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 Le grand "voyage" des prisonniers

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henrilannes
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MessageSujet: Le grand "voyage" des prisonniers   Mar 9 Jan 2018 - 19:29

Bonjour,

Mon beau-père a été fait prisonnier le 12 juin 1940 à St-Valery-en-Caux. Il s'est retrouvé à Sandbostel au stalag X-B.

Comment est-il allé de St-Valery à Sandbostel ? Presque 800 km ! J'ai lu que certains avaient fait ces distances à pied !

Quelqu'un parmi vous peut-il répondre à mon interrogation.

Merci
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Fabi1
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Mer 10 Jan 2018 - 11:56

Bonjour, et bienvenue.

De quel régiment était-il?

Tout est possible pour l'acheminement, sur bonne partie ou simple segment du trajet... à pied, en camion, en train.
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henrilannes
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Mer 10 Jan 2018 - 12:43

Bonjour,

Mon beau-père était du 81e RIA 31e Division. Il faisait donc partie des 40 000 prisonniers (45 000 selon les allemands) à être envoyés en Allemagne, lui à Sandbostel, au stalag X-B ;  puis il alla travailler dans une ferme à Welleloh près de schneverdingen.
Mais pour son parcours de St-Valery-en-Caux à Sandbostel, je n'ai aucune information.
Cordialement
Henri
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didier b
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Mer 10 Jan 2018 - 13:17

Bonjour,

En général le trajet se faisait à pied jusqu'à un frontstalag ou un lieu de regroupement, toujours à pied pour rejoindre une gare de départ, puis en train (en wagon à bestiaux) jusqu'à une gare principale, puis le Stalag était souvent rejoint à pied.

Le voyage en train durait souvent plusieurs jours avec de nombreux arrêts pendant lesquels les prisonniers pouvaient parfois se dégourdir les jambes, prendre l'air, faire leurs besoins, se désaltérer et faire une toilette sommaire s'il y avait un point d'eau et si les gardiens étaient de bonne humeur et humains. La nourriture était rare ou inexistante.

Les transferts en camion étaient possibles mais assez rares.
.
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henrilannes
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Mer 10 Jan 2018 - 19:49

Bonsoir,

Merci pour ces précisions.
Nous avons beaucoup d'informations sur les armées, leurs déplacement, les batailles, les camps de prisonniers mais peu de choses sur les parcours des prisonniers entre les lieux de leur capture et leurs camps en Allemagne.
J'ai appris aujourd'hui que mon beau-père aurait pu aller de la Normandie jusque dans un port des Pays-Bas en bateau puis aurait rejoint Sandbostel à pied.

Quelqu'un a-t-il eu connaissance de ces transferts de prisonniers par mer ?

Cordialement à toutes et tous.
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18°RCC
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Jeu 11 Jan 2018 - 9:58

henrilannes a écrit:
Bonjour,

Mon beau-père a été fait prisonnier le 12 juin 1940 à St-Valery-en-Caux. Il s'est retrouvé à Sandbostel au stalag X-B.

Comment est-il allé de St-Valery à Sandbostel ? Presque 800 km ! J'ai lu que certains avaient fait ces distances à pied !

Quelqu'un parmi vous peut-il répondre à mon interrogation.

Merci
Bonjour
Regardez ce petit film sur les prisonniers de St Valéry en Caux ....
https://www.youtube.com/watch?v=Ayxq7umuGfE
Cordialement.
CM
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henrilannes
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Jeu 11 Jan 2018 - 10:20

Bonjour,

Superbe et émouvant film ! Je vois que ces prisonniers ont été transportés en péniche sur le Rhin. C'est peut-être cela que mon beau-père avait raconté à ma belle-mère et non pas un trajet en bateau par la mer.
Cordialement
Henri
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Serge BONHOMME
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Ven 12 Jan 2018 - 12:23

Bonjour à tous,
Bonjour Henri,
Tout comme votre beau-père, mon papa a été fait prisonnier le 12 juin à Saint-Valery. Il appartenait au 9e BCA, unité qui connaîtra un sort identique au 81e RIA puis qu’elles perdront, toutes deux, leur chef de corps durant la bataille de Saint-Valery. Ci-dessous, un extrait de son modeste « carnet de route », écrit en captivité, où il nous relate ces journées tragiques. La destination finale sera pour lui, dans un premier temps, la Thuringe et le stalag IXA. On peut néanmoins penser que leurs routes vers l’Allemagne seront communes à travers la Somme, le Nord, la Belgique et la Hollande.
 


