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 Attaque au gaz ?

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TAHURE1915
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Mar 6 Fév 2018 - 19:45

Bonjour à tous,

Quelques éléments complémentaires pour alimenter la réflexion.


Les « vraies-fausses alertes aux gaz » semblent assez fréquentes en 1939-1940. En voici quelques exemples :


La campagne de Pologne.
Le 8 septembre 1939, les troupes allemandes s’emparèrent d’un pont de chemin de fer sur la rivière Jasiolka proche de la ville de Jaslo. Les sapeurs de la 1e compagnie du Gebirges-Pionere.Battalion 82 étaient en train de dégager la barricade constituée de blocs de béton, de chevaux de frise et de barbelés mise en place par les troupes polonaises lorsqu’une explosion eut lieu, tuant ou blessant plusieurs soldats allemands et arrosant certains hommes d’un liquide huileux auquel personne ne semble avoir prêté attention. Une fois le pont dégagé, le détachement de sapeurs poursuivit sa mission. Durant la nuit, ils bivouaquèrent sous tente. Des symptômes de brulures se manifestèrent alors. Les médecins diagnostiquèrent une contamination par l’ypérite. Les appareils de détection et l’analyse chimique montrèrent la présence d’ypérite. Les troupes polonaises avaient en fait utilisé pour constituer la barricade des bidons d’un mélange contenant une quantité d’ypérite assez importante. Il s’agissait d’un matériel d’instruction servant à entrainer les spécialistes ou à simuler une zone contaminée. L’état-major allemand considéra qu’il ne s’agissait pas d’un emploi délibéré de l’arme chimique et aucune riposte de même nature ne fut envisagée. En revanche, l’exploitation par la propagande fut bien réelle. L’Allemagne accusa ainsi la Grande-Bretagne d’avoir fourni à la Pologne de l’ypérite et des munitions chimiques.

1939 Paris.
Dans le journal Le Matin du 7 septembre 1939, un article fut consacré aux premières alertes aériennes. Il fut présenté des exemples de fausses alertes d’attaque aux gaz. Ainsi, de petits ballonnets avaient été retrouvés le 6 septembre au matin dans la banlieue sud et pris pour des ballons d’ypérite semblables à ceux lancés récemment par les aviateurs allemands au-dessus de certaines villes polonaises (sic) alors qu’il s’agissait de ballons de signalisation lancés par les avions français au cours de l’alerte nocturne. De même, une rumeur fit part de l’emploi d’ypérite dans le XIVe arrondissement. Le journaliste aurait ainsi pu identifier une douzaine d’ypérités qui n’avaient en fait que respiré l’odeur âcre des poudres des obus de DCA.

1939 Lorraine.

 
Journal de Marche et d’Opération (JMO) de la 1ère compagnie de GRM (9ème Légion) commandée par le capitaine Poulain.
Le 9 septembre 1939, vers 8h50, forte odeur de gaz perceptible dans le bourg de Merschwiller. Vers 9h30, deux gardes frontaliers sont pris de vomissements et de maux de tête. Ordre est donné au PC de boire du lait. La densité de la nappe de gaz n’a pas obligé à mettre le masque. L’odeur de ce gaz est analogue à celle des gaz de la chambre à gaz mais plus parfumée et piquante.
Journal de Marche et d’Opération (JMO) de l’état-major de la 3ème division de cavalerie.
Le 10 septembre 1939, le colonel Perrey, dans son compte-rendu de 7h du matin, a mentionné que quelques hommes ont été incommodés, peut-être par gaz toxiques. Aucune confirmation n’a pu être obtenue et le fait paraît controversé.
Compte-rendu téléphoné par le colonel Perrey le 10 septembre 1939 à 7 heures à l’état-major de la 3ème division de cavalerie.
« Attaque par gaz pas grave. Les gens qui ont mis leur masque n’ont rien. Des frontaliers ont mis leur masque trop tard. Très incommodés et évacués. Phosgène ? Pas de précision sur le mode d’émission. »
10 septembre 1939 : note n°126/3 de la 3ème Armée indiquant que sur un point du front de l’Armée, l’ennemi à fait jouer le 9 septembre un dispositif de nature non précisée qui a émis un nuage gazeux. Quelques hommes n’ayant pas mis leur masque ont été légèrement intoxiqués (nausées, maux de tête).
16 septembre 1939 : le bulletin de renseignement n°4 du 167ème RIF signale trois émissions locales de gaz dans le secteur de Merschwiller (Alsace). D’après les renseignements recueillis, les émissions seraient faites à l’aide de ballons groupés en chapelet de 4 ou 5. Il s’agit d’un gaz de couleur jaunâtre dont l’odeur ressemble à celle de la pomme pourrie.
26 décembre 1939 : note n°01-109-3/NE du 3ème Bureau du GQG adressée à toutes les Armées.
Une Armée a rendu compte qu’à la suite de l’attaque à la grenade d’un de nos postes avancés, certains de nos hommes avaient présentés des symptômes d’intoxication par les gaz. L’examen médical a démontré qu’il s’agissait seulement de phénomènes peu durables et sans gravité, semblant correspondre à l’utilisation par l’ennemi de grenades du genre que celles la police utilise pour des arrestations difficiles. Il y aura lieu d’aviser de ce fait les unités en ligne afin qu’elles ne soient pas surprises et ne soient pas tentées de lui accorder une importance exagérée et d’en tenir compte dans les comptes-rendus éventuels qui pourraient être fournis concernant l’emploi du gaz par l’ennemi.
 
