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 37 mm de marine anti-char

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agrignon
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MessageSujet: 37 mm de marine anti-char   Mar 10 Mar 2009 - 12:18

Bonjour à tous,



J’ai lu dans « 60 jours qui ébranlèrent l’occident » l’ordre de bataille français en Tunisie, l’auteur y situait une compagnie de 37 mm anti-char(sic).

Le livre d’André Truchet décrit la fabrication en AFN d’automoteur de 37 mm par l’armée de transition.

Dans GUF tome 4, un régiment de zouave est doté d’une compagnie de « 37 mm de marine anti-char ».

Bien sur il n’y a jamais eu de 37 de marine antichar !

Je me demande de quels canons de 37 mm il s’agit ?

Plusieurs hypothèses :

- Il s’agit de 37 mm CA. Dans MILITARIA « la bataille de KASSERINE » on voit une photo d’un half-track équipé d’un tel canon et servit par des Allemands. Mais ce n’est pas une preuve et je vois mal la marine se dessaisir de précieux canons de DCA au profit de l’armée.

- Il s’agit de 37 TR de marine du siècle précédent. Etait-il encore en service en 1940 ?

- Il s’agit de canons de tir réduit au calibre de 37 mm ? Je n’ai jamais trouvé de documents sur ce matériel.



Avez vous des informations sur ces matériels de 37 mm de marine ?



Cordialement,

Armel
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mar 10 Mar 2009 - 15:40

Bonjour,

Il pourrait bien s’agir de canons à tir rapide de 37 mm du système Hotchkiss, et qui allait, sur le même principe de fonctionnement, du calibre 37 à 76 mm. Par la suite, ils furent équipés d’un cylindre (ou de deux) de frein au recul devenant semi automatiques. Ces 37 mm armaient pendant la PGM les patrouilleurs, mais aussi certains torpilleurs (Chevalier et Forban) et autres unités. Il ne semble pas que la Marine Nationale se soit dotée de 37 mm H à frein au recul, préférant le 47 mm (dit modèle 1902 qui servira d’étalon pour la réalisation du 47 mm SA 37). Ces canons de 37 mm à tir rapide furent stockés dans les arsenaux au fur et à mesure du désarmement des unités qui en étaient équipés. Comme il existait un stock de munitions, ils ne passèrent pas au pilon. Donc, en 1940, ils devaient encore se trouver dans les arsenaux de Bizerte et Mers el Kébir (entre autres). Leur utilisation par les terriens n’a rien d’extraordinaire car sur la Ligne Maginot, la MN avait déjà envoyé des 47 et des 65 mm. Je vous donne les principales caractéristiques du 37 mm H à tir rapide :

Longueur en calibres : 35 soit 1,295 m de partie rayée

Poids total avec affût : 151 kg

Poids du bouclier : 60 kg

Poids du canon : 50 kg

Poids du projectile : 0,5 kg

VI : 500 m/s

Ainsi, en 1940/1941 et avec un obus perforant, ils faisaient encore « figure honorable » en antichar mais certainement à une distance < à 500 m. Faute d’affût mobile, ces 37 mm ne pouvaient être employés que de deux façons :

- Arme antichar de position (secteurs fortifiés ou défensifs)

- Arme antichar mobile, boulonnée sur un véhicule, la MN transforma ainsi des 75 mm 1897 sur affût crinoline.

Attention, il a aussi existé un 37 mm de 20 calibres dit « pour service en Afrique » mais à vocation uniquement anti personnel avec une VI de 435 m/s. Ce canon équipa les premières automitrailleuses (les torpilleurs à roulettes du général Galliéni) en 1914 avant d’être remplacé par le 37 mm SA Mle 16 APX bien connu et qui utilisait l’OR Mle 92 M de 500 g. à VI 388 m/s.

Cordialement

SF
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agrignon
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Sam 14 Mar 2009 - 11:23

Bonjour à tous,

Merci Stéphane.

C'est la compagnie C du 1er Zouave qui est équipée de 37 mm M A.C..
A la réflexion je pense qu'il s'agissait de pièces américaines.

Les canons automoteurs ont probablement été équipé de canons Hotchkiss.
S'agit-il de cette pièce : http://www.fortiff.be/iff/index.php?p=3147 ?
En regardant cette photo je me demande comment était absorbé le recul?
Les tourillons devaient vite se fatiguer!

En ce qui concerne la compagnie antichar du sud tunisien je suis plus septique , l'affut est peu adapté a un usage en campagne. Mais cette compagnie a t-elle seulement existé? je n'en ai jamais trouvé une autre trace!