« Nous sommes le 11 juin et vers les 16 heures, l’ennemi arrive sur nos positions. L’artillerie, qui est derrière nous, se met à faire un tir de barrage. Les obus tombent à quelques centaines de mètres devant nous. Tout à coup, nous voyons une colonne de chars qui s’avance vers nous. Les armes automatiques crachent de toutes parts, nous résistons jusqu’à onze heures du soir puis, n’y voyant plus rien, nous cessons le tir mais les rafales continuent de siffler de tous les côtés.
A minuit, le lieutenant vient vers nous, nous ordonne de tout abandonner et de le suivre. Nous démontons les mitrailleuses et éparpillons les pièces un peu partout. Nous allons nous rassembler sur un chemin avec le restant de la compagnie. Le lieutenant qui commande la compagnie d’accompagnement nous dit:
« Nous sommes complètement encerclés et il n’y a pas de bateaux à Saint Valery, il est donc impossible d’embarquer, il n’y a que par moyen de barques que nous pouvons tenter notre chance. Ceux qui veulent tenter le coup n’ont qu’à me suivre, sinon, vous n’avez qu’à rester ici vous laisser faire prisonnier mais comme en principe, ils n’en font pas, je vous conseille de me suivre »
C’est-ce que nous faisons tous. Nous nous débarrassons de notre matériel, nous ne gardons que le ceinturon et le casque. Nous partons à travers champ mais la fatigue me gagne, je dors en marchant. Lorsque nous entendons siffler les balles, nous nous couchons et repartons aussitôt.
Puis, inévitablement, à force de m’allonger, je finis par ne plus me relever et m’endormir.
A la pointe du jour, je me réveille au milieu d’un champ de blé; j’ai la figure pleine de boue car il a plu une partie de la nuit. Je suis trempé jusqu’aux os et j’aperçois Saint Valéry en flammes. Il n’y a personne aux alentours. Je me sens complètement abattu, je ne sais de quel côté me diriger. Faut-il se rapprocher de la ville ou bien la fuir? Je rampe sur 5 ou 600 mètres dans la direction de la ville. Je vois maintenant devant moi une maison et devant celle-ci, ce qui me semble être une ombre. Je m’arrête un moment pour fixer mon regard et je distingue une personne qui vient de tomber les cendres de sa cigarette. Je me redresse et m’avance vers elle. Arrivé à une dizaine de mètres, il met la main à sa ceinture et sort son pistolet. Je lui dis de ne pas tirer, que je suis français et que je n’ai pas d’arme. Il me laisse m’approcher et me demande quelques explications. Il va chercher sa vareuse et je reconnais que c’est un capitaine du 81e d’Infanterie. Il me dit de le suivre et me conduit à l’endroit où se trouvait sa compagnie. Je me joins à ses hommes qui ont abandonné les armes eux aussi.
Au bout d’une demi-heure, les obus se mettent à tomber autour de nous. Nous partons les uns d’un côté, les autres d’un autre. Arrivé à un petit village, je rencontre un copain du 9ème, un alésien nommé Rivière. Ensemble, nous récupérons une moto au bord de la route et nous essayons de gagner Saint Valéry mais en vain. Les routes sont barrées par toutes sortes de véhicules, des affûts de canons et autres matériels qu’une armée en déroute abandonne, petit à petit, sur son difficile repli vers la mer. Et partout des cadavres. Les balles sifflent au-dessus de nos têtes, les détonations retentissent comme pour donner la cadence. Une fois de plus, nous sommes obligés de rebrousser chemin et d’essayer par une autre route. Là encore, la route est barrée et semble même par endroits avoir disparue sous l’effet répété des bombes. Nous abandonnons notre moto. Dans une camionnette anglaise, nous trouvons des boites de confitures, du pâté, des galettes. Nous cassons la croûte rapidement à l’abri entre deux épaves de camion. Nous décidons de tenter une nouvelle fois d’atteindre le rivage mais, cette fois-ci, à la tombée de la nuit et à pied.
Quand le soir arrive, vers 17 heures, nous avançons par petits bonds successifs et tout en surveillant les parages. Nous finissons par atteindre Saint Valery, les maisons brûlent et les obus tombent durs. Nous nous cachons sous un pont et attendons qu’il fasse plus sombre. Peu de temps après, nous voyons un groupe d’artilleurs qui arrivent avec un drap blanc au bout d’un bâton. Ils se rendent. Nous nous joignons à eux.
Au bout de quelques minutes arrive une automitrailleuse allemande qui nous indique la route qu’il nous faut prendre. Nous voilà prisonniers.
Ils nous conduisent dans un champ où ils nous fouillent rapidement puis, nous repartons. Nous faisons environ 40 kilomètres et couchons dans un champ. Ils nous donnent une louche de petits pois et c’est tout. Mais c’est le repos qui est bon. Il y a huit jours que nous marchons le ventre vide sans dormir.
 