1940
Les Britanniques semblent aussi avoir eu leur lot de fausses alertes :
-          selon le journal de marche du 2nd Bedfordshire and Hertfordshire, cette unité aurait subi des tirs d’obus chimiques (considérés comme chargés en phosgène) le 27 mai 1940, sans précision de lieu ;
-          un autre emploi de produits chimiques aurait été signalé en Belgique à Beveren aan de Ijzer (20 km au sud-est de Dunkerque) sans autre précision de date ou de circonstances ;
-          selon le journal de marche du 1 South Lancs, cette unité aurait subi un tir mêlant obus explosifs et obus à l’ypérite le 23 mai 1940 dans la région d’Arras.
 
15 mai 1940 : selon une source neutre, les Allemands auraient employé un gaz inconnu lors de la capture du fort belge d’Eben-Emael. Il semble qu’il s’agisse en fait des conséquences de l’emploi de charges creuses, encore peu connues à l’époque).

Il semble donc plausible que les troupes allemandes aient cru à une attaque chimique. Un “simple” tir d’artillerie provoque de telles fumées et poussières qui, associées aux odeurs d’explosifs, qui peuvent perturber le personnel soumis au stress du combat. En outre, les gaz d’explosion peuvent, dans certains cas, avoir des effets physiologiques pouvant ressembler à ceux de toxiques de guerre.

Après, si l’on cherche une explication moins commune, on pourrait évoquer le tir d’artillerie sur un site qui servit de dépôt de munitions en 1914-1918 (la région de Sedan en recèle un nombre assez conséquent) et la destruction accidentelle de munitions abandonnées. Ou alors l’emploi par l’artillerie française de munitions de 1917-1918 réfectionnées après la guerre et mal identifiées. Je vous laisse seuls juges de la crédibilité de telles hypothèses.

Suite aux engagements internationaux de 1922 et de 1925, la France n’envisageait, en principe, l’emploi de l’arme chimique qu’à titre de représailles suite à une attaque de même nature. La décision était tout d’abord politique. En raison de l’engagement de la France dans le Protocole de Genève, aucun des règlements non secrets ne faisait connaître les matériels à utiliser ou les règles concernant l’emploi des gaz de combat. Certains documents secrets avaient toutefois été préparés, dont une Instruction concernant le tir des obus toxiques. Ces documents constituaient le « lot éventuel Z » qui fut en place en 1934 dans les états-majors. Ils étaient rangés dans des contenants plombés et ne devaient être ouverts que sur ordre du Ministre.
 
Et pour animer encore un peu la discussion, je vous livre ceci :
Général Gamelin Tome 2 : Le prologue du drame (1930 – août 1939), Plon, 1947, pages 128-130.
Evoquant la séance de la Commission de l’Armée au Sénat du 7 mars 1934 lors de laquelle le Maréchal Pétain exposa l’état de l’organisation défensive de la frontière du Nord : « Comment pouvait-on imaginer protéger les lisières des Ardennes alors qu’elles ne se trouvaient pas sur le territoire national ? Ce secteur « non dangereux » commandait pourtant les directions stratégiques les plus importantes puisqu’il permettait de contourner la Ligne Maginot et aboutissait à la vallée de l’Oise ». Et d’ajouter « certes, si nous avions pu ypériter les Ardennes, le problème se fût trouvé modifié ; mais n’avions-nous pas pris l’engagement solennel de ne pas utiliser les gaz les premiers ? »