Armel
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Sam 14 Mar 2009 - 16:13

Bonjour Agrignon,

Pour le 37 mm dont vous présentez deux photos, il s’agit du canon revolver (cinq tubes) Hotchkiss de 20 calibres normalement monté sur affût à colonne (ou crinoline par référence aux robes des dames de l’époque) qui, selon le catalogue du fabricant, (nous sommes au début du 20ème siècle) :

« Les canons revolvers sont employés pour l’armement des ponts, des hunes et des bastingages. On s’en sert aussi comme pièce de débarquement, de campagne et de flanquement ». Ce canon, alimenté par couloir de 10 coups possédait une cadence de tir de l’ordre de 60/100 c/m. Ce n’était qu’un « gros frère » de la fameuse Gatling. Son action était commandée par une manivelle du type « moulin à café ». Il tirait un obus en acier de 500 g à VI : 435 m/s (poudre sans fumée) capable de percer à 500 m une plaque d’acier de 15 mm d’épaisseur (I=0°). Notons que la formule « Gatling », abandonnée dès le début du 20ème siècle, fut reprise au début des années 1960 par les Etats-Unis mais avec mise à feu électrique. En ce qui concerne la fatigue de l’affût, vous avez raison mais la MN n’ayant qu’un emploi « fugace » de ce genre de matériel n’en avait retenu que la capacité de tir instantané (grande cadence de tir) alors que la Guerre devant assurer la « permanence du feu » s’en désintéressa, du moins pour les armées en campagne.

Ce matériel a été en service dans la MN à partir de la fin du 19è siècle.

Pour le 37 mm « américain », il ne peut s’agir avant la fin 1942 que du matériel US de la « Bethleem Steel Compagny » dont 100 exemplaires furent livrés à la France en mai 1917 dans le cadre de la défense antichar créée le 19 novembre 1916. En 1918, il ne devait en rester qu’une soixantaine d’exemplaires. D’après vous, ils auraient ainsi « glissé » vers le Sud, ce qui était bien dans l’esprit de l’époque.

A suivre

SF

PS : J’en profite pour insister sur le lien étroit qui existe entre les matériels de 1914-1918 et ceux de 1939-1940 (particulièrement en artillerie) et c’est bien ce qu’a compris et appliqué dans GBM, F. Vauvillier, qu’il en soit ici remercié au nom de l’ouverture d’esprit et donc, de la connaissance historique.
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Pontus
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Sam 14 Mar 2009 - 16:39

Bonjour,

Dans le livre "Les forces françaises dans la lutte contre l'axe : la campagne de Tunisie 1942-1943" SHAT 1985
On mentionnne (P45) parmi d'autre improvisations locales :
"La marine Alger mit au point et essaya un prototype de canon de 37 qui entra en fabrication à l'EPSM d'Alger. 36 pièces seront ainsi fabriquées à partir de tubes utilisés pour exercices de tirs réduits. Ces pièces pesant 600kg, munies de roues à bandages pneumatiques devaient tirer un obus modèle 1916, lui aussi conçu, essayé et utilisé clandestinement."

Plus loin (P46) dans une liste de materiels improvisés au Maroc:
"10 canons de 37 mm de Marine AC montés sur camionnettes."

Amicalement Pontus
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agrignon
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mer 18 Mar 2009 - 12:47

Bonjour à tous,

D'après GUF la compagnie C du 1er Zouave était équipée de 37mm M A.C.
J'avais interprété le M par Marine.
Mais le M pourrait être un abrége de M3 le 1er canon anti-char américain. En effet les anglais ont cédé quelques canons de 57 mm AC aux français. On peut imaginer qu'une unité américaine débarquée en AFN avec des 37, les donnent aux français en échange de 57 mm. Mais ce n'est plus de l'ATF 40!
Je suis très intéréssé par ces canons à tirs réduit de 37 mm.
Je suis également intéréssé par ces canons US de 37 mm de la "Bethleem Steel Compagny"!

Armel
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mer 18 Mar 2009 - 19:03

Bonsoir,

Cet aspect des choses est très intéressant mais il conviendrait de fixer l’époque concernée car, si c’est avant novembre 1942, on ne peut prendre en compte des matériels alliés comme le 37 mm US et le 57 mm (6 Pounder) sauf chez les FFL. Donc, pour les 37 mm avant novembre 1942 je ne vois guère que :

-          Canon de 37 mm Mle 1885 (utilisé pour l’instruction, tir réduit ?)