Cette journée du 12 juin 1940 se termine ainsi pour moi, allongé sur l’herbe, dans ce pré où nous devons être plusieurs milliers de français et d’écossais à partager le même sort.
Le 13, nous repartons pour 40 kilomètres à pied et en arrivant, c’est encore le même régime, une louche de petits pois sans sel ni rien du tout.
Le 14, nous faisons 60 kilomètres en camion et arrivons à Formerie.
Le 15, repos. Le 16, Formerie, Airaines, 40 kilomètres. Airaines fait pitié à voir. C’est une petite ville complètement anéantie. Il n’y a plus une maison debout.
Le 17, nous faisons 22 kilomètres, Airaines, Soues. En arrivant, nous avons une petite louche de riz et trois galettes de guerre et le matin en partant, un quart de jus d’orge, autant dire de la flotte.
Le 18 juin, Soues, Saint Ouen, 28 kilomètres.
Le 19, Saint Ouen, Doullens, 18 kilomètres. Ici, je retrouve Aberlenc et Reynaud ainsi que d’autres copains. Je suis heureux de les retrouver car je ne savais pas ce qu’ils étaient devenus. Nous restons sur place jusqu’au 24 et toujours la même nourriture. Nous n’avons même plus le courage de nous lever pour aller pisser.
Le 24, nous faisons Doullens, Saint Pol sur Ternoise (Pas de Calais) soit 28 kilomètres. Nous mangeons des betteraves crues arrachées aux bords des routes tellement nous avons faim.
Le 25, Saint Pol, Béthune, 35 kilomètres de douleurs. C’est en quittant Saint Pol que l’on apprend que l’armistice vient d’être signé.
Le 26, Béthune, Lille, 40 kilomètres. En chemin, à Divion, pays minier, nous sommes ravitaillés par les civils qui nous donnent des tartines de pain en pagaille. Les gens d’ici sont très gentils.
Le 27, nous franchissons la frontière belge et arrivons à Tournai soit 28 Kilomètres.
Le 28, Tournai, Renaix, 26 kilomètres.
Le 29, Renaix, Ninove, 34 kilomètres.
Le 30, Ninove, Aalst, 14 kilomètres.
Le 1er juillet, Aalst, Lokeren, 26 kilomètres.
Le 2, Lokeren, Moerbeke (Hollande), le soir, nous partons en train jusqu’à Walsoorden où nous embarquons immédiatement en péniche à l’embouchure de l’Escaut. Nous voyageons sur le Rhin toute la nuit du 2 ainsi que les 2 journées qui suivent.
Nous débarquons le 5 à Emmerich (Allemagne). Le soir même, nous  montons dans un train qui, roulant toute la nuit, nous mène au petit matin du 06 juillet au camp de Ziegenheim, un grand camp où il y a des prisonniers de toutes nationalités, des polonais, des belges, des hollandais, des britanniques et bien sûr, des français. »

 

Cordialement,
Serge
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henrilannes
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Ven 12 Jan 2018 - 15:04

Bonjour,

Merci de votre réponse. Superbe et émouvant récit.

Je pense que pour mon beau père, il faut s'orienter vers beaucoup de marche à pied, puis en bateau plutôt sur le Rhin ou un autre fleuve que sur mer (puisque ma belle-mère dit qu'il était en Hollande sur un bateau) et puis peut-être encore de la marche à pied ou un train. Quant à son frontstalag...?

Encore merci
Cordialement
Henri
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MessageSujet: Re: Le grand "voyage" des prisonniers   Jeu 1 Fév 2018 - 15:57

Bonjour,

le Stalag X B était situé à Sandbostel, au nord de la ligne Brême-Hambourg, à 50 kilomètres au sud-est de la ville de Bremerhaven, qui est l'avant port de Brême. C'est certainement pour cela que votre beau-père a été transporté par péniche. Il a peut-être été débarqué dans cette ville de Bremerhaven pour rejoindre ensuite son Stalag.

Cordialement
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Le grand "voyage" des prisonniers
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