Pour ce qui est de l’emploi, ou du non-emploi de l’arme chimique, au cours de la Seconde Guerre Mondiale, le sujet reste ouvert. Outre l’emploi assez massif de projectiles chimiques par le Japon en Chine entre 1938 et 1944, il reste certains doutes sur l’emploi éventuel de lacrymogènes lors du nettoyage de certaines positions fortifiées soviétiques (Odessa en novembre 1941, péninsule de Kerch en Crimée en mai 1942 et carrières d’Adzhimuskai à Sébastopol en mai 1942). On peut aussi citer le tir accidentel d’obus de mortier de 107 mm (trois obus type KhM-107-35 chargés en lewisite) dans le secteur de Sébastopol.
Et il y a aussi pas mal de travaux de planification, pas forcément à titre de représailles (GB à l'été 1940, USA en 1945 contre le Japon). A tout hasard, relire le memorandum écrit par Churchill le 6 juillet 1944.
Ces éléments proviennent d’un travail en cours de rédaction. Merci par avance de ne pas les réutiliser sans mon accord formel !

Cordialement.
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Thierry Moné
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Mar 6 Fév 2018 - 21:04

Bonjour à tous,  Very Happy

Merci Tahure 1915 pour ce très intéressant complément !

Cordialement,

Thierry Moné
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01468845
*
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mattcom
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Ven 9 Fév 2018 - 15:36

Bonjour à tous.
Considérons le point de vu.
Il va donc falloir se repencher sur les dizaines d'attaques de parachutistes allemands sur les terrains français, les avions utilisés par les allemands avec des cocardes française, ah tiens les attaques italiennes au nord de la Loire... d'autres idées ? De mon côté je suis pas loin de penser que Gamelin et Reynaud étaient de agents de l'Abwehr. Un rapport anonyme l'aurait évoqué.

On a pas le cul sorti des ronces 
#fakenews

Désolé du ton de mon message mais n'en déplaise aux esprits chagrins tout cela me fait plutôt rigoler.
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TAHURE1915
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Sam 10 Fév 2018 - 20:39

Bonsoir à tous,
J’avoue ne vraiment pas comprendre la signification de ce dernier message.
Qu’est ce qui est faux ou mensonger ?
Jusqu’à preuve du contraire, le sujet est consacré à un événement laissant penser à une allégation d’emploi des gaz mais se traduisant vraisemblablement par une possible méprise.
Il n’en reste pas moins que l’histoire de la guerre chimique et des thèmes associés demeure encore peu étudiée, du moins en France. Quant aux archives, il en reste encore tant à exploiter...
La prudence et le doute ne justifient pas un tel mépris.
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dhouliez
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Sam 10 Fév 2018 - 21:24

Bonsoir,

Je crains qu'il y ait un malentendu entre vous deux...

Cordialement,

DH
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mattcom
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Sam 10 Fév 2018 - 23:54

Bonsoir :-)
Il y a :-)
Tahure, je ne faisais évidemment par référence à votre message (excellent d'ailleurs) ni aux nombreux autres. Bien au contraire.
Mon léger cynisme se porte plutôt sur la question initiale de ce fil

Cordialement

Matthieu
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TAHURE1915
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Dim 11 Fév 2018 - 13:45

Bonjour à tous,


Pour Matthieu, bien pris. Pas d’animosité déplacée de ma part. Toutefois, même si le sujet demeure étonnant ou inattendu, il présente un certain intérêt. Certes, le risque est de travestir les faits ou de les sur-interpréter.
N’ayant aucune prétention d’avoir fait le tour de la question, je n’avais jamais entendu ou lu la moindre évocation de l’emploi d’armes chimiques par les troupes françaises en 1939-1940 (mettons de côté la lettre n°184 3/S adressée le 3 juin 1940 par le général Besson au général commandant en chef sur le Front du Nord-Est. Ce document, transmis au SHAT en 1971, est accompagné de la mention manuscrite « Emploi éventuel des gaz de combat. Ne pas signaler à l’inventaire ». Le texte figure sur l’excellent site La guerre des gaz).

Pour alimenter encore un peu le sujet, et toujours selon le principe de diffusion évoqué supra, je vous livre deux éléments qui me paraissent intéressant.

