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 GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez

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sergeH
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MessageSujet: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Mar 17 Avr 2018 - 13:08

Bonjour à tous,
Je m'étonne un peu que l'article consacré à Jean Claude Delhez n'ai pas (encore?) suscité de commentaires. En ce qui me (nous) concerne, (en tant que membre du musée du souvenir français de Haut-le-Wastia) il m'interpelle dans la mesure ou notre région fut très concernée par la déferlante Pz dans les journées du 12 au 15 mai 1940. Le livre de Karl Heinz Frieser qui démontait un peu le mythe "Rommel" et celui de la blitzkrieg m'avait déjà intéressé et voilà qu'un auteur franco-belge amène à se poser des questions sur le phénomène "Panzer". Est ce une tendance du moment ou plutôt un vrai questionnement sur une réalité qui fut, semble t'il , très façonnée par une suite d'événements parfois chanceux? Mon idée n'est pas de créer une polémique mais d'ouvrir peut-être un champ de discussions/réflexions. Mes commentaires au musée allaient dans le sens assez communément admis des 3 groupes de 1000 chars opposés à 1000 groupes de 3 chars dont Jean Claude Delhez nous dit (c'est sa vision des choses) que l'esprit seraient plutôt que l'arme blindée serait en soutien de l'infanterie et que l'intention allemande n'était guère différente même si les observateurs ont été marqués ("par la crainte qu'ils suscitent") par la présence massive de chars ennemis. Enfin la présence de la "pervitine", que je mentionne au cours de mes visites, si elle est encore un peu "confidentielle" apporte un peu d'éclairage sur la forte vitalité du fantassin allemand au cours de la campagne de Belgique et de France.
Merci de faire part de vos réflexions à ce sujet et un grand merci à François d'avoir ouvert ses pages à ces sujets "délicats".
sergeH
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Fantassin
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Mar 17 Avr 2018 - 15:54

Bonjour,

Pour être très honnête, l'approche consistant à voir des "mythes" partout, mythes "enfin démontés" par des auteurs qui assurent avoir eux compris ce que des générations d'historiens avaient été trop bêtes pour appréhender avant eux me fatigue et disqualifie par principe ces ouvrages.

C'est d'ailleurs l'approche que le magazine Guerres & Histoire emploie régulièrement, et pas toujours avec bonheur d'ailleurs. J'ai en particulier le souvenir de leur dossier sur les parachutistes qui était truffé de contre-vérités.

Cordialement

F
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Mar 17 Avr 2018 - 18:08

Bonjour,

J'avoue moi aussi trouver la thèse de Jean Claude Delhez pour le moins contestable, en tous cas à mon sens. Si certains éléments présentés sont indiscutables, comme par exemple le fait que la percée initiale sur la Meuse en 1940 soit l'oeuvre de l'infanterie, il n'est pas inutile de rappeler que les Panzer ne peuvent franchir le fleuve sans la construction de ponts flottants ou la mise en service de passerelles et que ces moyens nécessitent au préalable la prise de la rive adverse afin de soustraire les unités du génie chargées de leur réalisation à la vue et au feu ennemi.

De plus, percer les lignes ennemies sans pouvoir exploiter ne sert pas à grand chose, celui-ci pouvant reconstituer une ligne défensive un peu plus loin. C'est d'autant plus vrai avec la généralisation de la motorisation au sein des armées, permettant d'envoyer des renforts plus rapidement sur le secteur de la percée.

Mais, pour reprendre l'exemple de Sedan en 1940, une fois la percée réalisée, ce sont les Panzer-Divisions qui l'exploitent, très souvent blindés en tête comme en témoignent les archives allemandes. Par conséquent ils sont en grande partie responsables de l'isolement du GA1 du reste des forces alliées. Comme on peut le voir sur les cartes, l'infanterie motorisée joue principalement un rôle d'occupation du terrain conquis par les Pz.D. dans l'attente des Infanterie-Divisions classiques, mais elles ne sont que rarement en tête des attaques.

Lorsque l'on observe avec attention l'action de l'arme blindée, il existe de nombreux exemples où les chars ont joué un rôle majeur, à commencer par les débuts de son histoire avec les batailles de la fin de la Première Guerre mondiale où ils ont permis de percer les lignes allemandes sans engendrer les lourdes pertes provoquées par l'obtention d'un résultat similaire par une attaque d'infanterie.

Alors certes, le char n'est pas une arme "absolue", non dénuée de faiblesses et adaptée à tous les types de combat, mais il est d'abord un excellent moyen d'apporter des armes puissantes et protégées par un blindage au sein du dispositif ennemi, tout comme il est capable de parcourir de grandes distances journalières et par conséquence engendrer par ses feux puissants une action majeure sur les arrières ennemies.

Si le char, dans l'offensive, est engagé seul face à l'ennemi, il ne peut que difficilement emporter la décision en raison de ses faiblesses. Mais il reste la puissance majeure du système de la division blindée, et sans lui, les capacités de ce type de grande unité seraient fort limitées en terme de puissance de feu mobile, ne nécessitant aucune préparation pour engager l'ennemi, à l'image de l'artillerie.