-          Canon de 37 mm « Bethleem Steel Company » déclassé mais ce n’était pas un matériel Marine. Ceci, dans la période concernée, est tout à fait relatif.

-          Canon de 37 mm CAS Mle 1925, VI 840 m/s, débarqué et par la suite, monté sur un affût à roues.

Pour l’obus « Mle 1916 » qui aurait été « conçu, essayé et utilisé clandestinement », je ne comprends pas le millésime qui exprime le passé. Une coquille ou un obus établi au tracé Mle 1916 ? Je ne connais pas d’obus Mle 16 pour la Guerre pour la Marine, il faudrait vérifier. Pour MAC, je suggère Marine Anti-Char.

CordialementSF
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agrignon
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Sam 21 Mar 2009 - 10:20

Bonjour à tous,

Le 1er Zouaves était dans l'ordre de bataille de la DM d'Alger 14/11/42 au 09/06/43.
Je suis impressioné par les performances du canon CAS VI = 840 m/s!
Logiquement il aurait été fabriqué 36 canons sur roues à partir des canons à tir réduit, et 10 canons automoteurs à partir des canons Hotchkiss sur affut crinoline.
Le site sur les canons de 75 M.1897 présente une photo intéressante de canon automoteur de 75 sur affut crinoline.

Armel
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Eric Denis
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mer 25 Mar 2009 - 16:17

Bonjour,

Ne pourrait il pas y avoir également des 37 Mle 34 modifiés pour être monté sur affut mobile?

Cordialement
Eric DENIS
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mer 25 Mar 2009 - 19:19

Bonsoir,

Pour le 37 mm CAS (contre avion simple) sa grande VI était liée à son emploi (DCA), en 1940 il était démodé avec sa faible cadence de tir (20 c/m) et son tir semi automatique. La MN lui préférait déjà les 37 mm CAD (contre avion double) Mle 1925 (30 c/m) et surtout le 37 mm CAD Mle 35 (85 c/m) tous deux, eux aussi à tir semi automatique. C’est pourquoi la MN commença à embarquer des canons automatiques de 25 mm dès 1940 (CA Mle 40) mais aussi Mle 38. Je ne pense pas (pas sûr) que les 37 mm Marine tiraient à l’origine des obus perforants ce qui pourrait expliquer (sous réserve) la création d’un OP dans le cas (qui me semble plausible) où les 37 mm CAS Mle 25 auraient été débarqués pour être montés avec leur affût crinoline sur une plate-forme automobile ou sur roulettes avec un affût de circonstance. Pour les 37 mm Hotchkiss montés sur plate forme êtes-vous sûr qu’il s’agit bien d’Hotchkiss ? Dans ce cas, cela ne pourrait être que des modèles 1885. Mais là où l’affaire se complique, c’est qu’à l’époque un « Hotchkiss » était à l’identique d’un « Browning » qui populairement désignait un pistolet automatique. Ce qu’il y a de passionnant dans cette période qui court de juin 1940 au début 1942, c’est que tout un tas de « bricolages » furent réalisés échappant à tout référencement et qu’il n’y a guère que des photos pour attester de leur existence. On n’a pas encore fini d’en découvrir !

Eric, honnêtement, je ne pense pas que des 37 mm Mle 34 RF (Région Fortifiée) soient passés en AFN à destination de la ligne Mareth (sud tunisien). Mais on ne peut exclure qu’un certain nombre aurait été évacués avec leurs munitions sur l’AFN en juin 1940, par contre 36 exemplaires ça me semble beaucoup.

Cordialement

SF
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Dim 3 Mai 2009 - 19:19

Bonsoir,
Au hasard d'une recherche sur Internet, j'ai trouvé un témoignage (je n'ai, hélas, pas noter l'adresse du site) sur la "libération" d'Alger en novembre 1942 où l'auteur note avoir vu passer des 37 mm (comment a t-il identifié le calibre?) doté de "monstrueux" freins de recul et montés sur camions. Le témoignage parle d'armement de Marine (arsenaux) et de plusieurs dizaines de véhicules. Ces freins de recul "monstrueux" pourraient bien être à ressort (boudin) et non hydraulique. Il pourrait donc bien s'agir de 37 mm Mle 1885 type Marine, munis de freins de recul pour tirer une munition (obus de rupture) bien plus puissante que celle d'origine.
C'est une piste, pas une conviction, mais qui vient appuyer les précédents posts.
Cordialement
SF
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Stéphane Ferrard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mer 2 Sep 2009 - 17:19