Un rapport daté du 8 octobre 1940 (SHD) et décrivant les programmes d’armement depuis 1918 contient une note secrète du 16 mai 1939 au sujet du programme d’armement 1940-1943. Ce document indique notamment : « Une revalorisation aussi rapide que possible de l’armement offensif s’imposait en vue de l’attaque position fortifiée allemande ou pour le forcement d’une ligne fortifiée dans les Alpes. Tant qu’un procédé adéquate pour triompher de l’obstacle antichars allemand n’avait pas été trouvé, l’attaque de la position allemande semblait devoir être précédée d’une préparation par l’artillerie de destruction ou par l’emploi des gaz. Ce dernier procédé était de beaucoup le moins onéreux et paressait d’ailleurs le plus opportun en raison même de l’organisation des ouvrages allemands. Il semblait souhaitable de limiter davantage que dans le programme 1936 la construction des chars, particulièrement des chars moyens, en reportant l’effort sur les fabrications d’artillerie de grosse destruction et de contre-batterie ainsi que sur les fabrications se rapportant à l’agression par gaz.
Concernant l’Italie, une attaque devait être profonde de manière à fixer des effectifs importants. Il était donc nécessaire de disposer d’un terrain organisé pour l’offensive (construction de routes, stockage de munitions et d’approvisionnements) et d’un équipement alpin des troupes (particulièrement en artillerie de montagne et en tracteurs adaptés). Un tel équipement devait coûter plus cher que la préparation de l’attaque des positions allemandes avec emploi des gaz mais la conquête du balcon des plaines du Pô semblait plus immédiatement payante que celle de la ligne allemande. L’équipement alpin d’une fraction des forces ménageait aussi la possibilité de former éventuellement un corps expéditionnaire pour les Balkans ou les Carpates.
Le programme 1940-1943 doit prévoir un effort en matière de défense contre les gaz d’autant plus importants si l’état-major envisage une attaque contre les positions ennemies avec l’emploi des gaz. Le programme prévoyait l’augmentation des approvisionnements en corps d’obus pour le chargement en produits spéciaux ainsi que la reconstitution des stocks pour combler les déficits en matérielle protection et l’augmentation de la commande des pèlerines paraffinées et des lunettes en cellophane de protection contre les épandages aériens d’ypérite. La Direction des Poudres devait s’orienter résolument vers la fabrication des produits d’agression. À ce sujet, il était proposé de mettre sur pied une commission pour définir les conditions d’une attaque. Le programme proposé comprenait une préparation de plusieurs jours avec emploi intense de vagues de DM par chandelles et un bombardement continu par obus au phosgène ».
 
Un document d’origine américaine (History of German Chemical Warfare in World War II – Part I The Military Aspect, Chemical Corps Historical Studies, number 2, U.S. Army Historical Division, 1949) est en fait le témoignage du général Herman Ochsner qui était l’un des officiers généraux des services chimiques allemands il participa directement aux investigations sur le terrain lors de l’incident de Jaslo en septembre 1939.
Selon son témoignage, des comptes-rendus indiquèrent que des soldats allemands avaient été gazés près de Valenciennes (sans doute vers le 20 mai 1940). Mais il semble que les soldats présentant des irritations des yeux, du visage et du cou avaient en fait rampé dans un champ récemment traité avec un engrais artificiel. A aucun moment, il n’évoque le secteur de Sedan ou le 13 mai ni d’autres allégations d’emploi.
Même si les Alliés redoutaient l’emploi de l’arme chimique par les Allemands, Ochsner affirme que ceux-ci n’en étaient pas capables. Ils n’en avaient d’ailleurs aucunement l’intention et redoutaient en emploi en premier par leurs adversaires. Les plans allemands reposant sur la vitesse et la surprise., l’arme chimique ne leur aurait été d’aucune utilité. Une attaque chimique surprise sur une vaste échelle aurait peut-être permis de faciliter un assaut contre la Ligne Maginot mais Ochsner reconnait que ces fortifications disposaient de moyens de protection excellents. L’emploi de l’arme chimique aurait ralenti la Wehrmacht dans son avance en lui imposant une logistique complexe (transport des munitions chimiques et du matériel de protection, décontamination et traitement des gazés). Un emploi limité de l’arme chimique ne semblait pas envisageable et l’ensemble du front aurait dû être pourvu de tels moyens.
Pour Oschner, la riposte des Alliés leur aurait permis de tenter de ralentir l’avancée allemande au moyen de barrages chimiques (zones d’infection à l’ypérite) et d’attaques chimiques sur les unités en pointe. L’état-major allemand fut soulagé de pouvoir atteindre la Somme sans que l’armée française n’ait employé l’arme chimique. Il considéra que si les gaz n’étaient pas employés sur la Ligne Weygand alors le danger principal serait passé. Mais même durant la poussée vers le sud, l’emploi de l’arme chimique aurait pu représenter un obstacle sérieux pour les troupes allemandes. Selon Ochsner, l’armée française était trop désorganisée pour envisager le recours massif à l’arme chimique bien qu’il reconnaissait n’avoir disposé d’aucun élément permettant d’évaluer la volonté française.
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Dim 11 Fév 2018 - 15:15