Un autre de ses atouts consiste à pouvoir avancer plus rapidement que le temps étant nécessaire à l'ennemi pour redéployer une ligne de défense après avoir reculé. Bien souvent, les pièces antichars sont prises en flagrant délit de mouvement ou abandonnées sur leurs positions faute de pouvoir être déplacées à cause du feu ou de la progression ennemis, comme ce fut bien souvent le cas, par exemple, durant Fall Gelb et Barbarossa. En conséquence, les divisions d'infanterie se retrouvent privées d'une part importante de leurs moyens antichars et donc de leur capacités à résister aux attaques blindées.

Or, une attaque d'infanterie ne peut obtenir un résultat similaire car il suffit d'un tir soutenu d'armes légères pour stopper sa progression. Il lui faut alors attendre un soutient d'armes lourdes ou d'aviation pour reprendre son mouvement. Et ce délai sera inévitablement mis à profit par l'ennemi pour se rétablir.

Ce constat amena d'ailleurs les stratèges à considérer le char et le chasseurs de chars comme la meilleure arme antichar, jusqu'à l'arrivée des missiles AC à moyenne et longue portée d'infanterie ou héliportés et le renforcement considérable de la puissance de feu de l'infanterie par les lance-roquettes, ce moyen nécessitant néanmoins une certaine proximité avec les blindés ennemis. Ces nouvelles armes sonnèrent d'ailleurs le glas du canon antichar tracté.

Je n'en affirme pas pour autant que l'infanterie ne joue pas un rôle majeur dans la guerre, je soutiens en revanche que les moyens offensifs et défensifs d'une armée, qu'elle soit d'hier ou d'aujourd'hui, sont très amplement accrus par la présence des chars, dans la mesure où leur coopération avec les autres armes est acquise.

Ensuite, en réponse au message de Fantassin, je rejoins son avis concernant cette nouvelle mode de tenter de remettre en cause bien des principes reconnus depuis longtemps par de nombreux historiens et spécialistes. Sans préjuger des causes de ce courant de pensées (même si j'ai mon idée sur la question) et sans oublier qu'en Histoire, un fait admis ne l'est que jusqu'à preuve du contraire, il faut néanmoins apporter de sérieux éléments particulièrement sourcés pour le remettre en cause.

Or, et trop souvent, l'on a tendance à juger des faits historiques en fonction de l'état actuel des connaissances, tant sur l'enchaînement des événements que sur les résultats des décisions prises à l'époque, et c'est une erreur majeure et manifeste. Un fait historique ne peut qu'être jugé en fonction du contexte de son époque, en tenant compte de nombreux facteurs militaires, économiques ou politiques et de l'état des connaissances qu'avaient les décisionnaires lorsqu'ils ont tranché.

Enfin et non des moindres, prétendre que le char est, et à toujours été inutile, c'est apporter un jugement de valeur fort critiquable sur tous les décideurs qui, depuis un siècle, ont considéré cette arme comme incontournable, et ce, en dépit de l'importance des coûts et des moyens de production nécessaires à sa fabrication.

J’imagine que les innombrables victimes des chars durant les nombreux conflits qui se sont succédés depuis leur apparition sur les champs de bataille doivent se retourner dans leurs tombes, à commencer par celles de l'IRGD décimées par les B1 bis français du côté d'un petit village ardennais tristement célèbre.

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Cordialement
Eric Denis


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Fantassin
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Mar 17 Avr 2018 - 18:46

Remarquables développements M. Denis !

De mon point de vue, la démarche de ce livre telle qu'expliquée dans GBM 124 à un travers majeur: elle se focalise sur le moyen ("le char") et pas sur les effets obtenus.

C'est une erreur classique chez les non-praticiens; dans la réalité, un chef de guerre demande un effet à obtenir, pas une liste d'unités équipés de tels et tels matériels; de l'effet à obtenir il déduit les moyens dont il a besoin; toute démarche commençant par les moyens est biaisée d'un point de vue tactique, opératif ou stratégique.
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SiVielSto
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Ven 25 Mai 2018 - 9:06

Voici mon commentaire de l'ouvrage (posté sur la page FB du Musée du Souvenir):

"Un livre récent au titre en forme de slogan choc. Bon je ne l'ai pas lu tout le bouquin mais je l'ai feuilleté et j'y ai lu attentivement les passages sur les opérations de 1940 dans notre région. Conclusion : rien de bien solide pour appuyer la thèse de l'auteur. Dire que le combat de Denée entre 9 B1 bis de la 1re DCR et les fantassins de l'Infanterie-Division.8 est la preuve que le duo canons/infanterie est supérieur aux chars, c'est une "imposture" aussi... Quelques chars tombant dans une quasi embuscade ne prouvent rien quant à l'utilité des blindés ou non. Aucune guerre moderne ne s'est gagnée avec une seule arme; ni les mitrailleuses en 1914, ni les canons à Verdun, ni les panzers en 1940, ni l'aviation lors des guerres d'Irak n'ont gagné une guerre seuls. C'est la combinaison des différentes armes (au sol, en l'air et sur les mers), une bonne logistique, des soldats entraînés et motivés, des chefs bien formés, une doctrine militaire cohérente et un commandement clairvoyant et efficace qui font les victoires. C'est un fantassin qui vous le dit."
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MessageSujet: GBM 124   Ven 25 Mai 2018 - 19:56

je pense qu'il doit avoir les mêmes sources qu'eric denis

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Louis Martel
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Sam 26 Mai 2018 - 20:27