Bonsoir,

Pour revenir sur les canons AC de 37 mm MAC, je viens de reprendre le livre du général Weygand « Rappelé au service » Flammarion 1950, que je n’avais pas ouvert depuis plusieurs années et, page 397, au sujet du CDM en AFN et de ses fabrications clandestines, le général écrit :

« tubes réducteurs de 37 mm employés à bord des vaisseaux pour les exercices de tir, transformés en canons anti-chars automobiles. »

Ainsi, il ne s’agissait pas de canons mais de tubes employés pour le tir réduit, certainement des pièces de 75 ou 90 mm. Donc, ces tubes furent équipés d’une masse oscillante et de freins avant d’être installés sur affûts à roues à pneumatique ou crinoline (automoteurs). Voici qui lève un coin du voile, les caractéristiques des tubes réducteurs de la MNF devraient se retrouver au CAA. Pour les matériels complets, attendons la preuve par l’image. Enfin, pour l’obus de rupture Mle 16, inconnu au bataillon, il pourrait bien s’agir d’une désignation « de confusion » pour tromper les commissions allemandes et italiennes en AFN.

Cordialement

SF
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ptdockyard
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Ven 8 Juin 2012 - 2:32

Could this be the 37mm improvised gun you are talking about?

http://atf40.forumculture.net/t2963-canon-fait-maison-en-tunisie-en-42-43

Dave G
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Jean D 44
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Dim 14 Oct 2012 - 13:09


Le canon antichars Marine de 37 mm a bien existé. Il  a été le fruit d’une fabrication clandestine dont l’histoire est racontée ci-dessous accompagnée de quelques photos .Le nombre d’exemplaires mis en service a été  de 36, dont un fut cédé gratuitement, par le département des Constructions et Armes Navales du Ministère des Forces Armées, au musée FRANCHET d’ESPEREY à Alger, après juin 1948.

Je cherche à savoir s’il est possible d’en retrouver un exemplaire en France, en Tunisie ou en Algérie, dans un musée, chez un particulier ou autre.

Dés la fin de l’année 1940, l’Etat-major du Général WEYGAND se préoccupait du plan d’armement clandestin de l’armée d’Afrique en tenant compte du matériel important qui avait été dissimulé aux Commissions d’Armistice. Les mitrailleuses et les armes individuelles existaient en quantité suffisante. Par contre le nombre des armes antichars était insignifiant et leur calibre ne dépassait pas 25 mm.

La Marine disposait alors de canon de 75 repliés de BIZERTE  en Juin 1940 ou provenant du désarmement des Flottes Auxiliaire et Commerciale. Sur l’initiative de l’amiral FENARD, ils furent installés sur des camions de 3 à 5 tonnes par les soins des Services de l’Amirauté. Ils constituèrent des groupes mobiles capables d’intervenir efficacement contre les engins blindés, mais d’un rendement limité en raison de l’impossibilité de les faire circuler en dehors des routes et, par suite, de les soustraire aux observations aériennes.

La nécessité d’un canon de campagne se faisait donc toujours sentir et ce fut au cours d’une visite qu’il fit en février 1941 à l’Amirauté que le Général WEYGAND entretint l’Amiral FENARD de cette question. L’Amiral se souvint alors d’un stock de tubes canon de 37 mm soigneusement cachés dans les souterrains de l’Amirauté. Quelques jours après cet entretien, la Section de l’Artillerie Navale recevait l’ordre d’étudier et de réaliser pour essais un canon de campagne antichar à partir d’un tube de 37 mm.

La Section de l’Artillerie Navale d’Alger, créée fin 1939 pour assurer les réparations des armes des bâtiments de passage, ne comprenait à cette époque, sous la direction d’un ingénieur et de cadres réduits, qu’un jeune dessinateur et une vingtaine d’ouvriers. Dans ces conditions, l’étude et la réalisation d’un pareil matériel présentaient des difficultés à priori insurmontables. Et pourtant le 16 Avril 1941, à midi trente, les vieux murs de l’amirauté se renvoyaient l’écho du premier coup tiré par le premier canon antichars.

Après avoir étudié un avant- projet  du matériel, l’Ingénieur de 1° classe  Henri LAUNAY du Service des Industries Navales d’Alger se rendit compte que le principal obstacle à cette réalisation proviendrait des difficultés que rencontrerait le rassemblement des matières premières indispensables.

