s'envoler vers Norrent-Pontes et Merville le 29. La RAF avait promis 4 squadrons de chasse à la mi-septembre, ils sont présents.
Le 10 octobre, 2 squadrons de l'Air Component sont détachés à l'AASF pour couvrir les bases des bombardiers (ce que les Français ne veulent pas faire, afin d'attirer plus de chasseurs britanniques). Ils sont remplacés par 2 squadrons venus d'Angleterre - soit donc un total de 6 - mais ces derniers sont équipés de Gladiators et restent basés en Normandie, promettant de monter au front en cas d'attaque allemande. Le Fighter Command n'est évidemment pas dupe des manoeuvres françaises et tient à bien marquer qu'il ne désire pas envoyer d'unités de chasse supplémentaires.

Citation :
Les commandements anglais et français ne sont pas d'accord sur l'emploi de ces avions ni sur celui des deux squadrons de vieux Gladiator qui viennent ensuite.

L'opposition n'est pas entre Français et Anglais, mais entre terriens et aviateurs. Dans le camp de ceux qui veulent davantage d'unités de la RAF en France, on trouve:
- l'armée française (Gamelin, Georges, etc)
- l'aviation française - parce que le débat l'opposant à l'armée a été tranché en faveur de cette dernière, elle fera donc du soutien des forces terrestres, point barre,
- la BEF (armée britannique en France) et notamment son commandant, Lord Gort,
- le Air Component (forces aériennes de coopération de la BEF) qui s'estime insuffisant.

Dans le camp opposé, on a le Fighter Command.

Chaque camp voit midi à sa porte et l'insuffisance (réelle) de ses propres moyens tout en estimant que l'autre camp a bien assez d'avions pour s'en tirer. Ce n'est pas une querelle nationale, c'est une querelle entre ceux qui sont basés en France (quelle que soit leur nationalité) et ceux qui sont en Angleterre.


Citation :
Mais le désaccord le plus sérieux surgit à propos de l'intention manifestée par les Anglais d'entreprendre des bombardements en territoire allemand. Le commandement français voit à ce projet, s'il était mis à l'exécution, un double inconvénient : celui d'attirer inutilement des représailles qui, selon toute vraisemblance, seraient dirigées contre notre sol et celui de fournir aux Anglais, par la crainte de représailles chez eux, également possibles, un nouveau prétexte à conserver en Grande-Bretagne la majeure partie de leurs avions de défense.

Les Anglais n'ont pas besoin de prétexte pour garder le gros de la RAF chez eux: ils ont déjà tenu leurs engagements d'avant-guerre, ils ne "doivent" rien de plus. Ce sont les Français qui veulent modifier le statu quo, en leur faveur, évidemment. Le désaccord sur le bombardement n'est pas bien sérieux: face au véto français, la RAF ne peut continuer.


Citation :
A la troisième lettre, toutefois, celle de janvier, devant l'insistance de notre commandement, les Britanniques nous donnent la promesse d'expédier sur le continent 3 ou 4 squadrons supplémentaires de chasse, si les troupes allemandes passent à l'attaque.

...unités qui seront d'ailleurs expédiées en France dès le 10 mai. Les décomptes au matin du 10 mai (comme celui cité par Alain) ne les mentionnent pas, forcément, mais ces squadrons vont tout à fait prendre part à la bataille, les oublier serait aussi ridicule que de ne pas compter les groupes français stationnés dans le sud de la France au matin du 10 mai !


Citation :
Là encore les divergences ne tardent pas à se faire jour entre français et Britanniques. Nous préférerions que tous les moyens disponibles pour le bombardement, on sait qu'ils ne sont pas tellement brillants, ne soient pas dispersés, mais concentrés, au contraire, sur la ligne de feu et ses arrières immédiats.

L'auteur effectue le même raccourci que pour les chasseur, raccourci tout aussi fallacieux: "nous" ce n'est pas les Français, c'est les Français et les troupes britanniques en France.

Citation :
Cette fois, les Anglais marquent un point. Le Conseil Suprême, réuni le 23 avril 1940, leur donne raison et adopte leur thèse.

Nouveau raccourci fallacieux. En septembre 1939, la situation est la suivante:
Soutien des troupes terrestres: Air Component.
Bombardement de l'Allemagne: Bomber Command, y compris l'AASF basée en France.

Fin 1939, même si l'AASF conserve une autonomie de principe par rapport à la BEF, il est acquis que son action s'exercera sur les arrières du champ de bataille, en soutien des opérations terrestres (j'ai une copie du mémo en question sur mon disque dur).

Début 1940 apparaît un nouveau commandement: BAFF (British Air Forces in France) regroupant l'Air Component et l'AASF. Les bombardiers basés en France sont donc officiellement affectés au soutien des troupes terrestres, même si là encore pour la forme il est prévu que le Bomber Command puisse leur donner d'autres missions s'il n'y a pas d'urgence pressante au front (la bonne blague !).

Au moment de l'attaque allemande, la négociation porte sur les Blenheim du 2nd Group du Bomber Command, basés en Angleterre, et il est à peu près acquis qu'ils ne feront pas de bombardement "stratégique" de l'Allemagne mais interviendront en soutien des troupes terrestres aussi - ce qu'ils feront d'ailleurs au cours de la campagne, subissant ce faisant de lourdes pertes.