Bonjour,

Ce dernier commentaire est en effet très instructif. La vision française de l'emploi des gaz en 1940 met en valeur la réelle difficulté que représentait le franchissement de vive force du Westwall à cette époque, que l'on a trop souvent présenté à tort comme de peu d'intérêt dans la défense du territoire allemand alors que dès septembre 1939, l'obstacle est redoutable.

Au grand dam des fervents défenseurs de l'idée d'une excessive passivité française sur le front, les archives allemandes d'époque permettent d'affirmer que le Westwall, au 1er septembre 1939 se composait de 13 483 ouvrages de tous types opérationnels.

Sur le secteur de la Sarre, seule ligne de front franco-allemande propice à une offensive française à cette époque, soit de la frontière Luxembourgeoise au Rhin, l'on trouve 5 526 ouvrages (environ 41% du total !), soit pour 150 km, une densité d'environ 37 au KM.

A titre informatif, sur ce secteur, il en sera construit 436 autres entre le 1er septembre et le 1er mai, c'est à dire qu'environ 92% des défenses y sont opérationnelles au 1er septembre.

Ces ouvrages peuvent accueillir un maximum de 7 à 90 hommes. Leur construction a nécessité entre 169 et 2.082 M3 de béton par ouvrage. L'immense majorité se compose de bunkers de combat pour groupes de combat, MG., PaK, artillerie, et même pour des 8,8cm, mais l'on trouve aussi des blocks d'observation, des stocks de munition, des unités sanitaires et des cantonnements.

Pour en revenir au sujet des gaz, les grande lignes du programme d'armement pour les années 1940 -1943, mentionné dans le message précédent, prévoyaient la constitution d'un stock d'obus toxiques résumé de la sorte :

- Toxiques 75 mm : Stocks prévus 1 100 000, à commander 420 000
- Toxiques 105 mm : Stocks prévus 400 000, à commander 375 000
- Toxiques 155 mm : Stocks prévus 116 000, à commander 103 000

Notons d'ailleurs qu'il existait dès la campagne de France un stock de 680 000 obus de 75 mm toxiques et c'est donc bien par décision que ce type de munitions ne fut pas employé. A la différence de l'Allemagne, la France respectait les différents traités signés, et ce, même quand la situation devint pour le moins problématique.

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Cordialement
Eric Denis
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Mar 13 Fév 2018 - 8:19

bonjour,

Ce qui a été mise en ligne par Eric Denis reste trés interessant et, en faisant abstraction du sujet du gaz, le chiffre de 13 483 ouvrages de tous types opérationnels sur la ligne Siegfried montre que la défense de l'autre côté de la frontière n'était pas un vain mot.

En revanche que sait on du nombre total d'ouvrages opérationnels pour notre ligne Maginot "en face" ?

Est-ce que le chiffre est connu ?

Merci d'avance

Bertrand
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Arnaud gillet
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Mer 28 Fév 2018 - 8:42

Bonjour, 
 
Le 14 mai, un Feldwebel de la 4e Panzer-Aufklärung-Abteilung entre dans le bois de la Marfée au sud de Sedan (lire bois du gendarme : route Cheveuges - Chaumont) avec son unité pour y découvrir un dépôt d’artillerie français où sont stockés des bombes de tous calibres et de tous types : « ceux qui portent une bande blanche sont des « gasgranaten ».
 
1. Quel est ce type de dépôt aux calibres différents : un dépôt spécial de corps d’armée ou de division ?
2. Comment reconnait-on un obus à gaz français en 1940 ?
3. Quels sont les marquages sur ces obus en 1940 ? 
4. La publication et l’étude des photos de ces obus seraient intéressantes...
 