On commença donc par prospecter dans les magasins de la Marine et dans les chantiers de démolitions. Et, peu à peu, tout un matériel hétéroclite fut rassemblé. Les roues avant d’un camion de 5 tonnes furent choisies pour les roues du canon ,un essieu de locomotive pour servir à la confection de la sellette, des tubes de chaudière pour les flèches ,une chaîne de pompe de distribution pour  la transmission de pointage ,une billette d’acier pour le manchon ,etc…

L’étude définitive fut alors entreprise. Le jeune dessinateur pendant le jour, l’Ingénieur, jusqu’à une heure avancée de la nuit, se succédèrent devant la planche à dessin .Les difficultés nombreuses, furent tour à tour résolues. Et le canon antichars devint, sur le papier une réalité. Son allure n’était pas très orthodoxe mais les calculs prouvaient sa stabilité au tir et c’était la chose essentielle.

L’exécution posa un problème nouveau. Etant donné l’absence de machines outils à l’Amirauté, le concours de l’Industrie privée devint nécessaire pour la fabrication des pièces essentielles. Ce faisant, on courait le risque d’une dénonciation aux commissions d’armistice ou bien d’attirer leur attention au cours d’une des nombreuses visites qu’elles effectuaient dans les usines.

Les différentes parties constitutives furent donc confiées aux industriels en prenant soin de les répartir sous des désignations anodines et dans des conditions telles que leur véritable objet demeurât inconnu. Seul le vissage du canon sur son manchon échappait à ce processus ; le camouflage de ce travail était en effet impossible .Il fut confié à un industriel d’Hussein Dey qui avait déjà donné, en pareilles circonstances, des preuves de son loyalisme .Il fut convenu que le travail serait effectué par le Chef d’atelier et un Chef d’équipe, en dehors des heures d’ouverture de l’usine, c’est-à-dire, du samedi soir au lundi matin.

Les pièces détachées arrivèrent peu à peu à l’Amirauté et le montage commença. La clandestinité de cette fabrication excitait le zèle du personnel  de l’Artillerie Navale qui se dépensa sans compter. Lorsque dans la nuit du 15 au 16 Avril les ouvriers quittèrent l’atelier, le canon était fin prêt.

A cinq heures le lendemain matin, alors que tout dormait encore à l’Amirauté, le canon fut sorti de l’atelier et hissé sur les glacis face à la mer .Le tir d’essai avait été fixé à midi trente, à l’instant où chacun est à table. A l’heure précise, le Chef d’équipe HERDONCUFF (engagé volontaire dans l’armée LECLERC en Mai 1943 a été nommé sous-lieutenant en 1944 en récompense de ses qualités exceptionnelles et de sa brillante conduite) tirait sur le cordon tire feu. La détonation parut énorme et susceptible d’alerter la ville entière. Un second puis un troisième coup furent tirés. Les mesures confirmaient les calculs. La partie était gagnée.

Il restait à vérifier l’efficacité du projectile sur plaque de blindage. Une séance de tir, organisée dans le plus grand secret par l’état-major de la 19éme région, eut lieu dans les environs d’Alger, en présence de l’Amiral FENARD et du Général KERGOAT, Commandant d’artillerie. Le projectile d’exercice marine, seul obus tiré dans le tube-canon de 37 mm, perfora correctement les plaques de 25 mm du char Renault mais à une distance jugée un peu insuffisante. L’obus de perforation Brandt Mle 1936 fut alors essayé et donna entière satisfaction.

A la suite des essais, l’Armée demanda la mise sur pied de six batteries de six pièces. Elle assurait la fourniture des roues, des pneumatiques et des lunettes de visée.

La fabrication de 36 canons présentait des difficultés autrement importantes que celles qui avaient été rencontrées au cours de la réalisation du prototype. Elles parurent une fois de plus insurmontables et, une fois de plus, elles furent résolues. Au début de 1942, vingt canons avaient effectués leurs tirs d’essai et étaient murés dans une soute du fort d’El Kettani. Les autres étaient terminés en Octobre et stockés dans les souterrains de l’Amirauté.

Parallèlement, toutes dispositions étaient prises pour que les munitions puissent être confectionnées dans des délais ne dépassant pas 72 heures à compter du moment où la nécessité s’en ferai t sentir.

Durant toute cette période, une seule alerte sérieuse fut  provoquée par une dénonciation, à la délégation allemande, d’un ouvrier espagnol employé dans l’usine qui fabriquait les éléments des freins de recul .Prévenue à temps par le 2ème bureau français, l’Artillerie Navale put enlever tout le matériel compromettant quelques heures avant l’arrivée de la délégation allemande à l’usine.