La tendance est donc nettement à un engagement croissant de la RAF en faveur de la bataille terrestre. Tout ce qui se passe à ce fameux conseil du 23 avril c'est que les Français autorisent la RAF à attaquer des objectifs stratégiques en Allemagne si les Allemands attaquent. Ces attaques ne concerneront que les bombardiers lourds basés en Angleterre, et ne remettent évidemment pas en cause le soutien aux forces terrestres (comme l'avenir le montrera).

Citation :
La RAF passera à l'action dans la nuit du 15 au 16 mai, et redoutant une riposte qui, d'ailleurs, n'arrivera qu'un mois et demi après l'Armistice franco-Allemand, la chasse britannique restera pour près des trois-quarts de l'autre côté de la Manche.

J'ai déjà eu l'occasion de développer des arguments équivalents dans une discussion avec BRH sur un autre fil. Pour le dire vite:

- il n'est pas nécessaire d'être basé en France pour intervenir dans la bataille. Quand la France capitule, seuls 12 squadrons du Fighter Command - dont des unités de chasse de nuit et des unités d'entrainement opérationnel - n'ont pas participé à la bataille, et la RAF a perdu un millier d'avions soit sensiblement autant que l'armée de l'Air.

- il n'y avait pas suffisamment de terrains dans le nord de la France pour accueillir beaucoup d'avions. Les Anglais construisaient, mais les infrastructures - déjà très insuffisantes en septembre 39, parce qu'elles avaient été pensées à l'époque de l'armée de l'Air du temps des vaches maigres, pas à celle de l'AAF + RAF mobilisées - ne suivaient pas.

- quand la RAF rembarque, c'est sous l'action des panzer, que les troupes françaises ont tout de même un tout petit peu laissés passer sur la Meuse...


Citation :
On verra, néanmoins, l'aviation de bombardement anglaise intervenir directement sur le front à plusieurs reprises. A cet égard, de très bons résultats seront acquis par la collaboration des bi-moteurs britanniques et des groupements de la chasse française.

Traduction: les bombardiers britanniques ont effectué davantage de sorties sur les ponts de la Meuse que leurs homologues français. Le 14 mai à Sedan, jour célébré comme une mission de sacrifice chez nos aviateurs, voici l'effort réel consenti:
- 7 LeO 451 partis, 3 font demi-tour avant l'objectif (train qui ne se rentre pas, panne de radio, ennuis moteur), 4 bombardent dont 1 est perdu et un autre endommagé.
- 20 Amiot 143 partis, 11 attaquent (les 7 appareils du I/38 font demi-tour devant l'objectif parce qu'ils ont raté leur rendez-vous avec l'escorte de chasse, avec un commandant moins prestigieux cela aurait été abandon de poste devant l'ennemi), 2 sont perdus et 8 autres endommagés.

Total: 27 sorties, 15 sorties effectives, 3 pertes (20%).

Effort de la RAF: 71 sorties, 40 pertes (56%)

La RAF a consenti un effort plus important que l'armée de l'Air dans une situation qui était pourtant de la responsabilité de cette dernière. Il semble y avoir eu une grosse quarantaine de bombardiers français en état de vol au matin du 14 mai, le nombre de sorties effectives est accablant et la légende (colportée par les aviateurs et qu'on retrouve, par exemple, dans l'histoire officielle de la RAF) selon laquelle l'opération a été un massacre est tout simplement une honte.

Evidemment, les officiers de Vichy préféraient chercher des noises à leurs alliés que de balayer devant leur porte, qui en avait pourtant le plus grand besoin...

Citation :
Le 21 mai, on obtiendra même que les bombardiers anglais prennent à leur compte tous les objectifs situés à l'est de la coupure de la Meuse et au nord de la ligne Hirson-Mézières-Trèves.

Autre exemple de mauvaise foi de l'auteur du rapport - la répartition des objectifs n'a jamais été un problème entre Français et Britanniques. Ces derniers n'ont jamais refusé d'attaquer des objectifs situés à l'est de leur zone d'intervention prioritaire - ils l'ont d'ailleurs montré à Sedan.

Citation :
Au total, l'aviation anglaise compte en France : (...)
6 Squadrons de chasse, 4 équipés de Hawker Hurricane et 2 équipés de Gladiator;

En fait, les squadrons sur Gladiator venaient de se rééquiper en Hurricane.

Citation :
Le 11 mai devait arriver le contingent de 4 Squadrons de chasse promis pour le cas d'une offensive allemande.

Ils arrivèrent le 10.

Citation :
Cela fait 160 avions de chasse, 160 avions de bombardement, 60 avions de reconnaissance et 60 avions d'observation : 440 appareils. Au même moment, 540 chasseurs et 310 bombardiers restaient, de l'aveu des dirigeants anglais, sur les aérodromes de grande-Bretagne.

Du 10 au 20 mai, la RAF a déployé en France 261 Hurricane, dont 75 détruits au combat, 120 perdus par abandon car endommagés et hors d'état de voler quand les blindés allemands sont arrivés et seulement 66 ont pu rentrer en Angleterre, soit la perte de 195 Hurricane. Début juin, ce total était passé à 432 chasseurs modernes (Hurricane et Spitfire). Sur l'ensemble de la campagne, la RAF a perdu 959 avions dont 477 chasseurs.

Pour moi, la RAF a fait sa part. On peut discuter de comment elle aurait pu être plus efficaces, mais ses erreurs font pâle figure à côté de celles commises par nos propres aviateurs.


Cordialement,

LC
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