Merci


Source : Die Panzer-Aufklärung-Abteilung 4 im Westfeldzug, [1941], p. 26.
 


 Une photo d’obus à identifier.
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Mer 28 Fév 2018 - 15:10

Bonjour,

Pour identifier des obus toxiques français consulter l'excellent site déjà cité plus haut et en particulier ici :

http://www.guerredesgaz.fr/these/chap13/chap13.htm

D'autre part, votre photo montre des obus en fonte aciérée d'un calibre probable de 155 mm. Pour leur marquage :

MD : Mélinite D (détonateur)
ECP : Ecole Centrale de Pyrotechnie
DN : Dinitronaphtaline
SC : Schneidérite

Ces munitions sont donc conventionnelles.

Enfin, je n'ai strictement aucune trace d'une découverte d'un stock de munitions, toxiques ou pas, à cette date dans les archives de la 1. PzD. En revanche, les mêmes archives informent de la mise en place d'un dépôt de munitions allemandes de Flak et d'artillerie lourde à cette date et à cet emplacement :



Etes-vous sur de votre traduction?

Les rapports de cette même division à la fin de la journée du 14 concernant les matériels capturés ne mentionnent d'ailleurs aucunement de stocks de munitions.

D'une façon générale, les ouvrages allemands datant des années de guerre ont un intérêt historique très relatif, pour ne pas dire pire. Il est plus que souhaitable de plutôt se fier aux archives.

Je pense que vous vous entêtez en pure perte...

_________________
Cordialement
Eric Denis
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Arnaud gillet
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Mer 28 Fév 2018 - 16:16

Bonjour, 

Document  hors sujet : le Feldwebel parle d'un dépôt de l'artillerie française à La Marfée découvert le 14 mai au matin et non du "Munitionumschlagstelle" allemand ouvert le 14 mai tard le soir à 22.00 (H.all.) ! 

Merci pour l'identification des obus : le Feldwebel parle en effet d'obus à gaz français portant une couronne blanche ce qui n'est pas le cas pour la photo. 

Bien à vous
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Dim 11 Mar 2018 - 22:01

Bonsoir à tous,

Un élément supplémentaire sur ce sujet.

Selon un document d’archive français, il existait, dès le 31 décembre 1939, un stock de 36 000 obus de 75 mm n°5 (collongite) présent « aux Armées ». Il semble bien qu’une quantité réduite de munitions ait donc quitté l’ERGMu de La Ferté-Hauterive. En effet, sur le tableau de référence, il y a une différence entre les munitions « aux Armées » et celles dans les Etablissements de Réserve Générale et les Parcs. Certes, la localisation n’est pas précisée.

A titre de comparaison, les bouteilles destinées à l’infection du terrain (produit n°20) sont considérées en ERG et en Parcs. En l’occurrence, il s’agit du stock de bouteilles entreposées à la redoute de Bruyères, dépendant du Parc d’Artillerie de Laon.

De même, selon les Instructions concernant les projectiles toxiques du 10 novembre 1939 et du 31 mars 1940, les projectiles chargés en agents toxiques étaient peints en vert foncé. Diverses marques relatives au chargement étaient apposées à la peinture blanche sur l’ogive (1ère ligne : lettres désignant le produit de chargement, 2ème ligne : atelier et année de chargement et 3ème ligne : numéro du lot de chargement). Les marques relatives au poids étaient les mêmes que pour les obus explosifs. Les obus portant la lettre « C » était chargé en toxique gazeux fugace suffocant non lacrymogène. Les obus fugaces gazeux portaient une couronne blanche. Les cartouches à obus spéciaux de 75 mm sont stockés par caisse de 9 coups contenant un obus fumigène lorsque le produit spécial ne l’est pas.
Pas d’autres détails pour l’instant.


L’examen des archives recèle décidemment bien des surprises…
Si parmi vous certains ont des éléments complémentaires, je suis preneur.
Cordialement.
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Arnaud gillet
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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   Sam 5 Mai 2018 - 18:33

Petite illustration à ce dernier message : 

"Fernschreiben : Ic Abendmeldung des A.O.K. 12 vom 16.5.40 [...] : In Damouzy westl. Etion 75 Kisten Gasmunition gefunden."

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MessageSujet: Re: Attaque au gaz ?   

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Attaque au gaz ?
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