Le 8 Novembre, les alliés débarquaient en Afrique du Nord.

Le 12, le mur qui obturait la soute du fort d’El Kettani était abattu, l’accès des souterrains de l’Amirauté démasqué, et les canons mis à la disposition de l’armée. Les batteries furent rapidement constituées et les premières quittaient ALGER pour la TUNISIE  le 18 Novembre.

Ces canons représentèrent, à cette époque, la partie la plus importante de l’armement antichar de l’Armée Française en TUNISIE
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françois vauvillier
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Dim 14 Oct 2012 - 14:06

Bonjour Jean D,

Remarquable contribution. Bravo.

Cordialement

François
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Manuferey
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Dim 14 Oct 2012 - 17:18

Bravo Jean D44! Un mystère enfin éclairci.

Emmanuel
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Lun 15 Oct 2012 - 12:24

Merci à Jean D44,

Formidable!
L'avantage de ce forum est que l'on peut avoir une réponse quelques années après avoir posé la question !
Ces pièces ont donc bien existé et en plus nous avons des photos !
L'A.F.N n'était pas si démunit que cela.
Points remarquables de ce matériel : le ressort récupérateur et l'amortisseur hydraulique.

Cordialement
Armel
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Catalina
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Lun 15 Oct 2012 - 14:39

Intéressant à plus d'un titre.

Citation :
L’Amiral
se souvint alors d’un stock de tubes canon de 37 mm soigneusement
cachés dans les souterrains de l’Amirauté. Quelques jours après cet
entretien, la Section de l’Artillerie Navale recevait l’ordre d’étudier
et de réaliser pour essais un canon de campagne antichar à partir d’un
tube de 37 mm.

Il s'agirait donc de tube-canons de 37 mm Mle 1902 dont voici une photo du modèle basique adapté à l'aviation lors de la Première Guerre mondiale:



Ce canon est en 37 x 201R pour lequel il existait un obus de rupture qui doit être le modèle initialement testé. Tracé de la douille modifié et approuvé en 1924:



Pour la munition j'ai comme données APHE de 500 grammes tiré à 830 m/s, ce qui doit correspondre à l'obus de rupture initial (obus de rupture Mle 1892M à fusée de culot Mle 1930). L'adaptation du projectile Mle 1936 doit donner d'autres résultats puisqu'il s'agit d'un APC de 700 grammes. Un rapide calcul donne 700 m/s avec ce projectile en se basant sur la conservation de l'énergie cinétique.

Le 37 x 277R Mle 1934 de la Ligne Maginot qui tire le même projectile à 850 m/s est donné pour percer 50 mm à 800 m. On peut en extrapoler que le boulet Mle 1936 adapté au 37 x 201R Mle 1902 tiré à 700 m/s devait perforer autour de 35 mm à la même distance.

Chiffres purement théorique extrapolés du calcul mais demandant à être confirmés par des sources historiques.

Les 37 mm d'origine française peuvent se répartir comme suit:

37 x 120R Canon revolver de Marine Mle 1879 (Marine)
37 x 94R Mle 1885 (Marine), Mle 1916 TR, Mle 1917, Mle 1918
37 x 201R Mle 1902 (Marine)
37 x 277R Mle 1925 (DCA-Marine), Mle 1933 (DCA-Marine), Mle 1930 (DCA), Mle 1934 (Fortifications)
37 x 218R Mle 1935 (DCA-Marine)
37 x 149R Mle 1938

Le canon Bethlehem Steel américain fourni à la France est lui en 37 x 137R, il est à noter que la France à construit durant la Première Guerre mondiale des munitions destinées au canon 1 1/2 Pdr Coventry britannique chambrant pour sa part du 37 x 189. Enfin, il faut noter l'existence d'un prototype Schneider en 37 x 300 R datant de 1933 et dérivé du Mle 1930.
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G.I. Joe
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Dim 21 Oct 2012 - 11:16

Whaou, merci Jean !!! affraid
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DahliaBleue
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MessageSujet: Re: 37 mm de marine anti-char   Mer 11 Fév 2015 - 22:47

Catalina a écrit:
Intéressant à plus d'un titre.

Il s'agirait donc de tube-canons de 37 mm Mle 1902 dont voici une photo du modèle basique adapté à l'aviation lors de la Première Guerre mondiale:

Incidemment, le marin ici montré est le quartier-maître fusilier Calixte Sainte-Luce, passé à l'aviation en 1915 et breveté observateur en 1917.
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37 mm de marine anti-char
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