Bonjour

Permettez moi  de revenir à la question initiale posée par SergeH " … voilà qu'un auteur franco-belge amène à se poser des questions sur le phénomène "Panzer". Est ce une tendance du moment ou plutôt un vrai questionnement sur une réalité qui fut, semble t'il , très façonnée par une suite d'événements parfois chanceux?" pour apporter une opinion favorable.

Une imposture c’est faire passer quelque chose pour ce qu’il n’est pas. Mr Delhez entreprend  d’examiner le rôle des chars et en particulier en 1940, la campagne « totem », pour nous montrer qu’ils n’auraient pas eu le rôle décisif et central qui leur est habituellement attribué. Son sujet c’est le char et non de l’arme blindée ou les divisions blindés. Son propos se centre sur le caractère décisif ou non du tank ce qui est différent de l’utilité ou de l‘efficacité. Le char, arme décisive ou non ?

Mr Delhez ouvre une réflexion intéressante sur le rôle d’arme psychologique du char (p351), mais il dérapage et ne va pas jusqu’au bout. En effet, si l’on accepte l’idée que l’efficacité au combat du char repose d’abord sur son impact sur le moral de l’ennemi, alors n’est-il pas normal qu’il y est imposture dans les discours pour préparer et multiplier ces effets psychologiques ? Le char n’est-il pas une arme redoutée ?

Soyez donc attentif à bien suivre les propos de l’auteur lors de votre lecture car l’ouvrage à de nombreux défauts qui rendent sa lecture pénible.
Mr Delhez ne définit pas son objet d’étude, le char, ce qui handicape sa réflexion lorsqu’il cherche à la prolonger (d’où, à mon avis, les dérapages préjudiciables à son propos). Paradoxalement, le canon antichar est, lui, bien définit et conceptualisé.
L’ouvrage se lit moins facilement qu’un récit en raison du recours à l’exemplification pour construire la démonstration, mais aussi du recours à l’uchronie (première partie) et aux démonstrations statistiques (deuxième parie) qui me semblent révélateur d’une démonstration difficile à mener et d’un bouquin accouché dans la douleur.

La méthode de l’exemplification est solide et le résultat pertinent dans les deux premières parties où l’auteur s’appuie sur des travaux solides. Dans la troisième, ce n’est pas le cas.
Nous pouvons donc accepter ses conclusions : dans les Ardennes, en 1940 comme en 1944, et lors de la bataille de la Meuse, les chars ont rarement joué un rôle décisif et ce sont les combattants à pieds qui ont fait la décision dans la grande majorité des combats : « Ce n’est pas le panzer qui à vaincu la France ». Les chars n’ont pas le rôle décisif que l’on attribut dans des discours tels que « la Blitzkrieg », du « tandem char-avions » ou la « Révolution de la guerre mécanisée ».

Ce qui nous amène au problème de « pourquoi il se sont trompés ». C’est mon grand regret, Mr Delhez ne c’est pas vraiment penché sur la question et n’apporte pas de réponses. Cela contribue au côté « prétentieux » de l’approche « antimythe » qui déplait si fortement.
Beaucoup de choses sont admises et constamment reprises sans quelles aient été démontrées, examinées ou discutées et un retour aux faits peut donc démontrer le caractère erroné de ces discours (mais aussi parfois sa véracité). L'Histoire ne ce contente pas de produire des discours à partir d'idées admises. L'on peut démontrer la véracité de faits ou d'un discours.
Pour « pourquoi il se sont trompés », je peux amener un élément d’explication concernant les contemporains de 1940. Leur façon de penser est marquée par l'absolu de l’expérience. Puisque la défaite sanctionne la campagne, c’est donc que les français ont perdus parce qu’ils n’ont pas fait ce que les allemands ont fait. Cela à fondé un discours condamnant la doctrine du moment qui a été repris, a évolué, sans examen des faits, sans analyse en profondeur malgré, ou peut-être à cause de la masse bibliographie générée (une fois que les rails sont posés il est difficile de ne pas les suivre).

C'est donc un livre à lire et une thèse à examiner, Mr Delhez ayant pioché dans le bon sens.

Cordialement


Dernière édition par Louis Martel le Dim 27 Mai 2018 - 8:36, édité 1 fois
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BRH
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Sam 26 Mai 2018 - 21:35

Belle analyse, Louis Martel : je partage entièrement votre point de vue.
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: GBM n° 124 - Autour de la thèse de Jean-Claude Delhez   Ven 8 Juin 2018 - 13:12

Note de modération :

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Eric Denis
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